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Songer à Francesca d'Aloja ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il est une méthode chez les éditeurs qui consiste à publier des textes littéraires de personnalités, notamment d'artistes, afin de profiter de leur notoriété pour rentabiliser leurs investissements. Mais le lecteur, lui, y trouve-t-il son compte ?

 

Francesca d'Aloja est une comédienne italienne qui a fait sa pelote depuis sa première apparition au cinéma en 1985. Passée à la réalisation depuis 1997, elle maîtrise l'amont, à savoir le scénario.

 

Son premier roman, « le mauvais rêve » (Gallimard, mai 2008, 400 pages, 22,50 €), sent bon le projet cinématographique de qualité, dont la forme littéraire n'a pas été négligée (afin d'en mieux tester le potentiel économique ?).

 

L'auteur raconte le repentir, à des degrés différents, d'acteurs des années de plomb. Les Américains ont leur 11 Septembre, les Italiens leur période explosive : c'est devenu un passage obligé pour les romanciers domestiques, surtout quand ils n'ont rien à dire et qu'ils se bornent à peindre les affres d'individus broyés par l'absurdité de leurs méfaits.

Voilà ce qui retient le lecteur dans ce livre bien fichu, et non pas les états d'âme du personnage central. Mais point de surprise : avec Francesca d'Aloja, on est dans le jugement consensuel sur ces temps-là.

 

Nous terminons en vous recommandant le film « la seconde fois », puisqu'il évoque la situation de l'ancienne cible et du tireur au commencement d'une semi-liberté conditionnelle.

(Ah ! Le manteau rouge de Valeria Bruni-Tadeschi marchant libre dans la ville …)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Basta de Vasta !

Publié le par Alexandre Anizy

 

Écoutant un jour Vincent Raynaud (traducteur) de chez Gallimard présenter la filière italienne, dont il avait sélectionné ce jour-là quelques auteurs Bottin, nous retenions Giorgio Vasta et « le temps matériel » (Gallimard,juin 2010, 368 pages, 21,50 €).

 

Ce livre est une parabole sur les Brigades Rouges : un texte très construit, terriblement intelligent, mais horriblement chiant.

 

« Ce que les Brigades Rouges ont compris, il [le personnage Scarmiglia] explique tout bas, c'est que le rêve doit être lié à la discipline, il doit devenir dur et géométrique, se projeter vers l'idéologie. (…) Les Brigades Rouges sentent tout ça, elles sont tout ça. Elles donnent de la matière à l'immatériel, de la moelle et une impulsion à ce qui n'était que coquille et inertie. » (p. 87)

 

Si Vasta rend bien compte de l'absurdité de la phraséologie brigadiste, de sa logique infernale à travers la dérive de ces enfants perdus, il n'a jamais réussi à nous embarquer dans ses filets. Que de fois nous faillîmes quitter ce naufrage romanesque en disant : « basta de Vasta ! »

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Les super-héros décatis de Marco Mancassola

Publié le par Alexandre Anizy

 

Marco Mancassola veut nous dire la fin d'un monde, celui de l’hyper-puissance américaine qui a façonné la vie planétaire depuis 1945 (si on accepte l'idée que la "guerre froide" n'était qu'une phase de retenue).Il le fait sous la forme d'un roman : « la vie sexuelle des super-héros » (Gallimard, mars 2011, 552 pages, 24,90 €)

« Autrefois, c'était le centre du monde : un bouquet de tiges en béton plantées dans le granit, un dédale de rues dont les bouches d'égouts dégageaient en permanence la vapeur du rêve. Autrefois, c'était sa ville, l'endroit où il accomplissait ses hauts faits, où il projetait ses exploits, où sa femme l'aimait sans réserves et où la moindre phrase prononcée sonnait comme une réplique parfaite. » (incipit, etc.)

Après le 11 septembre, Manhattan n'est plus comme avant.

 

Pour montrer cette déchéance, Mancassola utilise quelques super-héros décatis comme Mister Fantastic, Batman, Superman, ce qui n'est pas la marque d'une grande originalité.

Pour tout vous dire, on s'ennuie un peu chez Mancassola.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Europe : le peuple a compris, l'oligarchie se défend

Publié le par Alexandre Anizy

 

Les peuples, bien qu'ignorants, sont capables de vérité, disait Machiavel.

Le sondage de l'IFOP du 19 mai 2011 (une commande de l'Association Manifeste pour un débat sur le libre échange), intitulé « les Français et le protectionnisme économique », n'a pas vraiment eu les honneurs des médias, puisqu'il dérange.

