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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /2010 00:35

L'euro est un malentendu historique. La France en est l'instigateur : obnubilé par la nécessité d'un nouvel élan pour concrétiser l'idée européenne, le francisquain Mitterrand accepte les conditions mortifères posées par l'Allemagne du chancelier Helmut Kohl et du président de la Bundesbank Karl Otto Pöhl, à savoir l'indépendance de la banque centrale, les critères de convergence astreignants qui seront prolongés en 1997 par le pacte de stabilité signé à Amsterdam, sans en retirer un quelconque bénéfice. Au contraire, les partenaires de l'Allemagne font les frais de son égoïsme : explosion du Système Monétaire Européen (SME) suite à la hausse des taux d'intérêt décidée après la réunifcation du pays, compression des coûts salariaux, hausse de la TVA pour améliorer les finances publiques tout en bridant la consommation intérieure … Depuis 20 ans, l'Allemagne, du fait de sa stratégie économique non coopérative, a mis en berne la croissance européenne.


Depuis quasiment 10 ans, tous les hommes politiques français, de droite comme de gauche, demandent un gouvernement économique de la zone euro, et précisément pour quelques uns, un changement des statuts de la BCE, l'octroi de pouvoirs réels à l'Eurogroupe (le Conseil des ministres de l'économie des pays de la zone euro). Rien n'y fait, et la ratification honteuse du traité de Lisbonne n'est qu'une nouvelle étape d'un calvaire.


Avec la crise, d'aucuns espéraient un revirement pro-européen de la part de l'Allemagne. Que nenni ! Elle persiste dans son orthodoxie financière (héritage anesthésique d'un traumatisme passé), qui habille de plus en plus modestement le choix maintes fois réitéré de la suprématie de l'intérêt national. Or, l'Allemagne sait de par son expérience de la réunifcation que la réussite d'une union monétaire dépend d'une solidarité et d'une coopération politique, économique et financière sans faille.

La crise grecque nous donne aujourd'hui la certitude du maintien de la ligne politique allemande. Quand le Spiegel évoque l'injection de 20 à 25 milliards d'euros, dont 4 à 5 d'origine allemande, le ministère des Finances dément aussitôt à la fois l'information mais aussi l'hypothèse d'une aide de la zone euro à la Grèce. Quant à Axel Weber, probable successeur de l'euro imperator Trichet, il confirme la posture de l'Allemagne : « Il est impossible de justifier auprès des électeurs qu'on aide un autre pays afin que ce dernier puisse s'épargner les douloureux efforts d'adaption qu'on a soi-même endurés. »

Dans cette affaire, la vertu n'est que le paravent de l'égoïsme.



Il faut maintenant tirer les leçons de l'expérience. Force est de constater que les objections majeures soulevées par des économistes renommés lors de la création de l'euro ont été validées : d'une part, sans un ministère des finances européen, la banque centrale fédérale gère une monnaie inachevée ; d'autre part, l'Allemagne s'arc-boute dorénavant contre les Tables de la Loi européenne pour tuer dans l'oeuf les velléités de changement émanant de ses voisins autrefois naïfs.

Espérer encore un revirement unilatéral de l'Allemagne serait une nouvelle illusion. Parier sur une future modification en profondeur des textes qui régissent la monnaie européenne serait un marché de dupes qui feraient fi des difficultés juridiques et de l'urgence sociale. Par conséquent, il importe pour quelques pays, dont la France, de formuler abruptement la question de la sortie de l'euro dans l'intérêt de la construction de l'Europe. Il faut en finir avec le pacte de stabilité et de croissance, avec la politique monétaire confisquée par le milieu de la finance. Les Etats européens doivent se réapproprier les instruments indispensables pour la mise en oeuvre des politiques économiques choisies démocratiquement par leurs peuples.


Feu sur l'euro !



Alexandre Anizy

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 00:25

L'économiste libéral Jean-Jacques Rosa et Philippe Villin ont publié dans le Figaro du 21 février 2010 un article intéressant, où la question de l'euro est concrétement posée à partir des problèmes grecs et espagnols.


« Il ne fait aucun doute que le pays est piètrement géré. (…) Il faut même espérer que le gouvernement d'Athènes aura l'énergie nécessaire pour refuser la potion germanique de M. Trichet et Mme Merkel, qui assurerait à la Grèce de mourir guérie, mais toujours dans l'euro. Car le problème de la Grèce est d'abord et avant tout un problème de compétitivité. »

Avec un euro cher et une activité exportatrice limitée, ce pays est « incapable de vendre ses produits et ses services aux consommateurs extérieurs ». Inexorablement, les comptes extérieurs se dégradent … et les mesures d'austérité de la BCE ne résoudront rien à ce sujet.

