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PMA et GPA : l'hypocrisie de la noblesse républicaine

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans le dossier du « mariage pour les homosexuel(le)s »¹, le gouvernement vient de montrer toute sa filouterie, par précipitation : sûr de son nombre au parlement, il arrange déjà les choses (pour contribuer à la jurisprudence ? Pour répondre à un besoin particulier et urgent ?) avec une circulaire du garde des sceaux Christiane Taubira, qui recommande de délivrer la nationalité française aux enfants nés à l'étranger d'un père français ayant usé de la gestation pour autrui (GPA).

 

Nous n'entrerons pas dans ce débat indécent, quand la France compte 5 millions de sans-emploi et 8 millions de pauvres.

 

Mais nous tenons à souligner la lâcheté et l'ironie de la noblesse républicaine (ou pas) : pour faire passer des lois régressives (en l'occurrence, celle de traiter l'humain comme une marchandise : la mère porteuse livre pour un salaire de misère un produit qu'elle a fabriqué, n'est-ce pas?), les nantis trouvent toujours un idiot utile : aujourd'hui, c'est la noire Taubira, pour exploiter le corps des femmes nécessiteuses ; hier, c'était l'ouvrier Bérégovoy, pour libéraliser le marché financier.

 

Au jour d'aujourd'hui, si les lanternes utiles ne manquent pas, les Diogène font défaut.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : la sociologue Nathalie Heinich a écrit un excellent article sur le sujet (Libération du 27 janvier 2013)

 

 

 

Euro : pourquoi l'Allemagne voulait-elle la monnaie unique ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

En cette période de jubilé (traité de l’Élysée entre l'Allemagne et la France), la coutume veut que l'on regarde le passé avec mansuétude. Nous préférons le faire avec lucidité, car la crise de l'euro n'est pas finie, étant donné que les causes n'ont pas été éradiquées. C'est pourquoi il n'est pas inutile de répondre à cette simple question : pourquoi ont-ils créé l'euro sous la forme de monnaie unique ? Selon nous, l'économiste Jacques Sapir apporta une excellente réponse dans le chapitre 1 de son livre Faut-il sortir de l'euro ? (Seuil, janvier 2012, 192 pages, 14,90 €). Voici l'analyse argumentée qu'il développe.

 

Ils auraient pu créer une monnaie commune qui serait venue « s'ajouter aux monnaies nationales, les compléter et servir d'instrument pour les échanges internationaux de marchandises et de capitaux pour une zone géographique donnée, [qui] offre à la fois les avantages de la stabilité que l'on a avec une monnaie unique et une flexibilité des taux de change qui fait défaut. Avec une monnaie commune, nul n'est obligé de fixer à jamais les rapports des taux de change entre les monnaies des pays membres. » (p.24)

Oui mais voilà, pour empêcher toute spéculation à l'intérieur de sa zone, la monnaie commune impose des règles strictes limitant les mouvements de capitaux. Or les politiciens européens voulaient une libéralisation financière totale : les dits socialistes français n'y sont pas pour rien.

 

 

Au commencement de cette construction européenne, il y a le Serpent monétaire européen issu du rapport Werner de 1970 : il fut la réponse européenne à la décision des États-Unis (sous Richard Nixon) de ne plus convertir automatiquement le dollar en or au taux de 35 USD l'once. Les marges de fluctuation des monnaies membres étaient de + ou – 2,5 %.

L'adoption du principe des taux de change flottants par les États-Unis (concrètement, le gouvernement américain refuse de soutenir sa monnaie sur les marchés), conjuguée aux crises internationales (guerre du Kippour – du 6 au 24 octobre 1973 ; embargo arabe du pétrole – réunion de l'OPEP du 16 et 17 octobre 1973) perturbent fortement le Serpent monétaire qui enchaînera les crises du fait de la montée inexorable du Deutsche Mark (DM) notamment.

