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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 00:29
 

A notre avis, Daniel Cohen est un bon exemple français de ce qu'est un économiste de la théorie dominante. Nous ne devons pas être les seuls à le croire, puisque les médias le consultent régulièrement dès qu'ils veulent dépasser « le kit de propagande » de la pensée unique. Et pourtant, son message s'insère dans le moule.


« J'analyse cette crise multiple comme une maladie infantile de la mondialisation, (…). Je ne crois pas qu'une rupture de modèle soit à venir. » (le Monde du 8 décembre 2009)

Avec Daniel Cohen, la mondialisation n'est pas heureuse parce qu'elle connaît sa première crise infantile qui « manifeste notre incapacité collective à comprendre et à penser les multiples interdépendances dans lesquelles nous vivons aujourd'hui ».

Mais alors, que faire ?

« Ce dont nous avons besoin aujourd'hui est d'élaborer les régulations qui permettront de maîtriser ces interdépendances. » Dit autrement : « Nous devons trouver les règles de la mondialisation. »

Absolument rien d'original : on croirait lire un texte du noble Olivier Pastré, l'économiste en cercle.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-l-hypocrisie-du-noble-olivier-pastre-economiste-en-cercle-39931815.html )


Si chacun a ses propres contradictions, en voici une chez Daniel Cohen :

« Première utopie, l'idée qu'on réussira à fixer des règles mondiales, garantes de l'équilibre de la planète. (…) Le rêve kantien de fixer des normes universelles n'est qu'un rêve. Il faut pourtant continuer d'agir comme si c'était possible (...) » (Nouvel Observateur du 7 janvier 2010)

On pense alors au Sisyphe d'Albert Camus : Daniel Cohen serait-il un « économiste absurde » ?


Mais encore, monsieur Cohen ?

« Le problème des régulateurs, des banques centrales, n'est plus, comme autrefois, de combattre l'inflation, pathologie typique du modèle économique précédent, mais de prévenir l'envolée du prix des actifs. »

Intéressant, mais Patrick Artus l'écrivait déjà en août 2007.

(lire les 8 notes titrées « les archaïques des banques centrales », commençant par http://www.alexandreanizy.com/article-7264243.html )



Parlons alors du « nouveau modèle économique » qui aurait émergé selon Daniel Cohen.

« Comme toute rupture par rapport à un mode de production antérieure, la mondialisation allie une innovation technologique majeure à une nouvelle organisation du travail. (…) La mondialisation est le fruit de l'informatique et de la nouvelle division du travail qu'elle permet, en désintégrant la chaîne de création de valeur à l'échelle de la planète. »

Outre que cette analyse nous fait vaguement penser à des travaux de Robert Boyer dans les années 80 (en ce temps-là au Cepremap, que dirige maintenant Daniel Cohen), elle renvoie aussi et surtout à la théorie du capitalisme cognitif : lire Yann Moulier Boutang, « le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation » (éditions Amsterdam, juin 2007, 246 pages, 10 €) Obnubilés par la technique, les tenants de cette théorie ont finement ciselé le cadre d'analyse marxiste, sans nous convaincre de la pertinence d'un nouveau modèle économique.


Pour faire simple, nous disons que Daniel Cohen se trompe totalement en parlant d'un nouveau modèle économique dans le phénomène de la mondialisation : c'est ce que nous allons voir avec Maurice Allais. Nous constatons aussi que Daniel Cohen ne préconise rien d'original par rapport aux tenants de la pensée économique unique. Cependant, il présente un profil d'intellectuel curieux (ah ! la « révolution anthropologique » !), voire « d'économiste absurde », qui le singularise et le rend sympathique.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 00:13
 

Pour le philosophe Etienne Balibar, l'évolution néolibérale de l'Europe a deux conséquences notables.

« La première, c'est que la classe ouvrière (au sens large, oscillant entre le salariat et le précariat) … (…) … tend à identifier la défense de son statut (…) avec l'exclusion des migrants. (…) Comme si (…) la fétichisation de la forme nationale et la conversion de l'étranger en ennemi pouvaient conjurer la disparition du contenu social. » (dans Libération du 21 décembre 2009)

« Le deuxième phénomène est tout autre: c'est la confiscation de la politique en Europe par les gouvernements (…). (…) Cette confiscation s'explique par le fait que la classe politique et administrative qui se distribue entre les lieux du pouvoir postule toujours « l'ignorance du peuple » et n'a d'autre horizon que sa propre reproduction. » (idem)

La ratification du Traité de Lisbonne en Allemagne, en Hollande, en France, sans parler de l'Irlande, confirme cette analyse.


