L'envol de la Chine

Publié le par Alexandre Anizy

La Chine est redevenu le grand pays qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Il doit cette résurrection à la reprise de ses valeurs ancestrales. Forte de ses capacités de production et de ses ressources humaines, mais aussi consciente du marché potentiel que le pays représente pour les grands groupes industriels et commerciaux étrangers, l’oligarchie chinoise a réussi l’essor économique intérieur et extérieur.

Il s’agit maintenant de poursuivre la course effrénée en captant rapidement les technologies. Pour cela, tous les leviers possibles sont utilisés.

D’abord, l’implantation d’un industriel étranger en Chine ne peut se faire sans une compensation pour cet accès autorisé : le prix en est souvent un transfert technologique. Les discussions sont longues, tradition oblige, et le succès n’est jamais garanti pour l’étranger.

Lorsque le business semble bien lancé, on peut se retrouver contraint de revenir à la table des négociations : c’est ce qui vient d’arriver aux Allemands (Siemens et ThyssensKrupp) avec l’extension du train à lévitation magnétique (Maglev). Pourquoi ?
La Chine, qui d’ordinaire ne se préoccupe guère des protestations de sa population, a cette fois-ci donné tribune aux futurs riverains qui s’opposent au projet, parce que des radiations émises par le train pourraient présenter un danger pour leur santé. Cette campagne tombe à pic pour le nouveau numéro 1 du Parti à Shanghai après le limogeage pour corruption de son prédécesseur : entreprenant un grand nettoyage à la demande du Parti, il peut ainsi restaurer l’image de l’oligarchie en donnant raison aux consommateurs chinois : que peuvent dire les Occidentaux face à l’utilisation du principe de précaution ?

Pour sauver leur mise, les partenaires étrangers devront d’une manière ou d’une autre céder un avantage : soit un nouveau transfert technologique sur ce projet, soit un accord favorable à la Chine sur un autre projet.

Ensuite, la Chine utilise une partie de ses énormes réserves de change pour investir dans des grandes entreprises étrangères, en particulier américaines. Plus astucieusement, ils viennent de prendre une part importante du fonds d’investissement BLACKSTONE : comme le pense aussi Jacques CALVET, c’est une méthode douce et anonyme de pénétrer au cœur de l’industrie du leader mondial, et pas à pas, ils se rendront incontournables. Leur objectif est toujours le même : maîtriser la chaîne de valeurs d’aval en amont.

Enfin, la Chine qui assure les fins de mois de la maison USA sera tentée d’utiliser l’arme financière contre son débiteur américain. Le déclenchement de la crise monétaire ne sera pas forcément lié à des intérêts strictement économiques.

Alexandre Anizy