 

Le 27 octobre 1977, le britannique Roy Jenkins, Président de la Commission européenne, propose de créer une monnaie unique pour les neuf pays et un budget communautaire fixé à 10 % de chaque PIB, une condition technique logique pour garantir cette monnaie qui fut rejetée politiquementpar tous les pays !

10 % pour débuter, mais il aurait fallu aussi annoncer dès la création l'échéancier court atteignant 30 %. (NdAA)

 

En 1979, le Système Monétaire Européen (SME) émerge de longues négociations : les monnaies nationales vont fluctuer autour d'un cours pivot en ECU (european currency unity), fondé sur un panier de monnaies de pays membres. Hormis une légère réévaluation du DM en septembre 1979, rien ne se passe avant l'arrivée au pouvoir du francisquain Mitterrand. Après 3 dévaluations successives du franc et le virage libéral de 1982-83 sous la houlette du social-traître Jacques Delors, s'ouvre une longue période de stabilité jusqu'en 1992.

« On a ainsi oublié que le SME avait pu fonctionner, en dépit de ses défauts et de l'ouverture progressive des économies aux mouvements de capitaux, pendant 9 ans. » (p.26)

En 1992, l'échec du référendum danois déclenche la spéculation, qui provoque la dévaluation de la lire et de la peseta, et la livre quitte le SME. En 1993, les spéculateurs opèrent contre le franc, obligeant à placer les marges de fluctuation à hauteur de 15 % … Le SME ne s'en remettra pas.

 

L'analyse dominante à cette époque veut que seule une monnaie unique peut contrer la spéculation en produisant un système stable.

« Nous savons aujourd'hui qu'il n'en est rien. La spéculation s'est en fait reportée des taux de change aux taux d'intérêt de la dette souveraine entre chaque pays. » (p.26)

En réalité à cette époque, il n'était pas question pour les dirigeants libéraux européens de rejeter leur croyance dans la théorie des changes flottants, et encore moins de brider la liberté des mouvements de capitaux, ce qui laissait la possibilité à des spéculateurs professionnels comme Georges Soros de mobiliser des montants financiers colossaux. Autrement dit, en s'arc-boutant sur une théorie fallacieuse (puisqu'il a été démontré que ses bienfaits, notamment sur la croissance, ne se sont pas vérifiés) et en offrant les munitions financières aux spéculateurs par le choix du laisser-faire, les dirigeants libéraux européens ont favorisé le désastre.

Mais comme ces hommes et leurs scribes n'étaient ni idiots ni insensibles devant les faits chiffrés, il faut chercher leur(s) objectif(s).

 

C'est là que l'analyse de Jacques Sapir devient intéressante :

« En fait, c'est la volonté allemande de se servir des marchés financiers pour normaliser les politiques économiques des autres États combinée aux intérêts financiers du Royaume-Uni qui explique l'opposition absolue et adamantine de contrôler ne serait-ce qu'en partie les marchés financiers. La France avait bien identifié les implications de la position britanniques, mais elle est restée aveugle quant à la position allemande. » (p.28)

D'une part, le SME ne convenait pas à l'Allemagne, parce qu'il permettait à ses partenaires européens d'équilibrer leurs comptes nationaux grâce aux dévaluations, tout en assurant leurs développements, alors qu'il ne garantissait pas le débouché commercial aux produits de son industrie dans l'UE. D'autre part, il fallait écarter à nouveau la proposition de Roy Jenkins de 1977, i.e. l'union budgétaire : pas question de piocher dans la richesse allemande pour "subventionner le club Med", selon l'expression en vigueur depuis la faillite grecque de 2010 (le temps est passé, mais rien n'a changé en Allemagne … ).

« C'est pourquoi l'acte fondateur de la monnaie unique insiste sur la notion de responsabilité budgétaire individuelle de chaque pays. » (p.29)

 

En 1990, les Allemands n'étaient pas plus ou moins égoïstes que les autres. Ils avaient et ils ont simplement un problème majeur : leur effondrement démographique. Le versement des retraites futures va dépendre de la richesse accumulée et capitalisée. En conséquence, il était et il est d'une part hors de question de toucher au magot pour boucler les comptes d'autres nations, et il fallait d'autre part garantir la valeur future du magot en se soumettant à la logique des marchés financiers.