 

Pensez donc : 84 % des Français jugent que l'ouverture des frontières a eu des conséquences négatives pour l'emploi (concernant les 10 prochaines années, jugement négatif pour 75 %) ; idem pour 78 % concernant le niveau des salaires.

Le questionnaire étant bien fichu (l'Association ne doit pas être étrangère à cette qualité), il montre la cohérence des idées économiques des Français, notamment quand 65 % d'entre eux demandent une augmentation des droits de douane (pour les pays émergents, comme la Chine et l'Inde) : pour 80 % d'entre eux, c'est au niveau européen qu'il faut taxer, et si le reste de l'Europe ne veut pas agir, alors 57 % des Français pensent qu'il faut le faire au niveau national.

Vous trouverez ce sondage IFOP sur Internet (avec tous les détails).

 

 

Depuis le "NON" au référendum de 2005 (sur la Constitution de l'UE), on sait que l'oligarchie n'hésite pas à contourner un résultat qui ne lui convient pas pour continuer sa fuite en avant, suicidaire pour les peuples européens mais pas pour elle. Alors, concernant ce choix de politique économique comme sur bien d'autres, vous constaterez qu'elle présente un front uni PSUMP (ou UMPPS si vous préférez).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Guillaume Duval un Alternatif doxique

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le rédacteur en chef d'Alternatives économiques, le dénommé Guillaume Duval, vient de commettre un article que n'importe quel représentant de la pensée unique soutiendra : "pour l'euro, avant qu'il ne soit trop tard" (in Libération du 15 juillet, le journal de l'éleveur sarkozyen Edouard de Rothschild et du milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, prétendument à gauche et normalisé par un petit Nicolas).

 

Comme toujours avec ces gens-là, on enquille les mêmes assertions que les faits ont démenties. Prenons deux exemples.

« En 1999, l'avènement de l'euro avait pourtant marqué une rupture décisive avec la conception libérale de l'Europe-marché : les Etats acceptaient - enfin - de se doter d'institutions communes fortes dans un domaine central (…). »

En quoi la création d'une monnaie et d'une banque centrale représenterait-elle une rupture avec le libéralisme ? Ce n'est pas le journaliste Duval qui perdra le lecteur dans les méandres d'une démonstration, puisqu'il n'y en a pas.

« On a aussi pu vérifier qu'avec l'euro l'Europe n'était pas devenue allemande (...) » La preuve selon lui ? « c'est le président de la Bundesbank qui a démissionné (...) »

Pour Guillaume Duval, une hirondelle qui part fait le printemps européen … Le niveau de la réflexion atteint des sommets, n'est-ce pas ?

NB : au passage, signalons l'emploi du procédé habituel des propagandistes fédéralistes (à savoir l'amalgame entre anti-euro, nationaliste, populiste, néofasciste), lorsque le rédacteur "alternatif" stigmatise les « adversaires [de l'Europe qui flattent] le chauvinisme supposé des Français » …

 

Pour rire d'une grenouille étrange qui ne joue pas dans sa catégorie, citons une autre affirmation pour une fois argumentée :

« (…) l'euro nous a apporté de nombreux bénéfices. Les taux d'intérêt ont été ramenés à des niveaux historiquement bas (...) » ;

Oui, mais comme le souligne aussitôt le journaliste :

« C'est d'ailleurs une part du problème d'aujourd'hui : ces taux étaient même trop bas (...) »

Mais monsieur Duval, si l'avantage est aussi un désavantage, où est le bénéfice ? En arithmétique, +1-1=0, n'est-ce pas ?

 

 

Contribuant à la saturation du bruit médiatique avec les penseurs doxiques, le pseudo alternatif mais vrai chef Guillaume serait-il un agent dormeur ?

 

Alexandre Anizy

 

"le joueur d'échecs" de Stefan Zweig

Publié le par Alexandre Anizy

« Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig (Stock, bibliothèque cosmopolite, 1988, 112 pages, 38 FRF) est une friandise à emporter dans un train ou un avion, puisque l’histoire se passe sur un bateau.

 

Pas sûr qu’on se remette aux échecs après cette lecture.

 

Alexandre Anizy

 

"le maître ou le tournoi de go" de Kawabata

Publié le par Alexandre Anizy

C’est à cause de Kawabata et de son livre « le maître ou le tournoi de go » (en poche) que nous avons goûté à la prose de Shan Sa (lire notre précédente note sur « la joueuse de go »).

Comparer ces deux livres serait une offense au talent de Kawabata.

