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Toussaint de Michel Batifoille

Publié le par Alexandre Anizy

Un texte de circonstance.

Toussaint

En équilibre sous la dent le bois de l'histoire fait justice :

la disette ou l'échafaud

et la sciure de l'usure à quel usage

autre qu'étancher le sang du billot

ou le sol des boucheries ?

les ventres bleus des cortèges dévorent

l'allée du cimetière

et le déclin du jour charrie des glaçons d'espoir

ma jeunesse est un rempart insuffisant

pour afficher toute ma confiance.

Michel Batifoille

(Passés passagers, éditions Soleils en Chantier, décembre 2009, en livrel gratuit)

Qu'est-ce que le populisme ?

Publié le par Alexandre Anizy

            L'utilisation paroxystique du mot populisme dans les champs politique et médiatique mérite que nous nous interrogions sur ce point asymptote.

 

 

            Le populisme est un mot que beaucoup de monde emploie sans en avoir une idée claire. C'est pourquoi le philosophe Yves Michaud s'est attelé à cette tâche difficile dans son livre Contre la bienveillance (Stock, avril 2016, 180 pages, 18 €). Fait troublant : il commence non pas par définir le concept mais par dire comment il se présente :

            « Le populisme s'exprime aujourd'hui de deux manières : des votes en progrès constant en faveur de partis nouveaux venus qui appellent à en finir avec la caste des partis installés et, dans le même temps, une forte abstention de la part des citoyens qui se désintéressent de la politique et "n'y croient plus". » (p.61)

En France, les votes populistes se portent aussi bien sur le Front National que sur le Front de Gauche, en Espagne sur Podemos et Ciudadanos (2 nouveaux partis "contre la caste"), en Italie sur la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles, en Grèce sur Syriza et des micro-partis. Tous ces politiciens misent sur la déception des électeurs à l'encontre des partis de gouvernement (comme ils s'autoproclament) qui ne tiennent pas leurs promesses, et vilipendent leurs confrères établis pour leur corruption supposée ou réelle. Nous sommes dans une situation de dépolitisation puisque, si vous ajoutez l'abstention (souvent de l'ordre de 40 %) au résultat des partis qualifiés de populistes, vous obtenez une large majorité. "Symptôme majeur" de la dépolitisation selon Michaud : les électeurs populistes ont voté pour des programmes qui n'en sont pas (« des programmes d'opposition et de dénonciation, pas des programmes d'exercices du pouvoir »). Malheureusement, comme les autres, le philosophe se contente d'affirmer sans rien démontrer, notamment quand il écrit :

            « En France Front National et Front de Gauche s'opposent à l'Europe, à l'euro, à la supranationalité, aux riches, mais le Front National serait bien en mal d'imposer la préférence nationale, le protectionnisme et la sortie de l'euro. » (p.63) 

Que Juan Carlos Monedero, le numéro 3 de Podemos, qualifie son parti de léninisme aimable nous en dit plus sur la méthode que sur le fond. Au lieu d'ironiser, mieux vaudrait disputer du propos pour disqualifier l'autoritarisme latent dans cette organisation.

            Ajoutons ici qu'il est surprenant d'écrire que « la politique n'a jamais été une chose rationnelle », tout en constatant, sous peine de précipice, qu'on « ne peut en effet faire vivre une démocratie en laissant plus de la moitié des citoyens à un vote protestataire impossible à traduire en politique pratique, ou à l'abstention, en laissant la moitié des citoyens sans représentation et sans prise en compte de leurs revendications (...) » (p.65)

 

            N'ayant toujours pas défini le populisme, Yves Michaud passe à l'explication de son succès, à savoir « une série de fractures qui créent en politique une tectonique des plaques inédite » :

  • la première fracture est entre les jeunes et les vieux ;
  • la seconde entre la population de souche et la population d'origine immigrée : « Ces nouveaux venus vivent le plus souvent dans des ghettos, dans les centres-villes désertés, des centres d'accueil et des campements de fortune pour les plus précaires. Ils sont peu intégrés pour des raisons linguistiques et scolaires. (...) Victimes de ségrégation raciste, ils la renforcent par leur enfermement communautaire, de plus en plus souvent religieux, et une obsession du "respect". » (p.69) (1) ;
  • la troisième fracture est entre les riches et les pauvres : « [elle] se manifeste par le confinement dans les cités, l'abêtissement face aux chaînes de télévision nationales et internationales... (...) Au XIXe et au début du XXe siècle, ces "gens-là" auraient fait partie des classes dangereuses et des "citoyens passifs", exclus du suffrage universel pour manque d'autonomie, d'éducation, et vulnérabilité à la démagogie. » (p.71) (2) ;
  • la quatrième fracture est éducative : « La transmission éducative fonctionne mal, et même pas du tout pour certains... Ils maîtrisent très mal la langue, non seulement écrite mais aussi parlée, avec des vocabulaires réduits, pour ne rien dire des autres apprentissages. » (p.72) ;
  • la cinquième fracture concerne l'insécurité (ceux qui la vivent dans les cités, les zones à risques, et ceux qui sont à l'abri - les beaux quartiers, les résidentiels et la France rurale profonde, pas la France périphérique de Christophe Guilluy) : nous observons ici que l'analyse de Michaud est soit incomplète soit incohérente puisque, lorsqu'il affirme que « Le populisme fait de l'insécurité un de ses chevaux de bataille » (p.74), il ne relève pas que les partis de gouvernement le font aussi... Alors tous populistes en somme ? ;
  • la sixième fracture est entre les personnes à statut protégé et celles exposées à la précarité.

