Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

L'illusion économique selon Bernard Guerrien

Publié le par Alexandre Anizy

 

Mathématicien devenu économiste, Bernard Guerrien a écrit un livre savoureux, « l'illusion économique » (Omniscience, septembre 2007, 224 pages), où il montre les absurdités logiques de la théorie néo-classique, qui est le socle de ce que nous appelons ici couramment la théorie dominante. Il défend l'idée que l'économie est une chose trop sérieuse pour être confiée à des prétendus experts dont la démarche scientifique paraît douteuse :

 

« L'une des thèses centrales de ce livre est qu'il n'existe pas un savoir en économie qui ne serait accessible qu'à une petite minorité d'experts ou de techniciens, auxquels il faudrait donc se confier plus ou moins aveuglément. Chacun peut se faire une opinion, en utilisant sa faculté de raisonner ou, si l'on veut, son bon sens. » (Bernard Guerrien, avant-propos)

 

Il faut savoir que les concepts de la théorie néo-classique sont longuement enseignés à tous les étudiants en sciences économiques (nous y compris, mais nous étions immunisés...), et qu'ils servent par conséquent de cadre référentiel pour l'écrasante majorité des économistes patentés, alors même que nombre d'expériences les ont infirmé. On peut penser que les professeurs de gestion l'ont compris, puisque dans « l'Encyclopédie de la gestion » (Economica, 1997), parmi les 1.000 références, ne figure aucun ouvrage de théorie néo-classique !

 

Nous ne donnons ici qu'un exemple : les marchés concurrentiels. Parce qu'ils sont le fondement théorique ET l'objectif final du fameux « marché unique européen » prévu et présenté par le social-traître Jacques Delors en 1985, lorsqu'il plastronnait à la tête de la Commission européenne.

Au lieu de partir d'une observation fine de la réalité, comme les marchés de gros ou les salles de marchés des banques, les économistes en pointe actuellement (le filon mathématique semble avoir atteint ses limites, puisqu' « il devient de plus en plus abscons, y compris pour une bonne partie de la profession », p.60) font des expériences de marché : « Plutôt que de partir de ce qui est, ils partent de ce qui doit être, une situation efficace, et cherchent le moyen d'y parvenir, par la concurrence, qui sera définie en fonction de l'objectif recherché. Qu'est-ce qu'une situation efficace ? Dans le contexte des expériences auxquelles on s'intéresse ici, c'est une situation où tous les échanges concernant un bien se font au même prix, qui est à la fois égal au prix maximum qu'est prêt à payer l'un des acheteurs pour le bien et au prix minimum auquel l'un des vendeurs est prêt à le céder. » (p.62)

Résultats ?

« L'expérience de Chamberlinavec ses étudiants, mis pourtant en situation concurrentielle – sur un pied d'égalité, aucun n'ayant d'avantage ou de pouvoir particulier -, n'aboutissait pas à l'issue efficace, loin de là. » (p.64)

 

« Il a fallu attendre une vingtaine d'années pour que soit proposée une forme d'organisation particulière des échanges qui conduise - approximativement – à une issue de ce type. Appelée système des doubles enchères continues, elle est assez compliquée et comporte plusieurs étapes. » (p.64)

Disons que si on répète les opérations de transaction, alors « on constate que les prix proposés se rapprochent de plus en plus du prix efficace. Pourquoi ? On ne sait pas trop, personne n'ayant cherché vraiment à faire la théorie de ce processus (…). » (idem)

Conférence Nobel de Vernon Smith :

« Nous n'avons pas la moindre idée sur la façon dont nos cerveaux résolvent le problème de l'équilibrage en faisant si peu d'effort, tout en interagissant avec d'autres cerveaux à travers le système des doubles enchères continues. » (cité p.65)

Malgré le fiasco de l'expérience Chamberlin et l'absence d'explication quant au résultat du système des doubles enchères, les sbires de l'oligarchie poursuivent la construction du "grand marché unique européen"fondée sur le principe des marchés concurrentiels. C'est pourquoi, concrètement, ils cassent les entreprises publiques comme EDF, SNCF, etc., afin de pouvoir les privatiser … et de les mettre en concurrence pure et parfaite.

