Les aliments restructurés et l'avenir dans nos assiettes

Publié le par Alexandre Anizy

80 % des produits que nous mangerons bientôt n’existent pas encore. Le contenu de l’assiette n’est déjà plus déterminé par le milieu social et la localisation, mais par les stratégies des grands groupes agro-alimentaires et les actions qui en découlent.

S’il faut démontrer leurs puissances, un seul exemple suffit : la consommation d’eau. Alors que la France possède une des meilleures eaux du robinet au monde, elle figure parmi les plus gros consommateurs d’eau en bouteille. D’un strict point de vue économique, le commerce de l’eau en bouteille est une aberration.

 
De fait, les aliments restructurés sont déjà sur nos tables, mais aussi celles des restaurants. Aux Etats-Unis, le secteur de la viande restructurée domine le marché avec 55 % des ventes.

Comment fabrique-t-on un aliment restructuré ?
Vous prenez des animaux que vous broyez et réduisez en bouillie ; celle-ci est ensuite re-structurée, re-fibrée, re-aromatisée, re-colorée, afin de reproduire le naturel qui correspond aux attentes du consommateur.
« Les « néfastes food » utilisent divers produits restructurés (« frites », « oignons », …). (…) On fabrique donc en série des plaques d’oignons (c’est tellement plus pratique pour la gestion des stocks), comme on produit des œufs restructurés sous forme de bâtonnets. »  Paul ARIèS (auteur de « la fin des mangeurs » et « le goût ») 

 
Aujourd’hui, les alicaments constituent déjà un marché juteux, dont le fameux yaourt à boire en petit conditionnement en est la plus illustre démonstration : 8 % du chiffre d’affaires de l’entreprise Danone.
Demain, les « cosmeto-food » se développeront dans la grande distribution.

 
Le développement de cette industrie agro-alimentaire implique la destruction de la paysannerie (1,5 milliard de travailleurs) pour rassembler la production dans les mains de 350.000 exploitants agricoles. Il demande aussi la généralisation de l’irradiation des aliments pour que les produits puissent voyager loin et longtemps sans pourrir. Comme le mot « irradiation » est fortement connoté, les professionnels lui préfèrent le terme d’ionisation.

 
Mieux que cela ?
« L’industrie a même inventé le « quorn » : le premier aliment sans rapport aucun avec l’agriculture puisqu’il s’agit d’un champignon (myco-protéines) que l’on peut faire croître sans fin. (…) Avec lui, l’alimentation n’est pas la fille de l’agriculture, mais la bâtarde de la chimie. » Paul ARIèS (la décroissance n° 49, mai 2008)

 
Alexandre Anizy