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Notes économiques

Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 00:11

Le noble Olivier Pastré, économiste en Cercle, vient de commettre un article dans Libération, une nouvelle salve conservatrice car sous la rhétorique gentiment iconoclaste se cachent des propositions calibrées pour que les affaires continuent comme avant.

 

Remarquons tout d’abord que le texte aurait mérité une correction soignée de la part de l’auteur, car en général les économistes visent à restaurer des équilibres fondamentaux et non pas des déséquilibres :

 « Aucun des déséquilibres fondamentaux de l’économie mondiale n’a été restauré. »

Mais peut-être est-ce le vrai désir d’Olivier Pastré, « banquier tunisien », qui s’est insinué ? (1)

 

Allons maintenant à l’essentiel de notre propos, en prenant l’exemple de l’économiste en Cercle, à savoir les normes comptables (IAS) et prudentielles (Bâle II).

« (…) il faut cesser de se vouloir « économiquement correct » et de passer son temps à s’interroger sur le « sexe des anges » réglementaires. »

N’est-ce point radical ?

« Faut-il suspendre les normes comptables (IAS) et prudentielles (Bâle II) ? » « Oui, il le faut à mes yeux. »

Notez qu’il s’agit seulement de suspendre … « si l’on veut se donner la moindre chance de sortir de cette crise à un coût économique et social qui ne soit pas exorbitant (…)».

Car « (…) c’est autant de rentes qui seraient ainsi menacées. »

Nous ne le lui faisons pas dire.

 

Mais alors, pourquoi le noble Olivier Pastré signait-il dans le Figaro du 2 janvier 2009, avec Bertrand Jacquillat, un papier dénonçant « le nouvel intégrisme des fonds propres bancaires » et soutenant la pratique des banques françaises (et continentales) ?

« Depuis que le gouvernement britannique a décidé de recapitaliser « ses » banques (et de porter ainsi le ratio de fonds propres de celles-ci à plus de 10 %) (…). (…) Ce couperet de 10 % apparaît ainsi comme une nouvelle « terre promise », un peu comme le taux de 15 % de rentabilité des fonds propres, quête du Graal des dirigeants d’entreprises il y a encore quelques mois. » ;

« Aussi la nouvelle mystique des 10 % ne nous paraît pas moins dangereuse, d’autant qu’en réalité ce ratio des fonds propres s’étage entre 5,9 % et 13,6 % dans les banques européennes. » ;

 

« Laissons donc les banques d’Europe continentale gérer la crise sans leur imposer un nouveau fardeau inutile. »

Le message de janvier avait le mérite d’être clair, n’est-ce pas ?

 

 

Mais après le tir au canon de janvier, le noble Olivier Pastré choisit maintenant la trêve diplomatique (la suspension des normes) pour le plus grand profit (futur) de ses collègues banquiers : parce qu’il y a des suspensions qui sonnent comme des abandons.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : Président d’IM Bank

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /Sep /2009 07:56

La grande presse française n’a pas manqué de souligner le merveilleux chiffre de l’Insee (le PIB en hausse). Vendre de bonnes nouvelles est une chose agréable, minimiser les informations qui  contredisent le discours optimiste dominant en est une autre.

Il est vrai que, si on prend par exemple le quotidien vespéral le Monde qui vit sous forte perfusion bancaire du fait notamment des vues de l’esprit d’Alain Minc, cette attitude béate peut ne pas être gratuite (au sens aristotélicien).

 

Après la contraction historique des crédits au 1er semestre 2009 (Association Française des Sociétés Financières), le médiateur du crédit voit le nombre de ses dossiers repartir à la hausse, après l’accalmie de l’été : 650 entreprises ont saisi la médiation entre le 30 août et le 13 septembre 2009, soit le niveau atteint à la mi-avril (moment fort dans la dégringolade du 1er semestre).

 

Puisque le banquier est l’éphore de l’économie capitaliste, selon l’économiste Joseph Schumpeter (1), qui (qu’il soit analyste financier ou P-DG) osera parler d’un redémarrage (même modeste) de l’économie ?

