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Jérôme Leroy fait l'ange

Publié le par Alexandre Anizy

Quelque chose est dans l'air , chantait Barbara en 1981, sans imaginer de quoi il retournait réellement : le francisquain Mitterrand viciait l'espace politique pour quatre décennies, dont nous allons bientôt sortir. Pour le meilleur ou pour le pire ? Deux écrivains l'ont reniflé à leurs manières : Houellebecq dont nous avons récemment parlé (1), et Jérôme Leroy avec L'ange gardien (Gallimard, 2014, en livrel à 14,99 € - trop cher !).

Chez Leroy, il s'agit d'une redistribution consensuelle des cartes, après élimination d'une secte incrustée au cœur de l'Etat pour défendre par tous les moyens illégaux l'intérêt de la bourgeoisie d'affaires : l'organisation est sacrifiée par une large alliance politique au nom de l'unité nationale menée par une Noire blanchie sous le harnais culturel de Sciences-Po. On devine que les affaires vont pouvoir reprendre, comme avant.

Ce polar est terriblement crédible puisque les marionnettes ont déjà commencé leur exercice du pouvoir.

Alexandre Anizy

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/2015/05/la-fonte-de-houellebecq.html

L'engagement léniniste par Romain Slocombe

Publié le par Alexandre Anizy

Si tous les gars rêvant de mondes meilleurs, de combats héroïques, de paradis, lisent Avis à mon exécuteur de Romain Slocombe (en livrel) avant que de s'engager, le XXIe siècle sera peut-être moins épouvantable. Seulement voilà, il y a le poids incommensurable des intérêts nationaux, et ceux de particuliers, les carcans religieux et la folie de certains hommes : il est donc probable que des temps obscurs d'arbitraires et d'horreurs reviendront.

Le roman de Slocombe raconte la vie d'un révolutionnaire fanatique qui sombre dans la machinerie abjecte du système léniniste, en l'occurrence le NKVD. Espion au service des maîtres du Kremlin n'était pas une sinécure ; c'était même un ticket garanti pour l'enfer et le cimetière, en vitesse accélérée. Après un début difficile (on a vraiment failli décrocher), l'auteur entre dans son sujet et il tient alors le cap.

Au passage, certains découvriront à quoi servait réellement le Komintern, comment le PCUS organisa en Espagne la liquidation des anarchistes, de leurs frères jumeaux - les chiens trotskystes (comme ils disaient)-, pourquoi Aragon craignait sa femme Elsa Triolet et ses patrons, etc. Un travail de documentation est restitué sans nuire à la fluidité du texte.

Evidemment, parce qu'il achevait le mythe léniniste (la bête bougerait-elle encore ?), la presse n'a pas beaucoup aidé Slocombe à élargir son audience : il n'a augmenté significativement ni le nombre de ses lecteurs, ni même celui de ses amis et de ses suiveurs sur la Toile (1). C'est aussi pour cette raison que nous le saluons.

Alexandre Anizy

(1) On blague.

Qu'est-ce qu'a dit Marin Ledun ?

Publié le par Alexandre Anizy

L'homme qui a vu l'homme est un polar de Marin Ledun (Ombres noires 2014, en livrel à 7,99 €), dont le titre un tantinet débile a dû rebuter quelques aficionados. C'est dommage parce que l'oeuvre est de bonne facture, bien que le style soit perfectible :

« Les pneus crissent (1) sur le bitume gelé. Une Mégane break grise s'engage sur l'aire de repos et s'avance sur le parking. Elle freine brutalement derrière une Opel Corsa verte et lui bloque le passage. Des portes s'ouvrent. » (incipit)

Question langage, on est plus proche de Houellebecq que de Proust, c'est évident, mais on ne visite Marin Ledun ni pour sa musique, ni pour son vocabulaire, car il faut reconnaître qu'il sait tresser son récit en Euskadi. Si le credo du héros est simple "ETA, GAL, Etat français, Etat espagnol : tous pourris !", le livre a aussi le mérite d'expliquer pourquoi.

L'homme qui a vu l'homme est un roman d'une construction solide, mais avec une décoration faiblarde.