« Les populismes prospèrent sur tout ça, piquant ici ou là les revendications catégorielles les plus partagées ou au plus fort impact, leur donnant des atours démagogiques, les rassemblant enfin en une histoire de vaste complot des élites, du système, de la caste... » (p.78)   

           

            Avec Yves Michaud, vous ne connaîtrez pas le populisme (qui parfois devient pluriel), mais vous aurez une analyse de son terreau et une recommandation salvatrice : « En fait, exactement comme le défi qu'introduit le terrorisme fondamentaliste, le succès du populisme commande qu'on envisage autrement la démocratie. » (p.83)

 

  

 

 

            Enfin est arrivé ce mois-ci sur les étalages des librairies l'essai Qu'est-ce que le populisme ? de Jan-Werner Müller (éditions Premier Parallèle, septembre 2016, 183 pages, 18 €). Ça démarre mal puisque dans l'introduction : on parle d'ochlocratie (domination de la foule), on rappelle que le "reproche de populisme serait lui-même un populisme" (selon Ralf Dahrendorf), on affirme qu' « en effet, qui traite du populisme traite forcément de la démocratie et du libéralisme »... et le lecteur en quête d'une définition commence déjà à redouter un énième bavardage de politistes publiant pour leurs cotes universitaires. Heureusement, la thèse est exposée dès le début :

            « Ma thèse (...). Pour le dire autrement, une "attitude anti-establishment" ne suffit pas à définir correctement le populisme. A l'anti-élitisme doit encore s'ajouter un anti-pluralisme. La revendication fondamentale de tous les populistes consiste à affirmer constamment ceci, à peu de choses près : « Nous - et seulement nous - représentons le peuple véritable. » Je l'ai déjà souligné, nous avons là une déclaration de type moral et non pas empirique. » (p.31)

Force est de constater que nous avons là un procès d'intention et non pas une démonstration. Pointons directement la pierre d'achoppement, à savoir l'anti-pluralisme :

            « (...) les populistes considèrent que des élites immorales, corrompues et parasitaires viennent constamment s'opposer à un peuple envisagé comme homogène et moralement pur - ces élites n'ayant rien en commun dans cette vision, avec ce peuple. » (p.52)

Marine Le Pen, que l'on case dans les populistes, ne conteste pas à notre connaissance l'hétérogénéité du peuple français, autrement dit son pluralisme : alors ? Müller donne d'ailleurs lui-même la corde pour étrangler son propos : « Cependant lorsque nous nous penchons sur le cas des Pays-Bas, nous constatons que les populistes de gauche s'y montrent plutôt disposés à prêter attention aux opinions différentes des leurs (...) » (note en bas de page 55). Et lorsque Müller parle de Jobbik (parti d'extrême-droite hongrois), il leur attribue une logique qui veut que, puisqu'ils dénoncent la "criminalité politicienne" et la "criminalité gitane", « non-nationaux et post-nationaux conspirent contre la vraie nation » (p.53). On voit que l'auteur ne craint pas les sauts à l'élastique, lorsqu'il parle du pluralisme ou lorsqu'il passe de la criminalité à l'identité...

            En fait, toute la thèse de Jan-Werner Müller repose sur l'équivalence entre anti-pluraliste et antidémocrate, par le truchement d'une formulation de Jürgen Habermas : point de démocratie sans pluralisme puisque le peuple "ne se manifeste qu'au pluriel" (citée p.23). D'un sophisme, Müller tire une conclusion : les populistes menacent la démocratie.

            Avec les beaux esprits de la presse néoconservatrice française, on en arrive ainsi à dire que la Hongrie sous le joug du populiste Orban est une démocrature. Or, comme ce pays vit en démocratie formelle, c'est dire à cette aune-là que toutes les démocraties représentatives sont des démocratures, ce qui est absurde. Mais les conditionneurs d'opinion ne font jamais dans la dentelle : ils martèlent sans relâche leurs slogans ineptes.

