Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Du grand frère de Mahir Guven

Publié le par Alexandre Anizy

            Mahir Guven est un bon petit soldat de la médiacratie. C'est pourquoi son premier roman bénéficia d'un bouche-à-oreille : le méritait-il ?  

 

 

            Quand on gratte comme Mahir Guven pour le 1 de Fottorino, financé par de grandes fortunes françaises possédant notamment de grands titres de la presse, les portes des éditeurs s'ouvrent facilement puisque la promotion syndicale est assurée. Mais Grand frère (éditions Philippe Rey, 2017, en livrel) vaut-il autant de louanges ?

            Pour tout dire, quand on vient de se taper l'béton de Garreta, on ne résiste pas longtemps à l'ennui face au sabir de bendo qui épata le bourge germanopratin, et face à une histoire bourrée de clichés forcément superficiels qui s'achève par une pirouette.  

 

            Côté style, voilà l'échantillon :

            « L'autre voie possible, c'était de balancer le frère. Ça m'a traversé l'esprit. Est-ce que ce serait plus simple ? Dans cette nuit où tous les chats étaient gris, que la lune était haute, j'ai pesé avec Marie-Jeanne le pour et le contre de toute cette merde. Vendre le frère, c'est des années et des années de nuits sans sommeil, des amis qui vous détestent, et le daron qui me renie. Mon arrêt de mort. » (p.224/255)

            Mais on a malheureusement aussi le droit aux « gouttes qui s'étirent sur mon pare-brise, au loin les lumières de la ville qui s'étouffent derrière la buée (...) » (p.30/255), au zgeg qui fourre la grosse (quel hass !), au bédo qui s'coue la tronche, etc. Que du classique !

 

 

            S'il en commet un deuxième, espérons que Mahir Guven aura l'audace de jeter ses oripeaux de blédard.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Lamartine plus frais que Beigbeder le clou !

Publié le par Alexandre Anizy

            Que vaut la production proséeuse de Beigbeder face à Geneviève ou l'histoire d'une servante de Lamartine ? Que dalle ! Alors il est scandaleux que l'oeuvre ne soit plus disponible en librairie.

 

 

            Si d'aucuns affirment que Lamartine a inventé le roman du peuple avant l'idole nationale Victor Hugo, puisqu'en effet la publication de Geneviève (1851) est antérieure au chef d'oeuvre du Commandeur des lettres françaises ( Les misérables, 1862), nous souhaitons apporter notre modeste contribution à la nécessaire et juste réévaluation du romancier Lamartine, et cela devrait commencer par une réédition bon marché de ces textes.   

 

            « Dans ces conversations la pauvre fille ne me parlait jamais d'elle. Elle paraissait s'inquiéter bien plus de ce que deviendraient le chien, les oiseaux, les meubles, les plantes, que de ce qu'elle deviendrait elle-même. Peut-être pensait-elle que le nouveau curé la prendrait à son service, comme le sonneur ou l'enfant de choeur de Jocelyn, ou que quelqu'une des familles du village la recueillerait pour être sarcleuse, et lui donnerait le pain et l'asile gratuits dans l'étable des vaches ou des moutons. » ( Geneviève, éditions R. Simon, p.29)

 

            « Mais au moment où je délibérais avec moi-même et où je me levais déjà de la litière pour fuir, j'entendis des pas de sabots qui descendaient, les uns lourds, les autres légers, l'escalier extérieur de la maison. La porte de l'étable s'ouvrit, et deux femmes y entrèrent en causant ensemble. » (idem, p.169)   

 

            Diantre ! qui peut ne pas succomber au charme lamartinien ?

 

 

Alexandre Anizy

 

Le sommeil de Gérard Macé

Publié le par Alexandre Anizy

            La prose de Gérard Macé peut-elle toucher les Belles ?  

 

 

            Gérard Macé ne réveillera personne au Bois dormant (Poésie Gallimard), parce qu'on s'emmerde prodigieusement dans l'étalage de préciosité. 

 

 

Alexandre Anizy

 

La précieuse Louise de Vilmorin

Publié le par Alexandre Anizy

            L'histoire des lettres françaises ne s'encombrent pas des poèmes de salon de Louise de Vilmorin. Pourtant quelques-uns méritent une restauration. Comme celui-là, qui illustre bien la manière de la poétesse.