Alexandre Anizy

(1) Ici, on ne peut pas ne pas citer un morceau de la critique drôle de Frédéric Pagès dans le Canard enchaîné du 22 juillet 2015, à propos de Guillaume Musso :

« Crisser. Ne pas oublier le mot magique qui fait l'écrivain. Exemples : "Il démarra brusquement, faisant crisser le gravier sous les roues de la camionnette" ; "Je m'installai sur le siège avant et fis crisser les pneus en démarrant". Rendons justice à Guillaume Musso : même dans les romans rive gauche intellos, ça crisse énormément. Décrétons donc un moratoire : pendant un an, aucun pneu, aucun gravier ne crissera plus dans aucun roman. Et les lettres françaises seront sauvées dans l'instant présent. »

De la déconnexion de Jürgen Habermas

Publié le par Alexandre Anizy

L'allemand Jürgen Habermas, un philosophe de la construction européenne, se répand dans les médias européens pour fustiger le comportement « brusque et teutonique » de l'Allemagne à l'égard de la Grèce dans la nuit du 13 juillet. Nous lui faisons crédit pour cette apparente parole contraire dans un pays trop sûr du et de son droit. Pour le reste, pas du tout.

Le reste commence par une vision idyllique du passé :

« Après la réunification [1989], l'Allemagne s'est d'abord occupée de ses propres problèmes et puis, ayant pris conscience de sa normalité retrouvée d'Etat-nation, elle s'est en quelque sorte reposée sur la satisfaction d'elle-même.» (1)

Avant 1989, l'Allemagne aurait donc pensé d'abord l'Europe ? Si en économie, pour sa reconstruction elle pensait Europe, parce que le plan Marshall s'inscrivait de toute façon dans ce cadre-là, en géopolitique elle était (et reste) d'abord OTAN, tout en oeuvrant pour ses intérêts nationaux : difficile par exemple de ne pas qualifier d'anti-européens ses agissements souterrains en Yougoslavie avant 1989, bien avant son coup de théâtre diplomatique pour la Slovénie. (2)

Le reste se poursuit par une absolution anticipée de l'Allemagne pour les dégâts à venir, puisque « le gouvernement allemand est tombé dans un piège - le piège historique d'une position semi-hégémonique - dont l'Union européenne avait justement réussi à nous protéger jusqu'à maintenant », et puisque le gouvernement allemand joue « un rôle, qu'il a en apparence accepté à son corps défendant ». D'après l'analyse d'Habermas, la classe dirigeante allemande d'aujourd'hui ressemblera au peuple allemand des années 30 : elle ne savait pas...

Le reste, c'est penser que Wolfgang Schäuble « reste à mes yeux, aujourd'hui comme hier, un Européen convaincu », alors que ce politicien ne la conçoit qu'à la mode allemande, cette Europe.

Le reste consiste à approuver la fuite en avant institutionnelle telle qu'elle est déjà vendue par la clique eurocratique : « La communauté monétaire est trop hétérogène. Nous n'avons par conséquent pas d'autre choix que de faire marche arrière ou aller de l'avant. » Mais un peu à la manière de la pleurnicheuse du PS, le social-traître Jacques Delors fossoyeur de l'Europe : « Cela ne pourra fonctionner que si l'on réussit à instituer un système de partis s'étendant à l'Europe entière et à inclure les populations elles-mêmes dans un processus politique qui jusqu'à présent leur échappe. » Le problème, voyez-vous monsieur Habermas, c'est que justement les partis, du moins ceux qui se nomment eux-mêmes de gouvernement, en tant que représentants des intérêts de l'oligarchie ils n'envisagent pas du tout l'entrée des peuples souverains sur la scène européenne.

En résumé, le philosophe allemand Jürgen Habermas persiste à creuser le sillon de l'impasse européenne : il parle de politique hors situation comme on parle d'agriculture hors sol.

Alexandre Anizy

(1) dans l'Obs du 30 juillet 2015

(2) Cf. Georges Valance : La revanche de l'Allemagne, éditions Perrin

La Grèce a son Grouchy : Yanis Varoufakis

Publié le par Alexandre Anizy

Yanis Varoufakis poursuit sa campagne de promotion personnelle sur la scène médiatique en acceptant d'enfiler les habits de l'iconoclaste que la société du spectacle lui tend. Pour répondre à ses détracteurs, il vient de déclarer (1) qu'il aurait travaillé sur un plan B dès le mois de décembre 2014.