Les statistiques économiques montrent bien la financiarisation accélérée de l'économie allemande à partir de cette prise de conscience.

En 1990, brusquant la réunification allemande, le chancelier Helmut Kohl, en fin diplomate, propose un traité (le futur Maastricht) au francisquain Mitterrand, qui entérine l'extension de la République Fédérale Allemande et le principe de l'union monétaire. Suprême habilité : cette union monétaire « est présentée comme un sacrifice [l'Allemagne abandonnant son "cher DM", n'est-ce pas? NdAA] de l'Allemagne, alors qu'il s'agit en réalité de ce qu'elle veut obtenir. François Mitterrand s'est bercé d'illusions s'il a cru, comme on le dit, clouer la main de l'Allemagne sur la table. » (p.31)

En fait, le traité de Maastricht fut bordé par des précautions constitutionnelles multiples, notamment l'arrêt du 12 octobre 1993 du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe qui précise que le passage à la monnaie unique devait se faire dans le cadre d'une communauté de stabilité monétaire :

« Cette conception de l'union monétaire, communauté de stabilité monétaire, est le fondement de la loi allemande. » (p.31)

Réaffirmée dans un arrêt de septembre 2011 : la mutualisation de la dette est anticonstitutionnelle pour la Cour de Karlsruhe.

Par conséquent, ridicules sont les politiciens français, voire les "experts", lorsqu'ils glosent sur les eurobonds ou la monétisation directe de la dette réalisée par des avances de la BCE : « La porte a été fermée par la Cour de Karlsruhe. »

 

« La volonté de l'Allemagne était ainsi de faire de la monnaie unique un cadre contraignant mais sans la moindre compensation du point de vue budgétaire. Le statut de la BCE et son objectif unique, la stabilité monétaire, en découlent. » (p.32)

D'aucuns objecteront que la BCE a montré depuis l'été 2007 qu'elle pouvait enfreindre son statut pour intervenir massivement en offrant des liquidités aux banques. En effet, il fallait sauver le système bancaire … et si celui-ci s'était écroulé, la BCE aurait failli à son unique mission : la stabilité monétaire.

« Dans une Allemagne largement financiarisée, la stabilité des banques est bien devenue un objectif légitime. Le gouvernement allemand n'a pas hésité à sauver ses banques en 2008. » (p.32)

 

Fort des faits établis depuis la création de la monnaie unique, revenons sur le compromis fondateur :

- pour l'Allemagne, c'est un droit d'accès aux principaux marchés de ses voisins (France, Italie, Espagne)

  • sans restrictions tarifaires (principe du Marché Unique),

  • sans restrictions monétaires (l'arme de la dévaluation est retirée à ses concurrents) ;

- pour les autres pays, c'est l'accès au marché financier aux mêmes conditions que l'Allemagne (des taux d'intérêt très bas).

Magnanime, l'Allemagne offrait en quelque sorte à ses partenaires un permis de s'endetter à bon compte, ce dont les politiciens médiocres ou pourris (le cas des clans des 2 familles grecques qui tiennent le pouvoir depuis 40 ans) ne se privèrent pas.

Au fait, s'endetter pour quoi ? Acheter des produits allemands, par exemple.

Mais en 2008, l'avantage octroyé aux autres pays européens disparaît : les écarts sur les taux d'intérêt des dettes nationales commencent à s'amplifier. En 2011, une forte disparité est bien établie.

 

« Le compromis initial est donc clairement rompu ; mais cette rupture est asymétrique (...) » car l'Allemagne a conservé ses avantages (droit d'accès sans restrictions tarifaires et monétaires), tandis que les autres pays européens ont perdu le leur (si on considère que le permis de s'endetter sur le marché financier était un avantage – ce qui n'est pas notre appréciation).

