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Les terroristes : d'Anatole France à Sophie Wahnich

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans Les Dieux ont soif  (en livrel gratuit), Anatole France montre la dérive d'un homme intelligent et policé durant la période de la Terreur : « Evariste Gamelin, peintre, élève de David, membre de la section du Pont-Neuf, précédemment section Henri IV (...) » (incipit). L'auteur décrit le glissement inéluctable d'un être pétri d'idéalisme dans une société en ébullition et en conflit avec les royautés étrangères.

            Les Dieux ont soif est un excellent roman, parce qu'Anatole France produit des effets de vérité (1) : notamment quand l'irrationnel s'empare d'Evariste Gamelin, devenu un intraitable juge expéditif, pour le conduire à l'élimination physique d'un supposé rival amoureux, usant ainsi de son pouvoir exorbitant pour commettre un meurtre légal. En somme, un crime parfait.

            Hier comme aujourd'hui et demain, que ne fait-on pas au nom de l'intérêt supérieur de la Nation ou de l'Etat ?

 

Encore s'il suffisait de quelques hécatombes,
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât !
Depuis tant de "grand soir" que tant de têtes tombent,
Au paradis sur terre on y serait déjà.
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes,
Les Dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez,
Et c'est la mort, la mort, toujours recommencée...
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
            D'accord, mais de mort lente.

                        Georges Brassens . Mourir pour des idées

 

 

            Du coup, nous avons replongé dans l'histoire de la Révolution française, précisément sur la Terreur, avec le remarquable livre de Sophie Wahnich : La liberté ou la mort. Essai sur la Terreur et le terrorisme (La Fabrique éditions, 2003, 111 pages, 13 €). Après trois décennies de révision où la vulgate historiographique de François Furet et consorts en arrive à une conclusion aberrante (Révolution = Totalitarisme), les travaux de Wahnich et quelques autres vont commencer à percer dans les médias. Ils n'auront pas de mal à intéresser le public, tant le simplisme de la ligne politique des humanitaires (pour la bande menée par l'obscène milliardaire Bernard-Henri Lévy, la Révolution est intolérable) finit par l'offusquer, notamment cette frivole Monique Canto-Sperber lorsqu'elle assimile (2) les terroristes du 11 septembre 2001 aux révolutionnaires de 1793 en falsifiant les mots de Saint-Just par ignorance et paresse intellectuelle (3).

            Les brigands (4) et leurs clercs maintenant ont fait sécession. (5)

           

            Concernant la période de la Terreur avec ses 3 moments-clés, la thèse que présente Wahnich colle aux faits et aux paroles des révolutionnaires.

            Tout d'abord le tribunal révolutionnaire : « Ce tribunal ouvre un cycle de vengeance instituée. » (p.57) ; il s'agissait d'éviter la répétition des massacres de septembre 1792 en canalisant la violence à l'encontre des contre-révolutionnaires demandée par les sections. « Danton présente ainsi le tribunal révolutionnaire comme l'antidote de la "vengeance du peuple", ou plus exactement comme son possible contrôle par une institution qui résulte de "lois extraordinaires prises hors du corps social" (...) » (p.61) Ainsi, la proclamation de la Terreur n'est pas une volonté de déchaîner la violence populaire mais au contraire celle de mettre un frein à celle-ci en la contrôlant (Danton : les Conventionnels doivent être "les dignes régulateurs de l'énergie nationale").

            Ensuite vint la fameuse loi des suspects. Celle qui instaurant la suspicion générale plonge la Révolution dans un mouvement politique mortifère, selon l'interprétation habituelle. Or Sophie Wahnich défend ici l'idée qu'au contraire la loi des suspects suspend la répression sanglante : être suspect, ce n'est pas être accusé. Certes les prisons se remplissaient, mais la guillotine fonctionnait moins. Les faits, rien que les faits.  

