Le tort des poètes selon René Daumal
Les dernières paroles du poète
(extrait)
Le peuple était déjà bien trop terrorisé.
Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète
balance encore après sa mort.
Sous ses pieds les petits mangeurs de pourriture guettent cette charogne qui mûrit à la branche. Au-dessus de sa tête tourne son dernier cri, qui n'a personne où se poser.
(Car c'est souvent le sort ― ou le tort ― des poètes de parler trop tard ou trop tôt.)
René Daumal
(Le contre-ciel, Poésie Gallimard, février 2020)