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La vie de Malvina Trifković de Mirko Kovač

Publié le par Alexandre Anizy

            La vie de Mirko Kovač dans la Yougoslavie titiste n'était pas tranquille : son premier roman Gubilište (1962) est censuré pour " image noire du monde " et il est tracassé par les autorités publiques. Lorsqu'il publia le recueil de nouvelles Rane Luke Meštrevića en 1971, il reçut le Prix Milovan Glišić qu'on lui retira en 1973 ! (1)  En 1971, il publiait aussi La vie de Malvina Trifković (édition française : Rivages, 1992 ; en poche décembre 1993, 101 pages, 39 FRF).

            En vidant notre bibliothèque le mois dernier, nous avons retrouvé Malvina, et le fait que nous n'ayons aucun souvenir de ce livre nous incita à le relire. Bonne pioche !

 

            Si la forme kaléidoscopique du roman n'est pas une nouveauté, le style sobre, allant parfois jusqu'à la sécheresse d'un rapport médico-légal, capte l'attention du lecteur parce qu'il dévoile l'ambivalence des êtres humains, avec la fausseté de leurs justifications et l'irrationalité de leurs convictions. Ainsi la serbe Malvina est chassée de la famille Parčić par un beau-frère croate aux motivations nauséabondes, qui nous fit penser à un psychiatre serbe n'ayant plus toutes ses facultés dans les horreurs de la récente guerre civile en Bosnie :

« Si notre père avait vécu plus longtemps, s'il n'avait eu à affronter cette période funeste de calomnies et tout ce dont ses adversaires l'ont suspecté, avec quelle force et quel esprit il aurait développé et analysé tout cela. J'ai agi avant tout pour l'honneur de la famille Parčić et pour que la Serbe ne puisse pas s'approprier un quelconque héritage, en biens meubles ou immeubles, ni même en argent liquide. » (p.36)

 

            Une des forces de ce livre est qu'aucun personnage ne sort indemne de l'autopsie du romancier. Ainsi Malvina, qui inspire la sympathie au premier abord, n'est pas exempte de turpitudes, comme les autres.

 

            C'est pourquoi il faut saluer la sagacité des censeurs de Tito, qui avaient parfaitement compris l'incompatibilité du monde noir selon Kovač avec la splendeur du paradis communiste dans son authentique version, la yougoslave évidemment.

            Pour cette raison, mais surtout pour la qualité intrinsèque de l'œuvre, découvrez La vie de Malvina Trifković de Mirko Kovač !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) la nouvelle édition augmentée de 1980 obtiendra le Prix Ivo Andrić.

 

Au Kosovo, l'Allemagne achevait la Yougoslavie

Publié le par Alexandre Anizy

            Il nous faut parler du livre mal fichu et mal écrit de Jürgen Elsässer titré La République Fédérale Allemande (RFA) dans la guerre au Kosovo  (L'Harmattan, octobre 2002, en livrel à 16,50 € - trop cher !) (1), car son enquête journalistique apporte des informations pertinentes, dont nous livrons l'essentiel de la manière la plus simple.

 

 

Comment inventer une raison de guerre (sous-titre du chapitre 2)

 

            « Pour justifier les bombardements, le gouvernement allemand a essayé de présenter comme un objectif depuis longtemps fixé par Belgrade, l'expulsion systématique des Albanais du Kosovo. »

            « Afin d'étayer ces thèses, les événements ont été falsifiés dès 1998 dans leur présentation. (...) Que Fischer et Scharping aient diffusé une contrevérité en toute connaissance de cause ressort d'un document du ministère du même Fischer (...) titre : Analyse de situation du ministère des Affaires étrangères du 18 novembre 1998. »

            « Encore plus instructif est le rapport de la situation au Kosovo du ministère allemand des Affaires étrangères du 19 mars 1999, cinq jours avant le début de la guerre. Ce rapport fut classé très confidentiel à la différence de la source américaine citée, et ne fut publié que plus tard. On y lit : " Contrairement à l'année dernière, la population civile est, en règle générale, prévenue d'une attaque imminente de la part de la VJ (l'armée fédérale yougoslave). D'après la MKV (Mission de Vérification au Kosovo de l'OSCE), les commandants de l'UCK ont cependant sporadiquement mis un terme à l'évacuation de la population civile. D'après les observateurs du HCR, la VJ ne rase pas les villages contrairement à sa manière d'intervenir l'an passé, et retire rapidement ses troupes une fois l'action finie. »

