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Dans le mille au Lucas Carton

Publié le par Alexandre Anizy

Le premier des talents est sans doute celui d'oser affirmer qu'on en regorge. Le jeune chef Julien Dumas l'a, en plus de celui qu'il démontre au Lucas Carton.

En cette belle journée d'octobre, dans le menu Dégustation du Lucas Carton nous avons savouré un foie gras subtilement préparé, accompagné d'un Riesling Kabinett Sonnenuhr 2013 (Moselle allemande) de grande qualité, comme le rouget qu'un chablis ne peut pas mettre en lumière. Passons vite sur le pigeon en harmonie ordinaire avec un Côtes du Rhône, pour évoquer la finesse du premier dessert (une assiette noire ou rouge foncé soulignerait mieux la blancheur).

Si Julien Dumas mérite son ♠ et qu'il œuvre pour en conquérir un deuxième, il pourrait obtenir un ♠♣ s'il valorisait plus les végétaux. D'ailleurs pour se différencier, dans un contexte d'excès de protéines animales dans l'alimentation et dans la perspective d'une future pénurie alimentaire, pourquoi ne s'attèlerait-il pas à la création d'un plat novateur à base d'insectes... ?

Alexandre Anizy

L'Allemagne siphonne l'Europe

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un article de bonne facture, le professeur d'économie Kostas Vergopoulos montre la responsabilité de l'Allemagne dans le fiasco européiste.

De temps en temps, les néoconservateurs de Libération laissent passer un article pour maintenir l'illusion de leur indépendance progressiste. C'est ainsi que le 11 octobre 2016 le professeur d'économie Kostas Vergopoulos, avec la précision et la concision qui le caractérisent (1), pointe l'enrichissement de l'Allemagne aux dépens de ses partenaires, ce qui explique son intransigeance dogmatique en matières monétaire, financière et budgétaire.

L'Allemagne s'enrichit, l'Europe s'appauvrit

A force d'accumuler des excédents au détriment de ses partenaires et de bénéficier en premier lieu de la politique de prêts de la Banque centrale européenne, la première puissance du Vieux Continent met en danger l'Union et sa monnaie.

Que l'entreprise européenne se préci­pite vers son point de non-retour est un sentiment largement partagé même par les partisans du projet européen et de sa monnaie unique. Toutefois, au cours

du sommet de Bratislava qui s'est tenu le 16 septembre, les dirigeants européens, malgré leurs doléances envers Berlin, n'ont eu droit qu'à une timide mise en cause par le couple franco-allemand de l'image "non attrayante" de l'Europe auprès de ses citoyens.

Or, il est rare que la qualité de l'image se limite à un problème de communication, surtout dans la région du monde qui, malgré ses excédents extérieurs records, bat aussi tous les records dans les domaines du ralen­tissement économique et du chômage.

Cela devrait être une question infiniment plus grave qu'un simple problème commu­nicationnel. Il y a déjà trop de signes dou­loureux dans la vie des dizaines de millions d'Européens pour prétendre que tout cela n'est qu'un simple problème d'image et se contenter d'un délai de six mois de réflexion pour l'améliorer.

Or, si l'Europe, tant sociale qu'économique, présente aujourd'hui un spectacle "déplorable", ce n'est pas parce que le reste du monde l'entraînerait dans son sillage dépressif. Au contraire : c'est le Vieux Continent, le plus grand marché mondial, qui, comme un énorme «trou noir», tire vers le bas le reste de la planète. Lorsque les Etats-Unis, le Japon,

la Chine et les autres économies émergentes essaient par tous les moyens de relancer leurs économies, l'Europe est la seule région qui, au contraire, s'entête dans l'austérité de ses dépenses et de ses revenus. Dans ce contexte, c'est tout à fait logique que le Vieux Continent, notamment l'Allemagne, extorque des surplus extérieurs faramineux, profitant des dépenses expansives des autres et de la restriction des siennes. Rien que pour l'année passée 2015, le surplus extérieur allemand atteignait 319 milliards de dollars, soit 8,9% de son PIB, dont plus de la moitié provient de la zone euro. Or, l'excédent alle­mand implique du même coup un déficit équivalent pour le reste du monde, notam­ment pour les pays membres de la zone euro. Cette dernière «pompe» les finances, tandis que leurs partenaires en subissent les effets. Les excédents de l'Allemagne exercent des effets de contraction sur les économies par­tenaires, notamment celles de la zone euro. Pour éviter ces effets néfastes, le pays excé­dentaire aurait dû relancer sa demande inté­rieure, ce que Berlin refuse au nom de sa compétitivité. De même, l'utilisation loyale, idéale, devrait être le

recyclage de ces excédents dans les pays déficitaires, ce que l'Al­lemagne refuse également, les investis­sements alle­mands à l'étranger ne dépassant pas 1,5% de son PIB. A l'intérieur même de

