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Talent rare chez Sandro Veronesi

Publié le par Alexandre Anizy

Comme les terres, le dernier roman de Sandro Veronesi montre que le talent est rare.

Nous avions gardé un bon souvenir de Sandro Veronesi avec son roman Chaos calme : voir le billet ci-dessous.

http://www.alexandreanizy.com/article-25909104.html

C'est pourquoi nous avons cédé à la tentation (1) de lire Terres rares (Grasset, en livrel à 15,99 € : trop cher !), parce qu'il s'agit de la suite du Chaos.

Patatras ! Les soixante premières pages furent assez pénibles (bon Dieu, le style !), puisqu'on a failli fermer définitivement le livrel, mais nous avons résisté stoïquement à cause de l'architectonique minutieuse... qui frise l'improbabilité. Au bout du texte : l'insatisfaction.

Alexandre Anizy

Azadi pour comprendre l'Iran

Publié le par Alexandre Anizy

Certains livres nous réconcilient avec la littérature, du moins celle qui ambitionne de contribuer à la découverte des sociétés pour que les hommes puissent les améliorer. Le roman Azadi de Saïdeh Pakravan compte parmi ceux-là.

Azadi de Saïdeh Pakravan (Belfond, janvier 2015, en livrel à 12,99 € - trop cher !) est d'abord un bon roman : un style fluide et plaisant, des caractères définis, une architectonique maîtrisée et adaptée au contexte. L'histoire se passe à Téhéran au moment des manifestations de juin 2009 : l'étudiante Raha et ses ami(e)s y participent, mais elle seule va connaître la prison, l'interrogatoire, la torture et le viol. Quand elle sort quelques jours plus tard (ses parents vivent dans les beaux quartiers...), tout a changé pour elle, forcément. Pour se relever, elle choisit de poursuivre légalement ses violeurs, ce qui en ce monde n'est jamais une mince affaire : au pays des mollah, cela ressemble à une épreuve titanesque.

Voici ce que dit un vieux personnage iranien, grincheux et désabusé :

« L'islam essaie toujours de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Au fond, son essence est, comme le judaïsme, une série de croyances qui déterminent de façon précise comment avancer dans la vie. C'est juste une liste de règles. Le judaïsme ne prétend jamais être spirituel ou transcendantal ou aspirer à un ordre plus élevé, il n'a ni enfer ni paradis ni quoi que ce soit d'autre que ce que nous avons ici. Il faut suivre les règles pour être un bon juif. C'est pareil pour l'islam, mais il prétend être spirituel. » (p.109 / 346)

Il nous paraît judicieux de citer aussi ce passage :

« Dans un pays musulman, un bon musulman est quelqu'un qui ne triche pas, qui ne tue pas, qui cultive des valeurs de compassion, qui aide les pauvres, etc. En un mot, qui fait toutes les choses qu'un bon chrétien ou un bon bouddhiste ou un bon n'importe quoi est supposé faire. C'est le seul avantage que je trouve à la religion - elle empêche les gens de s'entre-dévorer. » (p.162 / 346)

Ce livre est un tableau de la société iranienne et de la situation politique. La fin en surprendra quelques un(e)s, et nous remercions l'auteur de ne pas avoir cédé à une facilité romanesque.

Alexandre Anizy

Quelque chose de Jacques Roubaud

Publié le par Alexandre Anizy

La mélancolie de Jacques Roubaud dans Quelque chose noir (Poésie Gallimard) charme le lecteur, parce que sa prose poétique a bonne mine. Un échantillon en guise de preuve ?

Dans l'espace minime (extrait)

Je m'éloigne peu souvent de cet endroit comme si l'enfermement dans un espace minime te restituait de la réalité, puisque tu y vivais avec moi.

A sa descente, comme à sa montée, le soleil pénètre, s'il y a du soleil, et suit son chemin reconnaissable, sur les murs, les planchers, les chaises, courbant, couchant les portes.

Je suis là beaucoup, à le suivre des yeux, à interposer ma main, sans rien faire, penser, complément d'immobilité.

Tu n'habites pas ces pièces, je ne pourrais dire cela, je ne suis pas hanté de toi, je n'ai plus, maintenant, que rarement l'hallucination nocturne de ta voix, je ne te surprends pas en ouvrant la porte, ni les yeux.

(...)

Mailman de J. Robert Lennon

Publié le par Alexandre Anizy

Certains éditeurs français sont tellement "in" qu'ils ne traduisent plus les titres des romans américains. Un exemple : Monsieur Toussaint Louverture qui met sur le marché en février 2014 Mailman de J. Robert Lennon, publié en 2001.

Au cours de la promotion, certains journalistes ont évoqué Bukowski, un postier dégueulasse qui a fini par décrocher la timbale littéraire, et même le Kennedy de la conjuration des imbéciles. C'est une comparaison bien excessive.

Alexandre Anizy

Les mal-vivants de Pierrick de Chermont

Publié le par Alexandre Anizy

Le plus dur n'est pas une vie d'aveugle, mais d'agir avec

l'humilité requise ; nous sommes des si mal-vivants

Que même un cheval avec des œillères, ou du foin que

disperse le vent, en savent plus sur le monde que le

plus savant d'entre nous.

Pierrick de Chermont. Par-dessus l'épaule de Blaise Pascal

(éditions de Corlevour, juillet 2015 ; extrait de la page 20)

Sur cette Terre qui est parfois si jolie, que d'ignorance et d'orgueil !