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Maxence VAN DER MEERSCH : "femmes à l'encan" (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans l’œuvre de Maxence VAN DER MEERSCH, vous trouverez ce livre original, « Femmes à l’encan – un esclavagisme patenté » (Albin Michel, 1945 et 1947), puisqu’il s’agit d’un réquisitoire contre les maisons de tolérance et la prostitution :

 

« C’est l’abolition d’un esclavage, - et le plus infâme ! – c’est l’assainissement des âmes, que la France doit réaliser en supprimant tout de suite la maison de tolérance et la prostitution réglementée. » (p.155)

 

Il s’agit d’un document sérieux sur le « système français de prostitution » : comment devient-on prostituée ? qu’est-ce qu’une fille cartée ? un condé ? le contrôle sanitaire mis en place ? la patente des bordels ? les règlements intérieurs ? la production ? etc. Quasiment rien ne vous sera épargné sur ce système d’exploitation, et c’est tant mieux.

 

Le style est suranné, c’est entendu. Mais justement, il nous permet de ressentir d’autant mieux à la fois l’indignation morale, mais aussi le combat raisonné de l’écrivain contre cet esclavagisme.

 

D’aucuns diront que cette bataille est du passé … Pour notre part, quand nous lisons les pensées théoriques de Marcella IACUB, cette bourgeoise qui, en dernière analyse, parle doctement d’un abattage qu’elle ne connaît pas, nous nous disons, en imitant un peu Paul VALéRY, que la prostitution anéantit des personnes fragilisées au profit de gens « fragiles » qui ne s’anéantissent pas.

 

Alexandre ANIZY

Maxence Van Der MEERSCH : "corps et âmes" (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Parce que nous avions apprécié, disons vers 1968, le roman titré « la maison dans la dune », nous avons décidé de lire d’autres ouvrages de Maxence Van Der MEERSCH. Notre premier choix se porta évidemment sur « Corps et Âmes » (Albin Michel, 2 tomes, dépôt légal en 1943).

 

Bien documenté, l’auteur a décrit la grandeur et la médiocrité du monde médical dans une histoire romanesque savamment composée. Le style est à la hauteur de l’ambitieux projet, dont la sobriété et le réalisme s’affichent dès les premières phrases :

 

« Avec prudence, Michel poussa la porte de la salle de dissection. C’était la première fois qu’il revenait là depuis son retour du régiment. On avait dû le guetter. A peine entré, il reçut sur la poitrine un os auquel adhéraient des lambeaux de chair humaine. » (p.9, tome 1)

 

Bien sûr, vous n’échapperez pas aux bondieuseries de Maxence Van Der MEERSCH. Mais dans ce roman, il a su retenir son penchant naturel, sauf dans le dernier paragraphe de l’œuvre :

 

« Il n’y a que deux amours. L’amour de soi, ou l’amour des autres créatures vivantes. Et derrière l’amour de soi, il y a la souffrance et le mal. Et derrière l’amour des autres, il y a le Bien, il y a Dieu. Chaque fois que l’homme aime en dehors de lui, c’est consciemment ou non, un acte de foi en Dieu. Il n’y a que deux amours, l’amour de soi ou l’amour de Dieu. » (p.333, tome 2)

 

Lisez « Corps et Âmes ». Vous découvrirez que, fondamentalement, la mentalité du milieu médical n’a pas changé. A notre connaissance, c’est le chef d’œuvre de l’écrivailleur Maxence Van Der MEERSCH.

 

Alexandre ANIZY

Carole MARTINEZ la conteuse

Publié le par Alexandre Anizy

Le premier roman de Carole MARTINEZ, qui s’intitule « le cœur cousu » (Gallimard, janvier 2007, 428 pages, 23 €), est d’excellente facture. Elle montre d’emblée un talent de conteuse, qui devrait donner sa pleine mesure dans quelques années.

Un échantillon de la qualité littéraire de l’ouvrage : « Un jour où le ciel gorgé d’une clarté exceptionnelle avait aveuglé les journaliers, leur dessinant des arabesques au fond des yeux, alors que l’après-midi touchait à sa fin et que tous aspiraient à l’ombre chaude des foyers, la Blanca surgit dans l’oliveraie, affolée : l’enfant avait disparu. » (p.169)

 

Pour le moment, c’est plutôt aux lecteurs du genre féminin qu’elle s’adresse, mais nous ne doutons pas qu’elle puisse élargir son public, comme dirait un mercaticien.

