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Nouveautés de Gibrat, Davodeau et Nicoby

Publié le par Alexandre Anizy

            Deux cadors de la bande dessinée ont publié en octobre, et Nicoby en novembre.  

 

 

            Gibrat livre enfin le tome 4 de Matteo (Futuropolis, octobre 2017, livrel à 11,99 €) : nous sommes maintenant en Espagne.

            On apprécie toujours autant le dessin et la couleur chez Gibrat.

 

 

            Davodeau et l'historien Sylvain Venayre publient le 1er tome d'une histoire dessinée de la France, La balade nationale (éditions La Découverte / la Revue dessinée, octobre 2017, 22 €), qui forme un préambule original aux 19 tomes qui suivront.

            Du coup, l'éditeur d'une BD de 2004 en profite pour la sortir en numérique : Le constat (Dargaud, octobre 2017). C'est une heureuse initiative : mieux vaut tard que jamais !

 

            Le tome 2 d'une histoire dessinée de la France, réalisé par Nicoby et l'historien Jean-Louis Brunaux , a paru en novembre : L'enquête gauloise (éditions La Découverte / la Revue dessinée, octobre 2017, 22 €). Le principe étant d'associer un spécialiste d'une époque avec un dessinateur, nous disons que la série commence bien au regard de l'examen de cette première époque.

 

            Voilà 4 idées de cadeaux pour ceux qui seraient en manque d'inspiration !

 

 

Alexandre Anizy

 

Beau sous le goudron de Zéno Bianu

Publié le par Alexandre Anizy

            Le troisième des Sept haïkus pour lâcher prise.

 

 

 

Partout des meurtres ―

et pourtant l'eau

coule dans la nuit

( Ozaki Hôsai )

 

 

Voilà

le monde reste beau

impunément

il n'a pas peur du noir

il coule de source

toujours

sous le goudron des atrocités

( Zéno Bianu )

 

Sur la mob avec Jean-Paul Seigle

Publié le par Alexandre Anizy

            Bien qu'elle soit bien sur sa mob, le sort s'acharne sur la Reine. 

 

 

            Jean-Paul Seigle nous emmène en voyage avec son roman Femme à la mobylette (Flammarion, 2017, en livrel).

 

            « Quand Reine vient parler avec ses endormies, il lui arrive de rester longtemps avec elles. En hiver, elle repart quelquefois les lèvres gercées et les mains crevassées par le froid. Elle s'attarde à cause des petites récitations qu'elle invente pour elles et qui font office de prières. D'ailleurs, cette idée des récitations inventées lui vient d'Edmonde qui, tous les 11 novembre et 8 mai, l'obligeait à lire sur le monument aux morts et à haute voix les noms de ceux qui ont été tués au champ d'honneur ou ailleurs, ceux qui avaient donné leur vie pour la France durant les deux grandes guerres. Edmonde attendait que tout le monde soit parti et s'y rendait avec sa petite-fille. Viens, c'est le jour de faire la prière des soldats. » (p.46-47/179)

 

            Du pain sec et un vol plané fatal si proche de son paradis : pour beaucoup ici-bas, le bonheur c'est toujours pour demain.

 

 

Alexandre Anizy

Dans l'dur avec Anne F. Garréta

Publié le par Alexandre Anizy

            Le nouveau job d'Anne F. Garréta pourrait être dans le bâtiment.  

 

 

Force est de constater que dans son dernier roman titré Dans l'béton (Grasset, 2017, en livrel), Anne F. Garréta a élevé la qualité de son style. Echantillons :

            « Le béton, c'est pas un métier de pédés. C'est peut-être pour ça que notre père a décidé, dès qu'on a été en âge, ma ptite soeur et moi, de nous entraîner au mortier, à la dalle, au coffrage. Ma ptite soeur, on peut quasi dire que le béton, grâce à cette éducation précoce qu'on a eue, elle est tombée dedans toute enfant. Quasi. » (p.3/115)

Ou bien encore :

            « Mais d'abord, la bétonneuse, il a fallu la récurer du béton rapide qui encroûtait ses parois, dedans la toupie et dehors et partout, des quilles à la couronne.

Ainsi, pendant que grand-père et grand-mère décoffraient la Poulette, notre père, lui, avec un gros caillou décoffrait la bétonneuse.

― Mais la masse, vous me direz, elle est passée où la masse quand on en a besoin ?

Ça, on a jamais su. » (p.111/115)

 

Entre ces deux pages choisies, Garréta a comblé le vide.  

 

 

Alexandre Anizy

La louve de Paul-Henry Bizon

Publié le par Alexandre Anizy

            Le premier roman de Paul-Henry Bizon est un produit stérilisé.  

 

 

            Dans La louve, titre du roman de Paul-Henry Bizon (Gallimard, juin 2017, livrel à 14,99 €), on trouve trois sujets : le suicide d'un jeune homme et la révolte aphasique d'un frère, la renaissance d'un homme grâce à la permaculture, les rouages d'une arnaque. Autant vous dire qu'aucun n'est traité correctement.

 

            Prenons le thème agricole. Si Bizon renvoie le lecteur à des écrits initiateurs :

            « ... cette pensée agronomique révolutionnaire et sa bibliothèque, que Camille découvrait jour après jour, était pleine des travaux de scientifiques affranchis comme Cyril G. Hopkins, Franklin Hiram King, Joseph Russell Smith, Percival Alfred Yeomans, Masanobu Fukuoka ou encore Howard T. Odum qui inspireraient bientôt Bill Mollison et David Holmgren dans la synthèse de ces méthodes sous le nom générique de "permaculture". (p.35/199) ;

 

            il n'expose pas pour autant la problématique aux lecteurs ignorants. C'est dommage, parce que c'était le sujet vraiment original du livre.   

