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Notes économiques

Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 07:47

Patrick ARTUS, qui n’a rien d’un fantaisiste ni d’un alter mondialiste illuminé, a rédigé un petit bréviaire d’économie (« les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, 175 pages, 14,80 €), à l’usage des personnes qui constatent la faillite des experts sans avoir les armes pour les dénoncer.

S’ils ne le savent pas encore, ils sont beaucoup plus nombreux qu’ils ne le pensent eux-mêmes. 2 enquêtes réalisées en décembre 2006 montrent que 54 % des Allemands croient qu’il faudrait revenir au mark, et que pour 52 % des Français l’euro est une mauvaise chose.

 
Si les années passent et si les crises surviennent, les mêmes experts demeurent avec leur dogme. Prenons l’exemple américain.

Aux débuts des années 90, ce pays connaît une crise immobilière de grande ampleur : le nombre des logements en construction est divisé par 2. Pire : 50 % des Caisses d’Epargne (Savings and Loans) disparaissent pour avoir été trop actives sur le marché des prêts immobiliers, i.e. à cause de la défaillance des emprunteurs.
Aux débuts des années 2000, l’éclatement de la bulle Internet a constitué un véritable krach boursier, puisque la valeur des actions baisse de 50 %.
Durant l’été 2006, c’est à nouveau un effondrement de l’activité dans le secteur immobilier et une crise financière qui se propage.

 
A chaque fois, les enchaînements sont quasiment les mêmes.

De 1985 à 1990, la Réserve Fédérale (communément appelée FED) laisse les crédits immobiliers aux ménages progresser de 13 % par an en moyenne, avec un taux d’endettement qui passe de 68 % à 85 % de leur Revenu annuel.

La FED laisse filer parce que l’inflation oscille entre 2 et 3 %. Mais en 88-89, elle s’inquiète d’une inflation à 5 % et réagit aussitôt en montant les taux d’intérêt. Ce faisant, elle déclenche la crise, parce que les emprunteurs ne peuvent plus payer : de 91 à 93, 10 % des emprunteurs font défaut sur leurs crédits hypothécaires, ce qui entraîne la saisie de leurs maisons.

 

A partir de 1997, la FED laisse monter les cours boursiers, bien que dans un premier temps son Président Alan GREENSPAN ait dénoncé l’exubérance irrationnelle des marchés financiers. Puis le discours change et tend à légitimer cette hausse extravagante due aux gains de productivité obtenus par une diffusion rapide des nouvelles technologies… L’indice Nasdaq est multiplié par 6 entre 1995 et 2000 pour être divisé par 3 entre 2000 et 2003.

Dans la période euphorique, les entreprises s’étaient endettées, notamment pour acheter d’autres entreprises surévaluées : leur taux d’endettement passe de 37 % à 47 % du Produit Intérieur Brut (PIB). La crise boursière les oblige à se désendetter, ce qui aboutit à une baisse de l’investissement et au recul de l’emploi. En 2001, 5 % des entreprises américaines ont disparu, quand le taux normal est de 1 %.

Et la FED, nous direz-vous ? Parce que l’inflation oscillait entre 1,5 et 3 % et que le taux de croissance avoisinait les 4 %, la FED ne montera pas les taux d’intérêt à 3 mois au-dessus de la fourchette 5-6 %, ce qui aurait freiné l’emballement boursier.

 
A partir de 2002, on rejoue le même scénario. Les taux d’intérêt bas amènent une croissance forte de l’endettement immobilier des ménages, qui passera de 100 à 135 % en 4 ans du Revenu annuel, et des prix des maisons. La spéculation et la construction immobilières s’affolent.
Soudain, le marché réalise qu’il y a 4 millions de maisons invendues et que la remontée de 1 à 5 % des taux d’intérêt de la FED coïncide avec ce stock pléthorique.
L’intégration des crédits immobiliers dans des actifs financiers complexes (subprimes) favorise la généralisation de la crise aux autres marchés financiers.

 

« Dans les 3 crises, l’absence de réaction de la Réserve Fédérale à la hausse des prix des actifs (immobiliers ou actions) et à la hausse de la dette (des entreprises ou des ménages) vient de ce que ces évolutions voisinent avec l’absence d’inflation. Or, c’est bien sûr, l’inflation qui est au centre des préoccupations de la Banque Centrale. » (Patrick ARTUS, p.14)

 

Alexandre Anizy

Prochainement : Les archaïques des Banques Centrales , II

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 06:56

La croissance est de retour au 3ème trimestre 2007 : + 0,7 %, selon l’INSEE. Comment expliquer cette embellie ?