Notre appréciation en termes économiques : dégât maximum immédiat pour des gains futurs nuls voire négatifs.

 

 

Brièvement, un autre exemple pour rire un peu ?

L'économie réelle étant vraiment trop complexe, les ultralibéraux des années 70 ont trouvé une solution drastique, la macroéconomie à agent représentatif, dans laquelle ils supposent qu'une économie n'est formée que d'un seul individu … qui ne fait pas d'échanges, donc pas de prix ! Pourtant les livres ou les articles qui utilisent la notion d'agent représentatif parlent de marchés, de concurrence, de salaire, de taux d'intérêt.

Une absurdité poussée à son comble, comme dit Bernard Guerrien.

 

 

Les économistes de la théorie dominantesont-ils des gens vraiment sérieux ? En refermant le livre, vous aurez votre réponse.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Fiscalité : pour un changement radical de méthode et de barème

Publié le par Alexandre Anizy

 

Camille Landais, Thomas Piketty, Emmanuel Saez, ont écrit un livre indispensable pour soutenir une proposition qui mettra un terme à l'opacité du système fiscal français (et se rendre compte de la pusillanimité des cadors politiques, puisqu'ils ne manqueront pas de bientôt nous jouer l'air de la réforme fiscale incontournable ... mais reportée après les élections) :

« pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle » (La République des idées et éditions du Seuil, janvier 2011, 142 pages, 12,50 €)


Le titre est judicieux, puisqu'il s'agit bien d'une révolution au sens étymologique : en effet, « le barème proposé (…) permet d'obtenir des recettes totales de 147 Milliards d'euros, ce qui permet de remplacer très exactement les taxes et impôts supprimés » (p.89). Parfait équilibre budgétaire.


Le changement radical de méthode tient en une loi de 3 articles :

« Article 1 : l'actuel impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) est supprimé (ainsi que le prélèvement libératoire, la prime pour l'emploi et le bouclier fiscal).

Article 2 : le nouvel impôt sur le revenu (IR) prend la place de l'actuelle contribution sociale généralisée (CSG) et est prélevé à la source à compter du 1 janvier 2013, sur la même assiette fiscale et suivant les mêmes règles que la CSG.

Article 3 : au lieu d'appliquer les taux proportionnels de CSG actuellement en vigueur, on appliquera, à compter du 1 janvier 2013, les taux progressifs indiqués sur le barème ci-joint. » (p.78)


Revenu brut mensuel individuel

Taux effectif d'imposition

Impôt mensuel en €

1.100 €

2,00%

22

2.200 €

10,00%

220

5.000 €

13,00%

650

10.000 €

25,00%

2500

40.000 €

50,00%

20.000

100.000 €

60,00%

60.000

Source : pour une révolution fiscale, de Camille Landais, Thomas Piketty, Emmanuel Saez


Le système est simple. Il assure une véritable transparence démocratique.

Pour le mettre en place, pas de difficultés majeures puisque l'outil administratif qu'il empruntera existe déjà : la voie technique de la CSG.

Bien qu'équilibré budgétairement, le barème proposé par le trio d'économistes offre le résultat suivant, que tout homme politique ne peut qu'approuver : 97 % des personnes paient moins d'impôt !

« Au total, les transferts fiscaux opérés entre ceux qui paient plus d'impôt (grosso modo les 3 % des revenus les plus élevés) et ceux qui qui en paient moins (les 97 % restants) sont de l'ordre de 15 Milliards d'euros, soit moins de 1 % de revenu national, ce qui est modéré et raisonnable. » (p.93)

Du point de vue de la politique comme de celui de la gestion, les avantages d'un tel changement de méthode et de barème dépassent les inconvénients.


Discuter des taux et de l'élargissement de l'assiette (toute réduction de l'assiette retenue dans cette proposition remettant en cause l'équilibre budgétaire est donc exclue) relève du débat politique nécessaire au choix de société.



