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Lundi 8 août 2011 1 08 /08 /Août /2011 11:45

 

Comme Alain Minc, un parangon de l'élite moisie, Jacques Attali possède son petit atelier de recherche, mais contrairement au premier, il sait remercier. Cette organisation lui permet un rythme quasi annuel de production, ce qui ne peut être compatible avec un bon niveau de qualité, notamment en économie. Nous allons le vérifier avec « Tous ruinés dans dix ans ? Dette publique : la dernière chance » (Fayard, mai 2010, 272 pages, 15,90 €).

 

L'introduction remplit son office, notamment quand elle plonge le lecteur dans la tourmente actuelle : « Même sans hausse des taux, les intérêts payés sur la dette publique par les pays riches feront plus que doubler entre 2007 et 2014. » (p.18) Toutes choses évoluant pareillement, ce qui nous attend sera pire, mais il n'est pas possible de dire quand le cataclysme surviendra ; cependant les économistes savent qu' « aucun ratio n'est pertinent pour prédire le déclenchement d'une crise, si ce n'est, peut-être, la part du service de la dette dans le budget : lorsqu'il atteint 50 % des recettes fiscales, le désastre est inévitable. » (p.20)

 

Les chapitres 1 et 2 racontent l'histoire de la dette à travers les âges : un survol intéressant, traité en 58 pages, qui nous éloignent de la question posée. Le chapitre 3 titré "le peuple souverain" réussit la gageure de parcourir le XXe siècle dans le monde en 17 pages, en picorant par-ci par-là des événements liés à la question des dettes.

Page 101, nous arrivons au sujet (chapitre 4 : le grand basculement) :

« Alors que le PIB américain a été multiplié par 8,75 en valeur nominale entre 1975 et 2007, la dette privée s'est trouvée multipliée par 20 et la dette publique par 3. Fin 2007, la dette totale des Américains (tous agents confondus) atteint 350 % du PIB, soit plus qu'en 1929. » (p.102)

Été 2008, la crise des subprimes met en péril le système bancaire : les États et les Banques Centrales évitent l'effondrement général soit en socialisant les pertes privées pour les uns, soit en créant de la monnaie pour les autres, soit les deux. Autrement dit, une boule de dette considérablement grossie poursuit sa descente infernale.

 

Ce qui est ahurissant dans ce livre ? L'économiste Jacques Attali ne s'interroge en aucune manière sur le financement exclusif de l’État par le Marché. Pire, il n'explique pas à ses lecteurs :

Le 22 décembre 1972, le "sinistre ministre"(sic) Valéry Giscard d'Estaing signe une loi qui interdit à l’État de créer de la monnaie pour financer sa dette ou ses investissements (Cf. article 25 de la "Loi de 1973"). Au cœur de l'euro et des traités européens, l'article 123 du traité de Lisbonne (anciennement 104 de celui de Maastricht) « qui interdit à la Banque Centrale Européenne comme à ses succursales nationales de prêter directement aux États et à leurs émanations ». http://www.alexandreanizy.com/article-nicolas-dupont-aignan-et-le-scandale-france-tresor-ii-72290174.html

 

Le chapitre 5 énumère les 12 leçons relatives à la dette souveraine, et cela commence mal puisque l'éminent conseiller écrit que

« la dette publique est une créance des générations actuelles sur les suivantes, lesquelles finissent toujours par la payer d'une façon ou une autre ».

En effet, lorsqu'il y a création d'une dette à un instant t, nous avons face à face 2 personnes (physiques ou morales), le débiteur et le créancier : primo, à l'instant t les générations futures sont absentes de facto ; secundo, toute dette suppose une créance d'une valeur égale ; tertio, les générations futures vont donc hériter de la dette et de la créance.

Le VRAI problème pour chaque génération futuresera de décider de la redistribution des ressources de la société entre ses membres : par exemple, si un gouvernement futur décide de taxer à 100 % tous les titres reçus en héritage, alors le fardeau disparaît complètement (extinction simultanée de la créance et de la dette). Si on entretient la confusion entre dette de la France et dette des administrations publiques, il est bon de rappeler qu'en 2007 c'est la France qui détenait une créance sur le reste du monde, de l'ordre de 10 % du PIB. Le chapitre 5 débute donc par une leçon fallacieuse.

 

Les autres leçons sont d'intérêts divers, relevant plus de l'approche comptable que de l'économique : d'abord, que la dette peut être très utile à la croissance ; qu' « en s'endettant, le souverain se met progressivement entre les mains des marchés » (p.118) ; que les déficits intérieurs et extérieurs sont très liés car

« un déficit de balance des paiements révèle donc qu'il a été nécessaire de faire rentrer des capitaux pour financer un déficit du secteur privé (cas de l'Espagne) ou un déficit du souverain (cas de la Grèce), voire les deux (cas des USA) » (p.119) ;

enfin qu'une dette est d'autant plus soutenable qu'elle est financée par l'épargne domestique, comme le montre le Japon où la dette publique est supérieure à 200 % du PIB !

 

 

Dans le chapitre 6, l'auteur déroule le scénario du pire, à savoir la ruine de tous. Pourquoi ? D'abord l'alourdissement de la dette souveraine qui devient un surendettement souverain (apprécions le glissement sémantique) : « En 2020, cette fois selon la Banque des Règlements Internationaux (BRI), la dette publique dépassera les 200 % du PIB en Grande-Bretagne, et les 150 % en Belgique, en France, en Irlande, en Grèce et en Italie. A taux d'intérêt constant, les charges d'intérêt représenteront alors 10 % du budget de ces États, jusqu'à 27 % pour le Royaume-Uni. » (p.142)

Le problème, c'est que tous ces chiffres avancés comme autant de signaux d'alarme avant la faillite générale voient leur soi-disant dangerosité réduite à néant par l'éminent conseilleur lui-même :

« Mais qu'est-ce qu'une augmentation "excessive"de la dette publique ? Nul ne le sait. » (p.157)

Et en premier lieu, les économistes.