[ Il faut notamment relever que les "libérateurs albanais de l'UCK" avaient donc délibérément opté pour le sacrifice des civils dans certains villages. AA ]

            Toujours dans ce rapport très confidentiel du 19 mars 1999 : « L'exode, les expulsions et les destructions au Kosovo concernent tous les groupes ethniques y vivant à part égale. Quelques 90 villages autrefois habités par les Serbes sont entretemps abandonnés. Des 14.000 Croates d'origine serbe, 7.000 vivent encore au Kosovo. »

            « Du début de leurs investigations le 26 novembre 1998 à leur retrait le 20 mars 1999, les vérificateurs de l'OSCE dressèrent le procès-verbal de toutes les violations des droits de l'homme au Kosovo, ville par ville, commune par commune. Il en ressort que 87 civils kosovars albanais furent tués par les forces de sécurité serbes, 54 sont à mettre sur le compte de l'UCK, 87 autres homicides ne sont pas éclaircis dont 33 sont des Serbes ou des Albanais loyaux : ce ne furent guère des Serbes qui les assassinèrent. En additionnant ces 33 cas aux 54 victimes de l'UCK, on arrive comme pour les Serbes à 87 assassinats commis par l'UCK. »

 

 

 

Les protocoles d'autopsies démentent la version de l'OTAN d'un massacre commis par les Serbes (sous-titre du chapitre 3 : le silence de Mme Ranta)

 

            Il s'agit du "massacre de Račak", dont le ministre allemand Joschka Fischer dit qu'il fut « un tournant », que sa collègue américaine Madeleine Albright vit comme « un événement galvanisant », dont le Washington Post écrivit qu'il aurait « changé la politique de l'Occident dans les Balkans comme rarement un événement isolé l'a fait », ce que l'abject William Walker (2), chef de la mission de l'OSCE au Kosovo à l'époque, confirma en disant que « L'épisode de Račak fut naturellement décisif pour les bombardements ».

« Le communiqué judiciaire provisoire rendu publique le 17 mars [1999] ne compte que cinq pages - le vrai rapport, pesant 21 kilos d'après le Berliner Zeitung fut mis sous séquestre par le président du Conseil de l'Union Européenne de l'époque, Joschka Fischer. Plus d'un an après, la stratégie du secret a échoué : outre le Berliner Zeitung, Konkret est entretemps entré en possession des copies de tous les 40 protocoles d'autopsies individuelles des cadavres de Račak. (...) Après exploitation des documents, les choses sont claires :

il n'y eut pas eu d'exécutions,

il n'y eut pas de mutilations,

il n'y eut pas de coups de feu tirés à bout portant.

Dès à présent, il doit être également tenu pour non prouvé que les morts étaient des civils et que tous furent tués à Račak. Ainsi l'affirmation d'un "massacre" n'a plus de base. »

 

            « De toute évidence, la commission de médecins finlandais [sous l'autorité de Mme Ranta. AA] a toléré que des faits essentiels du protocole d'autopsie n'apparaissent pas du tout ou bien sous une lumière tout autre dans le bref communiqué du 17 mars 1999. »

[ Nous espérons que Mme Ranta connut par la suite une "brillante" carrière professionnelle. AA ]

 

 

 

Les magouilles de Rambouillet (Que s'y est-il passé ? Chapitre 4)

 

            A la une du Tageszeitung (Taz) du 12 avril 1999 : « Le mensonge de Rambouillet : que savait Joschka Fischer ? » Réponse étonnante de Fischer : « Je trouve fâcheux qu'on puisse s'imaginer que j'aurais magouillé afin d'engager l'OTAN dans une guerre contre Milosevic. »

Le 6 avril 1999, le Taz avait publié l'annexe B des Accords de Rambouillet, tenue secrète par les pays de l'OTAN qui exigeait de Milosevic qu'il accepte une "force de maintien de la paix de l'OTAN de 30.000 hommes, ayant accès à tout le territoire yougoslave (la RFY) y compris l'espace aérien et les eaux maritimes". Comme le formula le député allemand Hermann Scheer, cette annexe B est un véritable « statut d'occupation de toute la Yougoslavie par l'OTAN. Même un politicien modéré à la place de Milosevic n'aurait jamais signé ce texte ».

