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Sous Jane Harper exactement

Publié le par Alexandre Anizy

            La canicule, précisément.

 

 

            Les éditions Kero viennent de sortir Canicule (janvier 2017, livrel à 14,99 € - trop cher !), le premier polar de l'anglo-australienne Jane Harper : une architectonique béton, un style travaillé. Que demander de plus ?

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Avec Michael Connelly le dernier Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

            Il n'est jamais trop tard pour découvrir.

 

 

            Gérard Laveau a décidé d'achever le cycle des enquêtes du détective Amer dans un opus de bonne facture : L'ogre de la plage (éditions du Net, juillet 2017, 20 €). Il vaut bien le Michael Connelly : Jusqu'à l'impensable (Calmann-Lévy, juin 2017, 21,90 €).

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Pour Marcia de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Et en souvenir d'une autre (AA).  

 

Le poème Elleenlèvejamaissamontre

Pour Marcia   

 

Parce que tu as toujours une montre

accrochée à ton corps, il est normal

que tu incarnes pour moi

            l'heure juste :

avec tes longs cheveux blonds à 8h03,

et tes seins affolants à

11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,

            je sais que j'ai raison.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Des nouvelles de Gavalda et Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Gavalda et Svit, deux femmes qui parlent des femmes. Mais pas que, heureusement.   

 

 

 

            Fendre l'armure est le titre du nouveau recueil de nouvelles d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 2017, en livrel). Elle attaque fort avec "l'amour courtois" :

            « J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée. Dans ces cas-là j'assure que dalle et comme je sais que je vais rien choper, je finis toujours défoncée comme un terrain de manoeuvres.

            Je sais, je suis trop délicate mais bon, c'est plus fort que moi, si je suis pas nickel et la chatte au carré, je m'accorde aucune ouverture. » (quasiment l'incipit)

            Là on se dit qu'elle aura du mal à tenir la distance, côté style, car même en nouvelle, il faut tenir. Mais elle tint :

            « (en vrai je ne suis pas vraiment la responsable, mais comme il habite en face de Notre-Dame et moi derrière le Stade de France, je me suis sentie obligée de rééquilibrer un peu les mangeoires.) » (p.12/161);

et termine en beauté :

            « Je soufflais sur mes doigts, je me souriais, je me motivais. Allez, que je me disais, allez... Cette fois, c'est différent, tu t'es fait blasonner.

Quand même.

C'était plus classe. » (p.27/161)

 

            Nous aurions pu parler de "Mon chien va mourir", une histoire pour âmes sensibles que Gavalda traite avec délicatesse, de "La maquisarde" aussi... Mais bon, vous le savez bien, Anna sait y faire pour fendre le coeur des lecteurs !

 

 

            Cette semaine-là, nous enchaînâmes avec Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit (Gallimard, janvier 2017, en livrel ― forcément trop cher avec Antoine !), qui prolongea notre plongée dans l'air féminin du temps, puisque Gavalda aurait pu écrire ceci :

            « Par manque d'amour, tout simplement. L'amour, ça s'arrose aussi, jour après jour, comme les salades. » (p.17/163)

            Mais Brina peut être beaucoup plus sérieuse, comme lorsqu'elle fait référence à son compatriote :

            « La pensée comme rage du désespoir est la seule vision pertinente pour ce moment historique de la crise grecque, écrivait son auteur, le philosophe slovène Slavoj Žižek. Le vrai courage n'est pas d'imaginer une alternative, mais de reconnaître qu'il n'en existe pas, et d'en tirer des leçons. » (p.19/163)

            Dans "l'été de Sonia", il semble qu'un type va faire preuve d'un peu de courage :

            « Il va la laisser partir, sans bouger, écoutant le bruit de ses pas et de la porte d'entrée qui va se refermer derrière elle.

― Mais c'est qui, cette femme ? On dirait une caissière de Monoprix.

― De G20, répond-il avec tendresse, en se levant enfin, enfilant le pantalon qui a glissé au pied du lit, et quittant la chambre à son tour. » (p.47/163)

Ce sera son grain de folie, à lui. Peut-être.

            Evidemment, Svit n'a pas pu s'empêcher de glisser du tango !

http://www.alexandreanizy.com/article-visage-slovene-de-brina-svit-124807375.html

 

 

            Mis à part le fait que Brina Svit soit plus nombriliste qu'Anna Gavalda, il n'en demeure pas moins qu'en les lisant on ressent une communauté de perception chez elles.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Les airs d'Ingrid Astier

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec Ingrid Astier, en est-ce vraiment ?