            Enfin la loi du 22 prairial an II place le tribunal révolutionnaire dans une logique de guerre : le contre-révolutionnaire devient un ennemi irréconciliable à abattre parce qu'il s'oppose au genre humain constitué en peuple souverain. L'humanité est fondée par l'existence politique du citoyen : par conséquent celui qui se met hors du droit naturel de la communauté devient inhumain. « Le sentiment d'humanité révolutionnaire ne conduit pas à protéger avant toute chose des corps souffrants où qu'ils soient et quels qu'ils soient. Il s'agit de protéger avant tout l'humanité comme groupe humain politiquement constitué par son respect du droit naturel déclaré, de l'échelle la plus locale à l'échelle la plus cosmopolitique. » (p.86)

           

            Après la chute de Robespierre, les Thermidoriens usent des mots terrorisme et terroriste pour qualifier ceux qui se sont battus pour un nouvel espace politique égalitaire. « Thermidor opère ainsi un premier déplacement vers une Révolution incompréhensible et désastreuse en niant le sens du "faire mourir souverain" et en faisant de la mort pendant la période révolutionnaire une mort dénuée de sens. » (p.89)

            « Thermidor inaugure pour notre temps le règne de l'émotion victimaire. » (p.89)

 

            Au bout de son exposé (6), Sophie Wahnich peut conclure : « La terreur révolutionnaire n'est pas le terrorisme. Une mise en équivalence morale de l'an II et de 2001 est un non-sens historique et philosophique. » (p.97)

            Au moment où triomphe l'humanitarisme de gouvernements gestionnaires de foules émotives, il est utile de rappeler l'Histoire si on veut lutter contre l'indifférenciation généralisée, qui est la véritable antichambre de l'inhumanité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Référence à la thèse d'Hermann Broch, enrichie par Milan Kundera.

 

(2) Monique Canto-Sperber :Injustifiable terreur, Monde du 3 octobre 2001

 

(3) Grâce à Françoise Brunel, on sait donc que dans cet article la paresseuse et pimpante philosophe Canto-Sperber cite en fait les mots que Georg Buchner prête à Saint-Just dans La mort de Danton. Frivole Monique...

 

(4) « « Ceux qui font la guerre à un peuple, pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme [NdAA : les droits naturels de l'homme sont : liberté, sûreté, propriété, résistance à l'oppression], doivent être poursuivis partout non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles. » Robespierre (On retrouve la figure du brigand qui désigne bien alors celui qui se met en dehors du lien social, en dehors de la commune humanité tout en connaissant ses règles [souligné par AA]. (...) » Wahnich, page 84

 

(5) Lire La révolte des élites et la trahison de la démocratie de Christopher Lash.

 

(6) Dans sa recension, Marc Belissa montre les limites de certaines parties de l'exposé et donne quelques pistes pour ceux qui voudraient approfondir la question : « Sophie Wahnich, La Liberté ou la Mort. Essai sur la Terreur et le terrorisme », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 94-95 | 2005, mis en ligne le 03 avril 2009, URL : http://chrhc.revues.org/1182

 

Les débuts d'Erlendur par Indridason

Publié le par Alexandre Anizy

            Il ne faut pas abuser des bonnes choses. C'est pourquoi nous ne suivons jamais le rythme annuel de publication des auteurs réputés de polars que nous apprécions, nous contentant d'y revenir de temps en temps au gré de nos envies et de nos voyages ferroviaires ou autres, en piochant dans la réserve.

            Arnaldur Indridason compte parmi les chouchous et Les nuits de Reykjavik (Métailié, février 2015, 261 pages, 19 €) vient de sortir.

 

            Cette fois-ci, l'auteur revient au commencement de la carrière de flic d'Erlendur, quand il n'était qu'un agent patrouillant dans la ville en voiture. Au cours d'une de ses tournées nocturnes, il avait rencontré un clochard qu'on retrouva quelques temps après dans une tourbière : mort accidentelle par noyade. Erlendur s'en voulait de ne pas avoir insisté auprès du vagabond pour qu'il change d'habitat, à défaut de changer de vie. Et peu à peu, fouinant à titre privé, il découvre des éléments troublants qui l'amènent sur la disparition étrange d'une jeune femme.

