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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 11:51

 

Professeur à Paris 8, Olivier Pastré affirme aujourd'hui dans Libération que le scénario de la sortie de l'euro pour la Grèce serait un suicide. A la lecture de cet entretien, il apparaît surtout que « pour le reste de l'Europe (…) la facture à payer serait élevée », ce qu'il vaut mieux éviter en plombant un vilain canard de l'oligarchie européenne, n'est-ce pas ? Dans ces conditions, à qui sont réservés les bienfaits d'un patriotisme économique bien compris ?

 

Sur ce sujet, le patriotisme économique étant alors un thème porteur, le professeur Olivier Pastré, noble banquier tunisien au temps du dictateur Ben Ali, avait décidé en septembre 2006 d'apporter ses lumières au public dans un livre titré « la méthode Colbert » (Perrin, 228 pages, 17,50 €). Comme d'habitude, nous n'avons pas été déçus par le bonhomme.

 

Quand, dans l'introduction, ils lisent ceci :

« Les marchés financiers dictent leur loi. La communication a envahi la sphère politique. La nation française elle-même n'est plus qu'une subsidiarité de l'Europe. » (p.13) ;

d'aucuns pourraient penser que l'auteur, diplômé d'une université américaine, a viré sa cuti, faute de connaître la méthode Pastré. Car, logé dans les méandres d'un raisonnement soporifique, le noyau dur de la pensée néolibérale est affirmé sans hésitation ni argumentation. Prenons un exemple.

 

« Les délocalisations sont inévitables. (…) Il faut donc s'y faire et, en même temps, en relativiser les conséquences. » (p.117)

Un économiste fataliste donc, qui sent bien que son rôle est d'expliquer inlassablement l'inéluctabilité d'un phénomène inoffensif, puisque

« (…) les délocalisations ne modifient en rien l'ancrage d'une entreprise à son territoire national. » (p.118),

prouvant ainsi qu'il néglige le transfert du savoir-faire industriel en ne voyant que la surface capitalistique des choses ;

mais de toute façon,

« On peut donc avancer. Il le faut. C'est impératif, car il n'y a pas d'alternative. Un échec complet du cycle de Doha (...) » (p.89) ;

faire l'apologie du libre échange, avec un accent thatchérien, dans un livre qui prétend rendre efficace la thèse du patriotisme économique, c'est le genre d'enfumage coutumier de cet économiste bien en cour.

 

 

En matière de pédagogie, le professeur Pastré n'a jamais eu la moyenne (puisqu'il apprécie les évaluations, nous lui donnons sa note – et nous savons de quoi nous parlons). Un exemple.

Il raconte qu'en 2005 une rumeur d'OPA sur Danone par Pepsi-Cola parcourait les marchés financiers (quelques spéculateurs en profitèrent forcément), les salles de rédaction, et même le milieu politique : « (…) il ne s'agissait que d'une intox. » (p.16) C'est tout.

Mais l'issue de cette troublante affaire (une enquête n'a-t-elle pas été menée?) est relatée sans faire de lien et en termes si vagues que le lecteur non averti sera bien en mal de décoder le propos : « Faut-il défendre nos entreprises opérant dans des secteurs sensibles contre d'éventuels raiders étrangers ? Là aussi, le saupoudrage est la règle (les casinos ont ainsi été considérés, pendant un temps, comme des entreprises stratégiques ; Danone – encore lui – a dû se réjouir, qui possède le casino d'Évian...). » (p.30) En réalité, cette rumeur d'OPA a donné naissance à un amendement de loi (que d'aucuns ont nommé "Danone") qui stipulait que le rachat d'un casino était soumis à une autorisation de l’État.

Pour un bon pédagogue, il y avait de quoi expliquer, par exemple, les concepts de manipulation de cours, de lobbying, de "pilule empoisonnée". Mais pas chez Pastré, où on évoque, on cite sans dire, on raille en langage sibyllin.

 

 

En matière de rigueur intellectuelle, le professeur Pastré aura toujours des lacunes, surtout sur les sujets qui clivent. Exemple.

« La révolution libérale du début des années 1980, impulsée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, n'a pas eu d'autre objectif que d'enrayer ce cercle vicieux. » (p.26)

C'est-à-dire "ce mode de régulation" "reposant sur l'intervention de l’État jusque dans la direction des entreprises, avait tendance à déresponsabiliser" les créateurs de richesse (comprendre les actionnaires, les entrepreneurs, les managers), "reposant sur une inflation auto-entretenue" ; pour résumer : « Le pari avait été fait, au cours de cette période, du salarié contre le rentier. » (p.25) Et non pas seulement la « stagflation, enfant adultérin de la stagnation et de l'inflation », comme la présente avec légèreté le professeur Pastré, qui n'ignore pas que le néolibéralisme est un projet de politique globale, un choix de société, et non pas un simple "policy mix".