 

Car chez Kawabata, la partie entreprise par les deux joueurs d’exception dépasse le cadre délimité du damier pour proposer une réflexion mélancolique sur le passé, une méditation sur la mort. Cette partie a réellement eu lieu en 1938 et elle demeure célèbre dans le milieu du jeu de go, comme le duel Fisher / Spassky aux échecs. 

Mais le livre de Kawabata n’est évidemment pas un article de presse rendant compte de la bataille terrible : il présente une psychologie des guerriers, leur environnement, le comportement des épouses et des spectateurs.

 

Pour vous donner un aperçu du style et des questions que le récit soulève, voici un très court extrait :

 

« Dans le milieu des jeux de compétition, le spectateur aurait tendance à prêter à ses héros des pouvoirs quasi surnaturels. Opposer des adversaires de talents équivalents suscite un certain intérêt, mais ce qu’on espère vraiment, n’est-ce pas un être inégalable ? » (p.52)

 

Bonne question, n’est-ce pas ?

 

Alexandre Anizy

 

 

La joueuse de go de Shan Sa

Publié le par Alexandre Anizy

Si Shan Sa n’avait pas été recrutée par Balthus, aurait-elle joui d’une telle aura dans le milieu littéraire dès son apparition ? A la lecture de son roman « la joueuse de go » (Grasset, août 2001, 343 pages, 19,50 €), nous en doutons.

 

C’est une bluette, ni plus ni moins affligeante que « la bicyclette bleue » de Régine DESFORGES. Le style est lassant dans son minimalisme : peu de phrases ont une proposition subordonnée.

 

Exemple :

« Il devait être tard mais j’ignorais l’heure. Le silence me pesait. Il faisait chaud. Je me levai et allai tirer les cloisons ouvrant sur la véranda.

La lune était ceinte de nuages opaques. Dans l’obscurité, le coassement des crapauds répondait aux soupirs des grillons. Je fermai les portes et regagnai ma couche. » (p.113)

 

Apprend-on beaucoup sur la situation politique de la Mandchourie ? Non.

Sur les conditions sociales ? Non plus.

Sur les subtilités du jeu de go ? Pas vraiment.

Sur la psychologie des joueurs ? Un peu.

Alors ?

Le contexte sert à dramatiser un amour improbable.

Et l’invraisemblance de la fin de l’histoire parachève la légèreté du récit.

 

Néanmoins, on peut comprendre que l’exotisme de SHAN SA intéresse.

 

 

Alexandre Anizy

 

Rezvani en échec

Publié le par Alexandre Anizy

Rezvani est un artiste complet : il sait tout faire.

Cependant, nous déchantâmes à la lecture de son roman « fous d’échecs » (Acte Sud, 1997, 271pages, 128 FRF).

 

Si on comprenait la raison de cette construction romanesque, le style rebutait.

Alors dans ce cas, sans hésitation, on ferme le livre à mi-parcours.

Le temps nous est compté. Comme à tous.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'intranquillité lexicale de Philippe Lefait

Publié le par Alexandre Anizy

 

En répondant favorablement à une "commande" d'un éditeur, Philippe Lefait nous a gratifié d'un « petit lexique intranquille de la télévision » (stock, avril 2011, bouquinel de 159 pages, 13,99 €) qui permet aux spectateurs innocents de découvrir les questions de médias à travers les interrogations subjectives d'un professionnel, qui essaie d'

« obtenir une parole qui ne soit pas celle que distillent dans la tournée des plateaux télévisés ces invités récurrents que vendent les services de presse est le désir de tout journaliste. » (P.L, page 70).

Le monde médiatique est en pleine mutation, mais l'auteur ne fantasme pas sur la plus-value démocratique des contributions citoyennes :

« Certains sujets nécessiteront toujours du temps, un savoir, une compétence, une expertise pour un nouveau journal, sur écran ou sur papier, recentré sur l'essentiel : une possibilité citoyenne de penser le monde. » (PL, p.127-128)

 

Malgré l'usure du temps, Philippe Lefait a gardé ses fureurs :

« elles sont intactes depuis trois décennies, font du bien et posent à l'infini la question de ce métier confronté au dévoiement de l'esprit public et au spectre facile de la république bananière. »

Nous lui en sommes gré.

 

Un journaliste-animateur, même du Nord – Pas de Calais, qui cite l'ardennais André Dhôtel ne peut pas être mauvais, nous n'en démordrons pas !

Que Philippe Lefait court pour bien nous entretenir.

 

 

Alexandre Anizy