 

Alexandre ANIZY

Le collectionneur sans valeur de Chrystine BROUILLET

Publié le par Alexandre Anizy

Née en 1958 au Québec, Chrystine BROUILLET a publié un premier roman (« chère voisine ») en 1982, qui obtint le prix Robert-Cliche : c’était un bon début. Puis elle s'est consacrée aux livres de « jeunesse » avant de rencontrer le succès populaire, notamment avec ses romans policiers.

 

« Le collectionneur » (édition La courte échelle, 1er trimestre 1995, 215 pages) est le 3ème de la série « Maud Graham », un flic célibataire qui héberge par intermittence un prostitué mineur, en rêvant d’un amour éventuel avec le médecin légiste sans oublier son job qui consiste, dans ce volume, à traquer un tueur en série taxidermiste.

Le style est sans saveur, d’une ennuyeuse banalité. Il nous fait penser à la besogne d’une élève appliquée.

Avec Chrystine BROUILLET, pas étonnant que l’on se brouille.

 

Alexandre ANIZY

Philippe LABRO raconte les gens

Publié le par Alexandre Anizy

Philippe LABRO a le talent d’un Joseph KESSEL : il sait raconter une histoire, et c’est toute une époque qui passe à travers elle.

 

Avec son roman « un début à Paris » (Gallimard, 1994, 349 pages, 125 FRF), il relate ses débuts professionnels dans le milieu de la presse : un livre incontournable pour tout apprenti journaliste, une lecture plaisante pour les autres.

 

Les deux romans précédents, « l’étudiant étranger » et « un été dans l’ouest », peuvent aussi constituer un agréable détour.

 

Alexandre Anizy

Standard & Poor's est une agence de notation incohérente

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis le début de la crise financière, les économistes n’ont cessé de stigmatiser les agences de notation en dénonçant leurs manques. Nous ajoutons aujourd’hui notre modeste contribution.

 

Carol SIROU et Moritz KRAEMER sont chargés de la notation des Etats souverains au sein de Standard & Poor’s, qui a dégradé les notes de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, tout en maintenant la note AAA de l’Angleterre. Dans un entretien accordé au Figaro (du 2 février 2009), ils ont expliqué leurs décisions.

 

Concernant la zone euro, Moritz KRAEMER affirme :

« Il n’y a de notre point de vue aucune probabilité [c’est nous qui surlignons, ndAA] d’éclatement de la zone euro. »

Car exploser l’euro actuel serait forcément un retour « aux errements des années 1970 – 1980 : endettement, inflation, etc. » C’est d’ailleurs pourquoi « les choses auraient été bien pires pour l’Espagne, le Portugal ou la Grèce s’ils n’avaient pas été dans la zone : leur devise aurait été violemment attaquée et leur endettement encore plus cher ».

Les notes de ces 3 pays ont été dégradées, mais ils doivent tout de même remercier le carcan actuel de l’euro qui leur épargne une crise de change etc.

 

Concernant l’Angleterre, Standard & Poor’s a maintenu sa note AAA, malgré les données économiques noires : les mesures du gouvernement de Gordon BROWN « pourraient faire plonger le déficit jusqu’à 10 % du PIB en 2010 et doubler le ratio d’endettement d’ici à 4 ans. »

Pourquoi ce maintien « AAA » puisque la situation de l’Angleterre n’est pas plus brillante que celles des 3 pays de la zone euro cités ci-dessus ?

« (…) nous maintenons le AAA, notamment parce que la Grande-Bretagne a un taux de change flexible : depuis l’été 2007, la livre a perdu 30 % de sa valeur. Ceci donne au pays un avantage compétitif par rapport à ceux de la zone euro (…) ». (Toujours Moritz KRAEMER)

Vous avez bien lu Moritz KRAEMER, cet agent examinateur de Standard & Poor’s : être hors de la zone euro en ayant un taux de change flexible, c’est un avantage compétitif par rapport à ceux qui sont dans la zone euro. Ce qu’il prouve, en quelque sorte, en maintenant le « AAA » pour l’Angleterre.

 

Alors quel est l’avantage pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce d’être dans la zone euro, puisque leurs notes ont été abaissées ?