Il est probable que l'Allemagne quittera l'euro si les autres pays remettent en cause ses choix fondamentaux (communauté de stabilité monétaire, responsabilité budgétaire individuelle de chaque pays).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Le prochain Grégoire Delacourt n'est pas dans la liste de mes envies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le publicitaire Grégoire Delacourt a connu le succès en 2012 avec un court roman, la liste de mes envies (éditions JC Lattès, février 2012, livrel de 96 pages - sur un mobile). C'est tant mieux pour lui.

 

Mais en lisant l'ouvrage, nous restâmes insensibles à cette historiette mélodramatique dont le style très dépouillé, où les énumérations s'accumulent même en dehors de la fameuse liste, ne parvint pas à la sauver.

 

« Une fois, il m'a dit que j'étais belle. Il y a plus de vingt ans et j'avais un peu plus de vingt ans. J'étais joliment vêtue, une robe bleue, une ceinture dorée, un faux air de Dior ; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vêtements. » (p.8)

 

Pire. Plus nous lisions, plus nous pensions à un autre publicitaire dont l’œuvre cinématographique montre paradoxalement le plus profond mépris pour l'espèce humaine en générale, et les petites gens en particulier. Il s'agit d'Etienne Chatiliez. Une curieuse sensation pour un livre dit populaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Malades du management d'après Vincent de Gaulejac

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ce sont deux conférences de Vincent de Gaulejac que les éditions Quae ont mises en forme dans un petit livre : la recherche malade du management (93 pages, 8,60 €).

 

Dès l'introduction, en rappelant les années 60 et 70, le problème est correctement posé :

« A IBM, il n'y a plus de chefs mais des managers, on ne donne plus des ordres mais on applique des prescriptions, il n'y a plus de pointeuse mais des objectifs, il n'est plus question d'obéissance mais d'adhésion à des valeurs de performance. Au pouvoir disciplinaire qui caractérisait l'organisation scientifique du travail, se substitue un pouvoir "managinaire" fondé sur la mobilisation psychique, l'intériorisation des valeurs de l'entreprise, la captation de l'idéal du moi par l'idéal entrepreneurial. » (p.11)

Peters et Waterman (consultants de McKinsey) publient la bible en 1982 : le prix de l'excellence.

Et Vincent de Gaulejac va d'analyser le processus et sa mise en place, les dégâts humains qu'il engendre. Dans le privé comme dans le public.

« La RGPP met en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que la gratuité, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l'utilité productiviste plutôt que l'amélioration du bien-être collectif. » (p.56)

Et on en arrive à cette absurdité : passer plus de temps à trouver les moyens pour travailler que de travailler vraiment. Dans la recherche en particulier, comme dans l'université et les écoles supérieures en général.

« L'autonomie des universités est un leurre parce qu'elle transfère aux universités des responsabilités nouvelles sans leur donner les moyens de les assumer (…), parce que cette autonomie porte sur la gestion des moyens alors que ceux-ci diminuent, parce que l'autonomie n'est reconnue que lorsque les universités acceptent d'appliquer les principes de la nouvelle gestion publique. » (p.58)

 

Dans les entreprises, le problème s'aggrave sérieusement, puisque le système aboutit à une situation de mal-être du personnel (pour simplifier : se souvenir des suicides chez France Télécom et la Poste).

« L'excellence, la qualité, l'amélioration de la productivité, l'efficience, sont des valeurs très difficiles à combattre. Elles paraissent justes, souhaitables et nécessaires. Elles sont irrésistibles. Ce qu'il convient de combattre, ce ne sont pas ces valeurs mais l'utilisation qui en est faite pour mettre en œuvre des modes opératoires qui les pervertissent : quand la qualité se transforme en quantophrénie ; quand l'excellence se traduit en exigence du toujours plus ; quand l'amélioration de la productivité est utilisée pour réduire les effectifs ; quand l'efficience consiste à réduire les moyens tout en fixant des objectifs toujours plus élevés. » (p.57)

