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Notes politiques

Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 11:56

Vous savez que les députés ont la possibilité de poser des questions écrites au gouvernement (un ministre en particulier, ou au premier d'entre eux) : vous en entendez lors de la fameuse séance du mercredi. Le 4 août 2009, le socialiste François Loncle en a déposé une à l'attention de François Fillon : elle reste sans réponse à ce jour.

 

Dans la Vème République, il est dit que la personne interrogée a deux mois pour répondre. Passé ce délai, la question est publiée en tête du fascicule hebdomadaire du Journal Officiel (JO) qui comporte les réponses des ministres. Au bout de 3 mois, la question toujours sans réponse est publiée au JO sous l'en-tête du ministre. Existe aussi la procédure des questions signalées : les présidents de groupe (à l'Assemblée) choisissent chaque semaine quelques questions ; jusqu'à ce jour, les ministres interrogés ont toujours respecté l'engagement de répondre dans les 10 jours.

 

Sauf François Fillon.

 

Alors, quelle est donc la question du député Loncle ?

Il demande au Premier Ministre Fillon d'une part si c'est lui qui dirige l'action du gouvernement (art. 21 de la Constitution) et si c'est toujours le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation (art. 20 de la Constitution), ou bien les 2 fonctionnaires de l'Élysée, Claude Guéantet Henri Guaino, qui se permettent d'annoncer ou de commenter les décisions politiques du gouvernement. D'autre part, dans la mesure où c'est toujours la Constitution qui prévaut dans ce pays, Loncle demande au Premier Ministre s'il veut bien ordonner à ces deux énergumènes sans légitimité populaire de cesser leurs interventions médiatiques.

 

Le comportement du Premier Ministre montre 3 choses :

  • François Fillon se couche devant 2 fonctionnaires, localisés à l'Élysée ;

  • François Fillon ne respecte pas les règles d'usage de la Vème République ;

  • François Fillon offense un représentant du Peuple en ne répondant pas.

Posons par conséquent une autre bonne question : François Fillon est-il vraiment républicain ? (au sens donné par Jacques Rancière dans « la haine de la démocratie » : lire notre note éponyme)

 

 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 11:18

Même si la thèse de Jean-Claude Paye n'allait pas jusqu'à sa conclusion, à savoir le démantèlement de l'Union Européenne (lire notre note précédente), ses arguments fondés sur des faits avérés devraient agiter les professionnels de la prospective, les chroniqueurs des relations internationales, les diplomates expérimentés dont fait partie Hubert Védrine. Malheureusement, son dernier papier publié dans Marianne (3 juillet 2010) montre son incapacité à dépasser le vieux paradigme.


Que dit-il exactement ? Après avoir affirmé qu' « il existe aujourd'hui un fétichisme du franco-allemand qui ne correspond pas à la réalité », et que « le pathos sur l'éventuelle relance du couple est d'autant moins pertinent qu'à l'évidence le terme "couple" n'est pas adéquat », il persiste à dire que « l'entente étroite et confiante entre la France et l'Allemagne demeure irremplaçable ».

Ayant posé ce postulat, il en découlera par exemple que, si « néanmoins le compromis s'imposera », on devine que « le fétichisme allemand de la BCE » ne sera éventuellement amendé que sur des points secondaires d'organisation. Si Védrine se heurte au principe de réalité, il n'est le seul, hélas (1).


Le bégaiement d'Hubert Védrine est inquiétant puisqu'il l'empêche de concevoir une alternative diplomatique d'envergure. Comme les experts et les diplomates fréquentent les mêmes gens et les mêmes cercles, quelles que soient leurs couleurs politiques, on peut penser qu'aucun scénario pour sortir de l'impasse allemande actuelle n'ait été réellement cogité au sommet de l'État français.



Alexandre Anizy


  1. : lire la tribune cosignée par Martine Aubry et son collègue allemand du SPD dans le Monde du 14 juillet 2010.