Cette annexe B, présentée comme un ultimatum aux Serbes, arrive sur la table de négociation malgré le veto de la Russie (organisateur de la conférence à droits égaux) seulement 18 heures avant la fin des négociations.

Après la clôture, le gouvernement américain eut des hésitations : une dernière mission de leur négociateur Richard Holbrooke fut entreprise « contre la volonté allemande, car Fischer s'était prononcé juste avant contre un prolongement de l'ultimatum adressé à Belgrade, même s'il était question de seulement "trois à quatre jours".

Grâce à Jürgen Elsässer, on apprend que l'émissaire allemand Wolfgang Petritsch joua un rôle important en proposant la participation de l'UCK de Hashim Thaci aux pourparlers sur un plan d'égalité avec Ibrahim Rugova, le président élu des Albanais du Kosovo, tous les deux acceptant de signer unilatéralement le texte final de l'ultimatum, expression de la volonté de fer  de l'Allemagne ... et des Etats-Unis.

 

Comment Fischer et Scharping inventèrent une campagne serbe d'expulsion (l'opération Fer à cheval)

 

            Dans ce chapitre apparaît les services secrets allemands (BND), mais aussi autrichiens (HNA) avec notamment Helmut Stubner, fonctionnaire cadre du parti d'extrême-droite FPO de Haider.

            « Même si les détails manquent encore de clarté, c'est un fait : les Bulgares ont fourni tout au plus du "matériel analytique non structuré" ; celui-ci fut complété par le HNA avec des "rapports de position hebdomadaires", incluant entre autres des données des écoutes. Au printemps 1999, le ministre autrichien des Affaires étrangères transmit ce recueil aux de l'Union Européenne, éventuellement aussi aux Etats-Unis. Après les premiers jours de bombardements sur la Yougoslavie, le gouvernement allemand décida, sans être suivi en cela par ses partenaires de l'UE et la CIA, de fabriquer un plan à partir de ces éléments fragmentaires, et de s'en servir pour mener l'attaque. »  Pourquoi cette attaque médiatique ? Parce que les sondages montraient la montée du "non aux bombardements" dans l'opinion allemande.

 

Vous découvrirez d'autres agissements peu reluisants de Fischer et Scharping : ils n'ont rien à envier aux mensonges américains ou d'un Tony Blair pour la guerre d'Irak.

 

 

 

            Il ressort du livre de Jürgen Elsässer que, là encore, l'Allemagne n'était pas du tout un sleeping partner dans le processus qui aboutit à la guerre du Kosovo. Force est de constater que l'éclatement de la Yougoslavie, cette créature issue de la défaite de 1918 par les traités de Saint-Germain et de Trianon, était un objectif à long terme de l'Allemagne.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Last but not least, sur notre liseuse, le rendu du fichier est une horreur !

 

(2) Dans le livre de Pierre Péan titré Kosovo, une guerre "juste" pour un Etat mafieux (Fayard, 2013, en livrel à 16,99 € - trop cher !), on a un aperçu du comportement moral du sinistre individu Walker :

            « (...) Washington soutenait dans son arrière-cour les dictateurs latino-américains dans leurs œuvres criminelles, au nom de la doctrine du "nécessaire" endiguement du péril "communiste" -, Walker était précisément en charge, au sein du Département d'Etat, des relations avec l'Amérique Latine. En 1988, en récompense, probablement, de ses bons et loyaux services, il a été nommé ambassadeur des Etats-Unis au Salvador, où des escadrons de la mort, dirigés par des militaires formés par les Américains, faisaient régner la terreur. Son nom a été lié à un épisode particulièrement affreux : peu de temps après sa nomination, 6 prêtres jésuites que le gouvernement salvadorien soupçonnait de sympathies communistes ont été assassinés dans la nuit du 15 au 16 novembre 1989 par des hommes du sinistre bataillon paramilitaire Atlacatl, initiés à la "contre-insurrection" par des cadres de l'armée américaine (et déjà responsables, en décembre 1981, du massacre d'El Mozote, où ils avaient assassiné plusieurs centaines de civils). La cuisinière des 6 jésuites et sa fille ont également été exécutées. Walker a aussitôt supervisé « les entreprises d'intimidation déployées à l'encontre du principal témoin » (...) » ;

