Quelque chose de Jacques Roubaud

Publié le par Alexandre Anizy

La mélancolie de Jacques Roubaud dans Quelque chose noir (Poésie Gallimard) charme le lecteur, parce que sa prose poétique a bonne mine. Un échantillon en guise de preuve ?

Dans l'espace minime (extrait)

Je m'éloigne peu souvent de cet endroit comme si l'enfermement dans un espace minime te restituait de la réalité, puisque tu y vivais avec moi.

A sa descente, comme à sa montée, le soleil pénètre, s'il y a du soleil, et suit son chemin reconnaissable, sur les murs, les planchers, les chaises, courbant, couchant les portes.

Je suis là beaucoup, à le suivre des yeux, à interposer ma main, sans rien faire, penser, complément d'immobilité.

Tu n'habites pas ces pièces, je ne pourrais dire cela, je ne suis pas hanté de toi, je n'ai plus, maintenant, que rarement l'hallucination nocturne de ta voix, je ne te surprends pas en ouvrant la porte, ni les yeux.

(...)