C’est d’une part un effet de rattrapage par rapport au 2ème trimestre et d’autre part l’onde de choc de la crise américaine des « subprimes » ne s’est pas encore propagée.

 
Pour 2008, les indicateurs sont mauvais :

  • Baril de pétrole à 100 USD voire plus ;
  • L’euro continuera de s’apprécier (> 1,50 USD ?) ;
  • L’inflation déjà à 2 % augmentera puisque les matières premières seront toujours à la hausse ;
  • Avec les effets de la crise américaine des « subprimes », conjugués aux effets de la politique monétaire de la BCE (hausse des taux pour lutter contre l’inflation), les banques durciront leur accès au crédit à la consommation ;
  • Puisque le pouvoir d’achat des ménages diminuera, du fait de l’inflation et de la hausse insuffisante voire la stagnation des salaires, la consommation faiblira, toutes choses égales par ailleurs ;
  • La situation de l’emploi devrait se dégrader du fait de la baisse des marges des entreprises.

Ajouter à tout cela un ralentissement plus fort que prévu de la croissance américaine, vous obtenez une possibilité de scénario à 1 % de croissance en 2008.

 
Alexandre Anizy

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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 07:13

Comme promis, l’INSEE a publié le 12 novembre les chiffres relatifs au chômage, après le gel décidé peu avant les élections présidentielles.
Comme prévu, l’INSEE est retombé sur ses pattes sans perdre la face.

Comment fait-on pour passer d’une révision à la hausse en mars à une stagnation du taux de chômage à 8,1 % pour le 2ème trimestre ?
Vous devinez la démarche, nous n’en doutons pas : le bidouillage.

3 changements méthodologiques ont été opérés :

  • L’alignement sur la définition stricte des chômeurs selon Eurostat, soit (0,7 point) ;
  • Relance des sondés permettant in fine de réévaluer à la baisse son estimation, soit (0,1 point) ;
  • Modification des méthodes de pondération de données et exclusion des personnes vivant en foyers, internats, hôpitaux, prisons, soit en tout (0,2 point).

Ainsi, contrairement à l’ANPE qui sortait des chiffres annonçant une baisse des demandeurs d’emploi dès 2005 dont le gouvernement de GALOUZEAU DE VILLEPIN se vantait mois après mois, le taux de chômage serait resté stable à 8,8 % de la population active en 2004, 2005 et 2006.

 

La révision à la hausse, bien que masquée, est de 1 point, selon le statisticien Thomas COURTROT.

Le chômage est donc au niveau de 2002.


Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 07:25

Ex stalinien (1), Jacques MARSEILLE entonne depuis quelques années maintenant son couplet libéral : il le fait avec talent et ironie, ce qui ne gâche rien, contrairement à Alexandre ADLER dont la culture encyclopédique a noyé le sens du discernement.
Ils ont enseigné à Paris VIII (université), au temps où cette université n’était pas sous la coupe d’un zigoto nommé Pierre LUNEL.

En 1983, l’historien Jacques MARSEILLE publiait un livre iconoclaste intitulé « vive la crise et l’inflation » (Hachette, 248 p.), où il défendait la thèse suivante (de mémoire) : les périodes de crise économique et d’inflation sont favorables à la population active qualifiée. Les statistiques qu’il produisait donnaient du crédit à son propos.

Rappelons ici que 1983 est l’année charnière où le francisquain MITTERRAND et sa clique tournaient le dos à une politique de gauche … pour entrer dans une chimère européenne, puisqu’il faut bien vendre quelque chose aux électeurs (« L’Europe, l’Europe, … » disait DE GAULLE en parlant de cabris).

Le 1 novembre 2007, dans son article du Point, Jacques MARSEILLE pense toujours que la crise est, somme toute, bénéfique. Aux travailleurs qualifiés ? Non, à la France ! (On notera ici l’évolution macroéconomique de Jacques MARSEILLE)  

« Alors, « vive la crise ! » si la prise de conscience de ceux qui nous gouvernent les amène à ne pas renouveler les mollesses anesthésiantes du chiraquisme et à s’engager dans la réduction massive des dépenses publiques, qui, partout ailleurs, a été le meilleur sinon le seul moyen de retrouver la croissance. »

On observera ici que, lorsqu’il était communiste, Jacques MARSEILLE honnissait les socialistes (ce mou MOLLET…) et que, parce qu’il est aujourd’hui libéral, il critique fermement le radicalisme corrézien de CHIRAC : Jacques MARSEILLE n’aime toujours pas les demi-mesures.

