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Boccanera de Michèle Pedinielli

Publié le par Alexandre Anizy

            Que vaut la caution de Patrick Raynal ?   

 

 

            Il paraît que le polar de Michèle Pedinielli, titré Boccanera (éditions de l'aube, 2018), a été proposé par Patrick Raynal (1), lui conférant ainsi un gage de qualité. Mais est-ce vraiment le cas ? Oui et non.

            Certes l'intrigue est de bonne facture, mais sans plus. Quant au style, il est lisse et sage. Trop, ce qui n'est pas toujours raccord avec le milieu ambiant de l'enquêtrice.   

 

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : les éditions de l'aube ont encore montré leur lacune digitale en assemblant le livrel comme un manga !

 

 

(1) Pour mémoire, notre billet sur cette figure de l'édition :

http://www.alexandreanizy.com/article-21156428.html

La sagesse de François Cheng

Publié le par Alexandre Anizy

            En ce joli mois de mai, 50 ans plus tard, 3 principes pour une espérance.  

 

 

Ne quémande rien. N'attends pas

D'être un jour payé de retour.

Ce que tu donnes trace une voie

Te menant plus loin que tes pas.

 

François Cheng

( Enfin le royaume, Gallimard, mars 2018)

 

 

Un an après, le Chef régale

Publié le par Alexandre Anizy

            Sa cuisine est une expérience créative.   

 

 

            Il nous a semblé opportun d'y revenir un an après. Force est de constater que Pascal Favre d'Anne poursuit sa route angevine dans les étoiles en offrant à ses clients une cuisine délicieuse.

            De plus, d'après le sommelier, la cave est remplie à 80 % de vins bio (1) d'excellentes factures : qu'on se le dise !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) La viticulture est une des activités agricoles qui utilise le plus de produits chimiques nuisibles à la santé des consommateurs.

Patricia MacDonald dans son taillis

Publié le par Alexandre Anizy

            Chez Patricia MacDonald, rien n'est créé, tout est recyclé. 

 

 

Ce devait être un dimanche de lassitude pour avoir succombé au rouleau compresseur d'une commercialisation bien huilée (" the battle for your mind ") : une visite impromptue chez un vendeur dominical pour finalement acheter le dernier polar de Patricia MacDonald, titré La fille dans les bois (Albin Michel, 2018, en livrel)

 

L'écrivailleuse MacDonald a commencé sa carrière en 1981 : elle a donc du métier pour concevoir une trame romanesque qui incite le lecteur à vouloir tourner les pages. C'est toujours le cas, même si le style donne plutôt envie de fermer la liseuse, parce que dans son job Patricia MacDonald fait l'impasse sur le gueuloir.

 

Voici 3 exemples (en une page - 6 sur 250).

« Aujourd'hui, les parents de Molly avaient fermé leur brasserie, l'Après-Ski, pour se rendre à une foire commerciale à Philadelphie. Ils ne voulaient pas que Molly reste seule chez elle car, ces derniers temps, la police avait été appelée à plusieurs reprises chez leur voisin, un alcoolique qui se défoulait de ses frustrations sur sa famille, à coups de poing. Les Sinclair auraient préféré que Molly vienne avec eux à Philadelphie, mais elle avait un exposé à faire ce jour-là et tenait à aller en cours. »

La répétition de Philadelphie est inutile : alors lequel est de trop ?

« Le bus cheminait lentement le long des rues escarpées de Yorkville, lâchant çà et là des collégiens. »

Un oxymoron qui ralentit la phrase. Ôtez lentement, et vous gagnez une légèreté en phase avec le texte.

« Le nez collé à la vitre, Blair regardait défiler Main Street. La brasserie, le bazar, les bureaux du journal local, les boutiques de vêtements. Sur le trottoir, un chien traînait au bout de sa laisse une femme engoncée dans une parka et coiffée d'un bonnet. »

Empiler des expressions toutes faites, c'est une caractéristique de l'écrivailleur. Si vous mettez "le nez à la vitre", vous suggérez une image au lecteur... et vous restez dans le rythme du paragraphe qui devrait finir par "dans une parka".

 

 

            Alors La fille dans les bois de Patricia MacDonald ? Veni, vidi... et si j'avais su, j'aurais pas venu !

 

 

Alexandre Anizy

Adresse au suffisant Jupiter

Publié le par Alexandre Anizy

            C'est un portrait ressemblant du bankster.   

 

 

 

Le suffisant

 

Son oeil disait qu'il était directeur

Sa parole fusillait ou assommait

C'est selon.

La tendresse il en avait fait

Le deuil tant il s'était habitué

A sabrer dicter rabrouer

Sa jouissance, quelle misère !

