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Notes économiques

Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 17:23

 

En 2007, Jacques Attali n'a pas vu venir la crise systémique de l'économie mondiale, mais il en a perçu la gravité quasiment depuis son déclenchement, contrairement au "prétentieux meilleur économiste de gauche" Dominique Strauss-Kahn, l'ami du CAC 40, qui faisait la leçon en petit maître infatué : (re)lire la note http://www.alexandreanizy.com/article-15723746.html .


Conscient qu'il faut « remettre en question la définition marchande du mieux-être », Attali comprend qu'il s'agira « bien d'une mutation radicale de la nature même des biens matériels produits et de leur rapport avec le temps, les sensations et les sentiments. » (Express du 17 décembre 2009) Il forge alors le concept de l'adéqroissance, en affirmant que « cette mutation exigera d'énormes investissements qui se traduiront, longtemps encore, par une forte croissance de la production matérielle, devenue adéquate, c'est-à-dire de plus en plus économe en énergie et (…) tournée vers des réalisations immatérielles, faites de gratuité et d'altruisme, de spiritualité et de plénitude. » (idem).

C'est encore une proposition transcendantale, voire eschatologique.


Mais, dédouané par son espérance d'un mieux-être spirituel sans indigence, il peut répondre aux questions présentes par des recettes fortement teintées de libéralisme (voir par exemple les recommandations de sa Commission pour la croissance), conformes finalement à l'état d'esprit général. En janvier 2008, c'était la croissance (chopée avec les dents s'il le faut … souvenez-vous de 2007), et en 2010, c'est l'évitement d'une « impasse économique, financière et sociale à l'horizon 2020 », grâce à l'assainissement des finances publiques (autrement dit, la réduction des dépenses de l'Etat dans un environnement économique de stagnation …).

En économie, l'oracle Attali suit en fait la tendance dominante.



Et puis concernant l'Union Allemande, Attali se berce d'illusions, comme tant d'autres. « L'arrogance allemande n'est que le reflet de notre incapacité à proposer une stratégie européenne, faite d'équilibre national et de relance collective. » (express 26 mai 2010).

Une analyse bizarre, puisque c'est bien Mutti Merkel qui a bloqué, tergiversé sur le plan de sauvetage des banques, qui a feint d'hésiter (pour cause d'élection régionale, de toute évidence : un comportement "populiste", comme disent d'ordinaire les politologues à l'encontre de tout homme politique qui flatte les "mauvais penchants" de l'opinion – selon le politiquement correct) dans la crise grecque pour finalement imposer le FMI américain dans le sirtaki financier, annihilant du même coup l'espoir d'une autonomie politique et économique de l'Union Allemande (i.e. L'UE), qui refuse toute idée de relance en Allemagne et le prouve concrètement en exposant ces jours-ci un programme d'augmentation de la TVA et des impôts …

Que faut-il de plus pour ouvrir les yeux de Jacques Attali ?


Par ailleurs, nous précisons que le terme d'arrogance allemande ne correspond pas à la réalité : que Mutti Merkel défende prioritairement les intérêts de son peuple, comme les chanceliers précédents l'ont fait, non sans brio (Helmut KOHL n'a-t-il pas roulé dans la farine diplomatique le francisquain Mitterrand lors de la réunification allemande et la création de l'euro ?), nous semble une bonne chose, du point de vue démocratique, qui n'a strictement aucun rapport avec une quelconque attitude déplaisante.

Non, ce qui est vraiment affligeant dans cette affaire, c'est que l'oracle Attali se comporte comme les autres cabris français.



Alexandre Anizy


 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 06:22

Le plan européen de 750 Milliards d'euros répond momentanément au déchaînement de la spéculation financière, en levant 2 tabous d'importances inégales : la levée mineure est la garantie offerte notamment par l'Allemagne aux emprunteurs en délicatesse avec le marché ; l'achat sans limite par la BCE de dettes publiques sur le marché secondaire constitue la levée majeure, parce qu'elle signifie que les banques engluées dans la dette grecque pourront se défaire de ces actifs pourris (selon les critères du marché). Autrement dit, les spéculateurs sachant désormais qu'il y a un acheteur en dernier ressort dans l'euro land, ils vont pouvoir reprendre les petites affaires et les grandes manoeuvres : « business as usal », comme ils disent.