 

            Voilà un écrivain qui maîtrise sa communication (Cf. sa page Wikipédia ) mais qui se ment un peu lorsqu'il dit qu'en se consacrant à l'écriture, c'était « un saut dans le vide, sauf que je ne savais pas si j’avais un parachute », puisque le chemin est assez balisé quand on a fait Henri IV et ENS... Passons.

 

            Haute voltige est le nouveau polar d'Ingrid Astier, publié chez Gallimard (mars 2017, en livrel à 14,99 € - trop cher, Antoine !). Pour tout vous dire, nous avons failli lâcher la liseuse à la page 9/533 après avoir lu ça :

            « La vie n'est qu'une longue chasse à courre. Pour ne pas se faire dévorer, il faut juste être du bon côté.

Les voitures s'engagèrent dans l'allée rythmée par les fûts des platanes. Sous les pneus, le gravier crissa comme du verre brisé. »

Nous pensâmes alors à une chronique de Patrick Besson (1) qui traitait des pneus dans les romans... et Ingrid Astier qui enfilait les trivialités. C'était un week-end pluvieux et frisquet. Alors nous résistâmes à l'envie de fermer le livrel.   

 

            Et soudain face au vent, le héros solitaire sur les toits de Paris nous intéresse vraiment, surtout quand il accepte le casse de l'atelier d'Enki Bilal (2). Il le fera après avoir participé à un combat de chessboxing , s'être entrainé sur le jeu de Svetozar Gligorić (3), etc.

A ce moment-là, le travail d'enquêtes et de documentation de l'auteur finit par tenir le lecteur qui veut savoir si le monte-en-l'air serbe va s'en sortir... (on ne va pas vous gâcher le plaisir !)

 

Alexandre Anizy

 

(1) Une association d'idées balkaniques, sans doute.

(2) Depuis 35 ans environ, nous considérons Bilal comme un génie de la BD !

(3) Grand joueur d'échecs serbe.

Laurent Gaudé en virée humanitaire

Publié le par Alexandre Anizy

            Quand un poète grassouillet prend sa voiture pour une visite à Notre-Dame-des-Jungles, il livre sur commande (du moins l'espère-t-on pour lui) une prière désincarnée.    

 

 

            Ainsi lorsque Laurent Gaudé part en virée humanitaire à Grande-Synthe, ça donne par l'accumulation de clichés et de bondieuseries un texte poussif et mal fagoté sur la misère du camp, qui se termine forcément par une auto-flagellation de nanti (rassurez-vous, ils n'en souffrent jamais, ces gens-là) pour rester dans la tendance du marché médiacratique :

 

 

Notre-Dame-des-Jungles (extrait)

 

 

Ci-gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.

Ci-gît l'Europe et mon âme

D'avoir vu votre misère.

Ci-gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,

Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.

Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,

Lorsqu'elles auront piétiné ce que vous avez patiemment construit

Elles s'apercevront peut-être,

Mais trop tard,

Que ce sur quoi elles roulent,

Ce qu'elles tassent,

Et font disparaître,

C'est notre dignité.

 

Laurent Gaudé

(De sang et de lumière. Actes Sud, mars 2017, 106 pages, 14,50 €)

 

 

Les hommes de bonne volonté sont parfois des couillons aveugles.

 

La nécessité de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

La nécessité d'être sous ses propres traits      

 

Il y a des jours, c'est bien le dernier endroit

au monde où l'on a envie d'être, mais

il faut y être, comme dans un film, parce

            qu'on est au générique.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Abstention : le petit livre rouge de Buéno

Publié le par Alexandre Anizy

            « A l'évidence, la "démocratie représentative" est un oxymore. Et la "démocratie directe" un pléonasme. » Alors "No vote !", écrit Antoine Buéno. Vraiment ?

 

            Dans son petit livre rouge (Autrement, février 2017, 156 pages, 12 €), Antoine Buéno fait oeuvre de pédagogue pour les citoyens qui s'interrogent sur le bien-fondé de leur démarche : l'abstention. Et Michel Onfray a préfacé l'opuscule : 3 pages couchées sur le papier, peut-être au cours d'un Paris - Caen pour répondre à une commande d'un de ses éditeurs ? En tout cas, le philosophe au marteau frappe juste quand il affirme que « ce petit livre est un apéritif au grand changement qui s'impose ».

