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Notes économiques

Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 11:17

On peut être un économiste hétérodoxe et un excellent pédagogue : c'est ce que Laurent Cordonnier vient de prouver avec sa fable titrée « l'économie des Toambapiks » (Raisons d'agir éditions, mars 2010, 232 pages, 8 €).

 

Un jeune professeur assistant de sciences économiques du Massachussetts Institut of Technology (MIT) a accepté une mission chez les Toambapiks : sous son impulsion, d'une économie agraire harmonieuse ils vont passer aux joies et aux affres de l'économie capitaliste avancée.

C'est une fable bien troussée, puisqu'elle réussit le tour de force d'expliquer simplement les principaux mécanismes économiques.

 

Pour ceux qui veulent comprendre les rouages de l'économie sans se coltiner les travaux des maîtres, et même pour les étudiants de 1ère année d'économie politique (nous préférons ce terme plus conforme à la réalité), ce livre constitue une bonne présentation du fonctionnement macroéconomique des sociétés. Par exemple, le concept d'économie monétaire de production, que nous avons déjà évoqué dans des notes précédentes (notamment celles concernant l'économiste Edwin Le Héron), vous deviendra familier.

 

 

Les étudiants de Laurent Cordonnier connaissent-ils leur chance d'avoir un enseignant aussi pédagogue que bien affûté théoriquement ?

 

 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 17:54

Plongée dans un isolement autistique, l'Allemagne de Mutti Merkel persiste dans la défense de ses intérêts nationaux par-dessus tout en décrétant un plan d'austérité de 80 Milliards d'euros. Aussitôt, elle métastase dans l'Europe vassalisée.

Le Royaume-Uni a déclaré une cure d'austérité de 106 Milliards d'euros.

En France, le gouvernement ne dit encore rien et les médias dociles n'informent pas. Pourtant, Claude Guéant, qui agit parfois comme un grand chambellan de la Maison Élyséenne, s'est exprimé lundi 21 juin dans le Financial Times (quotidien économique anglais) pour dire que « nous devons faire plus, bien sûr. Beaucoup plus. », que le programme de réduction présenté par François Fillon. Les marchés ayant bien compris et accueilli cette nouvelle (l'écart de taux entre l'Allemagne et la France, qui était de 50 points de base il y a 10 jours, est revenu à 35 points le jour même), Claude Guéant a pu ensuite évoquer une sur-interprétation de son propos par les Anglais, comme Bercy de son côté démentait l'existence d'un plan bis d'austérité.


L'enfumage ne peut se pratiquer qu'avec la complaisance des relais d'informations.


L'austérité budgétaire décrétée en Europe peut miner toute l'économie mondiale, toutes choses égales par ailleurs. Cette décision de l'Union Allemande devrait être « considérée comme un acte de guerre mercantiliste contre les Etats-Unis », comme l'écrit Martin Wolf. Par conséquent, l'administration américaine ne devrait pas tarder à répliquer en adoptant par exemple des mesures protectionnistes.

« Europe 2010 : en route vers les années trente », écrivions-nous le 9 juin : http://www.alexandreanizy.com/article-europe-en-route-vers-la-crise-des-annees-trente-51986795.html

Pour Martin Wolf, les choses sont claires aussi : « Toute stabilisation budgétaire qui soutient la croissance est la bienvenue. Une stabilisation budgétaire prématurée qui saperait cette croissance serait une nouvelle folie. » [ndAA : c'est nous qui soulignons]


 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 08:11

Depuis le commencement de la crise en 2007, la renommée de l'américain Nouriel Roubini est à son zénith. En effet, il fut l'un des rares économistes à entrevoir la "crise des subprimes". Depuis cette date, la pertinence de ses analyses ne s'est pas émoussée.


Alors que pense-t-il des perturbations dans la zone euro ?


« Le problème principal de l'Union monétaire, au-delà des déficits excessifs, est que certains pays ont perdu en compétitivité. »

C'est incontestable.

« In fine, la seule option pour éviter un éclatement de la zone euro et regagner en compétitivité est de faire plonger l'euro. »

C'est une proposition insuffisante, puisqu'elle ne règle pas le problème de la compétitivité à l'intérieur de la dite zone.

Si l'éclatement de l'euro se produit, il ne résulterait que de la perte d'un ou deux membres, ce qui ne poserait pas de problèmes majeurs dans la mesure où le processus serait ordonné. Si plusieurs pays abandonnent l'euro, l'Europe se reconfigurerait autour d'un noyau dur de quelques pays.


Que pense-t-il des plans de rigueur ?


« Augmenter les impôts et réduire les dépenses est socialement douloureux. Mais quelle est l'alternative ? (…) Quant à la solution qui consisterait à "imprimer de l'argent", cela conduirait à créer une inflation galopante. L'austérité n'est pas une option facultative. »


Dans un cadre théorique qui a démontré ses limites, Nouriel Roubini pense sans se voiler la face. C'est pourquoi son analyse de la situation mérite notre attention. Mais dès qu'il s'agit de remédier aux dysfonctionnements du système, ou encore plus modestement de sortir de la "zone dangereuse", comme il dit, il rabâche les vieilles recettes en oubliant les leçons du passé, comme tant d'autres.

Il nous fait penser à Jacques Attali, l'imagination en moins.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 06:46

 

Si l'économie politique n'est pas une science exacte, elle a quand même dégagé quelques lois vérifiées dans les faits. Par exemple, en macroéconomie, la théorie dit qu'une union monétaire ne peut pas fonctionner sans mécanisme de coordination budgétaire. Les dogmatiques allemands sous la férule du chancelier Helmut Kohl, par intérêt national, ont substitué à cette nécessaire coordination l'utopique pacte de stabilité, qui est un instrument arbitraire et insensible aux conjonctures économiques.