« L'idéologie des ressources humaines, c'est bien cela : transformer l'humain en ressource pour le mettre au service du développement de l'entreprise. » (p.75)

 

Bénédicte Vidaillet (psychanalyste), qui vient de publier Évaluez-moi (Seuil, janvier 2013, 18,50 €), parle ainsi du mode d'organisation dans un journal¹ :

« L'évaluation fait une promesse aux gens. Dans des organisations du travail toujours plus floues, flexibles et polyvalentes, elle semble donner des repères, un cadre temporel, elle fixe des objectifs. (…) L'évaluation contient une promesse narcissique : celle de s'améliorer, d'être le meilleur. »

« Selon Lacan, ce qui définit l'humain, c'est un certain "manque à être. C'est une incertitude ontologique. Avoir un nom, une profession, une filiation, donne une place d'où l'on peut agir. Cette place ne répond pas totalement à l'incertitude de l'être mais elle le calme psychiquement. Or, l'évaluation donne non pas des places mais des positions relatives, incertaines où tout se rejoue à chaque épreuve. Plus on est évalué, plus on est dans l'incertitude, moins on est rassuré de la position qu'on nous attribue de manière éphémère. Un cercle vicieux. »

« Cette idéologie est nocive pour tous, y compris pour ceux qui détiennent le pouvoir (…). Combien de cadres dirigeants déplorent ne plus avoir prise sur des entreprises "pilotées" par les chiffres ? »

 

 

Comme le souligne Vincent de Gaulejac, nous avons assisté à un renversement en passant de la destruction créatrice (concept de Schumpeter, galvaudé par tant de raiders et managers aux idées courtes) à la création destructrice.

Pour nous, contre cette sorte de jean-foutres, on a raison de se révolter.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Libération du 17 janvier 2013.

(²) : manque d'être dans la théorie de René Girard.

 

 

Meurtre littéraire de Sollers par Alice Ferney

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il fallait que ce soit une femme, forcément, qui assassine un pape de la cité germanopratine, à savoir Philippe Sollers, parce que les quadragénaires médiocres qui ont pris le pouvoir dans le champ médiatique de la culture n'ont pas assez de couilles pour tuer un de leurs bienfaiteurs.

Pour notre part, nous n'avons pas attendu pour le dauber :

http://www.alexandreanizy.com/article-6342494.html

 

Donc Alice Ferney s'est attelée à cette tâche ingrate : lire le dernier produit du faux maître. Florilège de son article paru dans le Figaro littéraire du 17 janvier 2013 :

 

« Platon distinguait trois niveaux de la conversation : les ragots, les opinions, les idées. Pourquoi se priver du niveau 3 ? »

 

« On lit avec regret, parce que l'auteur se devrait à lui-même d'avoir travaillé davantage. »

 

« (…) Sollers rêve d'une écriture sèche (ce que Yourcenar appelait la concision brillante) mais cette ambition (de moraliste) s'anéantit dans une suffisance qui lui donne un ton péremptoire, et des facilités qui rabaissent l'ensemble. »

 

« En voulant être lapidaire, voire elliptique, Sollers devient ennuyeux : ses commentaires sont faibles, le tout-venant de la pensée. »

 

 

Quelquefois sur le boulevard Port-Royal, nous apercevons Philippe Sollers à la terrasse d'un café, ou bien assis sur un mobilier urbain, le visage un peu rougeaud - indice d'un déjeuner trop arrosé ? Mais jamais il ne parle à un arbre, lui. Le bourgeois ridicule préservera son image jusqu'au bout, c'est là son unique constance.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : le Monde des Livres du 18 janvier 2013 cire toujours l'ancêtre : autrefois Savigneau, désormais Georgesco

 

 

La vérité sur Tina Uebel (exclusivité, s'il vous plaît)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour tout vous dire, on a reçu un paquet inattendu contenant la vérité sur Frankie de Tina Uebel (ombres noires – Flammarion, 377 pages ; sortie le 23 janvier 2013).