            C'est la première enquête du futur commissaire.

 

            Les nuits de Reykjavik confirme ce que nous écrivions en novembre 2007, à savoir qu'Arnaldur Indridason est un géant :

http://www.alexandreanizy.com/article-14066539.html

Ce qui ne nous empêchait pas ensuite d'être critique :

http://www.alexandreanizy.com/article-17746202.html

et encore

http://www.alexandreanizy.com/article-20063006.html

Mais 2015 est une bonne année.

 

 

Alexandre Anizy

 

La Grèce dirigée par des falots : Tsipras et Varoufakis

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec tristesse, nous constatons aujourd'hui que le peuple grec a confié son destin à des politiciens falots : Alexis Tsipras et son ministre d'« économie par accident » (1) Yanis Varoufakis. Pendant la campagne électorale grecque, alors que les capitales européennes lançaient leurs signaux orthodoxes, comment ces deux lascars ont-ils pu croire qu'ils allaient faire plier Mutti Merkel et les ordo libéraux qui règnent dans les instances européennes ? Pour des politiciens professionnels au passé marxiste (1), comment ont-ils pu faire fi du rapport de forces, négliger la préparation de son renversement ?

            En clair, comment ont-ils pu avancer vers le pouvoir sans fignoler un plan de sortie immédiat de l'euro, car c'est bien ce que nous comprenons dans cette soumission rampante, honteuse ? Ne viennent-ils pas cette semaine d'accepter de coopérer avec la troïka (UA, BCE, FMI) ? Ne viennent-ils pas de promettre le paiement des 320 Milliards d'euros de dette ? Et hier soir, n'ont-ils pas promis de ne pas toucher aux mesures austéritaires mises en place par les gouvernements précédents ? En somme, le renoncement à leur projet politique. La débandade.

            Car du côté de Francfort, nous doutons pas que, les calculs ayant été faits et publiés notamment par un certain Michel Aglietta, les modalités techniques d'une sortie forcée de l'euro pour la Grèce sont déjà prêtes. Parce que gouverner, c'est prévoir. Comme le vieux fédéraliste européen Giscard d'Estaing vient de le montrer en déclarant poliment que le bon choix pour la Grèce, c'est une sortie de l'euro.

 

            Ainsi la Grèce a confié les clés de la maison à des falots comme Tsipras et Varoufakis. Comme l'écrivait Charles Péguy à propos de certains politiciens : « C'est un des modes les plus dangereux de la démagogie que de masquer au peuple ses incompétences inévitables, provisoires, mais provisoirement inévitables. »

            Jean-Luc Mélenchon devrait méditer et revoir sa copie aussi absurde que celle de Tsipras.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) C'est ainsi que Varoufakis se décrit, ajoutant même « marxiste occasionnel », sans doute pour provoquer : force est de constater que dans la rock'n'roll attitude il y a peu d'espace entre rocker et branleur.   

 

Epitaphe Mallarmé

Publié le par Alexandre Anizy

 

Au-dessus du bétail ahuri des humains,

Le poète bourgeois régnait en apartés.

Eloigné à jamais des chahuts enfantins,

Reposera en paix le chanteur Mallarmé.

 

 

Alexandre Anizy

 

Cocktail Mallarmé

Publié le par Alexandre Anizy

 

 

Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 

Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Donnez ! - Oh ! donnez-moi ! - lancé comme à un vieillard,

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.

 

                                    Un collage d'Alexandre Anizy

 

Vive la Grèce libre !

Publié le par Alexandre Anizy

            L'heure de vérité a sonné pour la Grèce, maintenant que la BCaE a délibérément appuyé le refus de négocier de l'Allemagne.