Admettons que ce ne soit ni un bobard ni de la poudre de communication étayée par un document de travail de 3 feuillets A4. Il n'empêche que le "brillant économiste marxiste occasionnel" planche bien tardivement sur le plan d'une bataille annoncée, tandis que ses adversaires occupent la Place forte et préparent les mouvements depuis belle lurette. En fait, la déclaration de Varoufakis ne dit qu'une chose sérieuse : il est comme Grouchy à Waterloo.

Mais en quoi consistait son plan B ? Mettre en place un système bancaire parallèle pour riposter aux agressions de la BCE, rien de moins. Qu'a-t-il fait en décembre ? Travailler avec 5 personnes sur ce projet secret... alors qu'il en aurait fallu 1.000 pour le mettre en oeuvre, selon le "rebelle" himself !

Varoufakis dit aussi que le 29 juin 2015 (jour de la fermeture des banques grecques), sa fine équipe attendait le feu vert du Premier Ministre « pour connecter l'ordinateur portable»... Heureusement, si Alexis Tsipras est un falot, il n'est pas idiot : il refusa ce plan B sans consistance.

Tout ceci confirme notre analyse de février 2015 : les électeurs grecs ont donné le pouvoir à des politiciens falots, par conséquent démunis pour la bataille qu'ils engageaient. Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-grece-dirigee-par-des-falots-tsipras-et-varoufakis-125559005.html

Alexandre Anizy

Nota Bene : pour un gouvernement français de patriotes solidaires, nous avons déjà donné ce qui devrait être la Menace systémique face aux inéluctables agressions financières de l'étranger. Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-anticiper-la-saignee-d-avant-2017-grace-a-francois-morin-121507060.html

(1) Sur le Forum officiel des institutions financières et monétaires (Omfif)

Un fossoyeur de l'Europe : Jacques Delors

Publié le par Alexandre Anizy

C'est un marronnier de l'été : l'éloge unanime de l'oligarchie pour le social-traitre Jacques Delors, la pleurnicheuse du PS présentée comme un grand bâtisseur de l'Europe alors qu'il en est plutôt un fossoyeur.

En effet, lorsqu'il arriva à la tête de la Commission européenne, il s'attela à un vaste chantier : la création du marché unique. Il a réussi parce qu'il céda tout aux néolibéraux menés par l'épicière anglaise Margaret Thatcher : c'est Denis MacShane, un ancien ministre britannique bien informé qui le dit.

« Jacques Delors s'est attaché inlassablement à intégrer les valeurs et l'approche britannique dans la construction commune de l'Europe. » (1)

« Le paradoxe de Jacques Delors est qu'il a travaillé en bonne entente avec Margaret Thatcher pour créer l'Acte Unique et pour commencer à transformer la communauté économique en une union politique partielle. » (idem)

Ce qu'il fit en France, Delors le répéta au niveau européen en planifiant la mystification des peuples. Qui mieux que Denis MacShane peut le dire :

« Jacques Delors a donné aux Anglais le plus grand marché libre et ouvert que le monde ait jamais vu.»

Alexandre Anizy

(1) dans le Journal du Dimanche du 19 juillet 2015

DSK the country killer ose la leçon à l'Allemagne

Publié le par Alexandre Anizy

Dominique Strauss-Kahn, l'oracle de la bourgeoisie d'affaires, vient d'ouvrir un compte sur les réseaux sociaux, où il va pouvoir gazouiller ad libitum. Il commence très fort ce week-end avec sa lettre à un ami allemand à propos de la Grèce.

Or, qui était le patron du FMI, que nous pouvons surnommer the country killer institution, lorsque le massacre économique de la Grèce a commencé ? DSK.

Quel ministre a permis à Jean-Luc Lagardère de commettre le hold-up du siècle lors de la création de la société EADS ? Encore DSK. (1)

Quand on élève l'incompétence à ce niveau stratosphérique, on mérite le titre de champion du monde.

Puisque nous sommes dans le conseil avec la lettre de DSK, donnons lui gratuitement celui de rester dans son vrai domaine d'expertise :

monsieur DSK, retournez forniquer à l'insu de votre plein gré les putes de Lille ou Marrakech ou Hambourg ou etc. !