Il voulait qu'on l'aime,

Il s'y prenait très mal.

Le métier d'intelligence

Etouffait en lui l'émotion,

Cette émotion

Sans aplomb

Sans armure.

Son humour était savant,

Autant dire inaudible.

Son verbe était cassant,

Autant dire inhabité.

Cet intelligent-là

N'avait pas compris

Que la faiblesse

Est désirable

& que l'amour

Conquiert le conquérant

 

 

Nimrod

(J'aurais un royaume en bois flottés, poésie Gallimard)

 

 

Que la guerre était jolie est un fade polar

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque l'auteur aime les citations, détournons-en une : "Quelle connerie ce polar !"  

 

 

 

            C'était le moment de prendre du repos, alors une brève plus promotionnelle qu'autre chose sur le dernier ouvrage de Christian Roux attira notre attention, vu le titre : Que la guerre était jolie (Rivages, janvier 2018, en livrel).

            Dire que ce polar est une connerie est aussi excessif que de donner ce titre racoleur, mais c'est comme un droit de réponse de lecteur abusé. En effet, l'histoire se déroule dans une ville moyenne à une heure de Paris, dans un quartier abandonné par ses habitants et par le maire ripou qui voudrait bien s'en mettre encore dans les poches en montant une vaste opération de rénovation immobilière. Le décor étant dressé par Roux, ils sont venus, ils sont tous là, les personnages habituels...  

            Et le style moyen vous embarquera vers le point final, si vous êtes diabolique !

  

 

 

Alexandre Anizy

22 mars 68 : naissance d'un anti-démocrate

Publié le par Alexandre Anizy

         La vieillesse du philosophe Alain fut un naufrage, la vie politique de Daniel Cohn-Bendit une imposture.

 

 

 

         Après la votation suisse contre les minarets, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit a récidivé dans sa hargne « anti-démocratie » lors d’un entretien au Temps le 2 décembre :

         « Je suis pour une démocratie directe « encadrée » par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n’importe quoi. »

         Après la « démocratie représentative », Cohn-Bendit nous offre donc un nouveau concept : la « démocratie directe encadrée ». S’il dit par quoi (mais une démocratie n’est-elle pas toujours régie par une Constitution ?), nous ignorons tout du « par qui ? ».

         Mais on peut deviner en lisant la suite du propos :

« La priorité de l’élite politique suisse hostile à ce vote doit être de remobiliser la population en vue d’un nouveau référendum. (…) Capituler devant cette angoisse populaire serait une défaite pour tous les démocrates. (…) La Suisse ne doit pas se laisser ligoter par cette décision populaire jusqu’à la fin des temps. »

         Pour Cohn-Bendit, le schéma est simple : l’élite politique doit faire revoter le peuple quand celui-ci n’a pas répondu dans le bon sens, enfin, celui de l’élite, vous aviez compris … Pourquoi ?

         Peut-être parce que l’élite constitue une sorte d’avant-garde de la démocratie (avant-garde, on a déjà entendu cette bonne blague ailleurs, vous souvenez-vous ?), ou bien parce que ce sont des gens inspirés (puisqu’ils savent ce qui est bien ou mal pour le peuple), alors que les populaires réagissent en fonction de leur angoisse, de leurs instincts primaires, vous voyez le genre …

 

         Avec le « Non » irlandais, nous avions déjà eu une première coulée anti-démocratique de la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit : voir notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-20346686.html

         Avec la votation suisse, il récidive en enrichissant son propos : le projet politique anti-démocratique se précise.

 

 

         D’aucuns penseront que nous exagérons ou qu’un parti-pris fausse notre analyse, mais il se trouve que la philosophe Chantal Delsol, qui a selon nous de mauvaises fréquentations politiques (1), le dit aussi :

         « Ce n’est pas le vote suisse qui représente un nouveau missile contre la démocratie, mais les réactions au vote suisse. » ;

         « Autrement dit, il y a une voix extérieure et sommitale qui juge ce qu’un peuple décide, et jauge cela à une aune … Laquelle d’ailleurs ? » ;

         « Nous voyons s’avancer tout doucement la justification d’un nouveau régime : une oligarchie. Elle ne fera pas tomber les démocraties par quelque révolution démodée. Elle agira sournoisement, comme elle a déjà commencé à le faire. » (Figaro 3 décembre 2009).

 

 

         A notre avis, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit joue bien son rôle au sein du club anti-démocratique. 

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : Chantal Delsol est l’épouse du politicien Charles Millon.

 

Un quatrain de Cheng à notre oreille

Publié le par Alexandre Anizy

            Soufflons un vers au vert académicien. 