     

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 11:19

Le sociologue Jean-Claude Paye a publié dans l'humanité du 2 juillet 2010 un article intéressant, titré "crise de l'euro et démantèlement de l'Union européenne". Nous sommes tentés d'écrire "enfin une mise en perspective géopolitique" intelligente.


Selon lui, l'offensive contre l'euro est une action concertée et concentrée (à savoir l'abaissement des notes de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne) des 3 agences de notation états-uniennes (Standard & Poor's, Moody's, et Fitsch – le fait que le capitaliste français Marc Ladreit de Lacharrière soit le propriétaire de cette dernière n'infirme pas cette thèse, puisque notamment 50 % des effectifs se trouvent hors de France), que l'appareil d'État américain a immédiatement relayée en parlant d'une future désintégration de la zone euro (dixit Paul Volcker, ancien président de la FED et conseiller économique de Barack Obama).

C'est une action à deux niveaux.

Sur le plan tactique, il s'agit de ramener aux États-Unis les capitaux étrangers (chinois notamment) qui s'égaraient vers l'euro. En effet, en 2009, l'afflux de capitaux aux États-Unis est devenu insuffisant pour compenser les déficits (concrètement : solde négatif de 398 Milliards de dollars).

Sur le plan stratégique, il s'agit d'initier « un mouvement de démantèlement de l'Union européenne au profit d'une union économique couvrant les deux continents, dont le projet de création d'un grand marché transatlantique est la manifestation la plus visible. » Avec ce 2ème objectif, l'attitude de l'Allemagne prend tout son sens.

En effet, la construction de l'Union européenne à partir de 1986 (i.e. l'infâme livre blanc du grand marché, présenté par la crapule socialiste Jacques Delors, assisté par le mal nommé Pascal Lamy), obéit aux règles allemandes et sert les intérêts du pays économiquement dominateur. Les avantages compétitifs de l'Allemagne ont joué pleinement depuis cette date, puisqu'en 2009 la zone euro en est arrivée à absorber 75 % des exportations allemandes.

Les hésitations de Mutti Merkel, les déclarations des politiques et des banquiers, ont servi objectivement les intérêts des assaillants américains. Mais pas seulement.

D'une part, la baisse de l'euro facilite évidemment les exportations allemandes hors de la zone euro. D'autre part, le financement des déficits se fait à meilleur compte puisque les obligations allemandes se placent avec un taux d'intérêt réduit.

Ce que nous appelons régulièrement dans nos notes "l'Union Allemande" appauvrissant inexorablement les partenaires européens de l'Allemagne, cette "fourmi"(selon la fable de Martin Wolf) a bien compris que l'avenir de son modèle mercantiliste se jouera sur le grand marché transatlantique et le marché mondial. C'est pourquoi sans vergogne l'Allemagne impose à tous les Européens une cure d'austérité dont elle sortira indemne, ce qui ne sera pas le cas d'autres pays, puisque son débouché privilégié (l'Europe) ne l'est plus.


En contrepartie du plan Marshall, les États-Unis demandait la construction d'un marché européen, qui deviendrait le débouché naturel de leurs exportations. Certains pays européens, comme la France, y ont vu l'opportunité stratégique de créer une 3ème force économique, politique, militaire, qui soulagerait le monde de la tension permanente USA / URSS, et d'autres non. Centre du projet américain, l'Allemagne n'y voyait pas de conflits avec ses propres objectifs, bien au contraire.

Aujourd'hui, l'offensive américaine visant à démanteler l'Union européenne est à nouveau appuyée par l'Allemagne, parce qu'elle s'intègre dans un schéma économique global en cohérence avec son modèle mercantiliste. Pour elle, il s'agira de reproduire le processus de la construction européenne dans cette édification d'une "union transatlantique".


Mais dans ce travail d'étouffement de l'idée européenne, l'Allemagne n'est pas seule, nous dit Jean-Claude Paye. La Commission et le Conseil européens y participent, notamment en négociant le transfert des données personnelles des citoyens européens vers les États-Unis. La création d'une base unique de données n'est-elle pas la meilleure 1ère pierre de l'édifice, d'un point de vue mercatique ?