 

 

Alexandre Anizy

De Sandrine Collette

Publié le par Alexandre Anizy

            Le genre étant relativement florissant, on estampille polar des textes d'un autre acabit, comme ceux de Sandrine Collette.

 

 

            Il reste la poussière (éditions de l'épée, 2016, en livrel) est un livre qui suinte l'ennui et la monotonie : un phénomène dans les espaces patagons. Si on ajoute un huis clos familial, on obtient ordinairement un "roman psychologique". Mais là, comme il y a quelques morts... cela devient un polar, sans enquête ni policiers. Et pour couronner l'affaire, le prix Landernau polar 2016 lui est attribué.

            D'une certaine manière, le jury iconoclaste mérite les félicitations, puisque l'écriture de Sandrine Collette vaut le détour.

            « La mère chaque matin contemple cette steppe indigente quand elle ouvre les volets, arrêtant son geste le temps de repérer les chiens assis derrière la porte, qui couinent en attendant la gamelle. Un domaine de rien, qui vaut moins que son nom écrit sur un panneau de bois ; mais il lui appartient à elle, elle seule, et l'orgueil de posséder ces vastes étendues la console à demi de la vision désolée des terres brûlées par le vent et la sécheresse. » (p.8/253)

Plus loin :

            « Chaque jour ils prennent une centaine de bêtes, les tassent dans des enclos plus petits près de la maison, les coincent entre leurs jambes, jouent du ciseau. Les reins en feu d'être penchés ainsi quinze heures par jour sur les moutons étendus, et Mauro a construit il y a deux ans un palan en bois auquel il accroche sa ceinture pour lui tenir le dos et le soulager des douleurs insupportables. A la fin de la journée, il marche courbé comme un vieillard (...) » (p.205/253)

 

 

Alexandre Anizy

La plaie de Patrick Pécherot

Publié le par Alexandre Anizy

            A trop plonger dans l'Histoire, Patrick Pécherot noie le lecteur dans une fosse Commune.

 

 

            Quelle plaie ouverte (Folio policier, en livrel) que celle commise par Pécherot en nous embarquant dans un embrouillamini architectonique en guise de suspense se résolvant par une confusion mentale !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Un haïku de Zéno Bianu

Publié le par Alexandre Anizy

            Le premier des Sept haïkus pour lâcher prise.

 

 

C'est mon lac intérieur ―

dans l'ombre rôde

un tigre noir

( Kaneko Tôta )

 

 

Dire

creuser

son immensité

danser jusqu'au bout

avec son poids de naufrage

être le félin

de sa propre disparition

( Zéno Bianu )

 

La juste place de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

            Chacun doit se faire une raison, et le faire tôt rend les choses plus faciles : trouver sa juste place, dont parle Michel Monnereau.    

 

 

Sa juste place

 

Quittant l'adolescence hautaine

et ses impatiences,

Rimbaud à la petite semelle,

on s'est jeté dans la vie et ses revers liftés.

 

Dans la myopie de l'instant,

on a pris les raccourcis sans issue

et les amours à bras le cœur.

 

Un soir, terrassant l'idée d'avenir,

les cheveux blancs venus du silence

renvoient à ce qu'on est :

seulement soi, n'en déplaise à l'orgueil.

 

Michel Monnereau

            (Je suis passé parmi vous, La table ronde mars 2016)

Dans la caverne d'Alikavazovic

Publié le par Alexandre Anizy

            Pas grand-chose dans la caverne d'Ali kava (zovic).

 

 

            Nous attendions beaucoup de Jakuta Alikavazovic depuis 2010 (1) alors, après avoir lu L'avancée de la nuit (éditions de l'Olivier, août 2017, en livrel), la déception est à la hauteur de l'attente. Il semble qu'elle ait trouvé son style : tricotage laborieux autour de personnages fantomatiques dans des histoires éthérées. On est loin d'un récit documentaire à la Daša Drndić (2).

 

            La clausule du commencement augurait un ouvrage savamment ciselé :

            « Au lit avec Sylvia, qui sommeillait ou faisait mine de sommeiller, et les vagues lueurs de l'extérieur, des bateaux-mouches, les habillaient de lumière, passaient indifféremment sur leurs corps, sur les draps, au plafond. » (p.5/206) ;

mais nous déchantâmes dès la page suivante :

            « (...) le genre qui allongée dans l'herbe paraissait le prolongement de l'herbe, et plus encore : son expression, sa tendresse ― qui, allongée dans l'herbe, paraissait l'intelligence de l'herbe, son génie. »

parce que ce n'était qu'une adéquation exceptionnelle du rythme alikavazovicien à la scène décrite.

 

Plus loin, l'auteur écrit :

            « (...) que, n'ayant rien à dire de son père, ou ne voulant rien dire de son père, elle avait eu recours à l'un de ses accessoires, à l'un de ses artifices ― une simple citation. » (p.46/206) ;

ce qui pourrait lui être reproché puisque citer, c'est parfois parler sans rien dire. 

 

            Le pire dans cette histoire, c'est y mettre un peu de Yougoslavie pour lui donner un semblant de consistance : quand on s'appelle Alikavazovic et qu'on bénéficie de subsides pour écrire une œuvre, un tel remplissage frise l'indécence. Au moins Maya Ombasic y est née ! (3)  

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet : http://www.alexandreanizy.com/article-demain-l-envol-de-jakuta-alikavazovic-54390351.html

(2) Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-sonnenschein-de-da-a-drndi-119453466.html

(3) Lire notre billet Mostarghia de Maya Ombasic