Alexandre Anizy


: c'est d'ailleurs pourquoi nous ne sommes pas "révolutionnaire".


 

Dette : ruine intellectuelle de Jacques Attali (II) ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

(suite de http://www.alexandreanizy.com/article-dette-ruine-intellectuelle-de-jacques-attali-i-81104939.html )

 

Incapable ou ne voulant pas répondre à la question qu'il s'est posée (quand une dette publique devient-elle excessive ?), l'auteur décide de définir les dettes, les bonnes et les mauvaises, puis il s'attache à fixer le juste niveau de la bonne dette.

Soulignons que Jacques Attali propose un grand bouleversement dans l'organisation administrative de l’État : il serait intéressant d'en analyser les fondements idéologiques et d'en déduire les conséquences économiques et financières pour les agents économiques. Car Jacques Attali n'est pas neutre, notamment lorsqu'il écrit : « Une fois écartées les mauvaises dettes qui doivent être remboursées par priorité (...) » (p.161) Est-on vraiment soucieux de l'intérêt général en décrétant cette priorité ? Nous en doutons.

 

Ayant réduit le champ de son investigation sans avoir répondu à la question posée (serons-nous ruinés dans 10 ans ?), Jacques Attali va maintenant donner les éléments permettant de fixer le "juste niveau de la bonne dette".

Pour commencer le raisonnement, une idée générale qui ne mène concrètement nulle part mais vise à brouiller la notion de richesse nationale  :

« La dette doit donc d'abord être comparée à la valeur des actifs du souverain (…) et doit rester inférieure à la valeur de ceux de ces actifs pouvant servir à la rembourser. » (p.162)

Faut-il, comme le suggère l'auteur, écarter tous les actifs non valorisables par le marché et incessibles ? (un sous-marin nucléaire, une base de lancement de missiles nucléaires, etc.)

Le trouble étant instauré, on peut enfin passer à l'étape suivante :

« Dans le traité de Maastricht, l'UE fixe à 60 % du PIB la limite maximale du juste niveau de la bonne dette. »(p.163) ;

« Pour le FMI, par exemple, la bonne dette de l'emprunteur souverain ne doit pas dépasser la valeur actualisée des futurs surplus primaires de son budget (c'est-à-dire avant le paiement du service de la dette). »(p.164).

Voilà, on est au bout du raisonnement de l'économiste Attali : les normes du FMI ou du traité de Maastricht.

Quelle misère !

 

 

Dans le chapitre 8 titré "la France souveraine" (le cynisme de l'oligarchie et de ses sbires technocratiques est incommensurable), Jacques Attali, penseur fatigué mais clerc énergique, balance le programme politique que l'UMPPS (ou PSUMP, puisque c'est le même bonnet...) mettra en œuvre dans la prochaine décennie. Accrochez-vous ! C'est de l'économie-globish pure et dure :

  • coupes budgétaires draconiennes ;

  • hausse d'à peu près tous les impôts, y compris la TVA ;

  • redéfinir le modèle social : i.e. la mise en place d'un système mixte public/privé pour beaucoup de choses, y compris la Santé (ah ! Les assureurs seront enfin servis...).

 

Le conseilleur Attali ne s'arrête plus :

  • créer 3 structures comptables et administratives différentes (pour quels gains ? Fi ! des questions mesquines, monsieur, quand la France souveraine est en jeu, n'est-ce pas ?) ;

  • interdire tout déficit du Budget par une règle constitutionnelle (la fameuse "règle d'or" dont le Président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa vous abreuve en ce moment …) ;

  • la liste des investissements pour son "Fonds National de Réparation" et son "Fonds d'Investissement National" devra être stable, i.e. à l'abri des représentants du peuple (députés, sénateurs, etc.).

C'est fou comme ce néolibéral, ce nomade, ne rêve que d'un monde figé, notamment par la Loi.

La suite, c'est la fuite en avant habituelle des agitateurs doxiques : l'obligation européenne, l'esquisse d'un gouvernement mondial (in fine, la suprématie mondiale de l'oligarchie : une "vision" qui sera reprise dans son opus de 2011 titré « demain qui gouvernera le monde ? »).

