L'erreur politique de Jacques Généreux et du Parti de Gauche (PG)

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du Parti de Gauche Jacques Généreux vient de mettre à jour son livre Nous, on peut !(Points Seuil, septembre 2012, 206 pages, 5,90 €), dans lequel il énumère les mesures prioritaires à prendre dans le cadre d'une transformation citoyenne, ce qui globalement ne nous pose pas de problème. Sauf que le calendrier politique est fondée sur une vision utopique de la construction européenne, qui fait fi de la réalité.

 

Quel est le fondement de la stratégie ?

« La gauche de transformation écologique et sociale, celle qu'incarne aujourd'hui le Front de Gauche, est internationaliste. Elle est pro-européenne et non pas anti-européenne (…). » (p.177)

Nous n'en doutons pas.

« Si l'on postule qu'il est impossible de s'affranchir partiellement d'un accord sans rompre intégralement cet accord, alors la question de la sortie de l'euro est indissociable de celle de la sortie de l'Union Européenne. » (p.177)

Ce raisonnement défie la réalité : tous les pays de l'UE n'étant pas dans la zone euro, si un membre de l’euro-landdécide d'abandonner cette monnaie, alors il se retrouve dans le cadre juridique des autres nations (Royaume-Uni, etc.). Le fait d'être internationaliste ne doit pas empêcher la défense de l'intérêt national comme étape nécessaire à un dépassement du cadre européen néolibéral. La dialectique, camarades !

 

Quel est le calendrier politique du PG ?

Si les autres pays ne veulent pas changer le statut de la Banque Centrale Européenne (BCE), alors la France doit modifier les statuts de sa BC pour qu'elle puisse « concourir directement au financement de l’État et/ou à refinancer les banques publiques à taux réduit » (p.171). Cette reprise en main n'implique pas techniquement une sortie de l'euro, même si elle se fait en violation du traité de l'union monétaire.

Mais la riposte technique des eurocrates ne se fera pas attendre, puisque « la BCE peut théoriquement décider de déconnecter le marché monétaire d'un pays rebelle du réseau monétaire de la zone euro, ce qui revient, par exemple, à séparer un marché de l'euro émis en France du marché des euros créés dans le reste de l'Union. Cela équivaut à une exclusion de la zone euro. » (p.171)

La crise politique étant ouverte, et l'amputation du pays rebelle étant juridiquement impossible, « elle contraint à ouvrir des négociations sur le statut de la BCE ». A notre avis, pas du tout : le pourrissement de la situation obligera le pays rebelle à sortir de l'euro. On pourrait penser qu'on arrive alors au même résultat, mais ce n'est pas le cas parce qu'on aura perdu de longs mois, retardant ainsi l'application la plus rapide possible de l'ensemble du projet politique. Or, la réussite immédiate du programme économique dépend aussi de son instantanéité. Autrement dit, on aura augmenté le risque d'échec sans gain en contrepartie.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie tarabiscotée qui sous-estime la puissance des intérêts nationaux et la force du blocage idéologique ?

« La stratégie proposée ne fait sens qu'en tant qu'étape susceptible de provoquer le choc nécessaire pour briser la domination du bloc néolibéral au sein de l'Union et de forcer à la renégociation d'un traité instaurant les conditions d'une union monétaire soutenable. » (p.180)

A cela nous répondons d'une part qu'en matière économique, si on veut augmenter ses chances de succès, il est préférable de bâtir un programme sans dépendre du bon vouloir des autres, et d'autre part que c'est plutôt la réussite d'une politique de transformation écologique et sociale dans un pays qui contribuera à disloquer le bloc néolibéral européen.

 

En vérité, ce n'est pas en ignorant les faits et les rapports de force au sein de l'UE, que l'on bâtit un calendrier politique dans le seul but de se différencier d'un adversaire politique, à savoir le FN. Comme l'écrit Jacques Sapir :

« Il faut rappeler ici qu'idées, notions et concepts ne sont pas brevetables. Ils appartiennent à tous et donc à personne. » (p.21)¹

Puisque la sortie de l'euro² est la clé de la réussite du projet économique du PG, l'inscrire dans le programme aux élections aurait été judicieux et payant, car en matière électorale, la cohérence d'un projet paie plus que la différenciation mercatique.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Jacques Sapir, Faut-il sortir de l'euro, Seuil janvier 2012, 192 pages, 14,90 €

(²) : on peut sortir de l'euro (monnaie unique) pour entrer dans un autre euro (monnaie commune), mais ce n'est qu'une voie dépendant beaucoup des autres …

 

 

Publié dans Notes politiques

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