            Si Jan-Werner Müller n'est pas parvenu à définir le populisme, il vient de donner aux médiacrates le nouveau vernis pédant du mot « imprécis, multifacettes et impressionniste » (expression de Hans-Jürgen Puhle citée page 30).

 

 

 

 

            Pour une réflexion aboutie sur le mot populisme et ce qu'il représente, il faut lire Le "populisme du FN" un dangereux contresens d'Annie Collovald (éditions du croquant, septembre 2004, 253 pages, 12 €).

            « En ce sens, le terme de populisme, du moins tel qu'il est employé par ceux qui en font usage à propos du FN n'est pas innocent. Il rend licite le retour d'une vision réactionnaire des plus démunis et de ceux qui s'en font les porte-parole mais déniée par son habillage de vertu démocratique et de science empirique. » (p.18)

            La vision réactionnaire des plus démunis, elle s'exprime librement dans la presse de l'élisphère en mai 2002 lorsqu'elle parle de "virus populiste" (l'électeur FN est un homme malade...), de "croisés de la société fermée" (... un mystique du repli sur soi, premier symptôme autistique), de "largués, paumés, incultes", d' "archaïques et rétrogrades". Ainsi derrière la catégorie d'analyse se grime l'injure politique.

            Le populisme, en tant que catégorie d'analyse, repose sur la certitude d'une corrélation entre fractions populaires et FN. Or à un âge d'or du parti communiste (vers 1970), des études électorales ont pointé un fort contingent d'ouvriers votant à droite (autour de 40 %). Ces travaux montrent que « la classe ouvrière, en tant que groupe socialement homogène, soudé par les mêmes valeurs et cohérent dans sa vision du monde et de l'avenir aussi bien que sa fidélisation à la gauche sont des mythes politiques qui ont réussi. » (p.11) En fait, le populisme, tel qu'il apparaît chez les savants et les commentateurs politiques qui en font usage, se fondent sur une erreur scientifique. Mais cette erreur est d'une redoutable efficacité politique, puisque le populisme autorise la dévaluation des votes populaires : c'est le cas du référendum de 2005. Dix ans plus tard, quasiment les mêmes intellectuels en sont venus à marteler les masses à coups d'articles exposant le remède aux excès de démocratie : la post-démocratie a un arrière-goût de république censitaire.

 

 

            Avant de conclure, il faut évidemment revenir à Pierre-André Taguieff, celui qui a importé le mot des Etats-Unis, pour avoir une définition de référence (3) :

            « Le populisme ne s'incarne ni dans un type défini de régime (une démocratie ou une dictature peuvent présenter une dimension ou une orientation populiste, avoir un style populiste), ni dans des contenus idéologiques déterminés (le "populisme" ne saurait être une grande idéologie parmi d'autres). Nous l'aborderons comme un style politique (...) »

Alors qu'est-ce ?

            « Le "populisme" ne peut conceptualiser qu'un type de mobilisation sociale et politique et, partant, le terme ne peut désigner qu'une dimension de l'action ou du discours politiques. »

Reprenant l'idée de Margaret Canovan, P-A.Taguieff dit que c'est « un style rhétorique qui dépend étroitement des appels au peuple (...) appel au peuple structuré de façon polémique (...) fondé sur l'antagonisme du peuple et du pouvoir ». Ce n'est plus une définition mais un fourre-tout, puisque De Gaulle, Hitler, Mussolini, Peron, le sénateur McCarthy, Khadafi, Castro, etc. sont des populistes... Est-ce que ce monsieur est sérieux, puisqu'on peut grâce à lui paraphraser Léo Ferré en affirmant que "Ton populisme, c'est ton style" ?  

 

 

 

 

 

            Le populisme est un concept vide (4) : si tous les discours démagogiques sont qualifiés de populistes, leur amalgame n'en fait pas une doctrine. Utilisé sans modération par les médiacrates, le mot sert d'anathème : muette devant la réalité du monde ignoble qu'elle a bâti, l'élisphère via ses conditionneurs d'opinion agit comme un croyant : la répétition de l'holocauste est donc possible, comme le soutient Timothy Snyder.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) L'apparition de partis communautaires religieux est à prévoir, précise Yves Michaud.

(2) Aujourd'hui dans la prose des médiacrates qui ont pour mission d'exprimer une opinion pour qu'elle forge une tendance publique, surgissent ces arguments, notamment pour rejeter le principe du référendum.

(3) En 1997, son article paru dans un numéro de Vingtième Siècle consacré aux populismes.

(4) Annie Collovald le dit ainsi : « Le "populisme" est une pure abstraction pour intellectuels politiques affectionnant les "universaux" dépouillés de tout référent concret. » (p.47)

 

Bétibou de Claudia Piñeiro

Publié le par Alexandre Anizy

Bétibou, c'est un polar argentin de Claudia Piñeiro.

