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La fonte de Houellebecq

Publié le par Alexandre Anizy

En short et maillot noirs, Michel Houellebecq passe d'un appareil à un autre, le pas léger dans sa bulle : il travaille un peu dorsaux et abdominaux, biceps et triceps, suffisamment pour se vider la tête après un set d'écriture matutinal.

Si ses efforts intellectuels étaient aussi violents que ceux qu'il déploie en salle de musculation, ils frôleraient la nullité. Mais ce n'est pas le cas, même dans Soumission (Flammarion, janvier 2015, en livrel à 14,99 €).

L'art houellebecquien consiste à truffer sa prose de scènes porno à la manière de feu Gérard de Villiers, de considérations philosophiques pour appâter les germanophones, de propos tendancieux pour susciter la polémique utile au plan de promotion. Ce sont des impératifs commerciaux savamment intégrés dans la ligne de création : un style putassier, certes, mais un style.

Alors peu à peu, sous le feu des médias, le talent s'étiole de trop racoler. La fonte de Houellebecq devient inéluctable... et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Alexandre Anizy

Et Moix et Moix et Moix

Publié le par Alexandre Anizy

Membre de la BHL's connection ayant assuré son aisance financière notamment avec un triste Podium, Yann Moix peut désormais raconter ce qui l'intéresse vraiment : Yann Moix. Après Naissance en 2013, voici Une simple lettre d'amour en 2015. Gageons qu'il parlera bientôt de sa prostate...

Quid novi chez Moix en ce moix de mai ? Perché à l'arrière des frangines, c'est un coq prétentieux et imbécile qui les emmerde dans 95 % des cas.

Alexandre Anizy

Post-scriptum : puisque longtemps Yann Moix a baisé « tout ce qui se pouvait baiser », on commence à comprendre la raison de son plaidoyer tardif et racoleur pour le délinquant sexuel Roman Polanski (aux USA), qui avait de toute façon pour lui la prescription (en droit version française) et surtout le pardon de sa victime.

Le Libanais sans effort de Giancarlo De Cataldo

Publié le par Alexandre Anizy

Vous devez partir sur le champ en voyage, vous n'avez rien à lire pour le trajet, et pas le temps de chercher un rompol de gare ?

Nous vous suggérons Je suis le Libanais de Giancarlo De Cataldo (éditions Métailié) que vous pouvez télécharger sur votre smartphone. C'est un ouvrage correct et garanti sans prise de tête.

Alexandre Anizy

Le Glasgow de Morrow chez Denise Mina

Publié le par Alexandre Anizy

Parfois il faut accepter des questions sans réponses, comme par exemple "pourquoi découvrir seulement maintenant l'écossaise Denise Mina", en se disant que l'essentiel est d'être enfin tombé sur un de ses polars : Des Dieux et des bêtes (Le Masque, octobre 2014, le livrel à 15,99 € - trop cher !). Elle taille un kilt à l'Ecosse : son Glasgow fétide vaut l'Edimbourg brumeux de Ian Rankin.

Rien n'est mini chez Mina.

Alexandre Anizy

Miljenko Jergović batelier de la Volga

Publié le par Alexandre Anizy

De temps en temps, nous prenons des nouvelles d'auteurs qui nous ont paru dignes d'intérêt, comme Miljenko Jergović :

http://www.alexandreanizy.com/article-21776426.html

Il vient de publier Volga, Volga (Actes Sud, 2014, livrel à 16,99 € - trop cher !).

Sur les pages s'écoule paresseusement le récit :

Hé, ho hisse, Jergović !

Alexandre Anizy

L'archange Sylvain en action

Publié le par Alexandre Anizy

Née à Thionville et issue du journalisme, du genre qui prend The economist comme "un festin pour l'intelligence", Dominique Sylvain trouva un éditeur chanceux qui sut profiter du "spécial copinage" comme on disait au Charlie Hebdo de la grande époque. Au fil des ans et des pages, elle apprit le métier : L'archange du chaos (Viviane Hamy, février 2015, en livrel à 12,99 € - trop cher !) en atteste, mais ce n'est pas toujours le cas :

http://www.alexandreanizy.com/article-6923751.html

Ici, le style lamine à froid une histoire bien ficelée.