Etienne Balibar en arrive à cette proposition :

« L'effet combiné du désespoir des classes populaires (…) et de la stratégie auto-immunitaire des gouvernants, c'est qu'il n'y a plus de pouvoir « constituant », pas même vraiment de pouvoir « législatif » en Europe. Etatisme sans Etat (…). Mais c'est aussi que le discours nationaliste envahit tout (…). Mais ne nous y trompons pas, la xénophobie vise l'étranger en général. Elle vise la différence. » (ibidem)

Disons d'abord que la désignation des pantins Van Rompuy et baronne Ashton est un commencement de preuve quant à la pertinence de l'analyse.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-tete-de-l-union-europeenne-40351675.html )

Disons enfin qu'en ce qui concerne la France, l'historien Emmanuel Todd analyse correctement le mécanisme de la régression identitaire :

« L'habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d'un côté la haine, le ressentiment ; de l'autre la mise en scène d'actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou Rama Yade (…). (…) dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe. » (dans le Monde du 27 décembre 2009)

Il nous semble intéressant de souligner ce point de convergence entre ces deux intellectuels.


Etienne Balibar en conclue logiquement que nous vivons « la fin de son utopie [le dépassement des nationalismes] ». Hormis « l'hypothèse communiste » qui résout tout d'un coup, comme il le souligne malicieusement, il n' y a point d'autres formulations d'ensemble. C'est « l'affaire d'une génération ».

« Surtout, il y faudrait des mots nouveaux, mieux articulés aux résistances et aux révoltes, comme aux aspirations générales de la société (…). »

En somme, la bataille idéologique ne fait que débuter.



Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 02:51
 

Puisque Lionel Jospin est en pleine promotion, se rappelant ainsi à nos mauvais cauchemars, rappelons ici les méfaits de ce tartufe.


Enarque trotskiste, il débutait mal dans la carrière diplomatique et dans sa peau. En 1983, quand le francisquain Mitterrand enlève le masque et achève la comédie, c'est son serviteur Jospin qui trouve « la parenthèse » : un lâche soulagement devant les forces de l'argent.

En 1997, dès qu'il prend les commandes de l'Etat, il commence par renier une promesse de campagne en ratifiant le traité d'Amsterdam ; ensuite, ce n'est qu'un chapelet de renoncements.

En créant EADS, il montre soit qu'il ne sait pas compter, soit une propension certaine à enrichir les riches : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html

Sous la férule de Jospin, l'Etat n'a jamais autant privatisé. S'il n'a rien fait contre la classe démunie, comme il aime le chanter dans son bilan, il oublie de dire qu'il n'a rien fait pour non plus.

En 2002, il atteint le sommet pendant sa campagne présidentielle lorsqu'il prononça ses deux vérités :

« L'Etat ne peut pas tout » (face à des entreprises rentables qui délocalisent) ;

ce n'est pas "un programme socialiste".

Lionel Jospin est un fossoyeur du socialisme : avec lui, le mot a définitivement perdu toute signfication.


Nous concluons en paraphrasant un autre tartufe :

Jospin n'a qu'une seule qualité, sa femme.



Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Portraits
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 00:20

En 2008, le système bancaire était bloqué : les banques ne voulaient plus se prêter de l’argent entre elles. Les BC ont donc alimenté massivement le marché monétaire, puis commencé à racheter les actifs pourris pour purger les bilans des banques. Où en est-on ?

 

Le désinvolte politicien ami des patrons du CAC 40 Dominique Strauss-Kahn, boss du FMI par la grâce du Chef, a déclaré tout récemment que 50 % des déchets sont encore cachés dans le bilan des banques. C’est dire l’ampleur du futur nettoyage ; c’est aussi avouer l’opacité d’un système dominateur, comme le dit à sa manière le keynésien Jean-Paul Fitoussi : « Le système financier n’est pas plus transparent qu’il ne l’était avant la crise. »

 

Les banques centrales (BC) ont injecté des flots de cash dans le système financier : « A présent, la liquidité croît plus vite qu’avant la crise. Elle augmente de 30 % par an, contre 15 % entre 1990 et 2007. » (Patrick Artus).  Où vont ces liquidités ? Les banques, les « hedge funds », les fonds de pension, retournent avec cet argent sur les marchés pour spéculer, notamment avec la technique du « carry-trade » (emprunter dans une monnaie à faible taux d’intérêt – le dollar par exemple - pour investir dans des actifs libellés dans une monnaie à taux d’intérêt plus élevé) : l’économiste américain Nouriel Roubini (le seul qui avait décrit la crise des « subprimes » avant son explosion) a calculé que les spéculateurs peuvent même gagner de l’argent avec des actifs non rentables. C’est dire la folie qui ronge les cerveaux dans les centres financiers.

