L'oligarchie sape l'économie du journal le Monde

Publié le par Alexandre Anizy

Dans les affaires, les malheurs n'arrivent jamais seuls.


Début 2009, le groupe le Monde annonçait son intention de se désengager de son imprimerie, dont un plan de modernisation évalué entre 20 et 25 millions d'euros est financièrement hors de sa portée. Une discussion débutait au début de l'été 2009 avec un investisseur espagnol.

Patatras ! En juillet 2009, pour des raisons de qualité d'impression, le groupe Bolloré dénonçait son contrat de 3,7 millions d'euros par an pour l'impression de Direct Matin Plus (tiré à 400.000 exemplaires) sur les machines du Monde Imprimerie (Ivry-sur-Seine) et les quittait le 17 janvier 2010.

Ne restaient plus sur les 3 rotatives du Monde que le Monde, les Echos (groupe LMMH), le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) et le quotidien anglais the Guardian.

Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère, qui possède 17,27 % du Monde SA) a obtenu une révision favorable de son contrat. Pour les Echos, le groupe LVMH veut aussi renégocier son contrat qui court jusqu'en 2013 (procédure au Tribunal de commerce) …

La filiale Monde Imprimerie a perdu quelques attraits pour les investisseurs.


Cet affaiblissement du Monde ne peut que convenir au groupe Bolloré au moment où il affirme son intention de lancer un quotidien haut de gamme, inspiré par l'italien il Foglio et tiré à 300.000 exemplaires.


Sous la houlette du tandem Jean-Marie Colombani et Alain Minc, le Monde s'était engagé dans une fuite en avant dont il ne reste in fine qu'un tombereau de dettes : 69 millions d'euros d'ORA (échéances 2012 et 2014) dont les intérêts pèsent sur les comptes. Et des fonds propres à reconstituer. En 2009, les banques avaient présenté sans fard l'addition (Télérama pris en garantie et promesse d'une recapitalisation en 2011) pour accorder un prêt de 25 millions d'euros. C'est maintenant l'heure du dénouement, puisque les salaires de l'été ne pourront pas être payés en l'état actuel des comptes, comme le fait savoir malicieusement le groupe Lagardère (le Point du 4 février 2010).


Quelle que soit l'issue des négociations en cours, une chose est quasiment certaine : les actionnaires historiques (les sociétés de personnels, etc.) perdront le pouvoir de décision. Adieu le mythe de l'indépendance …

En cas d'échec, plus ou moins facilité, que les riches familles du secteur de la presse veuillent dépecer le Monde pour capter sous une forme ou une autre une part de la dépouille nous importe peu, puisque le quotidien vespéral n'accorde que sporadiquement une place limitée et quadrillée aux tenants d'une vraie alternative économique et sociale.

Alors tant pis ! Que les ogres se disputent la carcasse du Monde.



Alexandre Anizy