En 1983 comme en 2007, Jacques MARSEILLE met en exergue l’essentiel : la crise est bien devant nous. Les prévisions de l’OCDE pour la croissance américaine sont de 2 % au 3ème trimestre et de 1,5 % au 4ème trimestre (rythme annuel) ; la crise immobilière est loin d’être enrayée ; le montant des prêts subprimes sera plus élevé en 2008 que pendant la crise de l’été 2007.

« Or, dans le passé, 8 crises immobilières sur 10 ont débouché sur une récession, les 2 périodes y ayant échappé étant celles des guerres de Corée et du Vietnam, quand les dépenses militaires avaient servi de moteur de substitution. »

La prochaine guerre d’Iran fera-t-elle un bon moteur de substitution ?

La croissance en Europe va ralentir, alors qu’elle était déjà relativement faible par rapport à celles des autres zones économiques, avec notamment un taux de croissance de 1,8 % pour l’Allemagne en 2008, comme pour l’Italie et la France.

C’est pourquoi la crise est bienvenue selon Jacques MARSEILLE. Le moment est propice au grand chambardement tant attendu par certains : « (…) tous les pays qui ont su faire la « rupture » l’ont fait précisément pendant les périodes de vaches maigres. »

Par déformation professionnelle, Jacques MARSEILLE interroge le passé pour le « reproduire en mieux » dans un avenir proche : il veut retrouver la croissance… Est-ce un objectif réaliste ?

 

Quant à Olivier PASTRé, toujours professeur d’économie à Paris VIII, c’est la crise boursière qu’il reconnaît dans un article pour Libération (7 novembre) : il a toujours le même sens de la mesure et de la pondération.
« La crise boursière actuelle – qui n’est vraisemblablement pas terminée – va, comme toutes les autres crises qu’a connues le système capitaliste, accoucher du pire mais aussi du meilleur. »

Olivier PASTRé liste ensuite quelques aberrations dans la sphère financière qui ont conduit à cette crise pour en arriver à cette prudente conclusion : « Cette crise est donc, à ce stade, salutaire. Elle oblige tous les acteurs des marchés financiers à mener à terme leur examen de conscience. »

Olivier PASTRé est une âme bien-pensante, qui oublie qu’à terme les acteurs financiers glisseront à nouveau du statut de pompier à celui de pyromane, sans passer par la case introspection et repentance : n’est-ce pas la règle du jeu ?

Et pourquoi ne pas changer ces règles ? « La question de la régulation n’est évidemment pas, à ce stade, plus de régulation mais mieux… »
Il est donc urgent d’attendre … que la communauté financière fasse son autocritique et qu’elle redevienne l’éphore de l’économie de marché.

 

Résumons la situation : oyez, oyez, braves gens, n’ayez pas peur ! Les experts fautifs vont trouver par eux-mêmes les solutions aux problèmes qu’ils ont créés et nous permettre ainsi de rebondir. Comme avant.

 
A ce stade, comme dirait PASTRé, nous pensons que le temps de leur réflexion n’a pas été suffisant et que le logiciel des experts devrait être audité.

 
Alexandre Anizy

 (1) Par définition, tout membre du Parti Communiste est un marxiste-léniniste, dont STALINE est le parangon.

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 10:46

(Lire les notes (I) du 10 octobre, (II) du 18 octobre, (III) du 26 octobre, (IV) du 1 novembre, (V) du 5 novembre)

 
Quelle est la situation réelle de l’industrie du pétrole aujourd’hui ?

Les experts de l’Aramco (le consortium américain qui exploite le pétrole saoudien) estime que la capacité de production de l’Arabie Saoudite s’élèvera à 10,15 millions de barils/jour en 2011.

Les experts du ministère américain de l’énergie estime quant à eux que pour satisfaire la Demande l’Arabie devra extraire 13,6 millions en 2010 et 19,5 millions en 2020. En admettant que ces projections soient correctes, qu’en est-il de la faisabilité d’un tel niveau de production ?