Alexandre Anizy

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html

Nicolas Barré un ordurier des Echos

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis une semaine, la presse française répand l'idée que le culbuto molletiste Hollande met tout en oeuvre pour empêcher un "Grexit", sans poser la bonne question concernant cette médiation : pour la France, est-ce honorable de participer activement au dépouillement politique et économique de la Grèce ?

Pour savoir que la négociation ne finira jamais, il faut comprendre la vraie raison des nouvelles exigences de l'Allemagne - et ses acolytes - déposées ce week-end sur la table (comme l'a raconté Varoufakis dans un entretien en Angleterre, à chaque étape de la négociation, Mutti Merkel et son ministre handicapé ajoutaient une condition impérative) : si Merkel présente au Bundestag un texte sur un 3ème plan d'austérité, il risque fort d'être rejeté ... et l'Allemagne apparaîtrait alors comme la force négative d'une Union qui n'est plus européenne depuis belle lurette. C'est pourquoi Mutti Merkel allonge sans cesse la liste des demandes et conditions, en exigeant bien sûr que le texte soit d'abord approuvé par le Parlement grec avant de passer devant le sien (et quelques autres).

Pour la France, est-ce honorable de participer à ce simulacre ?

Mais de cela, l'éditorial de Nicolas Barré ne parle pas ce matin. Par contre, on y lit :

« Depuis le début, le gouvernement Tsipras (...) négocie avec une grenade dégoupillée à la main (...). » ;

« Ne fait-il [Tsipras] que gagner du temps ou est-il sincère ? on ne peut en vouloir à ses partenaires, eux qui essuient les insultes de ses ministres (...) »

Passons sur les expressions guerrières employées par le publiciste (des études en psychologie ont montré l'effet positif des dites expressions pour la mémorisation du récit chez les lecteurs), pour nous interroger sur l'exercice de son métier : il affirme que des négociateurs grecs ont insulté des ministres européens. Qui ? Quoi ? A qui ? Quand ? Nicolas Barré ne l'écrit pas. C'est pourtant le b.a.ba du journalisme.

Force est de constater que monsieur Nicolas Barré fait de la propagande au bazooka, du journalisme à la Goebbels. Nicolas Barré est un ordurier des Echos.

Alexandre Anizy

Grèce : comment travaille l'Union Allemande

Publié le par Alexandre Anizy

Après une phase d'expansion à l'est compatible avec la politique américaine d'agression de la Russie, l'Union Allemande entre dans celle de la consolidation, qui débute par l'éviction d'un pays membre récalcitrant au diktat de Francfort, à savoir la Grèce. Pour le maître de l'UA, cette opération délicate menée à l'encontre d'un acteur économiquement faible est l'occasion inespérée de tester une procédure minutieuse de sortie de l'euro.

Par consolidation, il faut comprendre que tous les obstacles qui se dresseront face aux intérêts nationaux du maître allemand seront écartés, ce qui veut dire que d'autres exclusions sont d'ores et déjà prévisibles. Se soumettre ou partir, tel sera le choix : le règne de la Terreur financière va commencer.

Par nécessité historique, les loups de Francfort se cachent dans la meute eurocratique.

Alexandre Anizy

Comment travaille le profiteur Bernard Debré ?

Publié le par Alexandre Anizy

Parce qu'il est un héritier, la vie fut facile à Bernard Debré : il n'y a plus que les imbéciles ou ceux qui en profitent pour affirmer que le système français est méritocratique.

Pour jouir des privilèges, il apporta sa très modeste contribution. Comment ? Son comportement à propos du dossier de la Tour Triangle nous éclaire :

« J'avoue que je n'ai pas étudié la question dans le détail, et j'ai suivi le groupe. (...) Ça me rappelle la pyramide du Louvre : j'étais contre sa construction à l'époque, j'ai gueulé avec la meute ; (...) » (1)

Jeune, Bernard Debré était un loup servile.

Et aujourd'hui ?

« Il ne faut pas avoir peur des tours, en périphérie. Je voyage beaucoup, il en pousse dans toutes les grandes villes. » (1)

Vieux, il suit la meute : c'est un loup docile.

Bernard Debré est toujours un loup : entre le jeune et le vieux, seul le niveau de testostérone a changé.

Alexandre Anizy

(1) Journal du Dimanche, 28 juin 2015