Pourquoi pas le Goncourt pour Pierre Lemaître ?

Publié le par Alexandre Anizy

Nous n’étions pas chauds au commencement de cette lecture, puisqu’il semblait parler des poilus de la Grande Boucherie quand tant d’autres écrivains impliqués l’ont déjà racontée avec talent et brio. A quoi servirait un tel livre en 2013 ?

 

En réalité, avec Au revoir là-haut (Albin Michel, 2013, livrel à 15,99 € - un prix honteux !), Pierre Lemaître raconte une arnaque relative aux monuments aux Morts, sur fond de gueules cassées.

Il faut s’appeler François Busnel pour valider une accroche publicitaire évoquant les Années Folles…  (1).

Comme l’auteur a déjà noirci de la page blanche avec des polars que la presse a encensés et les jurys récompensés, le lecteur constate vite la bonne tenue de l’ouvrage, aussi bien l’architectonique que le style.

Prenons l’incipit :

« Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande. »

Mise à part "prêter un crédit", une formule pas très heureuse, vous avez une idée du propos, du rythme de la phrase chez Lemaître, dans ce roman.

 

Au revoir là-haut  de Pierre Lemaître nous fait penser aux Fruits de l’hiver de Bernard Clavel, parce que c’est un livre vaguement  iconoclaste sur la guerre (et l’après-guerre, en l’occurrence). Du coup, on se dit qu’il mériterait le Goncourt 2013, puisque rien n’émerge du marigot germanopratin dans cette rentrée littéraire (2).

Et cette fois-ci, il n’y aura pas un Aragon pour claquer la porte de Drouant.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)   : combien touche-t-il pour ce genre de prestation ?

(2)    : Pitié, évitez la Tuil (e) !

 

Publié dans Notes culturelles