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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /Août /2008 11:45

(Suite de nos notes économiques du 11, 19 et 21 août 2008)

Dans cette 4ème note, nous allons dire d’abord comment nous estimons le livre de François LENGLET, et enfin ce que d’autres en ont pensé.

Ce livre prétend défendre une thèse : les mêmes mécanismes qui ont provoqué la crise des années 30 seraient à nouveau à l’œuvre. Malheureusement, nous nous apercevons très vite que la tâche devait être trop importante ou trop pointue ou trop rébarbative pour le journaliste François LENGLET, trop habitué peut-être à balayer les sujets en trois feuillets.

Si on prend la bibliographie, on remarque d’emblée des absences étonnantes, comme par exemple :

Charles KINDLEBERGER : « Histoire mondiale de la spéculation financière » (Valor éditions 2005) ;

John Kenneth GALBRAITH : « la crise de 1929 » (en poche) ou bien « Brève histoire de l’euphorie financière » (Seuil 1992).

François LENGLET s’est attelé à un travail d’ordinaire réservé aux chercheurs : en avait-il les moyens (l’expérience et surtout le temps) ? Le résultat nous amène à répondre négativement.

A la place d’un ouvrage sérieux, on a droit à un survol des arguments de la thèse, pour vite retourner aux démons de l’essai journalistique bouclé en trop peu de temps : par exemple la géopolitique, qui n’apporte rien à la thèse soutenue, prend 22 pages, soit 9,56 % du bouquin.

Pour appâter les confrères utiles à la promotion commerciale, l’auteur récite le chapelet des idées en vogue : autorité et élites en crise, la montée du populisme, l’identité nationale en question (traitée en 15 pages), etc.
De même, pour réussir la mayonnaise médiatique, il ne faut pas négliger les petites phrases sentencieuses, du genre :

« Après tout, Jacques CHIRAC, aussi médiocre président qu’il se soit montré, a été désigné par le peuple à deux reprises. » (p.152) ;

« Le DANDIEU des années 2000 s’appelle Nicolas BAVEREZ (…) sous le titre la France qui tombe. » (p.182) ;

« L’esprit « ligne Maginot » n’est pas mort, il a trouvé en Martine AUBRY, Jean-Pierre RAFFARIN, Jacques CHIRAC et Thierry BRETON de modernes incarnations. » (p.199) ;

Edouard BALLADUR serait un clerc qui trahit (Julien BENDA est cité bien entendu) puisqu’il ne croirait plus en l’homme universel (p.216) ; José BOVé et les faucheurs d’OGM seraient l’avant-garde d’un retour conservateur aux sources (p.221) ; les juges ne seraient pas toujours libres face à la pression populaire [là, ça en devient hilarant] (p.223).
 

Pour résumer notre critique : en voulant jouer dans la cour des chercheurs, François LENGLET a sous-estimé l’ardeur de la tâche.

 
Mais alors, qu’en ont dit les confrères ?
Disons que, comme Marie-Laure BAUDET, ils ont plutôt salué le travail d’un auteur « qui connaît son sujet, se révélant tour à tour économiste, historien ou fin connaisseur des thèses freudiennes (…) » pour la présentation d’un argument qui, « répété au fil des pages, est facile à exprimer : la crise des années 30 est devant nous. ». (Le Monde 5 juin 2007).
Mais nous savons que le quotidien vespéral crie rarement haro.
BAUDET Marie-Laure renvoie fort justement au livre «le capitalisme est en train de s’autodétruire » de Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD (La Découverte 2005). Une référence à des gens sérieux.  

 

Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes économiques
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Commentaires

Artus et Virard ? les économistes de marchés de Natixis qui ponctuellement s'essaient au populisme littéraire. Une référence pour les gens sérieux ? Oui, les sérieux de l'ivresse idéologique
Commentaire n°1 posté par anton le 25/08/2008 à 15h51

Anton,

Nous essayons toujours de reconnaître l’intelligence et le talent des autres, ce qui est le cas de Patrick ARTUS.