 

 

Illico nous l'écrivons : impossible de rentrer dans ce polar !

Cela tient au procédé narratif adopté : la transcription d'enregistrements. Malgré les efforts de l'auteur (et du traducteur Stéphanie Lux), nous n'avons jamais pu dépasser les 2 premières pages des premiers chapitres, tant le style heurtait notre envie de littérature.

 

La vérité sur Tina Uebel ? Si son talent se résume à ce genre de documents facilement balancés sur un dictaphone (hypothèse), vaguement arrangés dans un traitement de textes, on se doit de parler cash : garbage !

 

Peut-être qu'en version audio, ce texte est supportable  ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

  PS du 9 février 2013 : dans Marianne de ce jour, le journaliste Alain Léauthier fait la promo de Tina (copinage ou échange de mauvais procédé ?), mais il n'a pu s'empêcher de soulager sa conscience en écrivant que le texte est "articulé pataudement sur les confessions enregistrées des trois protagonistes ..."

Le sang noir de Louis Guilloux

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1935, Louis Guilloux publie le sang noir (Gallimard, livrel de 485 pages), dans lequel il met toute sa rage contre l'injustice du monde et la bêtise des hommes, ce qui fera dire à Aragon que « Cripure¹ est nécessaire à la pleine compréhension de l'homme de ce temps-ci comme Don Quichotte à celui de jadis ». A travers ce prisme, d'aucuns voient dans Cripure un autre Bardamu.

 

« Et dans cette époque où ils n'avaient que cet amour-là aux lèvres, où du matin au soir il n'était question que de la France, Cripure, seul, ne pouvait pas parler de la France et il en souffrait, rejeté ici comme ailleurs à sa solitude ou à sa comédie. Car il fallait bien faire semblant d'aimer la France à leur manière. Il y aurait eu trop de danger à ne pas le faire. Et même – ceci était un souvenir plus que pénible – il avait forcé la note, une fois. Il s'était montré une fois plus chauvin qu'eux tous réunis. » (p.123)

On a ici "une fois" en trop … et l'émotion en moins, comme tout au long du roman.

 

Bardamu... ce n'est donc pas notre avis. Si nous apprécions les portraits au vitriol de certains personnages, nous en déplorons le foisonnement, qui place le lecteur sur un paquebot ingouvernable dans une mer encalminée. Entre les savoureuses pages impertinentes, combien de tunnels soporifiques ?

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : le surnom du personnage-clé du roman

 

 

 

Mali : d'accord avec Galouzeau de Villepin, diantre !

Publié le par Alexandre Anizy

 

En préambule, rappelons que nous n'avons aucune sympathie pour Dominique Galouzeau de Villepin, ni pour les idées qu'il défend mal, ni pour le politicien douteux, ni pour l'individu. Mais lorsqu'il se concentre sur son premier métier, i.e. la diplomatie, l'homme produit encore de bonnes analyses, comme celle sur l'entrée en guerre de la France au Mali¹.

 

Résumons son propos.

Leçons des guerres perdues en Afghanistan, Irak, Libye :

  • « Jamais ces guerres n'ont bâti un État solide et démocratique. » ;

  • « Jamais ces guerres n'ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. » ;

  • « Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. ».

Parce qu' « Au Mali, aucune des conditions de la réussite n'est réunie », il fait le constat et la prévision suivante :

  • « Nous nous battrons à l'aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d'Aqmi sont autant de guerres différentes. » [qui demandent par conséquent une stratégie et des moyens différents. NdAA] ;

  • « Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. » ;

  • « Nous nous battrons dans le vide, faute d'appui régional solide. ».

L'échec est au bout du fusil, mise à part la remontée sondagière du Président culbuto-molletiste qu'on présente déjà comme le Chef de guerre...

 

« Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits ? », s'interroge-t-il, avant de rappeler son ambition pour la France.