            Si les dirigeants de Syrisa sont à la hauteur de leur mission historique, notamment Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis, ils ne peuvent pas ne pas avoir préparé le plan technique détaillé de la sortie de l'euro, à moins de n'être que des politiciens bretteurs d'estrades électorales comme Samaras, Papandréou, et consorts.

 

            Rappelons ici que même l'économiste Michel Aglietta, thuriféraire zélé de l'Europe bruxelloise, a démontré que la sortie de l'euro serait plutôt bénéfique pour la Grèce, et que son coût financier pour l'ensemble de la zone euro ne pèserait pas plus qu'un maintien jusqu'au-boutiste. Lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-zone-euro-le-fol-jusqu-au-boutisme-d-un-michel-aglietta-119957920.html    

 

            En conséquence, pour le gouvernement grec, le prochain week-end nous paraît particulièrement propice au chambardement monétaire.

 

            Vive la Grèce libre !

 

 

Alexandre Anizy

 

La Banque Centrale allemande Européenne (BCaE) tire contre la Grèce

Publié le par Alexandre Anizy

            Mercredi 4 février 2015, après avoir poliment reçu le ministre grec de l'économie, Yanis Varoufakis, qui ne manquait pas de faire un commentaire lénifiant de l'entretien, la Banque Centrale allemande Européenne (BCaE) annonçait le soir même qu'elle fermait son guichet aux banques grecques.

            En langage militaire, cela s'appelle un ultimatum.

 

            Puisque Antonis Samaras et son gouvernement grec fantoche ont vidé les caisses et épuisé les lignes de crédit disponibles, ce que n'ignoraient pas les dirigeants européens, la Grèce vient d'entrer en phase terminale d'asphyxie financière.

 

            Mutti Merkel et sa BCaE ne veulent pas lui accorder le temps de se préparer dans le calme à la riposte.   

 

            Nous ne nous posons alors qu'une seule question : contrairement au naïf Mélenchon avec son credo relatif "au rapport de force et au poids de la France dans l'Union Allemande", Alexis Tsipras a-t-il réellement préparé le plan technique détaillé de la sortie de l'euro avant les élections ?

 

 

Alexandre Anizy

Le pantalon de Mathieu Pigasse

Publié le par Alexandre Anizy

            Le vice-président de Lazard Europe Mathieu Pigasse est « un drôle d'oiseau », d'après son ami Finchelstein (1). Il vient de le confirmer à nouveau ces jours-ci avec son revirement sur la question de la dette grecque.

 

            Ayant travaillé à Bercy sur la réforme des Caisses d'Epargne (mais aussi les privatisations d'Air France et France Télécom, la création d'Areva et EADS - « La constitution d’EADS fut pour le groupe LAGARDERE le plus fantastique hold-up commis à l’occasion d’une privatisation » (2) ) au temps des ministres Strauss-Kahn puis Fabius, il peut apporter en 2005 au patron new-yorkais de la banque Lazard, Bruce Wasserstein, l'entrée des Caisses d'Epargne dans leur capital, un atout incontestable au moment où la banque d'affaires s'introduit en Bourse. Au sein de cette institution financière, il connaît ensuite une ascension fulgurante en devenant le roi des dettes souveraines, parce qu'il restructure les dettes d'Etats comme l'Argentine, l'Irak, l'Equateur. Et la Grèce.

 

            En ce qui concerne la Grèce, depuis 2010 Lazard est partie prenante du programme austéritaire de la Troïka, accepté par les gouvernements grecs, qui mènera le pays à la catastrophe économique, et même financière !

            Et en 2014, que n'a-t-il pas dit sur Syriza, le banquier Pigasse ?

 

            Mais en janvier 2015, tout change par la volonté d'un peuple et surtout d'un nouveau mandat de la Grèce à la banque Lazard. Ce qui était hier impossible et même insensé devient maintenant un élément de la négociation : une réduction de 100 Milliards d'euros de la dette grecque est préconisée par le banquier Pigasse.  