 

« L’afflux de capitaux ne crée plus des hausses de prix à la consommation comme autrefois, mais plutôt des bulles d’actifs et de crédit. Il faudrait donc que les grands argentiers se penchent sérieusement sur ces dérives. » (Patrick Artus). Mais comme rien  n’a changé à la Fed, la BCE etc., i.e. ni la doctrine ni les hommes, on peut considérer que les choses décrites par cet auteur dans le livre titré « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation » (édition Perrin août 2007, 175 pages, 14,80 €) se reproduiront.

(lire http://www.alexandreanizy.com/article-7264243.html la 1ère des 8 notes publiées en novembre et décembre 2007)

 

Pendant que les Etats et les BC écopent les soutes de la barque mondiale, les amiraux de la finance ont déjà rouvert le casino sur le pont : « En revanche, les banques, elles, profitent à plein régime du sauvetage organisé par les Etats. », dixit Jean-Paul Fitoussi.

 

 

Force est de constater que nous sommes aujourd’hui plus que jamais dans le cas de figure d’un marché spéculatif (Edwin Le Héron le définit comme celui où la plus-value anticipée est la part dominante du rendement anticipé des actions, par opposition au marché d’entreprise  où le dividende est la part dominante du rendement anticipé des actions). La fonction du secteur bancaire est de financer l’activité économique.

Rappel : (Edwin Le Héron) « Le pôle Banque est constitué de 2 entités : des banques de second rang qui créent la monnaie pour le financement de l’économie (crédit ou achat de titres sur les marchés financiers) et une banque centrale, qui cherche à maintenir la qualité du signe monétaire. » ;

En tant que producteur de la monnaie (un bien social), le secteur bancaire devrait être au service de la société. Est-ce le cas aujourd’hui ? Non.

C’est pourquoi nous avions placé en préambule à notre présentation de l’article d’Edwin Le Héron « la Préférence pour la Liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire », la note « Que font réellement les banques ? » ( http://www.alexandreanizy.com/article-que-font-reellement-les-banques--40418510.html ), où nous rapportions les exhortations aux banques du boss de la FED Bern Bernanke, de l’euro imperator Jean-Claude Trichet de la BCE, de la chancelière allemande Mutti Merkel, et même de l’incompétent ministre de l’économie Christine Lagarde, pour soutenir les signes ténus d’une reprise évanescente.

 

Ce sont des appels en vain. Edwin Le Héron donne les outils théoriques pour le comprendre.

« D’abord, les faits : la croissance, dans nos pays, ne repart pas et le chômage, considérable, réduit la capacité des gens à consommer et à rembourser leurs crédits. En France, 4,7 millions de personne sont en situation de ne pas avoir autant d’heures de travail qu’elles le souhaitent (…) Aux Etats-Unis, 17,5 % de la population sont dans ce cas, et ceux qui travaillent ne sont occupés en moyenne que 33 heures par semaine. Le commerce international se contracte. » (dixit Jacques Attali).

« Aux Etats-Unis, avec un poids économique de 10 %, le secteur financier s’arroge près de 40 % des bénéfices. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cet état du monde. » (dixit Jean-Paul Fitoussi).

En effet.

 

Aujourd’hui, la bêtise et l’immoralité sévit sur les marchés. L’incompétence des agences de notation, les mêmes qui en 2007 décernaient des notes excellentes à des produits financiers pourris, s’est emparée des marchés de titres publics, en négatif cette fois-ci : en surévaluant leurs risques (de la Grèce, de l’Espagne, etc.), elles pourraient provoquer un approfondissement de la crise (leurs « mauvaises notes » contraignant les Etats à conduire des politiques d’austérité : une proposition confirmée en quelque sorte par Alain Minc, le libéral mondialiste heureux, lorsqu’il exhorte la France à défendre sa note AAA).


 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 00:18

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-v--41365908.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-edwin-le-heron-vi--41572312.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-ppl-des-banques-vii--41685048.html

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-viii--42280446.html

  

 

Au degré 2: politique monétaire et macroéconomie bancaire 

 

Détermination de l’offre de financement des banques

« Crédit et obligations semblent très proches. Toutefois les obligations étant des actifs de marché, elles ne sont pas à taux unique et intègrent, contrairement au crédit, une prime de risque directement dans le rendement. » (Edwin Le Héron, p.122)

C’est pourquoi, quand le risque du prêteur est important, les banques choisissent plutôt l’obligation mieux rémunérée et plus liquide que le crédit.

 

Concernant les besoins de l’Etat, notamment celui de la France qui n’use que des obligations et des titres du marché monétaire (TCN), « les banques financeront la demande de l’Etat sans limite au taux courant rBB (horizontalisme pur). »

Pour obtenir le montant global du financement bancaire par obligations et TCN, il faut ajouter le montant acheté aux entreprises à celui de l’Etat.