 

 

Au bout de ce pensum, force est de constater que Jacques Attali est un brillant Panurge austère, qui voudrait nous réduire tous à son monde unidimensionnel, qui ne vise pas à l'universalité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Dette : ruine intellectuelle de Jacques Attali (I) ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Comme Alain Minc, un parangon de l'élite moisie, Jacques Attali possède son petit atelier de recherche, mais contrairement au premier, il sait remercier. Cette organisation lui permet un rythme quasi annuel de production, ce qui ne peut être compatible avec un bon niveau de qualité, notamment en économie. Nous allons le vérifier avec « Tous ruinés dans dix ans ? Dette publique : la dernière chance » (Fayard, mai 2010, 272 pages, 15,90 €).

 

L'introduction remplit son office, notamment quand elle plonge le lecteur dans la tourmente actuelle : « Même sans hausse des taux, les intérêts payés sur la dette publique par les pays riches feront plus que doubler entre 2007 et 2014. » (p.18) Toutes choses évoluant pareillement, ce qui nous attend sera pire, mais il n'est pas possible de dire quand le cataclysme surviendra ; cependant les économistes savent qu' « aucun ratio n'est pertinent pour prédire le déclenchement d'une crise, si ce n'est, peut-être, la part du service de la dette dans le budget : lorsqu'il atteint 50 % des recettes fiscales, le désastre est inévitable. » (p.20)

 

Les chapitres 1 et 2 racontent l'histoire de la dette à travers les âges : un survol intéressant, traité en 58 pages, qui nous éloignent de la question posée. Le chapitre 3 titré "le peuple souverain" réussit la gageure de parcourir le XXe siècle dans le monde en 17 pages, en picorant par-ci par-là des événements liés à la question des dettes.

Page 101, nous arrivons au sujet (chapitre 4 : le grand basculement) :

« Alors que le PIB américain a été multiplié par 8,75 en valeur nominale entre 1975 et 2007, la dette privée s'est trouvée multipliée par 20 et la dette publique par 3. Fin 2007, la dette totale des Américains (tous agents confondus) atteint 350 % du PIB, soit plus qu'en 1929. » (p.102)

Été 2008, la crise des subprimes met en péril le système bancaire : les États et les Banques Centrales évitent l'effondrement général soit en socialisant les pertes privées pour les uns, soit en créant de la monnaie pour les autres, soit les deux. Autrement dit, une boule de dette considérablement grossie poursuit sa descente infernale.

 

Ce qui est ahurissant dans ce livre ? L'économiste Jacques Attali ne s'interroge en aucune manière sur le financement exclusif de l’État par le Marché. Pire, il n'explique pas à ses lecteurs :

Le 22 décembre 1972, le "sinistre ministre"(sic) Valéry Giscard d'Estaing signe une loi qui interdit à l’État de créer de la monnaie pour financer sa dette ou ses investissements (Cf. article 25 de la "Loi de 1973"). Au cœur de l'euro et des traités européens, l'article 123 du traité de Lisbonne (anciennement 104 de celui de Maastricht) « qui interdit à la Banque Centrale Européenne comme à ses succursales nationales de prêter directement aux États et à leurs émanations ». http://www.alexandreanizy.com/article-nicolas-dupont-aignan-et-le-scandale-france-tresor-ii-72290174.html

 

Le chapitre 5 énumère les 12 leçons relatives à la dette souveraine, et cela commence mal puisque l'éminent conseiller écrit que

« la dette publique est une créance des générations actuelles sur les suivantes, lesquelles finissent toujours par la payer d'une façon ou une autre ».

En effet, lorsqu'il y a création d'une dette à un instant t, nous avons face à face 2 personnes (physiques ou morales), le débiteur et le créancier : primo, à l'instant t les générations futures sont absentes de facto ; secundo, toute dette suppose une créance d'une valeur égale ; tertio, les générations futures vont donc hériter de la dette et de la créance.

