Le syndicat de Michel Batifoille

Publié le par Alexandre Anizy

La lutte est un combat. Nous adressons ce poème à Laurent Berger de la jaune CFDT.

Syndicat

pour Michel, Thierry, Jean-Paul

Avoir un beau stylo ne doit pas empêcher de réfléchir à l'usage qu'on en fait.

On peut signer un accord, un constat d'impuissance, un état des lieux d'aisance, un chèque en bois exotique, une reconnaissance de dette, un contrat à durée minuscule, des aveux circonstanciés, une lettre jusqu'à présent anonyme, un appel au secours, une pétition de principes, une déclaration d'amour déçu, un décret de la Providence, une ordonnance illisible, une loi de la nature, une condamnation sans appel.

On peut signer à tour de bras une infinité de papiers ; mais signer n'est pas l'affaire, avec qui on signe n'est pas sans importance. Ni contre qui.

Signer n'est pas toujours une conquête, une emprise sur le monde ; ce n'est alors qu'une renonciation, une démission, une défaite sans combat. Nous laisserons à d'autres célébrer les riches heures de la délégation de pouvoir.

Dynamisme du pluriel, richesse des différences, l'action et la réflexion collectives surpassent nos limites individuelles. Nous écoutons mais il ne faut pas se contenter des apparences. Impossible de s'y laisser porter. Entre les paroles et l'état des choses, les choix sont difficiles. Mais le tourbillon en se figeant nous étranglerait nous-mêmes dans ses noeuds coulants.

Et notre obstination à rester ensemble : rien de plus naturel et réconfortant ; rien de plus fragile pourtant.

Michel Batifoille

(dans la revue Europe, n° 1044 d'avril 2016)

Publié dans Notes culturelles