Géorgie (II) : pourquoi cette guerre ?

Publié le par Alexandre Anizy

Contrairement à son collègue du Conseil de Surveillance du journal Libération (voir note d’hier), Bernard GUETTA affirme le 14 août : « Mikhaïl SAAKACHVILI n’est pas le seul coupable. Ses responsabilités sont immenses. » Comme il accorde un crédit d’intelligence à ce président, comme il considère que l’aberrante agression géorgienne a été prise comme sur un coup de dés, il se dit que l’erreur n’est pas que du côté géorgien.

Cette guerre est aussi « le fruit de l’incohérence de l’Europe et des Etats-Unis face à la Russie, de leur constante volonté de la contrer sans en avoir les moyens ni surtout de vraies raisons de le faire. »

Après la période de dépeçage de l’empire soviétique par la clique d’ELTSINE, la Russie a retrouvé quelques valeurs supérieures à l’égoïsme et à l’enrichissement personnel (les conditions de ce retour, la réalité politique et sociale de ce pays, ce sont d’autres sujets de discussion), ce qui inquiète les Etats-Unis, l’Europe, les anciens satellites soviétiques … C’est pourquoi l’Alliance Atlantique veut intégrer l’Ukraine et la Géorgie. Bien que l’Allemagne et la France aient retardé ce mouvement au sommet de l’OTAN du printemps dernier, le projet existe : ce qui expliquerait le coup de force tenté par le président géorgien SAAKACHVILI en Ossétie, où il ne récolte que la riposte prévisible, sans le secours américain ou européen …

 
Objectivement, il faut admettre que si la Russie n’avait pas réagi, d’autres conflits locaux se seraient déclarés à sa périphérie. L’embrasement de cette partie du monde est-il souhaitable et à qui profiterait-il ?

A ces deux questions, Bernard GUETTA répond indirectement quand il écrit : « En ce début de siècle, l’Occident a besoin du soutien russe, d’un front commun sur la scène internationale qui ne sera pas facile à articuler mais auquel la Russie aspire car ses élites se sentent européennes et qu’elle est au contact direct des troubles de l’Islam et de l’affirmation chinoise. » 

 

L’article de Marek HALTER publié dans le Figaro du 15 août complète celui de Bernard GUETTA, puisqu’il s’interroge sur le jeu de l’Amérique en Europe.

« Il faut rappeler que BUSH n’a pas cessé, depuis son accession à la présidence, d’œuvrer à l’isolement de la Russie aussi bien sur le plan économique que géographique. »

Pour l’entourage néoconservateurs du président, rien n’a changé en ce qui concerne l’URSS. Il n’y a qu’à lire l’article de propagande de Robert KAGAN (« Moscou est responsable ! ») que le journal le Monde a diffusé sans lui opposer un article contradictoire, sans l’accompagner d’une analyse critique : cette absence de déontologie en dit long sur la décrépitude morale du quotidien vespéral.

Pourtant, comme le souligne Marek HALTER, Vladimir POUTINE a démantelé des bases militaires à Cuba et au Vietnam et il a intégré l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Mais les Etats-Unis ont dans le même temps installé des bases militaires en Asie Centrale, en Géorgie, en Tchéquie et en Pologne. Sur une carte militaire, ces implantations américaines peuvent se lire comme un encerclement.

 
Par une honnêteté intellectuelle qui l’honore, Marek HALTER se positionne face à l’Amérique avant d’exprimer sa lecture des événements.
« On peut, et c’est mon cas, ne pas être antiaméricain et considérer que l’indépendance de l’Europe ne s’accorde pas avec son appartenance à l’OTAN. »

 
Pour Marek HALTER, l’agression militaire de la Géorgie en Ossétie a été préparée avec les Américains et approuvée par Condoleezza RICE lors de son dernier séjour à Tbilissi. Ni le président géorgien SAAKACHVILI, ni le président BUSH (présent à Pékin, il ne bougea pas – ni physiquement ni diplomatiquement – alors que POUTINE rentrait aussitôt et directement en Ossétie du Nord – territoire russe) n’ont négligé la riposte russe, puisqu’ils misaient sur elle pour mobiliser médiatiquement l’opinion mondiale. « Même la réunion des dirigeants russophobes – polonais, ukrainien et baltes – du 12 août à Tbilissi a été programmée. »

Pour l’Amérique, il s’agit de gagner la bataille des esprits (« battle of minds ») en y gravant ce message simple : la Russie est un danger pour les « jeunes démocraties ».
« Ce danger justifiera a posteriori l’expansion de la présence américaine dans ces régions. Au détriment de la solidarité et de l’intégrité de l’Europe. »

 
Dans le Monde du 16 août, on apprenait que Polonais et Américains concluaient un accord militaire : d’ici 2012, 10 missiles « antimissiles balistiques de longue portée » seront installés en Pologne, mais aussi une batterie antiaérienne de 96 missiles Patriot que la Pologne placera aux endroits utiles à sa défense nationale.     

Certains savent battre le fer quand il est chaud.

 
Alexandre Anizy

Publié dans Notes politiques

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