            « C'est donc un "expert en enquêtes sur les crimes d'Etat" assez particulier qui découvre et dénonce, le 16 janvier 1999, le massacre de Račak (...) » ;

            Walker est « un symbole de la destruction de la vie » pour le vicaire panaméen Fernando Guardia.

 

Avec Ian Manook, l'hebdo Elle vous prend pour des connes

Publié le par Alexandre Anizy

            Lorsque nous aurons écrit que Ian Manook est le pseudonyme faiblard de Patrick Manoukian (le frère d'André, forcément), vous aurez une première idée du niveau de son 1er polar titré Yeruldelgger (Albin Michel, octobre 2013, livrel à 14,99 € - trop cher !). Si nous ajoutons qu'à 65 ans le bonhomme, qui affirme ne connaître que peu de choses du monde du rompol, a derrière lui une carrière de pubard, vous comprenez que le produit a suivi un mode de fabrication qui n'a rien à envier au milieu de l'agro-alimentaire : aucun ingrédient/argument vendeur ne vous sera épargné.

 

            Le monsieur ayant de l'entregent dans les médias et étant édité par une grosse maison qui sait commercialiser des blockbusters, il fait immédiatement un carton (Grand prix des Lectrices Elle policier ; prix Quai du polar ; prix du polar SNCF), répétant ainsi le succès qu'il obtint précédemment dans la catégorie Jeunesse (prix Gulli pour son 1er livre). Vous avez ainsi une idée du mode opératoire des prix littéraires.

 

            Le produit Yeruldelgger étant formaté, une question nous vient à l'esprit : combien de réécritures ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Pourquoi la Russie ne doit rien payer à GML

Publié le par Alexandre Anizy

            Il y a environ 30 ans, l'Empire soviétique s'écroulait. Il finissait dans les mains d'un ivrogne, Boris Eltsine, qui livrait pour une poignée de kopecks les actifs socialistes aux vautours de toutes espèces, en n'oubliant pas de remplir ses poches suisses.

            Vous faisant grâce des péripéties de la pseudo économie de marché, on résume la situation actuelle en rappelant que GML n'est que le fruit avarié d'un braquage fondateur.

 

            Considérant qu'ils ont été volés par les propriétaires actuels de l'ex empire pétrolier Ioukos (qui était le principal actif de GML), de nouveaux prédateurs forcément utilitaristes qui ont "l'intelligence" de respecter les intérêts de la pas toujours Sainte Russie, les actionnaires de GML ont engagé une procédure devant la Cour d'arbitrage de La Haye pour réclamer une indemnisation de 100 milliards de dollars.

            La décision de la Cour est prévue lundi 28 juillet.

 

            Cette affaire GML est symptomatique du devenir de l'économie mondialisée, car des jugements privés ont déjà obligé des autorités publiques à des dédommagements. Et si l'indécent Traité Transatlantique voit le jour, il entérinera cette pratique juridique qui veut que le droit ne dépende plus du politique (Carl Schmitt doit en souffrir dans sa tombe, mais pas les ordo-libéraux allemands qui règnent sur l'Europe). Mais avec cette affaire GML, il est possible que nous franchissions un nouveau seuil : la morale s'incline devant le droit.

 

            Car selon nous, l'affaire GML est l'illustration d'une déclinaison de l'arroseur arrosé et de l'adage chanté par Georges Brassens :

« (...) prends garde aux recéleurs,

qui dit que ces gens-là sont pis que les voleurs »

            (Stances à un cambrioleur)

 

            C'est pourquoi en bonne morale le peuple russe n'a rien à payer à ces gredins.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes

Publié le par Alexandre Anizy

            Comme nous l'écrivons régulièrement, un authentique lecteur doit s'aventurer sur les sentiers inconnus : c'est au prix de quelques déconvenues qu'il lui sera permis de découvrir le monde tel qu'il va. Ainsi le Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes (remarquable travail de traduction de Sika Fakambi ; éditions Zulma, février 2014, livrel à 12,99 € - trop cher !) fait partie des livres insolites qui entretiennent l'envie de vagabondage.