Alexandre Anizy

Chemins vers Michèle Lesbre

Publié le par Alexandre Anizy

Malgré l'avalanche de médiocrités qui encombrent les tables des librairies (nous pensons à ces femmes incrustées dans les médias comme les Colombe Schneck, Justine Lévy, etc., qui n'ont rien à dire mais ont le pouvoir de le faire savoir en enfilant les perles de leurs petites misères d'enfants gâtées), il est encore possible de trouver de vrais auteurs qui réjouissent leurs lecteurs en soignant leurs styles, comme Michèle Lesbre qui vient de sortir Chemins (Sabine Wespieser éditeur, février 2015, en livrel à 11,99 € - trop cher !).

« La péniche s'appelait Minette, le couple nous attendait. Un petit jour humide et frais donnait des frissons. La femme m'a offert un café brûlant tandis que le moteur se mettait en marche. Ils m'ont abandonné pour effectuer les manoeuvres nécessaires, un ballet précis, rythmé, porté par leur complicité muette, des regards, des gestes, des mimiques, tout un langage intime et tendre. » (p.82/128)

Les trois fois rien de Michèle Lesbre disent presque tout.

Alexandre Anizy

Vargas glaciaire

Publié le par Alexandre Anizy

La malédiction s'est abattue sur le 13ème roman policier de Fred Vargas titré Temps glaciaires (Flammarion, mars 2015, 497 pages, 19,90 € ; en livrel à 14,99 € - trop cher !) : glissant sur une séquence ennuyeuse, le lecteur est tenaillé par l'envie de lâcher l'ouvrage pour vaquer à d'autres plaisirs. Que s'est-il donc passé ?

Alors que l'auteur déclare :

« Je suis obsédée par le tempo, le rythme du livre. » (1),

force est de constater que la partition n'est pas homogène ;

« Et, alors que tous mes livres tournent autour des 600.000 signes (...) » (idem),

il aurait mieux valu que celui-ci frise les 500.000.

Au diable LE format, Fred ! Diantre, l'audace s'imposait !

Que nous sachions, un auteur comme Vargas, obligée de changer d'éditeur pour cause de liaison dangereuse avec un agent littéraire, ne se paie pas à la ligne !

Alexandre Anizy

(1) Entretien de Fred Vargas dans Express du 4 mars 2015

Volonté et fortune de Carlos Fuentes

Publié le par Alexandre Anizy

Si nous reconnaissons l'apport incommensurable des écrivains latino-américains à la littérature mondiale dans la deuxième moitié du XXe siècle, nous gardons néanmoins l'esprit critique pour chaque production des statues du commandeur. Il en est ainsi de La volonté et la fortune de Carlos Fuentes (Gallimard, 2014, traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu, livrel à 17,99 € - le prix habituellement scandaleux de cette maison !).

Malgré nos efforts pour suivre le fil de cette histoire complexe mais finalement construite sur une trame ordinaire improbable (on pense alors au Quatre-vingt-treize de Victor Hugo), nous n'avons pas réussi à nous y intéresser. Cependant nous avons apprécié la liberté de ton, même sur des choses scabreuses, faisant passer bien des auteurs iconoclastes pour ce qu'ils sont, à savoir des enfants de chœur. Est-ce suffisant pour vous plonger dans ce roman ? Non.

Alexandre Anizy

Ne pas se comporter comme Victor Serge ou Jean-Luc Mélenchon

Publié le par Alexandre Anizy

Les éditions Grasset ont ressorti dans leur collection "Cahiers Rouges" le roman de Victor Serge intitulé « S'il est minuit dans le siècle » (262 pages, 9,20 € ; 1ère édition en 1939). D'un point de vue littéraire, cette réédition ne s'imposait pas vraiment. En effet, le style romanesque de Victor Serge est ordinaire.

Nous en soulignons ici le premier chapitre : Mikhaïl Ivanovitch Kostrov, un compagnon d'armes de la 1ère heure des Bolcheviks, qui a pris ses distances avec le pouvoir russe, est arrêté par la police politique, à une époque où Staline éliminait méthodiquement les révolutionnaires de 1917 qui n'avaient pas prêté allégeance au nouveau tsar (et même ceux qui le firent n'en furent pas pour autant sauvés !) ; il va connaître les geôles et les interrogatoires des flics rouges, pour finir inéluctablement au goulag.