L'originalité de Bétibou, polar réaliste de Claudia Piñeiro (Actes Sud, 2013, en livrel), c'est le fait d'avoir 3 enquêteurs (une écrivaine, un publiciste placardisé, un web-journaliste novice). L'auteur joue avec subtilité sur les caractères différents pour faire progresser l'intrigue. C'est un régal.

Mais en plus, on a en filigrane un tableau du monde argentin (la société, le monde de la presse...) : un bonus appréciable.

Alexandre Anizy

Dans le mille au Lucas Carton

Publié le par Alexandre Anizy

Le premier des talents est sans doute celui d'oser affirmer qu'on en regorge. Le jeune chef Julien Dumas l'a, en plus de celui qu'il démontre au Lucas Carton.

En cette belle journée d'octobre, dans le menu Dégustation du Lucas Carton nous avons savouré un foie gras subtilement préparé, accompagné d'un Riesling Kabinett Sonnenuhr 2013 (Moselle allemande) de grande qualité, comme le rouget qu'un chablis ne peut pas mettre en lumière. Passons vite sur le pigeon en harmonie ordinaire avec un Côtes du Rhône, pour évoquer la finesse du premier dessert (une assiette noire ou rouge foncé soulignerait mieux la blancheur).

Si Julien Dumas mérite son ♠ et qu'il œuvre pour en conquérir un deuxième, il pourrait obtenir un ♠♣ s'il valorisait plus les végétaux. D'ailleurs pour se différencier, dans un contexte d'excès de protéines animales dans l'alimentation et dans la perspective d'une future pénurie alimentaire, pourquoi ne s'attèlerait-il pas à la création d'un plat novateur à base d'insectes... ?

Alexandre Anizy

L'Allemagne siphonne l'Europe

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un article de bonne facture, le professeur d'économie Kostas Vergopoulos montre la responsabilité de l'Allemagne dans le fiasco européiste.

De temps en temps, les néoconservateurs de Libération laissent passer un article pour maintenir l'illusion de leur indépendance progressiste. C'est ainsi que le 11 octobre 2016 le professeur d'économie Kostas Vergopoulos, avec la précision et la concision qui le caractérisent (1), pointe l'enrichissement de l'Allemagne aux dépens de ses partenaires, ce qui explique son intransigeance dogmatique en matières monétaire, financière et budgétaire.

L'Allemagne s'enrichit, l'Europe s'appauvrit

A force d'accumuler des excédents au détriment de ses partenaires et de bénéficier en premier lieu de la politique de prêts de la Banque centrale européenne, la première puissance du Vieux Continent met en danger l'Union et sa monnaie.

Que l'entreprise européenne se préci­pite vers son point de non-retour est un sentiment largement partagé même par les partisans du projet européen et de sa monnaie unique. Toutefois, au cours

du sommet de Bratislava qui s'est tenu le 16 septembre, les dirigeants européens, malgré leurs doléances envers Berlin, n'ont eu droit qu'à une timide mise en cause par le couple franco-allemand de l'image "non attrayante" de l'Europe auprès de ses citoyens.

Or, il est rare que la qualité de l'image se limite à un problème de communication, surtout dans la région du monde qui, malgré ses excédents extérieurs records, bat aussi tous les records dans les domaines du ralen­tissement économique et du chômage.

Cela devrait être une question infiniment plus grave qu'un simple problème commu­nicationnel. Il y a déjà trop de signes dou­loureux dans la vie des dizaines de millions d'Européens pour prétendre que tout cela n'est qu'un simple problème d'image et se contenter d'un délai de six mois de réflexion pour l'améliorer.

Or, si l'Europe, tant sociale qu'économique, présente aujourd'hui un spectacle "déplorable", ce n'est pas parce que le reste du monde l'entraînerait dans son sillage dépressif. Au contraire : c'est le Vieux Continent, le plus grand marché mondial, qui, comme un énorme «trou noir», tire vers le bas le reste de la planète. Lorsque les Etats-Unis, le Japon,

la Chine et les autres économies émergentes essaient par tous les moyens de relancer leurs économies, l'Europe est la seule région qui, au contraire, s'entête dans l'austérité de ses dépenses et de ses revenus. Dans ce contexte, c'est tout à fait logique que le Vieux Continent, notamment l'Allemagne, extorque des surplus extérieurs faramineux, profitant des dépenses expansives des autres et de la restriction des siennes. Rien que pour l'année passée 2015, le surplus extérieur allemand atteignait 319 milliards de dollars, soit 8,9% de son PIB, dont plus de la moitié provient de la zone euro. Or, l'excédent alle­mand implique du même coup un déficit équivalent pour le reste du monde, notam­ment pour les pays membres de la zone euro. Cette dernière «pompe» les finances, tandis que leurs partenaires en subissent les effets. Les excédents de l'Allemagne exercent des effets de contraction sur les économies par­tenaires, notamment celles de la zone euro. Pour éviter ces effets néfastes, le pays excé­dentaire aurait dû relancer sa demande inté­rieure, ce que Berlin refuse au nom de sa compétitivité. De même, l'utilisation loyale, idéale, devrait être le

recyclage de ces excédents dans les pays déficitaires, ce que l'Al­lemagne refuse également, les investis­sements alle­mands à l'étranger ne dépassant pas 1,5% de son PIB. A l'intérieur même de