Le VRAI problème pour chaque génération futuresera de décider de la redistribution des ressources de la société entre ses membres : par exemple, si un gouvernement futur décide de taxer à 100 % tous les titres reçus en héritage, alors le fardeau disparaît complètement (extinction simultanée de la créance et de la dette). Si on entretient la confusion entre dette de la France et dette des administrations publiques, il est bon de rappeler qu'en 2007 c'est la France qui détenait une créance sur le reste du monde, de l'ordre de 10 % du PIB. Le chapitre 5 débute donc par une leçon fallacieuse.

 

Les autres leçons sont d'intérêts divers, relevant plus de l'approche comptable que de l'économique : d'abord, que la dette peut être très utile à la croissance ; qu' « en s'endettant, le souverain se met progressivement entre les mains des marchés » (p.118) ; que les déficits intérieurs et extérieurs sont très liés car

« un déficit de balance des paiements révèle donc qu'il a été nécessaire de faire rentrer des capitaux pour financer un déficit du secteur privé (cas de l'Espagne) ou un déficit du souverain (cas de la Grèce), voire les deux (cas des USA) » (p.119) ;

enfin qu'une dette est d'autant plus soutenable qu'elle est financée par l'épargne domestique, comme le montre le Japon où la dette publique est supérieure à 200 % du PIB !

 

 

Dans le chapitre 6, l'auteur déroule le scénario du pire, à savoir la ruine de tous. Pourquoi ? D'abord l'alourdissement de la dette souveraine qui devient un surendettement souverain (apprécions le glissement sémantique) : « En 2020, cette fois selon la Banque des Règlements Internationaux (BRI), la dette publique dépassera les 200 % du PIB en Grande-Bretagne, et les 150 % en Belgique, en France, en Irlande, en Grèce et en Italie. A taux d'intérêt constant, les charges d'intérêt représenteront alors 10 % du budget de ces États, jusqu'à 27 % pour le Royaume-Uni. » (p.142)

Le problème, c'est que tous ces chiffres avancés comme autant de signaux d'alarme avant la faillite générale voient leur soi-disant dangerosité réduite à néant par l'éminent conseilleur lui-même :

« Mais qu'est-ce qu'une augmentation "excessive"de la dette publique ? Nul ne le sait. » (p.157)

Et en premier lieu, les économistes.

 

Alors le brillant Jacques Attali prend le tonneau de la dette souveraine par les normes … (à suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

: ce choix politique aurait un inconvénient certain, à savoir la difficulté pour l’État de trouver des créanciers dans les générations futures, mais aussi des avantages.

 

 

Le poids d' Erri De Luca

Publié le par Alexandre Anizy

 

Après trois déceptions (lire les notes précédentes), nous tombâmes sur le dernier opus d' Erri De Luca, « le poids du papillon » (Gallimard, avril 2011, bouquinel de 77 pages), qui nous rabibocha avec l'idée que nous avons de la littérature italienne.

Si nous n'avons pas accroché à la courte nouvelle "visite à un arbre" qui termine le livre, l'autre qui porte le titre éponyme est un joyau : structure épurée, limpidité des phrases, simplicité des mots, vérité des êtres.

 

« Un homme qui ne fréquente pas de femmes oublie qu'elles ont une volonté supérieure. (…) Un homme qui ne fréquente pas de femmes est un homme sans. » (p.33-34) ;

 

« Un homme est ce qu'il a commis. » (p.39-40) ;

 

« Les hommes ont inventé des codes minutieux, mais à la première occasion, ils s'entre-déchirent sans loi. » (p.47-48) ;

 

« Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvrent pour expulser comme pour attirer à l'intérieur. » (p.48-49)

 

De quoi parle « le poids du papillon » ? D'un vieil homme et du roi des chamois. Mais pas seulement.

A vous de le découvrir en lisant ce bijou.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Songer à Francesca d'Aloja ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il est une méthode chez les éditeurs qui consiste à publier des textes littéraires de personnalités, notamment d'artistes, afin de profiter de leur notoriété pour rentabiliser leurs investissements. Mais le lecteur, lui, y trouve-t-il son compte ?