 

            L'enquête du diplômé médecin légiste réquisitionné se déroule au Ghana, dans la grande tradition africaine des palabres. Le lecteur doit donc apprendre la patience, et se laisser envelopper par le rythme du langage. Il en sera récompensé.

 

            Notre quelque part raconte un drame de partout, malheureusement. Nii Ayikwei Parkes en donne une version ghanéenne.

 

 

Alexandre Anizy

 

No back up for Paul Colize

Publié le par Alexandre Anizy

            En 2013, Back up de Paul Colize (Gallimard, août 2013 pour le livrel à 7,99 € - Antoine, enfin un prix correct !) reçut le prix poche de Saint-Maur. Le jury était bigrement inspiré ce jour-là. En effet, le roman noir de Paul Colize repose sur un double travail de documentation : le rock'n'roll des sixties et les victimes du Locked-in Syndrome. Le style est adapté au milieu musical dans lequel vivent les protagonistes, évitant l'écueil de la caricature ; quant à l'architectonique, l'auteur l'a peaufinée à souhait.

 

            Pour apprécier ce livre, il est préférable de goûter les temps bénis du swinging London, quand les futurs rock-stars cachetonnaient dans les clubs modestes mais réputés, mais aussi de Berlin. Dans sa biographie des Rolling Stones (1), François Bon a également décrit l'ambiance de cette époque-là.

 

            Comme un bon coolie, Paul Colize est arrivé à destination en donnant satisfaction aux lecteurs.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet

            http://www.alexandreanizy.com/article-6959204.html

 

L'enterrement inattendu de Marguerite Duras

Publié le par Alexandre Anizy

            Chaque année, Gallimard offre un album à tout acheteur de 3 volumes de sa prestigieuse collection La Pléiade. En 2014, c'est L'album Duras par Christiane Blot-Labarrère.

 

            Quelle clarté dans cette biographie illustrée !

            On y apprend que la petite bourgeoise Marguerite Duras, qui prétendait avoir souffert de la précarité, voyageait dans le Tyrol autrichien durant l'été 1935, avait reçu la même année une Ford V8 en cadeau (quelle femme de 21 ans pouvait en dire autant dans cet avant-guerre ?), avait obtenu en 1937 un diplôme d'études supérieures en économie politique, plus un autre en droit public (quelle femme etc.), ce qui lui permit d'entrer au ministère des Colonies, où le ministre Georges Mandel et son chef de cabinet André Diethelm lui confiaient avec Philippe Roques la rédaction d'un livre qui sortira en 1940 (L'Empire français, Gallimard).

            Ces amours en ce temps-là ? Entre autres : Frédéric Max, « ce petit juif de Neuilly », Jean Lagrolet, ce Bayonnais de grande famille, Robert Antelme, ce fils de sous-préfet... on est vraiment loin de Cosette !

            Durant la guerre, Duras est secrétaire de la Commission du contrôle du papier d'édition, puis de l'administrateur de la Bibliothèque Nationale Bernard Faÿ, personnage peu reluisant favorable à l'Allemagne nazie. Les bourgeois intellectuels ne rechignent pas à gratter pour la chienlit française, comme le fit Simone de Beauvoir pour la radio de Vichy. Les grands mots de l'engagement ne viendront qu'après la Libération ! C'est Ramon Fernandez le collabo (père de l'académicien Dominique, grand-père du récent Directeur du Trésor Ramon Fernandez) qui lui propose de loger en dessous de chez lui, au 5 rue Saint-Benoît où elle demeurera jusqu'à sa mort en 1995.

            Les années de guerre passent donc sans misère, mais sans saloperies, sans éclat non plus puisqu'elle écrit : « On n'a pas été des héros. La Résistance est venue à nous. On était d'honnêtes gens à qui se confier. »

            Pas très résistante, la Duras.

 

            Quant au plan littéraire, le travail de Christiane Blot-Labarrère ne permet pas une réévaluation de l'œuvre durassienne, ce qui n'est pas l'objectif de toute façon.

