Mercredi 9 juin 2010
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Peu à peu, inexorablement, l'Allemagne enferme l'union monétaire européenne dans son dogme monétariste pour son plus
grand profit. Redoutable négociatrice focalisée sur son intérêt national, Mutti Merkel n'a rien lâché en acceptant le plan de sauvetage de la Grèce, bien au
contraire.
Pour obtenir le feu vert allemand, les Européens ont dû s'engager à durcir le pacte de stabilité (qui limite les déficits
et les dettes des États membres) avec de nouvelles sanctions, et à nommer en 2011 Axel Weber comme Président de la BCE (le charme relatif des circonlocutions de l'euro
imperator Trichet disparaîtra au profit d'une litanie monétariste monotone : mais après tout, il n'était qu'une marionnette envoûtée par les ayatollahs germaniques, si l'on en croit
Yves de Kerdrel du Figaro).
Mieux que ça : lundi 7 juin, la soumission des budgets des États membres à l'examen de la Commission avant le vote des
parlements nationaux est adoptée par l'Eurogroupe. Si le principe de la souveraineté nationale n'est pas encore violé dans la lettre,
il l'est déjà dans la forme.
Lundi soir toujours, en bonne élève appliquée, Mutti Merkel a avancé un nouveau pion sur l'échiquier en annonçant une
cure d'austérité historique . Son exemple sera suivi.
Nous vous donnons la prochaine étape : forte d'une démonstration douteuse, l'Allemagne reviendra à la charge pour que les
États membres inscrivent dans leurs Constitutions un frein à la dette, comme elle l'a fait en 2009.
Mais en décidant de sauver la Grèce, Mutti Merkel a-t-elle pris un risque politique pour son pays ? Non, bien au
contraire. Faire semblant de tergiverser, pour finalement passer outre à l'opposition de son peuple pour toute opération de secours, lui permettait de masquer la réalité : en aidant la Grèce, ce
sont les banques allemandes (28 milliards d'euros de dette grecque sont inscrits dans leurs bilans : à elle seule, Hypo Real Estate, une banque sauvée par le contribuable allemand en 2009, en
détient 30 %) qu'elle a sorties d'un nouveau cataclysme. Pour Mutti Merkel, mieux valait désigner un bouc émissaire grec que de reconnaître l'échec de son plan de sauvetage du système bancaire
allemand en 2009.
Soyons juste : pour comprendre l'agitation française dans le dossier grec, il faut savoir que les banques françaises
seraient engagées à hauteur de 50 milliards d'euros, selon un rapport de la Barclay's Capital.
Il apparaît ainsi que la crise de l'euro n'est qu'un nouvel épisode de la crise bancaire. Une crise à laquelle le dernier
G20 n'a pas apporté de solutions concrètes et sérieuses.
Néanmoins, en réponse aux stimuli des financiers (i.e. les banques), les gouvernements européens prônent et préparent
toujours plus d'austérité. La descente en Enfer paradisiaque de la pureté monétaire achèvera la construction chimérique de l'Europe technocratique au service exclusif de
l'oligarchie.
Alexandre Anizy
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