Un WENDEL bouté hors de Lorraine

Publié le par Alexandre Anizy

Dans la 8ème circonscription de la Moselle, l’UMP présentait un candidat spécial, Alain MISSOFFE, membre de la famille WENDEL. Quelle erreur pour un parti qui pratique la mercatique quotidiennement et d’habitude talentueusement ! Car enfin, amener un WENDEL sur le terrain des exploits familiaux, il faut être soit ignares soit provocateurs.

Qui sont les WENDEL ? Les fondateurs des forges du Creusot, ce sont eux ; la sidérurgie en Lorraine, toujours eux. Au XXème siècle, les industries de la famille de Wendel atteignent leur apogée. François de WENDEL, député puis sénateur, président du Comité des Forges, régent de la Banque de France, est considéré comme un des principaux acteurs d'une politique conservatrice, farouchement anti-front populaire.

« A en croire une note des RG de juillet 1935, François de WENDEL n’était pas d’un autre avis : il soutenait LAVAL de toute son influence, rapportait-on, parce qu’il voyait en lui la dernière chance du régime. En cas d’échec, la partie se jouerait entre la gauche et la droite ; ne négligeant pas cette hypothèse, il aidait financièrement LA ROCQUE dont les troupes auraient alors un rôle essentiel à jouer (…) » (Philippe BURRIN, « la dérive fasciste », Seuil, page 193.)

Pour ceux qui ne comprendraient pas, de WENDEL finançait une ligue nationaliste et paramilitaire, les Croix de Feu (les 3 piliers idéologiques du mouvement sont « Travail, Famille, Patrie », dans un esprit de « réconciliation nationale » : c’est du PETAIN avant l’heure) du Comte François de LA ROCQUE, qui sera dissoute en 1936 comme les autres ligues fascistes.

« (…) même si DORIOT persista dans son refus d’un antisémitisme de principe, pour des raisons qui n’étaient pas désintéressées, semble-t-il ; c’est ce qui semble pouvoir être inféré d’un entretien qu’il eut en novembre 1938 avec WENDEL et au cours duquel ce dernier, qui comptait probablement parmi les subventionneurs du parti, le mit en garde contre l’antisémitisme. » (Philippe BURRIN, « la dérive fasciste », Seuil, page 296).
On ne peut pas dire que WENDEL eut un comportement absolument républicain dans les années 30.

Le 10 juillet 1940 à Vichy, le sénateur François de WENDEL n’a pas pris part au vote (pour les pleins pouvoirs à PETAIN) comme s'étant excusés de ne pouvoir assister à la séance, ce qui est quand même moins glorieux que de voter contre.

Mais la Révolution nationale de PETAIN ressemblait tant au programme des Croix de Feu.

Le Comité des Forges fut dissous par le gouvernement de Vichy en 1940 et remplacé par le Comité d'organisation de la sidérurgie (La Chambre syndicale de la sidérurgie française lui succéda en 1945). Le maître des forges François de WENDEL était très hostile aux occupants allemands, ce qui le différenciait de PETAIN.

Cette famille a saigné la terre de Lorraine pendant un siècle, puis après avoir retiré ses avoirs, la société Wendel et Cie passant en 1978 sous la coupe des banques d'État avant d'être formellement nationalisée en 1981 pour se fondre dans Usinor-Sacilor puis Arcelor, elle a laissé le sale boulot à l’Etat, c'est-à-dire traiter socialement le désastre économique lorrain (un certain Jacques CHéRèQUE a participé à cette action).

Sous l'égide du Baron Ernest Antoine SEILLERE de LABORDE (un descendant, comme Françoise de PANAFIEU), la maison de Wendel est devenue sous une autre dénomination une société d'investissement, rebaptisée depuis peu WENDEL Investissement, qui vient de racheter EDITIS (n° 2 français de l'édition) et qui détient des participations chez le fabricant de matériel électrique Legrand, la société internationale de certification Bureau Véritas, etc.

C’est un membre de cette famille au passé pas toujours très républicain et démocrate qui vient d’être battu aux législatives : nous en sommes heureux.

L’élue s’appelle Aurélie FILIPPETTI : c’est une bobo du 5ème arrondissement de Paris qui a jailli, à peine sortie de l’ENS, dans le milieu politique grâce aux Verts. Ambitieuse, avant la débâcle de son parti, elle s’est ralliée à Marie-Ségolène ROYAL, ce qui n’est pas une référence à nos yeux, vous l’avez compris.

Aurélie FILIPPETTI est une fille d’ouvrier lorrain. Elle est l’auteur d’un roman intitulé « les derniers jours de la classe ouvrière » (poche, 4,75 €). Elle a fait campagne, ce qui était judicieux, sur son origine sociale et contre la famille WENDEL. Le front classe contre classe a encore de beaux jours devant lui, n’est-ce pas madame FILIPPETTI ?

Alexandre Anizy