Face au danger d'assèchement des écono­mies européennes, la Banque centrale euro­péenne et son président, Mario Draghi, appliquent depuis 2012 la politique dite d'«assouplissement quantitatif» fournissant des liquidités à faible taux d'intérêt. De cette politique, sèchement désavouée par Berlin, l'Allemagne est pourtant, jusqu'à aujourd'hui, le principal bénéficiaire : les crédits bon marché de la BCE sont répartis parmi les pays membres non en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur participation au capital de la BCE. Autrement dit, les pays déjà compéti­tifs et excédentaires reçoivent la part du lion, tandis que les pays qui en ont le plus besoin n'en reçoivent que des miettes, la Grèce en étant formellement exclue sous le prétexte de sa dette excessive.Selon le journal écono­mique Handelsblatt, dans son édition du 6 septembre, l'Allemagne s'est déjà approprié plus de 30,5 milliards d'euros par an du pro­gramme de l'assouplissement quantitatif de la BCE au cours des années 20U-2015, ce qui lui permet de présenter un excédent budgé­taire annuel de18,5 milliards. Or, si la BCE ne prête qu'aux pays déjà solvables, cela impli­querait qu'elle ne remplit plus les fonctions de «créancier de dernier ressort» revenant à la notion de Banque centrale, mais qu'elle se comporte comme une banale banque com­merciale. Elle donne à ceux qui ont déjà et ne donne rien à ceux qui n'ont pas.

Le président de la Bundesbank, Jens Weid­mann, vient de clarifier mieux que tout autre la conception allemande de l'Union : l'Eu­rope ne devrait pas être un tout, mais plutôt une simple addition de pays solides sur le plan national, et compétitifs sur le plan international (1). Selon lui, le transfert de ressources parmi les pays membres est inad­missible, fût-il par solidarité envers les pays en difficulté, car cela nuirait à la discipline budgétaire de chaque nation membre. Or, si la solidarité des gagnants envers les <<perdants» de l'euro est exclue, à quoi la monnaie unique sert-elle, sinon à rendre leur redressement encore plus inattei­gnable ? De toute façon, l'austérité imposée par l'Allemagne dans ses partenaires depuis 2010 n'a pas optimisé le fonctionnement de la zone monétaire, n'a pas renforcé la convergence ni la cohésion d'ensemble, mais, au contraire, elle a ressuscité les an­ciennes divergences parmi ses pays mem­bres, tout en rajoutant des nouvelles.Son bilan se résume aux excédents thésaurisés pour l'Allemagne et à la persistante réces­sion pour ses partenaires.

Au cours des années 2010-2016, au lieu de stabiliser les économies de ses pays mem­bres, la monnaie commune fonctionne comme un important facteur de leur désta­bilisation. Pourtant, si un jour la zone moné­taire devait s'éclater, par suite des effets dévastateurs de l'austérité en période de récession, le plus grand perdant de l'affaire risquerait de s'avérer celui qui aujourd'hui paraît comme son principal gagnant.

(1) Lire le Monde du 18septembre.

Par

KOSTAS VERGOPOULOS

Professeur émérite des sciences économiques, université Paris-VIII.

(dans Libération du 11 octobre 2016)

Alors vraiment, toutes choses égales par ailleurs, nous ne voyons pas ce qui obligerait l'Allemagne à sortir de l'euro, qui est sa poule aux oeufs d'or. Seul un économiste comme Stiglitz (2) peut émettre l'abracadabrant souhait d'une telle sortie volontaire.

Alexandre Anizy

(1) Nous nous souvenons d'un cours magistral à Paris VIII en 1985-86 dans lequel Vergopoulos soutenait la thèse d'une politique keynésienne de Reagan.

(2) Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie en 2001, dans le Parisien du 11 octobre 2016 :

« C'est elle [l'Allemagne] la source du problème. La meilleure chose serait qu'elle sorte de la zone euro. »

La ligne commerciale de Donna Leon

Publié le par Alexandre Anizy

Cette année, Donna Leon tire à la ligne. Et comme elle, l'éditeur français met le paquet (1).