« J’ai fait un constat effarant en progressant dans mon enquête : les chiffres concernant l’ampleur réelle des ressources pétrolières mondiales sont faux, qu’ils émanent des pays producteurs ou des compagnies pétrolières. Une véritable conspiration du silence et du mensonge. »  (Eric LAURENT, la face cachée du pétrole,  pocket 2007, p.260)

 
1ère découverte : les réserves totales des pays de l’OPEP ont connu une croissance de 65 %, passant de 467,3Milliards de barils en 1982 à 771,9 Milliards de barils en 1991, sans aucune découverte importante pouvant justifier cet écart !

En fait, grâce à un nouveau système d’évaluation en 1986, les réserves prouvées de l’Arabie Saoudite passent de 169 à 260 Milliards, celles de l’Irak de 49 à 100 milliards, etc. C’est un simple jeu d’écriture sans rapport avec la réalité.

En 2003, l’Iran a réévalué ses réserves : + 35,7 %. Explication : une amélioration du taux de récupération du pétrole, ce qui a suscité l’incrédulité chez tous les experts.

 
Pour Colin CAMPBELL, un homme du sérail devenu dissident (géologue britannique ayant travaillé pour Texaco, BP et Aramco) qui a fondé l’Association for the Study of Peak Oil (ASPO ; www.peakoil.net ) avec le français Jean LAHERRèRE à ses côtés, 46 % des ressources officielles sont fausses.

Que disent les spécialistes à la 2ème conférence sur le pic pétrolier organisée en 2003 par ASPO dans les locaux de l’Institut Français du Pétrole, et financée en partie par Total et Schlumberger ?

Exposé d’Olivier APPERT, Président de l’IFP (résumé par Eric LAURENT, déjà cité, p.265) : la production pétrolière mondiale diminue de 5 à 10 % par an, quand la demande croissante nécessite 60 millions de barils/jour de capacité supplémentaire.   

Matthew SIMMONS, banquier texan : « Ce que le pic pétrolier signifie réellement, en termes d’énergie, c’est qu’une fois atteint, il en sera fini de l’augmentation de l’approvisionnement (…). Il suggère aussi des prix de l’énergie élevée dans le futur. »

 

Concernant le pic pétrolier, il existe 2 écoles : ceux qui pensent qu’il se produira en 2010-2012, et ceux qui pensent qu’il s’est produit en 2005-2007.

Rappelons des faits : en 1999, le pic de production en Grande-Bretagne entraîne le pic de toute la Mer du Nord ; en 2001, la Norvège entame son déclin et celui de l’ensemble de la production des pays occidentaux (Amérique du Nord et Europe).

La production mondiale de pétrole stagne depuis fin 2004 autour de 84-85 millions de barils /jour. En 2005-2006, la consommation mondiale est en dessous de ce chiffre. Mais après septembre 2006, la consommation mondiale dépasse la production, ce qui provoque une baisse des stocks dans les pays industrialisés.

Printemps 2007 : rééquilibrage « saisonnier » du marché pétrolier.

Prévision pour le 3ème trimestre 2007 : l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) estime la consommation mondiale à 86,2 mb/j puis 88 mb/j au 4ème trimestre. La consommation mondiale ne devrait plus redescendre à 84-85 mb/j.

Dans ces conditions, la consommation mondiale devra être bridée soit par une forte hausse des prix du pétrole, soit par un ralentissement de l’activité économique provoqué par l’éclatement de la bulle immobilière aux USA par exemple.

 
La thèse d’Emmanuel BROTO, fondateur du site « Terre de brut », est que la période de transition 2004-2007 s’est achevée en juillet 2007 par le dépassement de l’offre par la demande : la hausse actuelle des prix en serait la confirmation. Toutes choses égales par ailleurs, plus les capacités de production diminueront, plus les prix augmenteront pour provoquer une récession économique ramenant la consommation au niveau de l’offre.

La thèse d’Emmanuel BROTO s’inscrit dans les analyses de Mr. BAKHTIARI, ingénieur (en retraite) au sein de la Société nationale iranienne du pétrole, qui prévoyait que la production de pétrole atteindrait un pic durant l’année 2006 puis déclinerait en 4 phases de 3 à 5 ans jusqu’en 2020 : chaque phase ayant un taux de baisse de plus en plus important.
Les prévisions de M. BAKHTIARI seraient confirmées si le niveau de la production mondiale de juillet 2006 n’était plus dépassé.
Pour Emmanuel BROTO, en juillet 2007, nous sommes dans la phase 1, au point d’impact entre l’offre et la demande.

 
Préparons nos mouchoirs … et nos porte-monnaie !

 
Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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