 

Alors le brillant Jacques Attali prend le tonneau de la dette souveraine par les normes … (à suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

: ce choix politique aurait un inconvénient certain, à savoir la difficulté pour l’État de trouver des créanciers dans les générations futures, mais aussi des avantages.

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 11:23

 

Après trois déceptions (lire les notes précédentes), nous tombâmes sur le dernier opus d' Erri De Luca, « le poids du papillon » (Gallimard, avril 2011, bouquinel de 77 pages), qui nous rabibocha avec l'idée que nous avons de la littérature italienne.

Si nous n'avons pas accroché à la courte nouvelle "visite à un arbre" qui termine le livre, l'autre qui porte le titre éponyme est un joyau : structure épurée, limpidité des phrases, simplicité des mots, vérité des êtres.

 

« Un homme qui ne fréquente pas de femmes oublie qu'elles ont une volonté supérieure. (…) Un homme qui ne fréquente pas de femmes est un homme sans. » (p.33-34) ;

 

« Un homme est ce qu'il a commis. » (p.39-40) ;

 

« Les hommes ont inventé des codes minutieux, mais à la première occasion, ils s'entre-déchirent sans loi. » (p.47-48) ;

 

« Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvrent pour expulser comme pour attirer à l'intérieur. » (p.48-49)

 

De quoi parle « le poids du papillon » ? D'un vieil homme et du roi des chamois. Mais pas seulement.

A vous de le découvrir en lisant ce bijou.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 11:11

 

Il est une méthode chez les éditeurs qui consiste à publier des textes littéraires de personnalités, notamment d'artistes, afin de profiter de leur notoriété pour rentabiliser leurs investissements. Mais le lecteur, lui, y trouve-t-il son compte ?

 

Francesca d'Aloja est une comédienne italienne qui a fait sa pelote depuis sa première apparition au cinéma en 1985. Passée à la réalisation depuis 1997, elle maîtrise l'amont, à savoir le scénario.

 

Son premier roman, « le mauvais rêve » (Gallimard, mai 2008, 400 pages, 22,50 €), sent bon le projet cinématographique de qualité, dont la forme littéraire n'a pas été négligée (afin d'en mieux tester le potentiel économique ?).

 

L'auteur raconte le repentir, à des degrés différents, d'acteurs des années de plomb. Les Américains ont leur 11 Septembre, les Italiens leur période explosive : c'est devenu un passage obligé pour les romanciers domestiques, surtout quand ils n'ont rien à dire et qu'ils se bornent à peindre les affres d'individus broyés par l'absurdité de leurs méfaits.

Voilà ce qui retient le lecteur dans ce livre bien fichu, et non pas les états d'âme du personnage central. Mais point de surprise : avec Francesca d'Aloja, on est dans le jugement consensuel sur ces temps-là.

 

Nous terminons en vous recommandant le film « la seconde fois », puisqu'il évoque la situation de l'ancienne cible et du tireur au commencement d'une semi-liberté conditionnelle.

(Ah ! Le manteau rouge de Valeria Bruni-Tadeschi marchant libre dans la ville …)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 11:25

 

Écoutant un jour Vincent Raynaud (traducteur) de chez Gallimard présenter la filière italienne, dont il avait sélectionné ce jour-là quelques auteurs Bottin, nous retenions Giorgio Vasta et « le temps matériel » (Gallimard,juin 2010, 368 pages, 21,50 €).

 

Ce livre est une parabole sur les Brigades Rouges : un texte très construit, terriblement intelligent, mais horriblement chiant.

 

« Ce que les Brigades Rouges ont compris, il [le personnage Scarmiglia] explique tout bas, c'est que le rêve doit être lié à la discipline, il doit devenir dur et géométrique, se projeter vers l'idéologie. (…) Les Brigades Rouges sentent tout ça, elles sont tout ça. Elles donnent de la matière à l'immatériel, de la moelle et une impulsion à ce qui n'était que coquille et inertie. » (p. 87)

 

Si Vasta rend bien compte de l'absurdité de la phraséologie brigadiste, de sa logique infernale à travers la dérive de ces enfants perdus, il n'a jamais réussi à nous embarquer dans ses filets. Que de fois nous faillîmes quitter ce naufrage romanesque en disant : « basta de Vasta ! »

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 11:46

 

Marco Mancassola veut nous dire la fin d'un monde, celui de l’hyper-puissance américaine qui a façonné la vie planétaire depuis 1945 (si on accepte l'idée que la "guerre froide" n'était qu'une phase de retenue).Il le fait sous la forme d'un roman : « la vie sexuelle des super-héros » (Gallimard, mars 2011, 552 pages, 24,90 €)

« Autrefois, c'était le centre du monde : un bouquet de tiges en béton plantées dans le granit, un dédale de rues dont les bouches d'égouts dégageaient en permanence la vapeur du rêve. Autrefois, c'était sa ville, l'endroit où il accomplissait ses hauts faits, où il projetait ses exploits, où sa femme l'aimait sans réserves et où la moindre phrase prononcée sonnait comme une réplique parfaite. » (incipit, etc.)

Après le 11 septembre, Manhattan n'est plus comme avant.

 

Pour montrer cette déchéance, Mancassola utilise quelques super-héros décatis comme Mister Fantastic, Batman, Superman, ce qui n'est pas la marque d'une grande originalité.

Pour tout vous dire, on s'ennuie un peu chez Mancassola.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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