Grande déception en lisant Brunetti entre les lignes (Calmann-Lévy, 2016, en livrel), l'avant-dernier Donna Leon en vente dans toutes les librairies et grandes surfaces, puisqu'on espérait y apprendre deux ou trois choses sur le monde de la bibliophilie. Que dalle ! A la place, l'auteur nous sert du Tertullien : j'abhorre !

Comme nous le pressentions précédemment,

http://www.alexandreanizy.com/article-mauvais-augure-pour-donna-leon-120095608.html

Donna l'américaine n'est plus que dans la phase d'exploitation du filon Brunetti.

Alexandre Anizy

(1) En septembre, sortie d'un deuxième opus en 2016 : Brunetti en trois actes.

Bussi assassin !

Publié le par Alexandre Anizy

En juin 2016, le serial writer Michel Bussi a encore frappé.

Le temps est assassin est le nouveau polar de Michel Bussi (Presse de la cité, en livrel - cher, très cher forcément !). L'intrigue est foisonnante, ce qui tient le lecteur, mais l'absence de style élève presque l'écrivailleur Marc Lévy au rang de littérateur.

En publiant un livre annuel, le géo-politologue Bussi gagne du pognon (grand bien lui fasse !) en occupant son temps libre : c'est une affaire qui marche bien. Malheureusement il y a une victime : la littérature.

Alexandre Anizy

L'archipel manqué de Makine

Publié le par Alexandre Anizy

Trop de métier peut brouiller un texte : Andreï Makine de l'Académie française le démontre avec "L'archipel d'une autre vie".

Andreï Makine est incontestablement un écrivain de la trempe d'Henri Troyat : comme il en prend le rythme de production, espérons qu'il n'aura pas la même fin indigne. Alors on se renfrogne quand on songe au ratage de son dernier roman titré L'archipel d'une autre vie (Seuil, août 2016, livrel à 12,99 € - trop cher !).

Si l'auteur s'était cantonné au récit de la traque, il aurait sorti le meilleur roman de la rentrée. Malheureusement, la 6ème partie reste sur l'estomac (trop rapide, trop convenue, trop floue...).

Du même acabit, Makine semble avoir un rapport difficile avec les hélicoptères, puisqu'ils lui inspirent des images brouillonnes dignes d'une Karine Tuil inspirée (oxymoron) : un hélicoptère rompit la somnolence brumeuse du matin ou encore L'hélicoptère hacha la brume. Ça gâche le plaisir, parce que Makine c'est plutôt : Le sens de ma fuite se rapprochait désormais de cette "autre vie" dont il m'avait parlé et dont le début ressemblait à une marche sur les traces d'une femme inconnue.

Alexandre Anizy

De la centralité du contrat social

Publié le par Alexandre Anizy

Pour mieux occulter leur adhésion à la globalisation néolibérale, les questions de l'identité et de la laïcité seront en tête de gondole de tous les néoconservateurs en lice pour la Présidentielle 2017, alors qu'il s'agit tout bonnement du contrat social.

Comme le "prix Nobel d'économie" Joseph Stiglitz découvre tardivement les avantages de l'encadrement du crédit :

« Voici un mécanisme qu'un pays quittant la zone euro, ses restrictions et ses cadres juridiques pourrait utiliser. D'abord la banque centrale (l'Etat) met aux enchères [les "nouveaux keynésiens" adorent le marché et donc les enchères... ] les droits d'émission des nouveaux crédits. Les montants de ce crédit s'ajoutent à "la monnaie" qui se trouve au sein du système financier. L'envergure du crédit net que ce système autorise à ajouter chaque mois sera déterminée par la banque centrale du pays, sur la base de son évaluation de la situation macroéconomique - autrement dit, si l'économie est plutôt faible, elle fournira davantage de crédit pour la stimuler. » Extrait de son livre L'euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe (éditions Les Liens qui Libèrent, septembre 2016, 25 €), cité par Marianne du 9 septembre 2016 ;

Bienfaits de l'informatisation en plus, l'américain Stiglitz revisite l'encadrement du crédit comme l'apprenaient les étudiants dans le manuel remarquable du professeur Raymond Barre...