En effet, quand on entend une Nathalie Kosciusko-Morizet déclarer² qu'elle approuve l'intervention française au Mali pour les mêmes raisons qu'elle approuvait celle en Afghanistan, on se dit que cette polytechnicienne de salon, qualifiée « d'emmerdeuse » par ses amis politiques (pas tous, évidemment), n'a rien appris des expériences passées : n'est-ce pas ce qui caractérise les imbéciles ?

Force est de constater que la connerie est équitablement distribuée dans l'ensemble de la population.

Jouez tambours, sonnez trompettes : les politiciens cyniques sont de retour au Quartier Général.

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : Journal du Dimanche du 13 janvier 2013

(²) : au journal télévisé de France 2 de 13 h, dimanche 13 janvier 2013

Olivier Blanchard : un mea culpa sans conséquence

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du FMI, le français Olivier Blanchard, vient de confirmer que ses croyances¹ l'ont une nouvelle fois aveuglé au point de ne pas comprendre² qu'ils utilisaient de mauvais outils pour mesurer les effets de leurs désastreuses recommandations politiques (au sens étymologique), notamment en Grèce : pour un matheux dans son genre, on touche le comble du ridicule, isn't it ?

 

Olivier Blanchard a donc cosigné un article pour faire son mea culpa : c'est tout à son honneur. (Combien de points pour cette communication ?)

 

Jadis, quand un responsable commettait une faute ayant eu des conséquences dramatiques pour la population, il avait le courage de démissionner … ou d'autres prenaient la décision de l'écarter de son poste.

But the times, they have changed !

Aujourd'hui, le responsable fautif bat sa coulpe (enfin, certains d'entre eux...) et poursuit sa carrière. Aujourd'hui, les responsables ne sont pas coupables.

 

Mais restons positifs, comme toujours. Pour Olivier Blanchard, une chose n'est plus à démontrer : son honnêteté intellectuelle.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire sur ce sujet la note que nous avons consacrée au livre de Frédéric Lebaron.

(²) : nous l'avions averti dans la note du 19 février 2010

http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html

 

 

L'ascension des chutes par Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

 

Longtemps nous nous sommes tenus à l'écart de la production pléthorique de Joyce Carol Oates, craignant une espèce de logorrhée futile comme celle d'Amélie Nothomb par exemple. La vie est une chose courte, fragile, et s'attarder dans la prose au kilomètre d'une faiseuse, bonne ou mauvaise, relève du gâchis. Comme Djian¹, nous pensons que le style d'un écrivain c'est un point de vue sur le monde : c'est pourquoi nous considérons que Mme Nothomb a sans nul doute une esthétique chapelière, mais que dalle pour le reste. Quant à l'Américaine prolifique, c'est une raison technique qui a levé notre prévention. En effet, nous avons acheté Les chutes au nouveau format de poche, dit ".2" (éditions Philippe Rey, juin 2011, 992 pages, 13 € … à notre avis, beaucoup trop cher pour un format poche), inventé par l'imprimeur et éditeur Jongbloed (Pays-Bas).

 

L'architectonique du roman étant remarquable, sans cesse nous avons tourné les pages pour connaître la suite, et en refermant le livre, nous restâmes admiratifs devant l'incontestable savoir-faire de Joyce Carol Oates qui atteint les sommets dans Les chutes.

D'ailleurs, d'un point de vue général, on pourrait discuter la thèse suivante : si les Européens ont inventé le genre romanesque, ce sont les Américains qui l'ont fabriqué dans la dernière partie du XXe siècle.

 

Reste le problème du style, i.e. la vision du monde, là où le bât blesse. Dans le fatras des thèmes abordés (psychologie de femmes américaines, rapports mère – fils, le Niagara comme métaphore de la déchéance d'une Amérique en crise morale, etc.), on ne voit pas d'où l'auteur écrit, de sorte que nous pressentons ceci : with Joyce Carol Oates, nothing personal, just professional.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire la note http://www.alexandreanizy.com/article-6876006.html