Si nous comparons uniquement ce chapitre au chapitre "Boris Davidovitch" du « Tombeau pour Boris Davidovitch » de Danilo Kiš,

voir notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-tombeau-pour-boris-davidovitch-de-danilo-ki-55548647.html

nous donnons l'avantage à Kiš sans hésitation, parce qu'il décrypte mieux la psychologie des duellistes et par conséquent met en évidence la perversité du système stalinien.

D'un point de vue politique par contre, nous considérons que ce livre devrait toujours être disponible pour le public. En effet, la carrière du révolutionnaire professionnel Victor Serge est exceptionnelle et instructive.

Résumons la vie de ce militant : au temps de la bande à Bonnot qu'il côtoie, Victor Serge est connu dans les milieux anarchistes (et donc de la police), notamment parce qu'il dirige la publication "l'anarchie", et il est inculpé puis condamné à 5 ans de prison (peine purgée) ; en 1917, il va participer à l'insurrection de juillet à Barcelone ; de retour en France, il fera tout pour rejoindre la Révolution russe, et y parviendra en 1919. Membre du PC russe et de l'exécutif de l'Internationale, on lui confie la revue "Internationale communiste". Jusqu'à la mort de Lénine, il sera un bon petit soldat bolchévique. Après, il critique le dirigisme, la bureaucratie … et il finit exclu du PC en 1927 … et déporté en 1933. Grâce à un élan d'intellectuels français (André Gide, André Malraux, Alain), et tout particulièrement de Romain Rolland, il sera libéré par Staline.

Un parcours exceptionnel, assurément.

Ce qui est édifiant chez Victor Serge, c'est l'aveuglement politique au coeur de la bataille. En effet, alors qu'il n'est pas trop mal informé, il écrit dans l'été 1920 une brochure Les Anarchistes et la révolution russe (publiée en août 1921) :

« Eh bien ! il me semble que nous devons, nous, anarchistes, accepter ou répudier en bloc toutes les conditions nécessaires de la révolution sociale : dictature du prolétariat, principe des soviets, terrorisme, défense de la révolution, fortes organisations.

De ce bloc on ne peut rien ôter sans que tout s'écroule. La révolution est telle. C'est le fait. (...) Etes-vous contre elle ou avec elle ? Ainsi se pose brutalement la question. »

(page 142, Mémoires d'un révolutionnaire et autres écrits politiques 1908 - 1947, Robert Laffont, collection Bouquins, octobre 2001, 1.047 pages) (1)

Et c'est pourquoi il se range derrière le parti bolchevique pour la répression implacable des insurgés de Cronstadt : « Avec bien des hésitations et une angoisse inexprimable, mes amis communistes et moi, nous nous prononcions finalement pour le parti. » (page 606)

Comment un militant anarchiste aguerri a-t-il pu avaler de telles couleuvres ?

En fait, Victor Serge fait partie de ceux qui ferment les yeux sur les horreurs du chemin croyant qu'ils atteindront leur but : l'Histoire montre qu'ils se perdent en route ou qu'ils sont éliminés par leurs amis moins naïfs.

Victor Serge nous fait penser à Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il demande sans condition au soir du 15 mai 2012 de voter pour le culbuto molletiste Hollande (2), qui persiste à idolâtrer le francisquain Mitterrand, qui est toujours fier du bilan du bradeur Lionel Jospin (3)...

En dernière analyse, c'est le même aveuglement.

Alexandre Anizy

(1) Parce qu'il est proche du centre de décision des révolutionnaires bolcheviques, Victor Serge accède à des informations et des documents secrets, comme par exemple le fait que le journaliste du Figaro Raymond Recouly, spécialiste des affaires étrangères, était payé 500 franc par mois par la Russie tsariste (agent de l'Okhrana - la police secrète) pour influencer l'opinion et pour espionner les autres journalistes ! Raymond Recouly, c'est aussi le genre de journalistes qui écrivait dans Gringoire, journal d'extrême-droite à partir de février 1934, puis qui publiait en 1941 Les causes de notre effondrement (éditions de France).

Ah ! le journalisme, quel beau métier ! N'est-ce pas Fabrice Arfi et Antoine Perraud ?

(2) Pourtant il connaît bien le lascar depuis 30 ans !

(3) Les privatisations ont atteint un sommet sous l'ère du socialiste Jospin, qui avec son ministre Strauss-Kahn permit à Lagardère de commettre le hold-up du siècle lors de la création de EADS, comme le raconta si bien le Canard enchaîné.