Ayant été très sollicité dans les médias pour commenter l'événement, l'écono-globish Daniel Cohen usa d'un euphémisme fort imagé : « Parmi les banques, ce sont surtout les banques grecques qui bénéficieront du plan, car le risque de faillite est écarté. Les autres banques de la zone euro seront aussi soulagées. »


A moyen terme, le problème financier de la Grèce n'est pas résolu, car « il est difficile de croire que la Grèce puisse échapper à la restructuration de sa dette », écrit Martin Wolf dans son article "Grèce : pourquoi le plan échouera". A moyen terme, « sans signe de constitution rapide d'Etats-Unis d'Europe, hurlent aujourd'hui les marchés, mais aussi Stiglitz, l'euro ne survivra pas. » martèle le dogmatique Pierre-Antoine Delhommais dans le quotidien vespéral.



En conclusion, nous soulignons l'euphorie des marchés dès l'ouverture lundi matin, parce qu'elle montre concrètement leur satisfaction d'avoir obtenu la garantie du remboursement des dettes des Etats et acquis la certitude d'une purge généralisée en Europe. Autrement dit, on va « pomper la richesse des salariés et des contribuables vers les actionnaires et les financiers », comme le résume bien Thomas Coutrot.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 10:01

A travers le cas de l'agent examinateur Moritz Kraemer (Responsable Europe de la notation des pays chez Standard & Poor's), nous avons déjà révélé la logique débile qui justifie les notes de son agence. Voir les articles suivants :

http://www.alexandreanizy.com/article-27525105.html

et

http://www.alexandreanizy.com/article-mauvaise-note-pour-moritz-kraemer-de-standard-poor-s-44167373.html


Aujourd'hui, nous montrons l'incompétence – c'est un euphémisme – des mêmes agences à travers le cas Abacus 2007-AC1, le portefeuille de titres de créances variées (CDO, collaterized debt obligations) qui vaut quelques soucis passagers, car au bout du compte, ils n'écoperont d'aucune sanction puisque toutes les précautions juridiques ont été prises, à la Banque Goldman Sachs.

Rappelons les faits. Le propriétaire d'un fonds spéculatif, John Paulson, qui veut miser en Bourse sur la baisse d'un titre, demande à Goldman Sachs de créer, avec l'aide du cabinet "structureur" ACA Capital, et placer un CDO : ce sera Abacus 2007-AC1, présenté le 26 février 2007. Ce CDO reposait sur 90 titres adossés à des prêts immobiliers dits "subprime" ou "midprime", référencés par un organisme légal, le Cusip, dont les données sont accessibles au milieu financier.

« L'information est disponible, mais chaque titre subprime est rédigé sur 50 à 60 pages et souvent différemment selon les juristes. Il eût fallu mobiliser du personnel adéquat pour éplucher les 5.700 pages du dérivé de dette Abacus. » Rama Cont, directeur du Centre d'ingénierie financière de l'université Columbia.

Si on prend le premier paquet titrisé de la liste Abacus (numéro 00075QAM4), il avait obtenu la note BBB chez Standard & Poors et Fitch, la note Baa2 chez Moody's, soit des notes juste au-dessus du niveau spéculatif. Ceux qui le voulait pouvait découvrir que c'était un actif pourri, puisqu'en février 2007, au moment où Goldman Sachs le présente, il a déjà perdu plus de 76 millions de dollars, soit un niveau extraordinaire d'insolvabilité des emprunteurs (7,05 %) atteint en 6 mois ! Malgré cette performance dans la pourriture, la note BBB ne sera pas modifiée.

Et maintenant le tour de magie de 2 agences de notation (Moody's et Standard & Poor's) : des titres notés BBB ou pire, synthétisés dans Abacus 2007-AC1, obtiendront le fameux AAA, indispensable sésame pour une émission sur le marché. Pourquoi ? C'est un mystère.