« Le cas grec montre bien que la valeur extérieur de la monnaie de la maison Europe, qui convient à une Allemagne qui l'impose aux autres partenaires (…) est totalement inadaptée à une économie aux caractéristiques très différentes, comme celle de la Grèce. »

Le cas de l'Espagne est beaucoup plus grave, eu égard à sa taille économique et financière dans l'Europe. Ce pays est en dépression profonde : 20 % de la population active au chômage, avec des banques aux comptes douteux (Cf. leurs engagements dans le financement de l'immobilier). Or le « socialiste » Zapatero a décidé de mettre en oeuvre le traitement médecinal Trichet – Merkel : « (…) l'économie espagnole s'enfoncera dans une dépression aggravée, générant licenciements supplémentaires, faillites d'entreprises industrielles et commerciales et, in fine, probablement bancaires ... »

Seule une dévaluation de l'ordre de 30 à 50 % permettrait l'ajustement à un moindre coût, précipitant la reprise notamment en réactivant le marché immobilier. Dans l'autre cas, si l'Espagne s'effondre économiquement, c'est l'Europe qui est touchée.



Comment sortir de ce scénario noir ? Selon Rosa et Villin, il existe 2 options.

« La première consiste à reconnaître l'échec patent de l'euro. », parce que, par exemple, il a « contraint les pays qui l'ont choisi à s'ajuster sur une croissance inférieure à celle des autres pays européens restés en dehors de l'union monétaire ». Avec un taux de change surévalué, non seulement l'Allemagne peut exporter ses biens manufacturés hors Europe, forte de ses positionnements « produits » sur le marché mondial, mais encore elle gagne inexorablement des parts de marché dans le commerce intra-européen pour ses produits courants, puisque la concurrence a disparu du fait de la suppression de l'ajustement des changes. « Cet avantage compétitif structurel (et inéquitable) dont bénéficie l'Allemagne, conduit à la délocalisation progressive, hors zone euro, des industries qui faisaient la fierté de pays comme la France et l'Italie. »

L'aggravation des crises grecques et espagnoles peut être l'occasion de mettre un terme à cette construction de guingois : l'euro.

Vive le retour aux monnaies nationales dans une union douanière réaffirmée !

« Cette option est radicale, mais c'est probablement la plus sérieuse et la plus réaliste si l'on ne veut pas que l'Europe de demain ressemble au rêve allemand des années 1930 : une zone industrielle autour du Rhin s'étendant de Rotterdam aux Alpes bavaroises, et s'appuyant sur un Hinterland de sous-traitance à bas coût dans les pays de l'Est, débouchant à l'ouest et au sud sur des régions agricoles, ou aujourd'hui touristiques – une zone Med en somme -, dont les travailleurs se contenteraient d'un faible pouvoir d'achat. »


La seconde option est moins radicale, moins efficace.

Après avoir placé Mutti Merkel devant ce choix (abandon de l'euro ou sortie de l'Allemagne de l'euro / révision en profondeur des conditions de gestion de l'euro), l'Allemagne accepterait une modification du pacte de stabilité dans le sens de la souplesse, de même qu'une modification importante du mandat de la BCE (instaurer l'équilibre des objectifs entre croissance et emploi / stabilité des prix), tout en donnant beaucoup de temps (10 à 15 ans) aux pays pour résorber leurs déficits.

Dans la foulée, inspirée par le nouveau paradigme, Mutti Merkel déciderait des mesures de relance en Allemagne qui jouerait ainsi « le rôle contracyclique que la plus grande des économies européennes se doit de tenir, si elle est sincèrement attachée à la perspective d'une Europe solidaire. »

Dans ces conditions, tout en restant un instrument discutable et contestable, l'euro permettrait d'éviter le pire dans l'immédiat.



En conclusion, les auteurs nous assurent que faute d'un tel aggiornamento les niveaux de vie des Européens seraient sacrifiés au profit de la seule Allemagne.



Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /2010 00:23

Le professeur Philippe Dessertine, qui ne parle pas l'econo-globish, ce qui est déjà une qualité, exprime souvent son analyse avec sincérité, c'est à dire sans fioriture (sans tabou, dirait un causeur …). S'il faut le ranger dans le camp des hystériques des déficits, auquel nous nous opposons bien évidemment, son dernier article paru dans le Figaro du 22 février a le mérite d'exposer clairement une analyse économique de la situation.