 

            Quel spectaculaire revirement ! Mais pas étrange, car Mathieu Pigasse n'a pas de problème de mémoire, puisqu'elle est autonettoyante. Un autre exemple ? En 2007, il signe les statuts des Gracques (nom d'une association de hauts fonctionnaires qui plaident, sans relâche et sans vergogne dans les médias bienveillants, la cause de l'extrême centre) déposés à la Préfecture ; en janvier 2010, Pigasse affirme aux journalistes de France Culture : « je n'ai jamais été membre de cette association ».

 

            C'est ainsi que les gens importants relativisent les choses, contextualisent les valeurs, la morale n'étant toujours bonne que pour les masses.    

            Au prochain changement, Pigasse retournera-t-il son pantalon ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) propos cités par Marie-Pierre Subtil, le Monde du 9 novembre 2010.

(2) lire notre billet du 15 octobre 2007 :

http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html

 

L'erreur dans la contre-enquête Meursault de Kamel Daoud

Publié le par Alexandre Anizy

            C'est une affaire entendu : Kamel Daoud sait écrire, et il a l'audace qui est le terreau nécessaire à n'importe quelle forme de talent. Alors pourquoi cet ennui en lisant Meursault, contre-enquête (Actes Sud, livrel à 13,99 € - beaucoup trop cher comme d'habitude chez cet éditeur) ?

 

Le texte commence forcément par :

« Aujourd'hui, M'ma est encore vivante.

Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Contrairement à moi, qui, à force de ressasser cette histoire, ne m'en souviens presque plus. » (incipit)

Lecteur curieux, nous avons soutenu notre attention comme le demandait le narrateur, mais les circonlocutions à répétition finirent par étouffer notre aspiration. A force de tirer à la ligne, Kamel Daoud a noyé son idée dans un récit trop délayée : ce devrait être une nouvelle ; il en fit un roman.

 

            Si l'auteur est responsable de l'échouement, il n'est pas le seul dans ce cas précis, parce que Meursault, contre-enquête est une commande d'éditeur (1). Elle contenait une erreur : le format.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) L'auteur l'a raconté dans les médias : point de livre sans l'intérêt de l'éditeur éveillé par un article du journaliste Kamel Daoud.

Cette nuit, interrogation sur Drago Jančar

Publié le par Alexandre Anizy

            Cette nuit, je l'ai vue est un superbe roman de Drago Jančar (Phébus, 2014, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye, livrel à 14,99 € - trop cher !), qui met en évidence le style de l'auteur et sa maîtrise de l'architectonique. Sans doute le meilleur roman primé de la saison littéraire 2014. A travers l'histoire de Veronika Zarnik, c'est de la Slovénie sous l'Occupation allemande qu'il s'agit.

 

            Sachant que l'auteur fut un opposant au régime communiste (il goûta aux geôles yougoslaves), on comprend qu'il ne dépeint pas les Partisans sous les meilleurs attraits. Comme Svetlana Velmar-Janković dans son roman magnifique : Dans le noir (1). Mais la Serbe sut composer avec les "rustres", beaucoup mieux que le Slovène... Peut-être une question d'héritage sociale dans cette différence de comportement ? Puisqu'il s'agit de la Résistance présentée sous l'angle d'une jalousie muant en haine larvée, autrement dit la petitesse des sentiments humains vue comme le détonateur des mouvements historiques, nous avons aussi pensé au délicieux roman du maquisard Alphonse Boudard, Les combattants du petit bonheur (2).

 

            On le voit et il le sait, le thème a déjà été traité en utilisant cette période. Alors pourquoi Drago Jančar, qui est né en 1948, remet-il le couvert ? Surtout pourquoi n'a-t-il pas situé l'histoire dans la Slovénie agitée de 1990 qu'il connaît fort bien, aussi trouble que celle de 1944 à bien des égards ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet du 17 juin 2008 :

http://www.alexandreanizy.com/article-20514017.html

 

(2) Lire notre billet du 6 janvier 2008 :

http://www.alexandreanizy.com/article-15357832.html