 

Alexandre Anizy

 

(1)            : nous rappelons à nouveau que le livre de Joseph Schumpeter « la théorie de l’évolution économique » est aussi important que « la Théorie Générale … » de John Maynard Keynes.

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 00:01

Le 15 septembre 2009, soit un an après la faillite de la banque Lehman Brothers, le président Obama a prononcé un discours moralisateur dont il a le secret, assurant que les choses ne recommenceront pas comme avant. Est-ce si sûr ?

 

A Wall Street, comme nous l’avions écrit dès le 16 mai (« les banques américaines sont déjà prêtes à se gaver »), le redémarrage de l’économie de casinos se prépare, puisque « la récession est finie » comme vient de l’expliquer subtilement le président de la Fed Bern Bernanke : vous pouvez d’autant mieux le croire quand vous apprendrez que, selon un analyste de JP Morgan Chase, les 8 premières banques américaines et européennes verseront probablement en 2010 77 milliards de dollars aux 141.000 employés de leurs divisions « capital investissement », soit 543.000 dollars par personne (mais tout le monde ne touchera pas le jackpot, évidemment).

 

Au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Etats-Unis sont encore les premiers à vilipender les mesures conservatrices, forcément protectionnistes, des autres pays … Mais c’est bien le département américain du commerce qui a relevé jusqu’à 31 % les taxes sur les tubes en acier de Chine, de même que les tarifs douaniers pour les pneumatiques chinois. Avec Obama, « America is back », comme disait Ronald Reagan.

 

Rappelons ici que durant la Grande Dépression des années 30, tous les pays avaient mis en place des barrières douanières, à commencer par les Etats-Unis (loi Smoot - Hawley).   

Il faut aussi rappeler ici la crise des changes des années 30 (lire notre note du 20 décembre 2008 « vers la crise des changes comme en 1931 »). Qu’en est-il aujourd’hui ? Le 15 septembre 2008, l’euro valait 1,2329 USD ; le 15 septembre 2009, il valait 1,4663 USD, soit une baisse du dollar de 16 % environ.

 

On peut dire presque ce que l’on veut pour rassurer les marchés, pour inspirer ou restaurer la fameuse confiance, mais il n’empêche que les faits sont têtus.

Si « la récession est finie » comme ils disent, la crise ne fait peut-être que commencer.

 

Alexandre Anizy

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 11:32

Dans notre note du 27 novembre 2007, dans laquelle nous évoquions un moyen d’appropriation, nous faisions le pronostic qu’« en Chine Airbus se fera dépouiller ». Aujourd’hui, plus que jamais, il n’est pas bon de prendre l’Empire chinois pour un laquais du capitalisme global : le géant minier Rio Tinto l’apprend à ses dépens.

 

Début 2009, Rio Tinto connaissait des difficultés financières, notamment à cause de l’effondrement de la demande de minerai : il obtenait de la part de Chinalco un apport de plusieurs milliards d’euros, dont la contrepartie était une participation portée à 19 % du capital de Rio Tinto. Sans doute fort de cet accord, le géant anglo-australien finissait par conclure en juin un autre accord avec son rival BHP Billiton, et il réussissait à lever 15 milliards de dollars en Bourse : dans la foulée, Rio Tinto annulait l’accord avec Chinalco.

 

Chinalco et les autorités chinoises (dans « l’économie communiste de marché » (1), c’est la même chose) n’ont pas apprécié du tout.

 

Début juillet, 4 cadres de Rio Tinto ont été arrêtés et emprisonnés pour corruption et espionnage.

Début août, un responsable de l’Empire du Milieu accuse Rio Tinto, BHP Billiton et Vale d’avoir porté préjudice à la sidérurgie chinoise depuis 2002 en augmentant le prix du minerai de fer, soit un montant estimé à 102 milliards de dollars (coïncidence ? c’est à peu près la valeur boursière de Rio Tinto). Or 1 des 4 cadres accusés d’espionnage, Stern Hu, était un négociateur ... qui aurait espionné les comptes et soudoyé des  acheteurs.