« L'affaire de la Grèce donne raison à cette assertion [« en fait, rien n'a changé »], au-delà de toute espérance. » : avant 2007, une politique monétaire visant à préserver le principe d'une croissance « sacrée autant que mortifère » ; après septembre 2008, un sauvetage sans contrepartie du système bancaire par l'ouverture des robinets financiers des États.

« A une différence près, infime : cette fois, les débiteurs insolvables ne sont plus les acteurs privés, mais les États, tous autant qu'ils sont, chargés de leurs propres déficits et, léger détail sans importance, de toutes les dettes pourries du système financier. »

[Le point fondamental qui nous oppose à Philippe Dessertine est le suivant : en vertu de quels principes, de quelles règles, peut-il affirmer que les États sont des « débiteurs insolvables » ?]

Pour mémoire : (re)lire notre note « l'hystérie des déficits » http://www.alexandreanizy.com/article-l-hysterie-des-deficits-44697700.html

Présentons ici un calcul approximatif et imparfait, mais édifiant, de Thomas Piketty. Entre septembre et décembre 2008, la FED et la BCE ont créé près de 2.000 milliards d'euros d'argent nouveau, qu'elles ont prêté aux banques à un taux d'environ 1 % pour des durées de 3 à 6 mois qu'elles ont renouvelées en gros toute l'année 2009. Estimons qu'avec ces 2.000 milliards, les banques ont prêté quant à elles à des taux de l'ordre de 5 %, ou bien qu'elles ont remboursé des dettes ayant un taux du même ordre : « la marge réalisée serait alors de 80 milliards (4 % de 2.000), soit l'équivalent de 80 % des profits réalisés par les banques. »


La spirale infernale va reprendre, nous dit Philippe Dessertine, mais cette fois-ci la prochaine « embardée sera irrécupérable ». Pourquoi ? Parce que le modèle économique de l'Occident a « quelque chose de pourri » : consommation effrénée, primes à la casse pour sauver le secteur automobile, grands équipements financés par de nouvelles largesses publiques …

Goldman Sachs, « la plus belle des banques d'affaires est à nouveau aux premières loges pour se délecter du naufrage », comme dans le cas de la Grèce : début 2000, la banque américaine offrait au gouvernement grec des produits de camouflage pour leur dette souveraine ; en 2010, elle refinance cette dette au prix fort, et en même temps elle spécule sur le risque de défaut de paiement de la Grèce …

A ce propos, qu'est-ce qui a mis en branle la crise grecque ? Selon Thomas Piketty, ce serait l'annonce par la BCE de l'euro imperator Jean-Claude Trichet qu'elle continue à s'appuyer sur les agences de notation pour acheter des titres publics, alors que rien ne l'y oblige dans ses statuts !

On a bien en effet les mêmes acteurs, les mêmes bêtises dogmatiques, la même cupidité.


« La moralisation du capitalisme, la lutte contre les bonus et autres fariboles ne remplaceront jamais la vraie réforme de fond, celle de la consommation des pays les plus riches, vivant bien au-dessus de leurs moyens. La vérité est qu'il faudra bien se résoudre un jour ou l'autre à la douloureuse destruction massive de dettes (…). Pas un désendettement homéopathique (…), un vrai, un lourd, signifiant une terrible contraction de toutes les finances publiques, de la consommation, des retraites, des allocations, des salaires ; liste non exhaustives. »

Bref, pour Philippe Dessertine, il faudra passer au guichet pour payer l'addition ; plus on attendra, plus la saignée nécessaire sera douloureuse. Au jour d'aujourd'hui, il ne serait déjà plus possible d'épargner les plus faibles (individus et peuples) dans le prochain cataclysme.



Alexandre Anizy


N.B. : Pour nous, une autre sortie de crise est possible, loin de l'orthodoxie économique de Philippe Dessertine comme de la recommandation monétaire du néo keynésienn Olivier Blanchard (toujours en retard d'une crise ou d'une mesure appropriée … voir notre note http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html ) déjà mise en œuvre à son insu aux États-Unis :

« (…) depuis un an, la FED a imprimé 300 milliards de dollars pour acquérir des bons du Trésor, sans demander leur avis aux marchés. L'Europe devra elle aussi accepter qu'une inflation à 4 % ou 5 % est la moins mauvaise façon de se débarrasser de la dette. Faute de quoi les citoyens européens devront une fois de plus régler la note. » (Thomas Piketty, déjà cité)

Euthanasier le rentier, comme disait Keynes, mais aussi changer d'autres règles économiques : c'est un plus vaste chantier.