 

            Passionnément

 

Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément,

Un peu c'est rare et beaucoup tout le temps.

Passionnément est dans tout mouvement :

Il est caché sous cet : un peu, bien sage

Et dans : beaucoup il bat sous mon corsage.

Passionnément ne dort pas davantage

que mon amour aux pieds de mon amant

Et que ma lèvre en baisant son visage.

 

Louise de Vilmorin

(Poèmes, Gallimard poésie)

 

Elle ne craignait pas le ridicule, la précieuse Louise.

 

Alexandre Anizy

Nouveautés de Gibrat, Davodeau et Nicoby

Publié le par Alexandre Anizy

            Deux cadors de la bande dessinée ont publié en octobre, et Nicoby en novembre.  

 

 

            Gibrat livre enfin le tome 4 de Matteo (Futuropolis, octobre 2017, livrel à 11,99 €) : nous sommes maintenant en Espagne.

            On apprécie toujours autant le dessin et la couleur chez Gibrat.

 

 

            Davodeau et l'historien Sylvain Venayre publient le 1er tome d'une histoire dessinée de la France, La balade nationale (éditions La Découverte / la Revue dessinée, octobre 2017, 22 €), qui forme un préambule original aux 19 tomes qui suivront.

            Du coup, l'éditeur d'une BD de 2004 en profite pour la sortir en numérique : Le constat (Dargaud, octobre 2017). C'est une heureuse initiative : mieux vaut tard que jamais !

 

            Le tome 2 d'une histoire dessinée de la France, réalisé par Nicoby et l'historien Jean-Louis Brunaux , a paru en novembre : L'enquête gauloise (éditions La Découverte / la Revue dessinée, octobre 2017, 22 €). Le principe étant d'associer un spécialiste d'une époque avec un dessinateur, nous disons que la série commence bien au regard de l'examen de cette première époque.

 

            Voilà 4 idées de cadeaux pour ceux qui seraient en manque d'inspiration !

 

 

Alexandre Anizy

 

Beau sous le goudron de Zéno Bianu

Publié le par Alexandre Anizy

            Le troisième des Sept haïkus pour lâcher prise.

 

 

 

Partout des meurtres ―

et pourtant l'eau

coule dans la nuit

( Ozaki Hôsai )

 

 

Voilà

le monde reste beau

impunément

il n'a pas peur du noir

il coule de source

toujours

sous le goudron des atrocités

( Zéno Bianu )

 

Sur la mob avec Jean-Paul Seigle

Publié le par Alexandre Anizy

            Bien qu'elle soit bien sur sa mob, le sort s'acharne sur la Reine. 

 

 

            Jean-Paul Seigle nous emmène en voyage avec son roman Femme à la mobylette (Flammarion, 2017, en livrel).

 

            « Quand Reine vient parler avec ses endormies, il lui arrive de rester longtemps avec elles. En hiver, elle repart quelquefois les lèvres gercées et les mains crevassées par le froid. Elle s'attarde à cause des petites récitations qu'elle invente pour elles et qui font office de prières. D'ailleurs, cette idée des récitations inventées lui vient d'Edmonde qui, tous les 11 novembre et 8 mai, l'obligeait à lire sur le monument aux morts et à haute voix les noms de ceux qui ont été tués au champ d'honneur ou ailleurs, ceux qui avaient donné leur vie pour la France durant les deux grandes guerres. Edmonde attendait que tout le monde soit parti et s'y rendait avec sa petite-fille. Viens, c'est le jour de faire la prière des soldats. » (p.46-47/179)

 

            Du pain sec et un vol plané fatal si proche de son paradis : pour beaucoup ici-bas, le bonheur c'est toujours pour demain.

 

 

Alexandre Anizy

Dans l'dur avec Anne F. Garréta

Publié le par Alexandre Anizy

            Le nouveau job d'Anne F. Garréta pourrait être dans le bâtiment.  