 

            En effet, l'ancien élève de Sciences-Po et de l'ESSEC disserte bien en 3 parties sur la question :

1. Je m'abstiens parce que c'est mon droit démocratique ;

2. Je m'abstiens parce que voter ne sert à rien ;

3. Je m'abstiens pour protester.

Nous vous invitons à piocher allègrement dans ce manuel pour enflammer les sempiternelles discussions oiseuses sur le sujet. 

            Mais parce qu'il ose dire que voter ne fait pas barrage au Front National, force est de constater que l'auteur iconoclaste se sent obligé de payer son tribut à la propagande conservatrice dominante :

* par un fatalisme mortifère (chanter le TINO ― "there is no object" ― après le "TINA"), lorsqu'il reprend la scie "pas de contrôle des flux migratoires possible. Pas plus de maîtrise du stock. Voilà dévoilé le premier gros mensonge du FN, celui de sa politique anti-immigrationniste" ;

* par un gros mensonge (compte tenu de sa formation, nous ne lui accordons pas le bénéfice de l'ignorance), lorsqu'il pérore sur la sortie de l'euro. 

 

            Malicieusement, Buéno revient régulièrement sur le cas François Goullet de Rugy. Voilà un triste sire (pour ceux qui ne le connaissaient pas, il vient de démontrer l'étendue de son honnêteté politique quand, après avoir promis devant des millions de téléspectateurs lors de la primaire des socialistes qu'il soutiendra le vainqueur de la dite primaire, le félon se jeta dans les bras du bankster Bel-Ami Macron) qui s'abstint sur 62 % des scrutins publics alors qu'il est payé pour voter (il en a fait son métier, le noble lascar...), mais qui proposa une loi visant à rendre le vote obligatoire ! Il est vrai que ce personnage à la mentalité féodale n'avait été élu que par 34 % du corps électoral, ce qui réduisait grandement sa légitimité. (p.104)

 

            Venons-en à la quatrième partie où le bât blesse : "je m'abstiens parce que je m'engage". C'est là que Bueno lider minimo prône carrément la constitution d'une force politique : la plateforme abstentionniste. D'abord on se dit par gentillesse que l'artiste Buéno a supplanté la plume de François Bayrou, puis on voit qu'il y croit vraiment (la 4ème partie, c'est « la plus délicate, mais aussi, nous l'espérons, la plus novatrice du présent essai » (p.110), et finalement on est consterné par ce non-sens.

 

            Puisque l'auteur ne manque pas de citer Tocqueville et Noam Chomsky, appréciés Rue Saint-Guillaume, on s'étonne de ne trouver aucune référence à la pensée anarchiste : peut-on sérieusement réfléchir sur la crise de 1929 sans évoquer Charles Kindleberger, sur la globalisation sans Fernand Braudel, sur la guerre d'Espagne sans Buenaventura Durruti ?  

            Avec le No vote ! de Buéno, c'est chocolat.

 

 

            Le petit livre rouge de Buéno est une brochure utile qui pimentera vos futures discussions sur l'abstention. Mais en concluant sur la complémentarité du système représentatif et de l'action directe citoyenne, on se demande si ce n'est pas la dernière élucubration d'Antoine, sachant que les iconoclastes sont paradoxalement les derniers défenseurs de l'ordre établi.

 

 

Alexandre Anizy

Un homme et une femme selon Anise Koltz

Publié le par Alexandre Anizy

Un homme maltraitant son avenir...

 

Un homme puissant

comme un fleuve

traverse mon lit

 

le transformant

en réserve naturelle

en champ d'expérimentation

en abattoir

 

Anise Koltz 

            (dans Somnambule du jour, Gallimard poésie)

 

Emploi du soir de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

            Ce pourrait être aussi une façon de vivre dans une société épuisée.

 

            Emploi du soir

 

Retourner à soi dans la lumière apaisée du soir.

Se tenir seul aux franges de la nuit

sous l'amitié bavarde d'un marronnier.

S'écouter vivre, s'entendre penser, surtout

n'attendre rien, mais avec ferveur.

 

Michel Monnereau

(dans la Revue ARPA n° 118, décembre 2016, p.6)

 

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