Sermonner Jérôme Ferrari
Nom de Dieu ! Quel ennui ! Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, 2012, livrel – trop cher... soit dit en passant), comme ceux du curé de campagne de notre jeunesse, a bien failli nous endormir à plusieurs reprises. Pourtant, compte tenu de sa profession d'enseignant, Jérôme Ferrari ne peut pas ignorer que savoir écrire et savoir bâtir ne suffisent pas à l'intellectuel pour devenir romancier.
Modeste philosophe sorbonnard, Ferrari a plombé une histoire banale avec un coffrage augustinien dont on peut discuter la pertinence, rendant pénible la lecture puisqu'il consacre son énergie à lier les pans épars de son architectonique au lieu de muscler la psychologie des personnages, comme dirait Aimé Jacquet.
L'incipit aurait dû nous alerter de la confusion :
« Comme témoignage des origines – comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l'été 1918, que Marcel Antonetti s'est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l'énigme de l'absence. »
Peut-on comprendre un auteur qui ne ferme pas sa parenthèse ? ¹
Ce livre ayant obtenu le prix Goncourt, on s'interroge sur la qualité de ses concurrents, ou sur la nature d'un éventuel deal dans le petit monde de l'édition.
Alexandre Anizy
(¹) : dans le Grévisse – le bon usage (12ème édition refondue par André Goosse, mars 1986, 1768 pages), on lit au § 134 :
« Si, à l'endroit où se place la parenthèse encadrée de tirets, la phrase demande une virgule, celle-ci se met, logiquement, après le second tiret : voir ci-dessus l'ex. de Tournier ["Parce que c'était mardi – ainsi le voulait son emploi du temps -, Robinson ce matin-là glanait …"]. Mais [s'] il est assez fréquent que la virgule soit mise avant le second tiret, il est rare qu'elle soit devant le premier tiret ... » (p.187)