 

            Paradoxalement, cet album superbement réalisé prit donc au fur et à mesure de notre feuilletage l'allure d'un enterrement inattendu de Marguerite Duras. Forcément inattendu.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Pour le football d'art comme Jean-Claude Michéa

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans le numéro d'été du mensuel d'Elisabeth Lévy, Causeur (1), on donne au philosophe Jean-Claude Michéa l'occasion d'exprimer son analyse sur le football :

« Mes textes sur le football ont toujours eu pour objectif, en effet, de montrer que la colonisation croissante de ce sport par la logique libérale - " l'arrêt Bosman " en a été l'un des moments-clés - ne peut conduire qu'à en dénaturer progressivement l'essence populaire, jusqu'à affecter aujourd'hui la philosophie du jeu elle-même. »

Pour autant, il est faux de penser que la majorité du public populaire aurait renoncé au futebol d'arte, et choisi le futebol de resultados : la sérieuse désaffection du public français pour son équipe façon Raymond Domenech en atteste (les sponsors ont bien chiffré le désamour en voyant la baisse de leurs chiffres d'affaires !).

 

            Pourtant, force est de constater que l'esprit du futebol de resultados dominent largement sur la planète. Mise à part l'équipe du Barça de Pep Guardiola, qui peut-on citer aujourd'hui en exemple de futebol d'arte ? Certainement pas l'équipe du Brésil qui vient de s'autodétruire ! Pourtant, la catastrophe était prévisible, et quasiment souhaitée avant le match fatal par Paulo Cesar pour que le Brésil ait l'opportunité de changer (2). Certainement pas l'Allemagne, parce que les commentateurs oublient trop vite les faiblesses révélées lors des matchs de poules, et parce qu'un commentateur averti comme Bixente Lizarazu a bien noté qu'il fallait rendre hommage aux qualités défensives des attaquants, notamment Klose. Que le buteur soit félicité par Lizarazu pour son travail défensif en dit long sur le jeu collectif allemand, fondé sur l'esprit du futebol de resultados. Pour mémoire, nous rappellerons ici que l'équipe allemande a gagné sa première Coupe du monde en 1954 (en battant la magnifique équipe d'Hongrie de Puskas), parce que ses joueurs étaient dopés comme des mules ! Par respect pour l'artiste Maradona, nous ne parlerons pas de la désespérante et soporifique équipe d'Argentine d'aujourd'hui.

 

            Autant vous dire que la finale Allemagne - Argentine de dimanche sera oubliable ... à moins d'un nouvel effondrement collectif qui créerait du spectacle !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Cette référence n'est en aucune façon une incitation, encore moins un encouragement, à acheter cette presse bien-pensante.

 

(2) Entretien de Paulo Cesar dans Le JDD du 6 juillet 2014.

 

Un été avec Proust

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps je me suis tenu à l'écart.

           

            De Proust. Mais cessons la plaisanterie.

           

            Après Un été avec Montaigne, les éditeurs ont pensé qu'il serait juteux de poursuivre avec Un été avec Proust (éditions Equateur / France Inter, mai 2014, 235 pages, 13,50 €). Ils ont eu raison.

            Et Antoine Compagnon a récidivé, avec quelques comparses.

            L'affaire est séduisante. Ne la ratez pas.

 

 

Alexandre Anizy

 

Ederlezi : "a lazy story" de Velibor Čolić

Publié le par Alexandre Anizy

            Ederlezi, c'est le titre du nouveau roman de Velibor Čolić (Gallimard, mai 2014, en livrel à 12,99 € - Antoine, c'est trop cher !). Cette fois-ci, il raconte l'histoire d'une famille de Tziganes dans la Yougoslavie, et ailleurs forcément. Il y met tout son savoir-faire puisqu'il parvient à nous tenir jusqu'au point final malgré l'ennui lancinant.

 

            Dans notre déception à l'égard de Velibor Čolić, Sarajevo Omnibus ne fut donc pas le terminus (1).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) lire nos billets précédents :

 

http://www.alexandreanizy.com/article-sarajevo-omnibus-terminus-pour-velibor-oli-105823619.html

 

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html