La dégradation aurait été plus sévère, s’ils avaient été hors de la zone euro. Ce qui ne pourra jamais être prouvé.

 

 

Force est de constater que la zone euro pénalise certains de ses membres, et que le taux de change flexible est un avantage compétitif pour ceux-là même qui prétendent apprécier l’euro actuel !

 

L’incohérence est à son comble quand Moritz KRAEMER conclue sentencieusement, après avoir dégradé la note de ces 3 pays de la zone euro et avoir maintenu celle de la libre Grande-Bretagne :

« Nous ne sanctionnons pas les pays de la zone euro, cette zone offre plus d’avantages que de désavantages ! ».

 

Alexandre ANIZY

Critique du "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

La position de Michel ROCARD recèle une contradiction majeure.

Avec lui, nous faisons ce sombre diagnostic : « Nous allons tout droit vers une confrontation mondiale des formes d’organisation économique, sociale et financière. » (p.139), dans laquelle la guerre est une option. Dire que les Etats-Unis maintiendront fort probablement leur choix d’une totale liberté des agents économiques, avec corrélativement l’instabilité et le durcissement social, relève simplement du bon sens. En conséquence, une bataille économique entre l’Union Européenne et les Etats-Unis sera inéluctable.

« Dans la perspective de cette confrontation entre les Etats-Unis et l’Europe – sans même parler de la Chine -, il est essentiel que l’Europe fasse masse : l’adhésion de 71 nouveaux millions de citoyens consommateurs en plus des 550 millions de citoyens européens est donc décisive. Il faut que l’immense marché turc (…) joue dans le sens de l’Europe. » (p.140)

L’adhésion de la Turquie est donc essentiellement une affaire d’économie, précisément de taille critique.

 

Notre première objection est un rappel des réalités microéconomiques : en matière de fusion-acquisition, les faits montrent que (1 + 1) ne font bien entendu jamais 3 comme le font souvent miroiter les initiateurs de l’opération, mais plutôt 1,8 voire moins. Autrement dit, cet élargissement de l’espace économique européen sera accompagné d’une destruction interne de valeurs.

 

Notre deuxième objection est importante : l’adhésion turque affaiblira la position politique de l’Europe sur l’échiquier mondial. En effet, comme le dit Michel ROCARD, « c’est en Turquie que prennent naissance le Tigre et l’Euphrate. La Turquie est le réservoir d’eau de l’Irak, de la Syrie, du Liban et d’Israël (…). » (p.99). Ainsi, l’Europe ne sera plus en dehors de ce conflit régional, mais à la marge qui l’impliquera forcément dans la gestion commune de l’eau qui deviendra un impératif régional.

Affirmer que l’Europe renforcera sa position géostratégique, alors qu’elle s’introduira de manière passive (i.e. sans objectifs politiques et militaires, avec les moyens nécessaires à la réalisation de ses objectifs) sur un champ de bataille, c’est ignorer les leçons de l’Histoire et de la polémologie.  

Est-ce pour cette raison que l’actuel commissaire européen en charge de la justice et des affaires intérieures, le français Jacques BARROT, faisant fi de la solidarité de l’équipe bruxelloise, a déclaré devant les étudiants de Paris II-Melun que l’entrée d’Ankara serait une « erreur considérable » ?

 

Le raisonnement de Michel ROCARD bute finalement sur une contradiction majeure, qui constitue notre troisième objection. Si l’adhésion turque permet d’accroître la taille du marché européen, elle augmente de facto les risques de grippage interne de la mécanique eurocratique en introduisant un nouvel acteur qui, conscient de son poids démographique et de son potentiel économique, exercera inéluctablement une nouvelle force centrifuge. En adepte du « parler vrai », Michel ROCARD le reconnaît quand il dit : « Seulement voilà, l’Europe fédérale et politique est une chimère. Si elle était à l’ordre du jour, (…) l’adhésion turque la rendrait plus difficile. (…) freinerait l’élaboration d’une diplomatie européenne commune ». (p.116) Ainsi, parce que l’entrée de la Turquie affaiblirait sérieusement l’unité politique européenne, ROCARD admet enfin que l’idéal européen (i.e. le fédéralisme) est déjà mort depuis 1972 avec l’entrée de la Grande-Bretagne.

