Parti pris au journal le Monde

Publié le par Alexandre Anizy

En étudiant minutieusement la page 20 du vendredi 11 juillet 2008 (relire notre note « Inflation : le parti pris du journal le Monde » du 17 juillet 2008), nous avions observé combien le journal le Monde savait mettre en page pour sublimer une information, comme d'aucuns peuvent le faire avec des images.

Aujourd'hui, nous abordons le champ de l'administration judiciaire.

 

Le soir du mardi 5 mai 2009 (journal daté du 6 mai), un certain Gérard DAVET écrivait que les grands moyens avaient été mis en œuvre par le parquet de Nanterre sous l’autorité du célèbre procureur Philippe COURROYE pour le cambriolage du 27 juin 2008 chez Mme Marie-Ségolène ROYAL, et qu’une information judiciaire avait été ouverte le 25 février 2009. Suit un rappel des faits et des moyens utilisés en juillet 2008. Où était la nouvelle pertinente et « fraîche » ?

Quel était l’objet réel de ce papier ?

Tout le monde sait bien que dans notre République démocratique, tous les moyens sont mis en branle par les autorités policières et judiciaires, indépendamment des personnes concernées, pour retrouver les auteurs de délits et de crimes, même lorsqu’il s’agit d’un modeste bien, comme un scooter par exemple.

Rappelons alors quelques faits.

Le 8 avril 2009, le Canard Enchaîné (l’hebdomadaire satirique financièrement indépendant) avait révélé « la soirée Casino du procureur Courroye » ; suite à cette parution, le juge Xavière SIMEONI, qui instruit une plainte de NAOURI (patron et propriétaire majeur du groupe Casino) contre BAUD (un autre patron-propriétaire dans le même groupe) avait convoqué le commissaire Patrick HEFNER (responsable des Affaires Economiques et Financières) qui lui confirmait sa présence à ce « diner Casino » en janvier : risquant de ce fait une annulation, le juge Xavière SIMEONI lui retirait la procédure ; aussitôt le juge René GROUMAN, chargé quant à lui d’une plainte de BAUD contre CASINO, prenait la même décision.

L’avis favorable à cette réaction ferme et de bon aloi est malheureusement terni par une impression de cafouillis.

Le 15 avril, suite au silence dans les médias, le Canard Enchaîné faisait remarquer : « Dans n’importe quel pays civilisé, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou en Allemagne, les journalistes auraient fait le siège du bureau du procureur et de son ministre de tutelle. (…). Rien de tel ici. ».

 

L’information relative au dessaisissement du commissaire Patrick HEFNER sortait dans le Monde daté du 3 mai, puis était reprise dans Libération du mercredi 6 mai 2009Patricia TOURANCHEAU concluait gentiment son article par : « Décoré par Sarkozy à l’Elysée de l’ordre du Mérite et pressenti pour succéder au procureur de Paris Jean-Claude MARIN, Philippe COURROYE pense qu’on lui savonne la planche. De son côté, Patrick HEFNER se sent « un levier ou dans le pire des cas un pion pour atteindre l’objectif Courroye » et supporte mal que des gens croient qu’il a son « panier Casino à l’œil chaque fin de semaine ». »

Suivaient alors dans la presse une série de portraits et d’articles, comme par exemple ceux du Journal du Dimanche : « le procureur et le policier dans la tourmente » (10 mai 2009), et puis « qui en veut au procureur Courroye ? » (17 mai 2009). Ou bien celui du Monde du 17-18 mai …

 

 

Alors, pourquoi cet article « réchauffé » dans le Monde du 6 mai ? Nous formulons l’hypothèse d’un parti pris, celui de l’équilibre évidemment. Ayant balancé l’affaire du dessaisissement du commissaire le 3 mai, le quotidien vespéral s’imposait un papier qui devait rappeler l’impartialité et les mérites du parquet de Nanterre : était-ce vraiment la meilleure démonstration d’une objectivité ?

Nous en doutons car, in fine, le Monde apparaît comme diabolique, puisque c'est dans les détails que se niche son intention

 


Alexandre ANIZY

 

 

 : concernant la récente crise dans les universités et « sa couverture » par le journal le Monde, voici ce qu’en dit l’écrivain et enseignant Pierre JOURDE sur son blog « causeur.fr » (cité dans l’hebdomadaire Vendredi n° 26) : « Dans le Monde, ce fut tout bonnement, de la part des deux journalistes de service, CéDELLE et ROLLOT, à un relais de la communication ministérielle. »