 

 

Malgré ou à cause de ses défauts, la méthode Pastré séduit les médias : ça ne les remonte pas dans notre estime.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

: lire les notes passées consacrées à quelques articles d'Olivier Pastré.

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 06:22

 

Pierre Willi est un homme sympathique, absolument pas mielleux, qui dédicaçait récemment ses livres au Touquet, la station des quatre saisons (paraît-il) : curieux et avenant, nous avons acheté « le mystère Verwoorde » (Ravet-Anceau, novembre 2010, 256 pages, 10 €)

 

Force est de constater que nous abandonnâmes la lecture au bout de 2 chapitres (soit 20 pages). L'auteur a tellement parsemé sa prose de tout et de petit que nous proposons une réponse à la question qu'il pose à la page 55, « comment écrire un livre avec toutce verbiage insipide ? » : en en faisant une bouillabaisse assommante.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 09:58

 

Jonathan Rabb est un Américain cultivé (oxymoron?), puisqu'il a écrit un polar subtile autour de l'assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg en janvier 1919, à Berlin. (« Rosa », poche 10/18 juin 2011, 568 pages)

 

N'y cherchez pas un récit du mouvement spartakiste. Seulement une peinture de la ville en toile de fond, juste l'esquisse d'un portrait psychologique de Rosa la Rouge nécessaire à la structure narrative, d'un trait délicat puisque Rabb fait ici dans la dentelle. Il n'empêche qu'historiquement fondé, ce livre permettra à d'aucuns d'en apprendre sur cette période allemande.

Pour cela, ils devront peut-être vaincre leur impatience, car l'intérêt ne vient que lentement : est-ce à cause du style sobre et académique ? Mais une fois saisis par l'intrigue, ils voudront connaître non pas la fin mais la résolution de l'enquête, qui nous a laissé sur notre faim.

 

Quoi qu'il en soit, vous pouvez prendre du Rabb avec Rosa !

 

 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 15:01

 

Lorsque vous poussez la porte d'une librairie, il convient de temps en temps de vous laisser porter par l'humeur du jour, de céder à une envie spontanée.

 

Ce samedi-là, Bernard Cornuaille dédicaçait son 2ème livre, « l'Évêché » (éditions Aristote, mai 2010, 408 pages, 18 €). L'auteur étant bien organisé, nous pûmes parcourir une 4ème de couverture plastifiée, qui suscita notre curiosité malgré les maladresses de la présentation.

 

« l'Évêché » est un thriller qui évoque le Moyen-Âge, les moines et les rites sataniques dans les environs de Reims, puis de Marseille. Bernard Cornuaille raconte dans un style très sobre une traque qu'il a remarquablement structurée.

 

Au lieu de lire une énième enquête d'un policier californien ou d'un médecin légiste de Virginie, osez l'ouvrage d'un obscur écrivain français, parce qu'il vaut bien un Donald Harstad dont les médias ont rendu compte des publications grâce au bon travail de l'éditeur et de son attaché de presse, ce dont le Rémois n'a pas bénéficié.

 

Si vous voulez sortir des sentiers balisés par la Profession, pour une lecture d'automne près de la cheminée qui crépite, par exemple, vous pouvez vous taper « l'Évêché » de Bernard Cornuaille.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

: mauvais titre, au demeurant.

 : quelle idée saugrenue d'appeler ainsi une maison d'édition !

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 11:08

 

Nous avons essayé de lire « savoir-vivre » de Hédi Kaddour (Gallimard, janvier 2010, bouquinel de 178 pages). Force est de constater que nous avons abandonné à la page 26, après avoir lu ceci :

« Lena avait appris à repérer les signes, la façon dont il se rapprochait de l'entrée tout en lui parlant avec gentillesse, les premières fois elle avait été prise au dépourvu, puis elle s'était adaptée, elle essayait de contrôler, elle se glissait dans la partie du salon qui précédait l'entrée. Thibault devait passer devant elle pour sortir. »

Nous ne supportions plus ces phrases interminables, empilement de données furtives, comme si l'auteur aurait refusé de trier les éléments de son tableau. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que nous ne succombions pas à la passion amoureuse évoquée en ce début de roman.

 

Quand il enseigne la littérature et l'art d'écrire (mon Dieu, que d'élèves torturés !), il paraît qu' Hédi Kaddour ne supporte pas les adverbes, notamment ceux qui finissent en "ment" ; il comprendra alors – du moins nous l'espérons -, qu'on se refuse à peiner sur des livres encombrés d'histoires secondaires, de propositions inutiles et jamais subordonnées, qui confinent l'ouvrage dans une littérature de bazar, où l'on confondrait accumulation de mots avec style pointilliste.

Bref, ce livre de Kaddour n'est pas un cadeau.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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