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 00:27

Avant même l'élection de Barack Obama comme Président, nous sommes restés à l'écart de « l'Obamania », c'est le moins qu'on puisse dire. Voir notre note du 28 février 2008

http://www.alexandreanizy.com/article-17138637.html .


Après un an de présidence Obama au cours de laquelle les promesses n'ont pas été tenues, il n'est pas étonnant de voir le renversement de l'opinion. L'élection d'un Républicain dans le fief démocrate du défunt Ted Kennedy en est la meilleure illustration.

Il est troublant de constater que « depuis un an, Obama et les démocrates insistent sur la nécessité de travailler main dans la main avec les républicains, pour mettre en oeuvre leurs politiques centristes. Pourquoi cette démarche de la part des démocrates, alors qu'ils contrôlaient jusqu'à janvier dernier les deux chambres du Congrès (…) ? » (Danielle Follett, enseignante-chercheuse à l'université Paris VIII)

En matière économique, Obama pouvait difficilement entreprendre le changement, puisqu'il avait choisi un expert comme Larry Summers (celui qui sous Clinton fit exploser la dernière loi limitant la rapine bancaire), ou un banquier comme Timothy Geithner, qui participa au sauvetage des banques avec le Secrétaire d'Etat républicain Henry Paulson, dans les conditions troubles que les Américains découvrent maintenant … Du côté de Wall Street, beaucoup d'indulgence malgré les beaux sermons (l'insolente santé des 4 grandes banques en atteste aujourd'hui) ; du côté du vulgum pecus, 7,1 millions (sur 7,9 millions) des ménages actuellement en retard pour le remboursement de leur prêt hypothécaire vont perdre leur logement, si l'Etat n'intervient pas ...

Comme l'écrit Danielle Follett, « les gens ont compris pour qui travaille Obama ».

Dans quelques mois, les effets du plan de relance de 2009 agiront pleinement puis déclineront aussitôt malgré les 90 milliards de dollars injectés en plus (notamment indemnités de chômage et nouvelles dépenses programmées), qui ne compenseront pas une forte baisse de la consommation, comme Robert Reich (professeur à Berkeley, ancien ministre du Travail de Clinton) le prévoit aujourd'hui. En conséquence, le taux de chômage devrait encore augmenter sensiblement.


Dans ces conditions, nous voyons deux fins de mandat possibles pour le président Obama : le calvaire de Jimmy Carter ou le rebond de Bill Clinton. Comme il n'a pas la volonté politique pour offrir une stratégie de relance sérieuse mais seulement une remarquable habileté politicienne pour durer, son rêve aux contours indéfinis risque fort de finir en cauchemar. Cependant, son ambition personnelle couplée à un exceptionnel talent de tribun peut le conduire sur le chemin du cynisme, à la manière d'un Bill Clinton prêt à tout pour obtenir un deuxième mandat. Dans ce cas, nous pourrions tous être impactés par ses initiatives : le pire n'est pas certain.



Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes politiques
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /2010 00:08

Des documents confidentiels du Conseil d'administration de France Télévision ont pu être mis en ligne par le site Mediapart : on y découvrait que la régie publicitaire (FTP) de France Télévision allait être vendue aux sociétés Financières Lov (une société de Stéphane Courbit, un ami du Fouquet's de Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa) et Publicis (Président du Conseil de surveillance : la milliardaire réactionnaire Elisabeth Badinter, en tant qu'héritière du fondateur et actionnaire majeur), pour la modique somme de 2,6 millions d'euros.

Et non pas 20 millions, comme le prétendaient les futurs acheteurs, puisque la trésorerie nette de FTP s'élevait à 13,4 millions d'euros.


Bien sûr, France Télévision et FTP ont tenté au tribunal de faire retirer au plus vite les documents confidentiels étalés sur la place publique. Peine perdue : elles ont été déboutées et condamnées à payer 3.000 euros à Mediapart.


Le vrai prix ayant été éventé, on peut se demander si cette vente sera conclue. Si elle se réalise aux conditions prévues, dans les affaires on appelle ça un prix d'amis.



Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes générales
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