 

 

Force est de constater que dans son dernier roman titré Dans l'béton (Grasset, 2017, en livrel), Anne F. Garréta a élevé la qualité de son style. Echantillons :

            « Le béton, c'est pas un métier de pédés. C'est peut-être pour ça que notre père a décidé, dès qu'on a été en âge, ma ptite soeur et moi, de nous entraîner au mortier, à la dalle, au coffrage. Ma ptite soeur, on peut quasi dire que le béton, grâce à cette éducation précoce qu'on a eue, elle est tombée dedans toute enfant. Quasi. » (p.3/115)

Ou bien encore :

            « Mais d'abord, la bétonneuse, il a fallu la récurer du béton rapide qui encroûtait ses parois, dedans la toupie et dehors et partout, des quilles à la couronne.

Ainsi, pendant que grand-père et grand-mère décoffraient la Poulette, notre père, lui, avec un gros caillou décoffrait la bétonneuse.

― Mais la masse, vous me direz, elle est passée où la masse quand on en a besoin ?

Ça, on a jamais su. » (p.111/115)

 

Entre ces deux pages choisies, Garréta a comblé le vide.  

 

 

Alexandre Anizy

La louve de Paul-Henry Bizon

Publié le par Alexandre Anizy

            Le premier roman de Paul-Henry Bizon est un produit stérilisé.  

 

 

            Dans La louve, titre du roman de Paul-Henry Bizon (Gallimard, juin 2017, livrel à 14,99 €), on trouve trois sujets : le suicide d'un jeune homme et la révolte aphasique d'un frère, la renaissance d'un homme grâce à la permaculture, les rouages d'une arnaque. Autant vous dire qu'aucun n'est traité correctement.

 

            Prenons le thème agricole. Si Bizon renvoie le lecteur à des écrits initiateurs :

            « ... cette pensée agronomique révolutionnaire et sa bibliothèque, que Camille découvrait jour après jour, était pleine des travaux de scientifiques affranchis comme Cyril G. Hopkins, Franklin Hiram King, Joseph Russell Smith, Percival Alfred Yeomans, Masanobu Fukuoka ou encore Howard T. Odum qui inspireraient bientôt Bill Mollison et David Holmgren dans la synthèse de ces méthodes sous le nom générique de "permaculture". (p.35/199) ;

 

            il n'expose pas pour autant la problématique aux lecteurs ignorants. C'est dommage, parce que c'était le sujet vraiment original du livre.   

 

 

Alexandre Anizy

De Sandrine Collette

Publié le par Alexandre Anizy

            Le genre étant relativement florissant, on estampille polar des textes d'un autre acabit, comme ceux de Sandrine Collette.

 

 

            Il reste la poussière (éditions de l'épée, 2016, en livrel) est un livre qui suinte l'ennui et la monotonie : un phénomène dans les espaces patagons. Si on ajoute un huis clos familial, on obtient ordinairement un "roman psychologique". Mais là, comme il y a quelques morts... cela devient un polar, sans enquête ni policiers. Et pour couronner l'affaire, le prix Landernau polar 2016 lui est attribué.

            D'une certaine manière, le jury iconoclaste mérite les félicitations, puisque l'écriture de Sandrine Collette vaut le détour.

            « La mère chaque matin contemple cette steppe indigente quand elle ouvre les volets, arrêtant son geste le temps de repérer les chiens assis derrière la porte, qui couinent en attendant la gamelle. Un domaine de rien, qui vaut moins que son nom écrit sur un panneau de bois ; mais il lui appartient à elle, elle seule, et l'orgueil de posséder ces vastes étendues la console à demi de la vision désolée des terres brûlées par le vent et la sécheresse. » (p.8/253)

Plus loin :

            « Chaque jour ils prennent une centaine de bêtes, les tassent dans des enclos plus petits près de la maison, les coincent entre leurs jambes, jouent du ciseau. Les reins en feu d'être penchés ainsi quinze heures par jour sur les moutons étendus, et Mauro a construit il y a deux ans un palan en bois auquel il accroche sa ceinture pour lui tenir le dos et le soulager des douleurs insupportables. A la fin de la journée, il marche courbé comme un vieillard (...) » (p.205/253)

 

 

Alexandre Anizy