 

Francesca d'Aloja est une comédienne italienne qui a fait sa pelote depuis sa première apparition au cinéma en 1985. Passée à la réalisation depuis 1997, elle maîtrise l'amont, à savoir le scénario.

 

Son premier roman, « le mauvais rêve » (Gallimard, mai 2008, 400 pages, 22,50 €), sent bon le projet cinématographique de qualité, dont la forme littéraire n'a pas été négligée (afin d'en mieux tester le potentiel économique ?).

 

L'auteur raconte le repentir, à des degrés différents, d'acteurs des années de plomb. Les Américains ont leur 11 Septembre, les Italiens leur période explosive : c'est devenu un passage obligé pour les romanciers domestiques, surtout quand ils n'ont rien à dire et qu'ils se bornent à peindre les affres d'individus broyés par l'absurdité de leurs méfaits.

Voilà ce qui retient le lecteur dans ce livre bien fichu, et non pas les états d'âme du personnage central. Mais point de surprise : avec Francesca d'Aloja, on est dans le jugement consensuel sur ces temps-là.

 

Nous terminons en vous recommandant le film « la seconde fois », puisqu'il évoque la situation de l'ancienne cible et du tireur au commencement d'une semi-liberté conditionnelle.

(Ah ! Le manteau rouge de Valeria Bruni-Tadeschi marchant libre dans la ville …)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Basta de Vasta !

Publié le par Alexandre Anizy

 

Écoutant un jour Vincent Raynaud (traducteur) de chez Gallimard présenter la filière italienne, dont il avait sélectionné ce jour-là quelques auteurs Bottin, nous retenions Giorgio Vasta et « le temps matériel » (Gallimard,juin 2010, 368 pages, 21,50 €).

 

Ce livre est une parabole sur les Brigades Rouges : un texte très construit, terriblement intelligent, mais horriblement chiant.

 

« Ce que les Brigades Rouges ont compris, il [le personnage Scarmiglia] explique tout bas, c'est que le rêve doit être lié à la discipline, il doit devenir dur et géométrique, se projeter vers l'idéologie. (…) Les Brigades Rouges sentent tout ça, elles sont tout ça. Elles donnent de la matière à l'immatériel, de la moelle et une impulsion à ce qui n'était que coquille et inertie. » (p. 87)

 

Si Vasta rend bien compte de l'absurdité de la phraséologie brigadiste, de sa logique infernale à travers la dérive de ces enfants perdus, il n'a jamais réussi à nous embarquer dans ses filets. Que de fois nous faillîmes quitter ce naufrage romanesque en disant : « basta de Vasta ! »

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Les super-héros décatis de Marco Mancassola

Publié le par Alexandre Anizy

 

Marco Mancassola veut nous dire la fin d'un monde, celui de l’hyper-puissance américaine qui a façonné la vie planétaire depuis 1945 (si on accepte l'idée que la "guerre froide" n'était qu'une phase de retenue).Il le fait sous la forme d'un roman : « la vie sexuelle des super-héros » (Gallimard, mars 2011, 552 pages, 24,90 €)

« Autrefois, c'était le centre du monde : un bouquet de tiges en béton plantées dans le granit, un dédale de rues dont les bouches d'égouts dégageaient en permanence la vapeur du rêve. Autrefois, c'était sa ville, l'endroit où il accomplissait ses hauts faits, où il projetait ses exploits, où sa femme l'aimait sans réserves et où la moindre phrase prononcée sonnait comme une réplique parfaite. » (incipit, etc.)

Après le 11 septembre, Manhattan n'est plus comme avant.

 

Pour montrer cette déchéance, Mancassola utilise quelques super-héros décatis comme Mister Fantastic, Batman, Superman, ce qui n'est pas la marque d'une grande originalité.

Pour tout vous dire, on s'ennuie un peu chez Mancassola.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Europe : le peuple a compris, l'oligarchie se défend

Publié le par Alexandre Anizy

 

Les peuples, bien qu'ignorants, sont capables de vérité, disait Machiavel.