« [L'encadrement du crédit] est la forme la plus rigoureuse d'action globale sur le crédit : les autorités monétaires fixent le maximum des concours qui peuvent être accordés par les banques, ou déterminent le taux de progression des encours de crédit pendant une période déterminée. » Raymond Barre, Economie politique, tome 2, chapitre "la politique monétaire" pages 386 à 409 (PUF, 9ème édition, 3ème trimestre 1980) ;

En bref, le retardataire Stiglitz préconise en 2016 (mais mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ?) ce que nous demandions déjà en 2011 :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-creation-de-monnaie-doit-redevenir-une-fonction-regalienne-95827279.html

après avoir contribué à la victoire hégémonique du néolibéralisme dont le Nouveau Keynésianisme n'est qu'une variante, le philosophe empiriste Yves Michaud reformule quant à lui Jean-Jacques Rousseau, avec modération dit-il, dans son livre Contre la bienveillance (Stock, avril 2016, 180 pages, 18 €), parce que :

« Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu'il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme, et revenir aux conditions strictes de l'appartenance à une communauté républicaine, revenir aux conditions strictes du contrat politique. » (p.16)

Les événements terroristes qui ont ensanglanté la France montrent « que la communauté politique peut être détruite au nom du fondamentalisme religieux par des membres de cette communauté politique même » (p.19) : le meurtre est un mode d'action assumé. Comme autrefois dans la secte des Assassins (1), les nouveaux fanatiques peuvent recruter sur leurs territoires dans une population conditionnée, policièrement dominée. Mais en France, si on se réfère à l'étude de l'Institut Montaigne (2), ce sont 28 % des musulmans qui « adhèrent à des croyances religieuses directement opposées aux principes démocratiques, à commencer par leur adhésion à la charia, loi religieuse de compétence universelle et non territoriale qui s'opposent de manière catégorique au droit positif des sociétés démocratiques » (p.24), et qui forment un vivier significatif pour les prédateurs.

Révélant la déliquescence de l'intégrité républicaine, l'expression faire société fait florès : « cette expression informe et insaisissable qui dit si bien l'absence d'engagement » (p.27). Or, dans une aédie (3) démocratique, c'est à dire un espace historiquement, économiquement et politiquement défini, on ne devrait pas devenir citoyen par le simple fait d'avoir un certain âge : un acte d'adhésion aux principes démocratiques devraient être nécessaire, marquant ainsi le contrat social.

« Comment peut-on trouver normal de persécuter les adeptes de l'église de Scientologie et de tenir sous surveillance les sectes d'allumés (...) et, dans le même temps, tolérer les anathèmes contre les mécréants, les appels au meurtre, la diffusion de la propagande salafiste (...) » (p.32)

Si on s'accorde volontiers avec Yves Michaud pour dire que « quasiment toutes les religions sont obscurantistes, intolérantes et antidémocratiques » (p.30), on admet aussi que :

« C'est en effet un des concepts-clés de notre conception de la vie politique qui est remis en cause par le fondamentalisme islamique : celui du contrat social. » (p.36)

« Les théories du contrat social ne sont pas toutes des théories de la démocratie, mais elles ont un point commun essentiel : elles définissent toutes la souveraineté comme émanant du peuple se constituant en Commenwealth ou Res publica ― quelle que soit la manière dont cette souveraineté est ensuite déléguée et est exercée par un agent souverain effectif. » (p.40) Les atteintes à la souveraineté par les revendications religieuses disent formellement, à des degrés divers, le refus d'adhérer avec une volonté d'autonomie absolue, mais pas de sécession parce qu'il est appréciable de prendre tous les avantages de la Res publica.

Ne pas remédier à cette situation, c'est laisser proliférer les ferments de la discorde : à terme, c'est la guerre de tous contre tous.

« La seule réponse viable est donc de revenir, comme les pensées contractualistes, à un concept fort et rationaliste, à un concept robuste de la souveraineté, et à une conception forte et rationaliste des conditions d'appartenance à la communauté, notamment pour tout ce qui concerne les ferments religieux de dissolution. » (p.50)

Les Transformateurs doivent aussi remettre en chantier le contrat social, pour que le citoyen soit un agent engagé et non pas un bénéficiaire passif de droits. C'est l'expression réelle de la volonté consciente de l'individu qui fait le citoyen, et non pas la nationalité.

N.B. : le concept de nation n'a pas de consistance, puisque le sentiment d'appartenance ne peut être mesuré scientifiquement ; ce concept n'est pas non plus pertinent parce qu'il échappe à toute définition sociale. Sur ce sujet, on peut lire le livret de Gérard Noiriel : Qu'est-ce qu'une nation ? (Bayard, 2015, 105 pages, 14 €).

C'est la centralité du contrat social qui exprime en permanence la volonté générale, condition de la souveraineté.

Alexandre Anizy

(1) Lire le roman de Vladimir Bartol : Alamut (Phébus, 2012, 13,80 €).

(2) Etude publiée dans le Journal Du Dimanche du 18 septembre 2016. Quelques chiffres : les musulmans représentent 5,6 % de la population de la métropole (mais 10 % des moins de 25 ans) ; 75 % des musulmans sont Français (dont 50 % de naissance), 30 % ne vont jamais à la mosquée, et 28 % ont « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République » (compte tenu de la méthode employée pour l'enquête, la marge d'erreur pour un sous-ensemble est de l'ordre de 8 points).