Suite aux secousses financières et monétaires déclenchées par la crise grecque, les ministres des Finances des 27 ont durci les règles de ce pacte inopérant, ce qui prouvent qu'ils n'ont rien appris des erreurs passées. A leur décharge, force est de constater que bien des économistes patentés sont dans le même bateau ivre.


En 1982, les créanciers souverains du Mexique ont refusé de voir le problème de solvabilité, arguant d'un simple problème transitoire de liquidité. Résultat : 10 ans perdus pour l'Amérique Latine, à qui le Fonds Monétaire International (FMI, déjà dirigé à l'époque par un Français, Jacques de Larosière, qui ne se prétendait pas socialiste comme aujourd'hui Dominique Strauss-Kahn l'ami du CAC 40) a imposé des plans d'austérité stériles. Leur calvaire a pris fin à partir de l'initiative Brady, quand les dettes ont été restructurées … et quand les banques ont pu solder leurs créances.

Pour la Grèce, cette solution pleine de sagesse n'a pas été retenue en 2009. Grâce à la complicité des agences de notation, les titres de la dette publique des pays comme le Portugal et l'Espagne ont été contaminés.


Le durcissement du pacte de stabilité et les différents plans d'austérité annoncés constitueront une compression extraordinaire des dépenses publiques dont le résultat sera la déflation compétitive. C'est à dire la reproduction de la politique économique instaurée en Allemagne par le chancelier Schröder (un socialiste, paraît-il). Or l'Allemagne n'a survécu à ces saignées que grâce à ses exportations mirobolantes … dont 75 % des excédents étaient réalisées sur le dos de l'Europe !

Aujourd'hui, compte tenu de son niveau élevé d'endettement, le secteur privé européen ne pourra pas suppléer la baisse de la composante publique de la demande. En conséquence, toutes choses égales par ailleurs, nous allons entrer dans le cercle infernal de la déflation, de la récession et de l'augmentation de la valeur réelle des dettes. C'est à dire la situation du bloc-or en 1932-1936, après la dévaluation de la livre sterling en septembre 1931.


L'Europe est en route vers le passé : les années trente précisément (1).



Alexandre Anizy


  1. : même si nous répétons nos critiques par rapport à son livre, nous disons aussi à nouveau combien François Lenglet était bien seul en 2007 lorsqu'il publia son livre. Nous vous renvoyons à l'ensemble de nos notes concernant cet ouvrage :

    http://www.alexandreanizy.com/article-21885743.html

    http://www.alexandreanizy.com/article-22073809.html

    http://www.alexandreanizy.com/article-22126004.html

    http://www.alexandreanizy.com/article-22151045.html

     


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 00:59

 

Peu à peu, inexorablement, l'Allemagne enferme l'union monétaire européenne dans son dogme monétariste pour son plus grand profit. Redoutable négociatrice focalisée sur son intérêt national, Mutti Merkel n'a rien lâché en acceptant le plan de sauvetage de la Grèce, bien au contraire.


Pour obtenir le feu vert allemand, les Européens ont dû s'engager à durcir le pacte de stabilité (qui limite les déficits et les dettes des États membres) avec de nouvelles sanctions, et à nommer en 2011 Axel Weber comme Président de la BCE (le charme relatif des circonlocutions de l'euro imperator Trichet disparaîtra au profit d'une litanie monétariste monotone : mais après tout, il n'était qu'une marionnette envoûtée par les ayatollahs germaniques, si l'on en croit Yves de Kerdrel du Figaro).

Mieux que ça : lundi 7 juin, la soumission des budgets des États membres à l'examen de la Commission avant le vote des parlements nationaux est adoptée par l'Eurogroupe. Si le principe de la souveraineté nationale n'est pas encore violé dans la lettre, il l'est déjà dans la forme.


Lundi soir toujours, en bonne élève appliquée, Mutti Merkel a avancé un nouveau pion sur l'échiquier en annonçant une cure d'austérité historique . Son exemple sera suivi.

Nous vous donnons la prochaine étape : forte d'une démonstration douteuse, l'Allemagne reviendra à la charge pour que les États membres inscrivent dans leurs Constitutions un frein à la dette, comme elle l'a fait en 2009.


Mais en décidant de sauver la Grèce, Mutti Merkel a-t-elle pris un risque politique pour son pays ? Non, bien au contraire. Faire semblant de tergiverser, pour finalement passer outre à l'opposition de son peuple pour toute opération de secours, lui permettait de masquer la réalité : en aidant la Grèce, ce sont les banques allemandes (28 milliards d'euros de dette grecque sont inscrits dans leurs bilans : à elle seule, Hypo Real Estate, une banque sauvée par le contribuable allemand en 2009, en détient 30 %) qu'elle a sorties d'un nouveau cataclysme. Pour Mutti Merkel, mieux valait désigner un bouc émissaire grec que de reconnaître l'échec de son plan de sauvetage du système bancaire allemand en 2009.

Soyons juste : pour comprendre l'agitation française dans le dossier grec, il faut savoir que les banques françaises seraient engagées à hauteur de 50 milliards d'euros, selon un rapport de la Barclay's Capital.


Il apparaît ainsi que la crise de l'euro n'est qu'un nouvel épisode de la crise bancaire. Une crise à laquelle le dernier G20 n'a pas apporté de solutions concrètes et sérieuses.


Néanmoins, en réponse aux stimuli des financiers (i.e. les banques), les gouvernements européens prônent et préparent toujours plus d'austérité. La descente en Enfer paradisiaque de la pureté monétaire achèvera la construction chimérique de l'Europe technocratique au service exclusif de l'oligarchie.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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