La presse crève aussi de son asservissement

Publié le par Alexandre Anizy

Les supports d’information, notamment la presse, sont en crise. Bien entendu, la maladie ne provient pas d’un seul virus. Parmi les causes, il en est une dont on ne vous parlera pas beaucoup : l’asservissement aux pouvoirs économiques et politiques.

« Trois groupes contrôlent désormais l’ensemble des journaux de l’Est, de l’Ouest et du Midi. Sur le plan national, malgré la disparition de plus d’une dizaine de titres en cinquante ans, le Figaro a perdu, depuis 1988, près de 100.000 lecteurs, le Monde près de 80.000, Libération près de 60.000. Et cela ne s’arrange pas. Au contraire. A quoi s’ajoute l’effondrement des recettes publicitaires. » (Jean-François KAHN, 17 mai 08)

 
Ce que nous disons n’est pas une nouveauté : il y a 40 ans, la presse avait déjà son DASSAULT, son BOUSSAC, par exemple. Mais le fait que cela soit aujourd’hui la règle générale constitue réellement un fâcheux franchissement de seuil, parce que chacun sait que le milieu des affaires n’aime ni les esclandres ni les manifestations sociales, pas même l’indépendance d’esprit de ses scribes. Voir les cas d’ Alain GENESTAR à Paris Match (groupe LAGARDERE), de Jacques ESPERANDIEU au Journal Du Dimanche (groupe LAGARDERE), d’ Eric IZRAELEWICZ à la Tribune (groupe LVMH de Bernard ARNAULT), toutes ces personnes n’ayant pas la réputation d’être des agitateurs …

 
Pour dynamiser leurs danseuses endormies qui entonnent quotidiennement la « chanson unique », leurs dirigeants font la chasse aux scoops pour se démarquer par rapport au nouveau support (Internet) et pour gommer l’effet désastreux de la similitude. Et patatras !
« L’atout maître des médias installés par rapport aux fourmis [les nouveaux supports électroniques, ndAA], c’est qu’ils sont crédités de savoir-faire, d’expérience. (…) Enchaîner les faux scoops, c’est toucher au cœur du pacte. C’est porter atteinte, non pas à un seul titre, mais à toute la presse. » (Daniel SCHNEIDERMANN, 19 mai 08)

 
Même le chevalier Jean-François KAHN ne l’exprime pas clairement, préférant le terme de complaisance. Mais lui au moins est prêt à lancer une nouvelle croisade pour empêcher la disparition du journal le Monde ou sa mise sous tutelle (qui « (…) constitueraient un crime contre la République », rien de moins) : il oublie que la bataille a déjà eu lieu.

Alors quelle solution reste-t-il pour les démocrates attachés à une presse quotidienne libre, i.e. indépendante des pouvoirs économique et politique ? En dernier recours, le lancement d’un quotidien, nous dit Jean-François KAHN. Vaste projet !

 
Alexandre Anizy