En parlant de « sérieux », nous connaissons un Anton BRENDER qui cosigna un bon livre, « les métamorphoses de la société salariale », avec Michel AGLIETTA.

 
« Anton » comme pseudo, c’est bien.
Beaucoup mieux que « Ante ».

Réponse de Alexandre Anizy le 27/08/2008 à 11h45
Etant l'auteur du livre incriminé, juste un mot pour défendre ce travail, qui n'a jamais eu la prétention d'être celui d'un chercheur, mais un essai, et qui peut se prévaloir d'avoir anticipé la crise que nous connaissons, et de l'avoir fait en mars 2007, alors que la quasi-totalité des économistes et des "chercheurs" considéraient qu'une crise financière était très improbable. Idem pour la panique bancaire, la détresse de l'immobilier américain, le désastre de la "titrisation"... Tout cela était décrit au printemps 2007, bien avant que cela ne fasse la Une des journaux. Le rapprochement avec les années Trente, banal aujourd'hui, était alors inédit. Et je maintiens du reste le pronostic que je faisais dans le livre il ya deux ans : la prochaine étape de la crise est en Chine, ce sera probablement l'événement de l'année 2009, et mettra à l'épreuve les relations transpacifiques complexes.
Cordialement,
FL
Commentaire n°2 posté par François Lenglet le 19/01/2009 à 20h28

Début 2007, vous étiez bien seul. Il faut le rappeler.

Si les grands pays industriels sont capables "techniquement" de gérer cette horrible année 2009, la Chine nous paraît aussi un maillon faible (lire nos notes économiques relatives au "grand bluff" chinois)

Réponse de Alexandre Anizy le 20/01/2009 à 11h54
Critiques très sévères, par "des" dont l'objetif est le décryptement (c'est mieux que le décrypage, sauf que c'est un mot qui n'existe pas), montés à Paris. Maintenant que vous y étes, il faudrait voir à sortir un peu.
Commentaire n°3 posté par pomme le 18/03/2009 à 12h12

Petit Larousse illustré, édition 2005, page 338.
Faudrait voir à "bien causer" ... 
Pomme, seriez-vous une Reine ?
 

Réponse de Alexandre Anizy le 19/03/2009 à 00h24
Très attentive à la crise frappant le monde depuis 2008, je regarde différentes émissions sur la crise financière. François Lenglet a excellé lors de l'émission "c'est dans l'air" du mardi 9 février.

Cherchant des faits justes et valables, il m'a été difficile de trouver un livre qui puisse poser les bases solides et compréhensibles sur cette crise si destructrice. Beaucoup de livres planent sur la crise financière et boursière expliquant mal les répercutions sur le peuple!
N'oublions pas que LE PEUPLE paient les erreurs des FINANCIERS.

A la suite de plusieurs rercherches sur internet sur le livre de Francois Lenglet, je tombe sur une critique peu constructive à son egard. Interêt?? Je ne sais pas.. Une critique est constructive à partir du moment ou de réels arguments nous conduisent à un vrai débat.

Maintenant, je rappelle aux journalistes qu'il serait bien d'aider les gens à comprendre ce genre de phénomène si complexe et si abstrait. Lorsque je vois des journalistes se chamailler comme des enfants sur des thèmes qui détruisent le peuple, je suis écoeurée au point d'éteindre la télévision. Le rôle d'un journaliste est de nous aider à comprendre.

Je travaille dans le milieu automobile. Depuis un an ma vie a basculé à cause d'un phénomène mondial qui dépasse mon imagination. Je paie pour les grands. Et tout le monde s'en moque.

L'amertume est grande.
Alors merci à François Lenglet de nous donner des réponses.
L'amertume deviendra peut-etre un jour plus douce....

Au plaisir de vous lire.

Commentaire n°4 posté par triboulard le 11/02/2010 à 19h08

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