L'analyse de Jean-Claude Paye nous semble très pertinente, parce qu'elle met en perspective géopolitique l'attitude allemande depuis le déclenchement de la crise de 2007, ce qui la rend du même coup intelligible.



Alexandre Anizy


 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 07:04

Pour Jacques Julliard, la crise a déjà fait une victime, l'Europe.

Si ce monsieur n'a pas tort lorsqu'il dit que depuis Margaret Thatcher les Britanniques « se comportaient comme Goldman Sachs envers la Grèce et ses autres clients », il se fourvoie quand il pense que l'Allemagne a changé avec Mutti Merkel, puisqu'elle suit la feuille de route établie au moins depuis Helmut Kohl.

Quelle réponse politique faut-il donner à cette défaite ? Pour Julliard, « il faut faire l'Europe à deux », parce qu'une « union économique, diplomatique et, plus tard, politique entre la France et l'Allemagne serait du jour au lendemain la 3ème puissance mondiale ».


D'une part, ce monsieur n'apprend décidément rien des échecs, puisqu'il continue à mettre la charrue avant les boeufs, comme le haut fonctionnaire Jean Monnet et la clique de ses épigones. Si l'Europe doit être fondée, elle ne le sera d'abord que par la volonté proclamée des peuples, par exemple en élisant une Assemblée Constituante et en instaurant un gouvernement provisoire.

D'autre part, bien qu'il constate « que les Allemands ne veulent pas, ou plutôt ne veulent plus », « la seule manière de les convaincre est de restaurer notre puissance économique » … pour pouvoir s'unir à eux : « c'est celui-là [de projet ; ndAA] que je propose au Parti Socialiste. » Pour résumer l'ambition politique ultime de Jacques Julliard par une image, on fourguerait le bébé France rétablie dans le fleuve allemand impassible. Drôle de projet, n'est-ce pas ?

Enfin, pas plus stupide ou ignominieux que celui de Guy Mollet en 1956, lorsque ce pseudo socialiste, Président du Conseil, proposa secrètement une Union avec la Grande-Bretagne !



Par ailleurs, c'est dans l'adversité que les vraies natures se révèlent. Celle de Jacques Julliard n'est pas reluisante, si on se réfère à ses écrits sur les Grecs :

« (…) on brûle le drapeau européen à Athènes. Les assistés mordent la main qui les nourrit parce que l'Europe n'a jamais été pour eux un projet mais une aubaine, pour vivre au-dessus de leurs moyens. » (Observateur 6 mai 2010)

Si vous remplacez les Grecs "assistés" par immigrés, on dirait du Jean-Marie Le Pen.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 18:39

Le Président allemand Horst Köhler a démissionné abruptement le 31 mai 2010 après avoir soulevé un tollé national à son retour d'Afghanistan, en affirmant que l'action militaire allemande à l'étranger est « nécessaire pour maintenir nos intérêts comme, par exemple, libérer les routes commerciales ou prévenir des instabilités régionales qui pourraient avoir un impact négatif sur nos perspectives en termes de commerce, d'emplois et de revenus ».


Horst Köhler avait une longue carrière de haut fonctionnaire, qu'il finit comme dirigeant du FMI, avant d'entrer pleinement en politique sous la bannière du CDU, le parti de Mutti Merkel. Qu'il est étrange de voir la presse qualifier généralement de gaffe ce propos sensé, auquel l'oligarchie allemande adhère.


Mais voilà, le peuple allemand est hostile à ses expéditions militaires en terres étrangères, notamment à celle d'Afghanistan. Alors il fallait lui concéder quelque chose, surtout après le comportement peu glorieux de l'État-major et la débandade lamentable de son aristocrate ministre !


Guy Béart chantait autrefois :

« (…) le premier qui dit se trouve toujours sacrifié (...) » (la vérité)



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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