De plus, l’Administration nationale pour la protection des secrets d’Etat (Napss) écrit dans son rapport sur Rio Tinto que «dans les dernières années, plusieurs espions industriels dans notre pays ont acquis des technologies de pointe (…) qui ont causé d’importants dommages à l’économie chinoise ». A bon entendeur …

 

Voilà donc une autre méthode de coercition. 

Seuls les Occidentaux cupides peuvent croire que l’Empire du Milieu connaît la pondération dans sa marche vers l’hégémonie.  

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : lire notre note du 2 février 2008 pour découvrir ce concept baroque.

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 12:53

Alors que le gouvernement a endormi les Français vacanciers durant tout l’été grâce à un soupçon de commencement de début de reprise, les gens bien informés comme René Ricol, le médiateur du crédit, observait simultanément que les conditions de prêt se sont détériorées, notamment pour les « petits dossiers », i.e. les demandes de prêt inférieur à 5.000 euros : combien d’artisans et commerçants finiront-ils sur le carreau dans les prochains mois ? Mais les « gros dossiers » essuient aussi de plus en plus de refus. La tendance baissière des courbes de l’évolution des prêts aux entreprises, à la consommation, à l’immobilier, se poursuit inexorablement.

Traduisons : les banques se refont une santé au détriment de l’activité économique.

 

Allons plus loin avec Charles-Henri Filippi, un homme du sérail (ancien président de HSBC France) : « Au second semestre 2008, pour gagner de l’argent, les rares établissements les plus habiles ont joué les marchés à la baisse. Cela a contribué à approfondir la crise. Ensuite, au premier semestre 2009, les banques ont eu un comportement très classique correspondant à la base du métier (…) ». Traduisons : obtenir des capitaux à des taux d’intérêt très bas et les placer à des taux élevés, relativement très élevés ; notons ici qu’il n’est pas utile de sortir de Polytechnique ou de la formation réputée de mathématiques financières pour réussir ce prodige !

Pour éviter le krach et une répétition de 1929 (1), on a injecté massivement des liquidités, baissé les taux des banques centrales, sauvé de la faillite de grands établissements bancaires … « (…) mais les aides des pouvoirs publics ont été attribuées sans distinction entre les activités de financement ordinaires et les activités de marché, les plus lucratives à court terme … que les établissements financiers ont immédiatement relancées. Ce sont donc les activités purement financières qui ont le plus profité, in fine, de la politique de soutien public. » (Charles-Henri Filippi, idem)

Autrement dit, sans les aides publiques, les banques n’afficheraient pas les profits de 2009 qui, en dernière analyse, finiront dans les poches des banquiers, notamment des traders.

 

 

Alexandre Anizy

 


(1)            : dont Bern Bernanke (Président de la Fed – banque centrale américaine) est un spécialiste ; cependant, avant l’été 2007, il était déjà « partie responsable » du temps de la splendeur d’Alan Greenspan, de même que le Secrétaire au Trésor Timothy Geithner ; si on ajoute à ces « cadors obamiens » Lawrence Summers, l’actuel Conseiller économique du Président, celui qui a facilité la propagation de l’économie de casinos en jouant un rôle clef dans l'abrogation de la Glass Steagall Act (sa nomination au poste de secrétaire au Trésor par le président Bill Clinton a permis l'adoption de la Financial Services Modernization Act en novembre 1999 ; puis il est devenu président de l'université de Harvard -2001-2006-), on n’est pas surpris de voir que « les affaires ont repris comme avant » aux Etats-Unis, et ailleurs …

Ces gens-là ont-ils changé leur mode de pensée ? Non. Ils sont donc incapables d’instaurer un nouveau paradigme. Jacques Attali va donc se désespérer, puisqu’il écrit le 13 août : « Il faudrait donc avoir le courage, aujourd’hui, de s’attaquer aux règles du jeu et non aux joueurs, si l’on veut éviter que la partie tourne au carnage. » 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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