Pire ! Selon l'expert, ces dites obligations n'étant en fait que des produits dérivés d'obligations de dettes n'auraient jamais dû être notées !


Rappelons encore que ces mêmes agences de notation accordaient le fameux AAA pour Enron, Freddie Mac, Fannie Mae, à la veille de leurs effondrements.

Et ce sont des zozos de cet acabit qui allument les feux de la spéculation boursière contre la Grèce, le Portugal (1), etc …


Ces agences de notation opaques sont de véritables fléaux, que le gouvernement français devrait sans délai mettre hors d'état de nuire parce que, comme l'affirmait De Gaulle, la politique de la France ne se décide pas à la corbeille … de Marc Ladreit de Lacharrière par exemple (en dernière analyse, le patron de l'agence de notation Fitch).



Alexandre Anizy

 

(1) : l'agence Moody's a déclaré hier qu'il y avait une « très forte probabilité » pour qu'elle dégrade, « d'ici à trois mois », la note du Portugal d'un ou deux crans … suivant ainsi la dégradation de Standard & Poor's d'il y a huit jours. Le feu est ainsi bien entretenu (voir hier la baisse de l'euro sur les marchés, la chute des Bourses).


P-.S. : dans son éditorial du 5 mai, le Monde, dont la situation financière est calamiteuse, défend les agence de notation. Ne chercher aucun rapport évidemment.

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 11:09

 

Le problème financier de la Grèce va être momentanément résolu ces jours-ci. Puisque les échéances politiques et l'état de l'opinion en Allemagne comme la fragilité du pouvoir légitime grec étaient connues depuis des mois, l'hypothèse d'un choix délibéré d'une pression extérieure progressive sur le gouvernement de Papandréou, pour obtenir une saignée importante qui ne guérira pas le malade, ne peut pas être écartée. Pour autant, les problèmes économiques et sociaux de la Grèce ne seront pas finis.

A notre avis, une autre stratégie d'économie politique n'a été débattue - sauf erreur de notre part - que de manière fragmentée par les "spécialistes" : c'est pourquoi il nous paraît intéressant d'en présenter un schéma général.


L'Union Allemande va finalement présenter sa "potion magique" complémentée par le FMI, qui obtient ainsi la légitimité de ses futures interventions directes dans les affaires grecques. Si la question de trésorerie est réglée, rien d'autre ne l'est réellement :

« le problème immédiat de la Grèce, ce sont les taux d'intérêt élevés dont elle doit s'acquitter. Lui proposer des liquidités à un taux écrasant, alors que le pays n'a pas accès au marché, ne ferait qu'aggraver son problème de solvabilité. » (Martin Wolf, le Monde du 7 avril 2010)

Il est bon de rappeler que les importants déficits budgétaires dans la zone euro sont des symptômes de la crise et non pas la cause : « Aussi les catastrophes budgétaires actuelles résultent-elles, en définitive, d'un recours à une politique monétaire accommodante [de la BCE, ndAA) mise en oeuvre pour compenser la faible croissance de la demande dans le centre de la zone euro, et, en premier lieu, en Allemagne. » (Martin Wolf)

La réduction budgétaire drastique promise par le gouvernement grec « paraît irréalisable, vu l'absence de politique monétaire et de flexibilité du taux de change » (Martin Wolf) Le FMI, qui est spécialiste en matière de balance des paiements, n'a aucune expertise en matière d'endettement (la Grèce est rongée par son service de la dette) :

« Personne sur les marchés, qui déterminent le destin des pays endettés, ne croit en effet que le Fonds Monétaire International réussira à imposer aux Grecs des conditions politiquement inacceptables ». (Jacques Attali, Express du 18 avril 2010)

En conséquence, la Grèce paiera de plus en plus cher ses emprunts et sera acculée au défaut de paiement, toutes choses égales par ailleurs. C'est pourquoi la solution de suspendre le paiement de la dette publique (voir Charles Wyplosz, le Monde du 28 avril 2010) est le première décision d'un plan de sauvetage alternatif, puisqu'elle aurait permis aux Grecs de négocier sans couteau sur la gorge le rééchelonnement de leur dette, tout en se donnant un peu de temps pour restaurer son budget.