Le sondage de l'IFOP du 19 mai 2011 (une commande de l'Association Manifeste pour un débat sur le libre échange), intitulé « les Français et le protectionnisme économique », n'a pas vraiment eu les honneurs des médias, puisqu'il dérange.

 

Pensez donc : 84 % des Français jugent que l'ouverture des frontières a eu des conséquences négatives pour l'emploi (concernant les 10 prochaines années, jugement négatif pour 75 %) ; idem pour 78 % concernant le niveau des salaires.

Le questionnaire étant bien fichu (l'Association ne doit pas être étrangère à cette qualité), il montre la cohérence des idées économiques des Français, notamment quand 65 % d'entre eux demandent une augmentation des droits de douane (pour les pays émergents, comme la Chine et l'Inde) : pour 80 % d'entre eux, c'est au niveau européen qu'il faut taxer, et si le reste de l'Europe ne veut pas agir, alors 57 % des Français pensent qu'il faut le faire au niveau national.

Vous trouverez ce sondage IFOP sur Internet (avec tous les détails).

 

 

Depuis le "NON" au référendum de 2005 (sur la Constitution de l'UE), on sait que l'oligarchie n'hésite pas à contourner un résultat qui ne lui convient pas pour continuer sa fuite en avant, suicidaire pour les peuples européens mais pas pour elle. Alors, concernant ce choix de politique économique comme sur bien d'autres, vous constaterez qu'elle présente un front uni PSUMP (ou UMPPS si vous préférez).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Guillaume Duval un Alternatif doxique

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le rédacteur en chef d'Alternatives économiques, le dénommé Guillaume Duval, vient de commettre un article que n'importe quel représentant de la pensée unique soutiendra : "pour l'euro, avant qu'il ne soit trop tard" (in Libération du 15 juillet, le journal de l'éleveur sarkozyen Edouard de Rothschild et du milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, prétendument à gauche et normalisé par un petit Nicolas).

 

Comme toujours avec ces gens-là, on enquille les mêmes assertions que les faits ont démenties. Prenons deux exemples.

« En 1999, l'avènement de l'euro avait pourtant marqué une rupture décisive avec la conception libérale de l'Europe-marché : les Etats acceptaient - enfin - de se doter d'institutions communes fortes dans un domaine central (…). »

En quoi la création d'une monnaie et d'une banque centrale représenterait-elle une rupture avec le libéralisme ? Ce n'est pas le journaliste Duval qui perdra le lecteur dans les méandres d'une démonstration, puisqu'il n'y en a pas.

« On a aussi pu vérifier qu'avec l'euro l'Europe n'était pas devenue allemande (...) » La preuve selon lui ? « c'est le président de la Bundesbank qui a démissionné (...) »

Pour Guillaume Duval, une hirondelle qui part fait le printemps européen … Le niveau de la réflexion atteint des sommets, n'est-ce pas ?

NB : au passage, signalons l'emploi du procédé habituel des propagandistes fédéralistes (à savoir l'amalgame entre anti-euro, nationaliste, populiste, néofasciste), lorsque le rédacteur "alternatif" stigmatise les « adversaires [de l'Europe qui flattent] le chauvinisme supposé des Français » …

 

Pour rire d'une grenouille étrange qui ne joue pas dans sa catégorie, citons une autre affirmation pour une fois argumentée :

« (…) l'euro nous a apporté de nombreux bénéfices. Les taux d'intérêt ont été ramenés à des niveaux historiquement bas (...) » ;

Oui, mais comme le souligne aussitôt le journaliste :

« C'est d'ailleurs une part du problème d'aujourd'hui : ces taux étaient même trop bas (...) »

Mais monsieur Duval, si l'avantage est aussi un désavantage, où est le bénéfice ? En arithmétique, +1-1=0, n'est-ce pas ?

 

 

Contribuant à la saturation du bruit médiatique avec les penseurs doxiques, le pseudo alternatif mais vrai chef Guillaume serait-il un agent dormeur ?

 

Alexandre Anizy