 

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Bruisse la mélodie.

 

 

Parce que l'original s'effondre dans le final :

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Pour que soit   mélodie.

 

François Cheng

( Enfin le royaume, Gallimard, mars 2018)

 

Un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King

Publié le par Alexandre Anizy

            Il faut être gonflée pour bâtir un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King à Memphis : le défi est brillamment relevé.  

 

 

            Les éditions de l'Aube viennent de publier en livrel¹ (février 2018) La route de tous les dangers de Kris Nelscott (un pseudonyme de Kristine Kathryn Rusch). D'aucuns apprécieront d'abord le style agréable ― ce qui n'empêche pas les maladresses, comme "balancer gentiment" ou la répétition de soupçon  :

« Ses seins ont bougé l'un après l'autre pendant qu'elle signait et j'ai ressenti le violent désir de les toucher.

Je me suis levé et me suis retourné vers la fenêtre chiasseuse. Ce n'est qu'une cliente, me suis-je dit en joignant les mains derrière mon dos.

"Vous savez, Smokey, a-t-elle dit, je crois que ce serait mieux si je joignais un chèque à moi. Vous ne craignez pas qu'un chèque libellé au nom de votre agence attire les soupçons ?"

Je me suis retourné. Ses cheveux se balançaient gentiment contre son visage, ses joues étaient encore un peu colorées et son corps semblait littéralement moulé par ses vêtements. Elle était belle, d'une beauté que je n'avais pas soupçonnée jusqu'alors, et qui m'attirait follement.

A cet instant, j'ai quasiment pu sentir la main de ma tante me caressant la joue, ma tante qui me disait que les garçons noirs ne devaient pas reluquer les filles blanches. » (p.101/314)

D'autres goûteront l'architectonique bigrement ficelée, parce que Kris Nelscott a du métier.       

 

            C'est pourquoi on attend les suivants.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Nous signalons aux éditions de l'Aube que dans Adobe Digital Editions, et donc dans notre tablette, l'ouvrage se retrouve avec l'ISBN pour titre et l'auteur inconnu. Si vous pouviez faire attention pour les suivants...  

Les bastos du SAC tirées par Collombat & Davodeau

Publié le par Alexandre Anizy

            Côté mitraille, dans les années 1970 ça ne tombe pas comme à Gravelotte, mais quand même, et les assassins sauvent souvent leurs peaux.   

 

 

            Cher pays de notre enfance (Futuropolis, octobre 2015, en livrel), un mauvais titre ironique qui dessert l'ouvrage, est un enquête graphique de Benoît Collombat et Etienne Davodeau qu'on ne s'attendait pas à trouver sur un tel sujet. Pensez donc, les années de plomb de la Ve République française ! On y parle beaucoup du Service d'Action Civique (SAC), l'organisation parallèle des gaullistes. Forcément. 

            Un travail sérieux, un bon récit, et toujours le même président... euh ! dessin davodesque.

 

            Pour le coup, on se souvient des ministres Joseph Fontanet (lui, c'est un vrai résistant et combattant des FFL), Robert Boulin... Ah, Boulin ! Son meurtre, le combat sisyphique de sa fille contre une magistrature soudée.

 

http://www.alexandreanizy.com/article-affaire-boulin-mme-fabienne-boulin-burgeat-y-revient-38333634.html

   

            En ce temps-là, on voyait le parti de Valéry Giscard d'Estaing (résistant parisien de l'été 1944, puis engagé pour 8 mois de campagne, dont 28 jours de combat, le temps de récolter vite fait la croix de guerre 1939-1945... redorant ainsi le blason d'une famille pétainiste : « L'audace critique lui vint [à l'inspecteur des Finances François Bloch-Lainé] après son éviction de la présidence du Crédit Lyonnais par Valéry Giscard d'Estaing, fils de l'inspecteur des Finances synarque Edmond, et neveu du conseiller d'Etat René, titulaires respectifs des francisques n° 918 (janvier 1942) et 250 (août 1941), parrainés par Du Moulin de Labarthète (...) » (Annie Lacroix-Riz, Les élites françaises entre 1940 et 1944 - de la collaboration avec l'Allemagne à l'alliance américaine, Armand Colin, 2016, p. 392) ), recycler les politiciens penauds des IIIe et IVe Républiques, les partisans de l'Algérie française plus ou moins proche des terroristes de l'OAS, les jeunes loups du groupuscule Occident comme le délinquant Alain Madelin, enfin le gratin de la nation française de toute évidence...

 

            On vit une époque formidable, dessinait Reiser. Ces années-là, on flinguait du beau linge : plus classe que les Ritals, c'est ça la France !

 

 

 

Alexandre Anizy