Seulement voilà, les banques europénnes (notamment BNP et Deutsche Bank) sont les gros créanciers de la Grèce : si elles plongent, c'est un nouveau plan de sauvetage en perspective … à moins de laisser à leur sort les mauvaises banques (i.e. celles qui ont prêté à un client déjà surendetté, comme la Grèce). Le lobby bancaire a su se faire entendre, puisque la solution du défaut de paiement a d'emblée été écartée par les gouvernements européens …


Mais une suspension de paiement ne constitue pas en soi un programme d'économie politique : elle donne du temps pour négocier sereinement, tout en empêchant les caisses de l'Etat de se vider. Dans le schéma général d'une autre stratégie d'économie politique, la sortie de l'euro est la deuxième décision, capitale, parce qu'elle donnerait la maîtrise de la politique monétaire et la flexibilité du taux de change (voir Martin Wolf ci-dessus).

Nous n'aborderons pas ici les enjeux d'une sortie de l'euro (voir nos notes économiques sur ce sujet).

Parce que cette deuxième décision est lourde de conséquences, elle doit s'inscrire dans une vaste stratégie économique cohérente.


La troisième décision, c'est la relocalisation de la dette publique, car « pour s'affranchir du pouvoir de bailleurs abusifs, il faut changer de bailleurs. » (Frédéric Lordon, le Monde diplomatique, mai 2010)

Prenons un exemple. Le Japon n'a pas cédé aux sirènes de la mondialisation financière (il en avait les moyens, mais c'est un autre débat) : « Par un compromis typique de la façon japonaise, système bancaire et caisses de retraite ont en effet activement "joué le jeu", c'est à dire orienté massivement les avoirs des ménages vers les titres de la dette publique. » (Frédéric Lordon) C'est ainsi que la dette publique du Japon culmine à 200 points du PIB, quand la Grèce en crise n'est qu'à 130 points …

« (…) emprunter sur les marchés, c'est se soumettre au verdict des marchés. » (Frédéric Lordon) : pour l'avoir oublié (vraiment ?), l'oligarchie grecque (1) va faire payer très cher à "son peuple" les conséquences désastreuses de ses errements politiques.

Précisément, en Grèce, la relocalisation de la dette publique impliquerait le recours à un financement monétaire des déficits.



Ebaucher en quelques lignes, le schéma général d'une autre stratégie d'économie politique montre qu'il est possible de proposer un autre destin au peuple grec.



Alexandre Anizy


(1) : si la situation n'était pas dramatique, on se gausserait de cette curieuse alternance politique entre les familles Caramanlis et Papandréou.

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 12:44

La foudre se serait-elle abattue sur Yves de Kerdrel (chroniqueur libéral au Figaro de la famille Dassault), lui octroyant une lucidité qui manque cruellement à ses prêches quotidiens ?


Extraits de son papier du 2 mars 2010 :


« (…) l'euro dont la décomposition se déroule sous nos yeux, comme un film au ralenti, va laisser des millions de chômeurs, des friches industrielles gigantesques, une paupérisation européenne encore incalculable, un laxisme budgétaire qu'il faudra des années à purger, et une Allemagne toujours plus forte au sein de notre Vieux Continent. »


« La BCE de Wim Duisenberg, puis de Jean-Claude Trichet, porte une responsabilité colossale dans la chronique de cette mort annoncée. Elle a mis l'Europe industrielle à genoux, et enrichi les rentiers. »

« L'euro a été imaginé comme un socle pour l'Europe, alors que, comme l'avait montré Philippe Séguin, cette monnaie obligeait chaque pays à renoncer à sa politique économique. »


« La question est désormais de sortir de ce nœud de vipères avec le moins de morsures possibles, tant les dégâts sont déjà nombreux. »


Cet article serait-il un cadeau de la Providence ?

Il est vrai que « le miracle est, avec la vigne, l'une des principales cultures de la France ». (Pierre Daninos, les carnets du major Thompson)



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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