Mais si l’idéal européen est mort, dans la confrontation économique mondiale à venir comment peut-on avancer l’idée d’un renforcement ou même d’une défense du modèle social européen grâce à l’adhésion de la Turquie ? S’il constate la fin du rêve d’une union politique et économique (i.e. une unité d’action budgétaire et monétaire), Michel ROCARD n’en tire pas la conséquence logique : la mort du modèle social européen, si tant est qu’il existât. Il ne le fait pas, parce qu’en bon politicien il continue à vendre au peuple un projet social commun, alors qu’il sait pertinemment que l’Europe n’est plus qu’ « un club de nations cherchant à intégrer leurs économies » (p.136)

C’est ainsi que la social-démocratie européenne est d’abord au service de l’oligarchie avant d’être au service des peuples.

 

 

En conclusion, nous tenons à saluer cet essai où la logique rocardienne présente quelques ratés, qui sont autant de révélateurs des objectifs réels de la construction européenne en cours. Parce que Michel ROCARD se considère comme brillant, il nous montre les contradictions qu’il croit dépasser, jouant ainsi le rôle d’un idiot utile. D’aucuns ajouteront qu’il en a l’habitude.

 

Alexandre ANIZY

Le "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Michel ROCARD, l’Europe que devrait rejoindre la Turquie n’est pas celle dont il rêvait : « Seulement voilà, l’Europe fédérale et politique est une chimère. » (p.116)

D’ailleurs, précise-t-il, si cette Europe était toujours l’objet de la construction en cours, l’adhésion de la Turquie, du fait de sa taille, son poids et sa situation, « freinerait l’élaboration d’une diplomatie européenne commune ». Il en veut pour preuve l’hostilité de 2 hommes politiques français, Valéry GISCARD D’ESTAING et François BAYROU, héritiers du mouvement fédéraliste qui est avec le courant social-démocrate à l’origine de l’Europe.

 

L’Europe fédérale est décédée depuis belle lurette. « Cette triple adhésion, Angleterre, Danemark et Irlande, se fait en 1972. Je n’aurai mis que 30 ans à comprendre que c’est de 1972 qu’il faut dater la mort de l’Europe politique. » (p.127)

Michel ROCARD est un énarque tellement intelligent qu’il a mis 30 ans pour découvrir la mort de son rêve européen : gageons que dans 30 ans, il constatera que le vaisseau bruxellois aura coulé le modèle européen qu’il prétendait défendre !

L’ironie de l’Histoire veut que ce soit le Président Georges POMPIDOU qui ait signé l’acte de décès de l’Europe politique et fédérale en levant le veto gaulliste. Nous ne doutons pas que cette décision fut longuement mûrie chez cet homme issu du milieu financier, mais il n’empêche que les intérêts de la France et de l’Europe n’auraient pas été soignés dans ce volte-face : « On bâcle en six mois la fin de la négociation. L’élargissement de la CEE à la Grande-Bretagne est le plus vite et le plus mal négocié de tous les traités que nous devons connaître. » (p.125)

 

Qu’est-ce que l’Europe aujourd’hui ?

« C’est un objet constitutionnel non identifié (…). Elle ne peut donc se définir que comme un club de nations cherchant à intégrer leurs économies, mais pas leurs identités nationales. » (p.136)

 

Alexandre ANIZY

Le "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (II)

Publié le par Alexandre Anizy

La Turquie est une chance pour l’Europe

Michel ROCARD n’ignore pas les 3 cactus dans le dossier de l’adhésion turque : le problème kurde, le génocide arménien, la question chypriote. Mais comme pour les Allemands et les Français, pour les catholiques et les protestants irlandais, demain pour les Polonais et les Allemands, l’Europe finira par réconcilier les populations de Turquie, parce que « c’est ce que l’Europe sait le mieux faire ». (p.93) Bien sûr, admettre le génocide arménien, perdre la partie turque de Chypre, accorder l’autonomie aux Kurdes (avec ce que cela implique : langue, culture, patrimoine), constitueront pour la Turquie « cette perte de prestige et ce malaise [qui] devront être compensés par un succès majeur, comme le serait l’adhésion pleine et entière à l’Europe. » (p.97)
Chez ROCARD, n’y a-t-il pas une surestimation de la valeur du ticket européen ? 

