Discorde à l'AG de sauvetage de la Quinzaine Littéraire

Publié le par Alexandre Anizy

La Quinzaine Littéraire va mal : elle perd 6.000 euros par mois. C’est pourquoi en mai, Maurice Nadeau, le fondateur et dirigeant de la revue qui s’est éteint le 16 juin à 102 ans, lançait une souscription pour la sauver, sous la forme d’actions d’une valeur nominale de 100 €. Le 9 juillet, les fondateurs actionnaires étaient convoqués par courriel à l’Assemblée Générale constitutive d’une SAS, nommée Société des Contributeurs et Lecteurs de la Quinzaine Littéraire (SCLQL), au Centre Wallonie Bruxelles (salle de spectacles - vendredi 12 juillet à 9 h.). Et la séance fut animée.

 

Que s’est-il donc passé à cette AG constitutive menée par le président de séance Jean Lacoste ? Si l’esprit de Maurice Nadeau était dans toutes les têtes, pour d’aucuns il convenait de ne pas le graver dans les statuts de la SAS, accordant ipso facto un blanc-seing. Donnons les faits :

·        Pas de feuille de présence des actionnaires : ni émargement, ni contrôle des présents (une trentaine environ, sur 481 selon Gilles Nadeau) ;

·        Pas de certificat du dépositaire (malgré notre demande d’une copie au président de séance) ;

·        Pas de remise d’une copie de la liste des actionnaires ;

·        Refus du président de séance Jean Lacoste (et futur Président de la SAS) de mettre au vote la modification des statuts, notamment l’objet de la société ;

·        Vote des personnes présentes pour l’approbation des statuts présentés par Jean Lacoste ;

·        Election de Jean Lacoste au poste de Président de la SAS.  

Comme on le constate, le formalisme juridique n’est pas le point fort de l’équipe en place. Et pour la gestion ?

 

Or en droit, la forme c’est le fond. Notamment pour les SAS, forme juridique choisie par les saigneurs du fortin délabré, qui offre l’avantage d’une grande liberté de manœuvre : les SAS organisent leur administration, leur mode de décision, selon les statuts qu’elles se donnent.

 

Que voulaient les fondateurs actionnaires réunis ce jour-là ? Sauver la Quinzaine Littéraire en ayant la garantie du maintien de son indépendance, dans l’esprit qui animait son fondateur. C’est pourquoi nous avons demandé d’ajouter dans l’objet de la société (1) que « la SAS ne pourra s’associer avec une autre personne morale ou physique dans une autre structure que si elle en détient au minimum la minorité de blocage ». Modeste, notre demande qui visait à inscrire dans le marbre des statuts la garantie du maintien de l’esprit de la maison, cette demande de garantie fut rejetée par le futur Président Lacoste, qui ainsi se garde les mains totalement libres pour soumettre la Quinzaine Littéraire aux desiderata d’un autre partenaire.    

Il est juste de remarquer que l’argent des fondateurs actionnaires intéressait, pas leur volonté. Mais puisque SAS il y a, le fait du Prince ne peut nous étonner.

 

Nul ne sait ce qu’il adviendra de la Quinzaine Littéraire. Somme toute, cette pseudo AG constitutive fut croquignole, puisqu’elle a vu un quarteron d’intellectuels anciens mettre la main piteusement sur l’entreprise d’un trotskyste historique.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)    En page 2 des statuts de la SAS soumis à l’AG constitutive du 12 juillet, l’article 3 – objet dit :

« La société a pour objet de détenir des Titres de la société NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE, éditant le journal La Quinzaine Littéraire.

Elle regroupe des personnes physiques ou morales attachées à l’existence de la Quinzaine Littéraire, soucieuses d’en assurer l’indépendance et de contribuer à son développement. 

Elle peut réaliser toutes les opérations qui sont compatibles avec cet objet, s’y rapportent et contribuent à sa réalisation. »