 

Concernant les Ménages, la création monétaire correspond :

  • soit à une « mise en liquidité » de leur richesse accumulée (vente de titres) ;
  • soit à une avance sur leurs revenus futurs (obtention d’un crédit bancaire : garantie importante exigée, taux élevé supérieur à rBB).   

Les banques prennent peu de risque avec les ménages.

 

Concernant le financement des entreprises, élément fondamental dans une économie monétaire de production, celles-ci s’autofinancent d’abord et utilisent ensuite les moyens financiers externes (actions, puis obligations et crédit) en fonction de leur structure de capital. Quant aux banques, elles acceptent ou pas l’offre de titres des entreprises sur le marché financier, en fonction de leur critère de rendement, de risque et de structure de bilan ; pour le crédit, elles étudient les paris productifs : « L’offre de crédit effective se trouve à la rencontre du risque marginal de l’emprunteur et de l’offre de financement des banques. » (ELH, p.124 ; voir le graphique « financement des entreprises par les banques (hors politique monétaire) »)

 

En situation de concurrence, « leur besoin de liquidité bancaire n’est pas réduit à celui imposé par la banque centrale (réserves obligatoires) ou par l’utilisation par les ANF de monnaie ultime (billets). », car il existe au niveau microéconomique des déséquilibres intermittents entre les contreparties et la monnaie créée par chaque banque : « Ce n’est pas la croissance monétaire en soi qui pose des problèmes de liquidité aux banques mais leurs taux de croissance respectifs comparé au taux de croissance moyen du système. (…) La préférence pour la liquidité des banques augmente nécessairement avec la divergence des taux de croissance. » (ELH, p.225)

 

Politique monétaire et financement

Edwin Le Héron réintègre maintenant dans son analyse la politique monétaire de la banque centrale (BC), dans une approche restrictive. On a alors une hausse du taux du marché monétaire rMM, qui engendre une hausse du taux de base bancaire rBB se propageant à la courbe des obligations rO ; inéluctablement, les actifs comportant des risques suivent la tendance et on a une augmentation du rendement des actions rD qui sera due, toutes choses égales par ailleurs, à une baisse des prix des actions. A court terme, cette baisse constitue des moins-values, et par conséquent une chute des rendements anticipés rD*.

« Dès lors, une augmentation de rMM dans un marché spéculatif peut entraîner une déstabilisation et une crise des marchés financiers jusqu’à provoquer éventuellement une crise de solvabilité du système bancaire par le dégonflement rapide de son actif (actions essentiellement), et la baisse de la valeur des garanties (collatéraux), ce qui entraînera à son tour une hausse du risque du prêteur et un resserrement du financement de l’économie. » (ELH, p.126)   

Marché spéculatif : ELH définit le marché spéculatif comme étant celui où la plus-value anticipée est la part dominante du rendement anticipé des actions ;

Marché d’entreprise : ELH définit le marché d’entreprise comme étant celui où le dividende est la part dominante du rendement anticipé des actions (dans ce cas de figure, le marché financier sert réellement à évaluer le capital).

 

Avec ELH, on voit donc que les mesures qui veulent assurer sécurité et liquidité du financement s’opposent au dynamisme des entrepreneurs et par conséquent à la croissance.

« En simplifiant, nous pouvons dire que plus la situation sera calme (politique monétaire accommodante, croissance et profits élevés, endettement faible, PpL faible des entreprises et des banques), plus nous nous rapprocherons du cas horizontaliste. Par contre, plus la situation sera « mouvementée », plus le comportement bancaire aura une influence sur la production et l’économie en général. » (ELH, p.126)

 

Nous en avons un bon exemple depuis août 2007.

 

 

Pour conclure, résumons les 3 éléments nouveaux que l’analyse d’Edwin Le Héron apporte par rapport à la théorie de la monnaie endogène.

L’offre de monnaie, endogène comme la demande grâce à l’intégration des « esprits animaux » des banques, ne colle plus automatiquement à la demande des agents non financiers (i.e. une distinction par rapport à l’horizontalisme pur) ; le rationnement de la demande effective est alors le fruit de la préférence pour la liquidité des banques, ce qui signifie que les banques aussi peuvent imposer une contrainte monétaire. Le caractère monétaire de l’économie de production keynésienne sort renforcée de l’analyse d’Edwin Le Héron.

Le taux d’intérêt des banques n’est plus seulement conventionnel et exogène : il devient prix de production de la monnaie, dépendant de la concurrence des banques et de leurs structures de bilan.

L’intégration de la préférence pour la liquidité des banques oblige à la prise en compte des actifs et des marchés financiers, i.e. à la dimension « stock » chère aux keynésiens traditionnels qui font florès.  

 

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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