(3) Nous préciserons notre concept d'aédie dans un prochain ouvrage.

Le télégrammisme de Karine Tuil

Publié le par Alexandre Anizy

Gallimard a recruté et mise sur Karine Tuil pour obtenir le César de l'édition. Mais la lessive "Tuil" mérite-t-elle de l'emporter chez les jurés ? Surtout pas.

Trois ans après L'invention de nos vies, où l'auteur plongeait une fois encore dans les spécificités sémites, l'écrivailleuse Karine Tuil revient en librairie pour fourguer L'insouciance (août 2016, livrel à 14,99 € - toujours cher chez Antoine G.), avec les gros moyens en finance et en vassalité du principal éditeur français. (1)

Cette année, pour échapper au soupçon de communautarisme, l'auteuse introduit les quotas dans ses personnages (bonne remarque de Jérôme Dupuis dans L'express du 24 août) : un Juif milliardaire, un Noir des banlieues, un Blanc, et une Blonde aux gros seins. Les caractères caricaturaux ayant été posés, l'histoire peut avancer à coups de clichés. Chez Tuil, l'imagination n'est pas au pouvoir.

Peut-être l'auteuse a-t-elle soigné l'écriture ? Las ! Il semble qu'il y ait confusion entre le style et un vocabulaire enrichi (liste non exhaustive des incongruités relevées par Frédéric Pagès dans le Canard du 31 août : "pulvérulence intime", une mer "d'iridescences", "sa vie avait déflagré"). Affligeant.

Puisqu'on est au supermarché (des idées reçues), glanons quelques échantillons :

« Oh, arrêtez avec ça, reprend Issa. On en a plein la tête de l'antisémitisme ! A l'école on nous enseigne quoi ? L'holocauste. C'est pas la Shoah, c'est le show permanent... Les pauvres juifs... Ah, ça on y a droit ! Mais l'esclavage, le colonialisme, rien, pas une ligne !

― La Shoah est le plus grand génocide de l'histoire ! s'exclame Sonia.

― Ce génocide, comme vous dites, a été commis par des Européens et tu sais pourquoi ? Parce que ces colonisateurs n'ont jamais traité les autres peuples que comme des sous-hommes.

― Et vous voudriez qu'on l'oublie ? demande Sonia. Qu'on n' en parle plus ?

― Y a deux poids deux mesures, c'est tout ce que je dis. C'est l'homme blanc qui écrit l'histoire et tout ce qu'il fait, c'est d'effacer la souffrance de l'homme noir. Ils instrumentalisent tous la Shoah pour se donner bonne conscience. » (page 190/461)

[La tête enfermée dans une prison virtuelle, c'est ainsi que Karine Tuil fait penser à certains textes de Roger Knobelspiess.]

« (...) ils étaient fiers de montrer qu'ils n'avaient pas cédé aux attraits de la capitale mais de nombreux Parisiens avaient décliné l'invitation : "la Seine-Saint-Denis, la nuit, c'est trop dangereux". Ceux qui avaient accepté l'avaient fait avec réticence en demandant si "on" n'allait pas "leur casser la voiture". » (p.302/461)

Puis pour la banlieusarde chic vient forcément le moment...

« A cet instant, elle préfèrerait être à sa place, en Irak, au milieu de ces chefs d'entreprise, ou à l'Elysée, en train d'écrire un discours. L'effervescence lui manque. Les réunions quotidiennes aussi. La grossesse va la mettre sur le banc de touche. » (p.364/461)

[Avec la blondasse aux seins opulents, la maternité handicapante pour la carrière... Tuil ne porte pas un discours valorisant pour les femmes.]

« Chacun se replie dans un coin du lit. La climatisation est en marche, pourtant la chaleur est étouffante, les nerfs brûlent, ça pourrait s'embraser. Marion est réveillée, elle fixe un point du mur, elle voudrait avoir la force de se redresser, de faire sa valise et de partir rejoindre Romain mais elle se contente de suivre François du regard tandis qu'il se lève et se dirige vers la salle de bains. » (p.368/461)

[L'écri-nain pipole Christine Angot a fait des émules : le télégrammisme - ce que Bernard Pivot appelle « une écriture énergique et diablement efficace »(2) - est tendance !]

Quant aux scènes de sexe, elles sont "détumescentes", comme l'écrit Jérôme Dupuis.

Avec Insouciance, Karine Tuil déflagre la littérature : ses lecteurs sont à compter parmi les "Blessés", auxquels elle dédie son produit.

Alexandre Anizy

(1) A lire la chronique de Bernard Pivot dans le JDD du 4 septembre 2016, on pourrait croire qu'une voix est acquise.

(2) Ibidem.