 

Pour l’Union Européenne, la Turquie est la clé pour accéder à la 2ème réserve mondiale de pétrole (cette zone comprenant 5 pays de langues turciques : Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizistan, Azerbaïdjan), mais aussi aux ressources naturelles sibériennes, où « il est important que l’Europe ne laisse pas les seuls consortiums chinois appuyés par le Japon s’attaquer à ces gisements. » (p.98) Concernant l’eau, la Turquie avec le Tigre et l’Euphrate est le réservoir de l’Irak, de la Syrie, du Liban et d’Israël : l’expérience du charbon et de l’acier pourra servir de modèle pour une gestion commune de l’eau.

« Et puis soyons purement égoïstes. » : la Turquie représente un immense marché de 71 millions de consommateurs (90 millions dans moins de 20 ans), dont la demande connaît une des progressions les plus rapides du monde. « La Turquie élargira la taille et la compétitivité [c’est nous qui soulignons, ndAAA] du marché intérieur de l’Union. » (p.108) Concernant l’immigration, les chiffres (d’une étude fort opportune) sont sans appel : pour la période allant de 2015 à 2030, avec une Turquie intégrée à l’Union, c’est 640.000 immigrés turcs complémentaires ; avec une Turquie hors de l’Union, c’est 1.480.000 turcs supplémentaires en Europe. Le non-dit de cet argumentaire est le suivant : le rejet de l’adhésion engendrera, du fait de la perte d’attractivité, un arrêt des investissements (IDE), i.e. des délocalisations des pays majeurs en Turquie, ce qui provoquera une hausse importante de l’immigration vers l’Europe.

(A suivre …)

 

Alexandre ANIZY

Le "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Michel ROCARD est arrivé à un âge où, après avoir exercé les plus hautes fonctions politiques dans l’Etat français, il peut dire et écrire sans arrière pensée son analyse politique d’une situation puisqu’il n’ambitionne plus rien. Ainsi, compte tenu de son origine sociale (Yves Rocard est un des pères de la bombe nucléaire française), de sa formation d’énarque et du statut qu’elle procure, indépendamment des talents et des compétences réelles, nous considérons que Michel ROCARD exprime bien l’opinion de l’oligarchie, notamment sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

C’est ce qu’il révèle, en collaboration avec Ariane BONZON, dans un essai titré « Oui à la Turquie » (Hachette Littératures, septembre 2008, 155 pages, 13,50 €).

 

Dans l’introduction, la problématique de l’ouvrage est bien exposée : « Oui à la Turquie : (…) l’avenir de l’Europe passe par la Turquie. » ; « L’adhésion de la Turquie, c’est une assurance vie pour l’Europe. ». Bigre ! L’enjeu est colossal.

Nous avons même un commencement de réponse : « Enfin, c’est peut-être aussi, et surtout [c’est nous qui surlignons, ndAA], l’économie (…) qui devrait emporter notre conviction. » (p.12) D’ailleurs, Michel ROCARD regrette qu’on n’entende pas assez « les grands patrons (…) parce que, eux [c’est nous qui surlignons, ndAA], abordent les questions de géopolitique », plus que les hommes politiques.  

Nous qui pensions que les grands patrons s’occupaient d’abord de leurs affaires, qu’ils étaient obnubilés par la création de valeurs pour leurs actionnaires, nous tomberions des nues si nous ne prenions pas cette remarque pour ce qu’elle est : l’expression d’une aigreur d’un ex-présidentiable dont la classe politique a su couper les ailes.

D’ordinaire, Michel ROCARD est plutôt churchillien, du genre « je vous promets du sang et des larmes ». Mûri par l’expérience, il termine maintenant l’introduction par un rêve : de la Turquie dans l’Union Européenne « peut naître un projet de civilisation commun ».

Projet de civilisation : voilà un élément de langage déjà entendu …

 

Les premiers chapitres rappellent la longue marche turque vers l’Europe, dont nous vous ferons grâce, avec l’idée de nous inculquer une vieille image occidentale de la Turquie : ainsi, c’est Mustapha KEMAL qui instaura l’alphabet latin, le calendrier grégorien, le droit de vote pour les femmes en 1934 (pour les Françaises, c’est DE GAULLE qui le fit en 1945) ; ainsi, « Le code civil turc est la copie conforme du code civil suisse, la doctrine militaire allemande fut l’objet de captations attentives, le code pénal inspiré du code pénal italien. » (p.23)

(À suivre …)

 

Alexandre ANIZY