Face au danger d'assèchement des écono­mies européennes, la Banque centrale euro­péenne et son président, Mario Draghi, appliquent depuis 2012 la politique dite d'«assouplissement quantitatif» fournissant des liquidités à faible taux d'intérêt. De cette politique, sèchement désavouée par Berlin, l'Allemagne est pourtant, jusqu'à aujourd'hui, le principal bénéficiaire : les crédits bon marché de la BCE sont répartis parmi les pays membres non en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur participation au capital de la BCE. Autrement dit, les pays déjà compéti­tifs et excédentaires reçoivent la part du lion, tandis que les pays qui en ont le plus besoin n'en reçoivent que des miettes, la Grèce en étant formellement exclue sous le prétexte de sa dette excessive.Selon le journal écono­mique Handelsblatt, dans son édition du 6 septembre, l'Allemagne s'est déjà approprié plus de 30,5 milliards d'euros par an du pro­gramme de l'assouplissement quantitatif de la BCE au cours des années 20U-2015, ce qui lui permet de présenter un excédent budgé­taire annuel de18,5 milliards. Or, si la BCE ne prête qu'aux pays déjà solvables, cela impli­querait qu'elle ne remplit plus les fonctions de «créancier de dernier ressort» revenant à la notion de Banque centrale, mais qu'elle se comporte comme une banale banque com­merciale. Elle donne à ceux qui ont déjà et ne donne rien à ceux qui n'ont pas.

Le président de la Bundesbank, Jens Weid­mann, vient de clarifier mieux que tout autre la conception allemande de l'Union : l'Eu­rope ne devrait pas être un tout, mais plutôt une simple addition de pays solides sur le plan national, et compétitifs sur le plan international (1). Selon lui, le transfert de ressources parmi les pays membres est inad­missible, fût-il par solidarité envers les pays en difficulté, car cela nuirait à la discipline budgétaire de chaque nation membre. Or, si la solidarité des gagnants envers les <<perdants» de l'euro est exclue, à quoi la monnaie unique sert-elle, sinon à rendre leur redressement encore plus inattei­gnable ? De toute façon, l'austérité imposée par l'Allemagne dans ses partenaires depuis 2010 n'a pas optimisé le fonctionnement de la zone monétaire, n'a pas renforcé la convergence ni la cohésion d'ensemble, mais, au contraire, elle a ressuscité les an­ciennes divergences parmi ses pays mem­bres, tout en rajoutant des nouvelles.Son bilan se résume aux excédents thésaurisés pour l'Allemagne et à la persistante réces­sion pour ses partenaires.

Au cours des années 2010-2016, au lieu de stabiliser les économies de ses pays mem­bres, la monnaie commune fonctionne comme un important facteur de leur désta­bilisation. Pourtant, si un jour la zone moné­taire devait s'éclater, par suite des effets dévastateurs de l'austérité en période de récession, le plus grand perdant de l'affaire risquerait de s'avérer celui qui aujourd'hui paraît comme son principal gagnant.

(1) Lire le Monde du 18septembre.

Par

KOSTAS VERGOPOULOS

Professeur émérite des sciences économiques, université Paris-VIII.

(dans Libération du 11 octobre 2016)

Alors vraiment, toutes choses égales par ailleurs, nous ne voyons pas ce qui obligerait l'Allemagne à sortir de l'euro, qui est sa poule aux oeufs d'or. Seul un économiste comme Stiglitz (2) peut émettre l'abracadabrant souhait d'une telle sortie volontaire.

Alexandre Anizy

(1) Nous nous souvenons d'un cours magistral à Paris VIII en 1985-86 dans lequel Vergopoulos soutenait la thèse d'une politique keynésienne de Reagan.

(2) Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie en 2001, dans le Parisien du 11 octobre 2016 :

« C'est elle [l'Allemagne] la source du problème. La meilleure chose serait qu'elle sorte de la zone euro. »

La ligne commerciale de Donna Leon

Publié le par Alexandre Anizy

Cette année, Donna Leon tire à la ligne. Et comme elle, l'éditeur français met le paquet (1).

Grande déception en lisant Brunetti entre les lignes (Calmann-Lévy, 2016, en livrel), l'avant-dernier Donna Leon en vente dans toutes les librairies et grandes surfaces, puisqu'on espérait y apprendre deux ou trois choses sur le monde de la bibliophilie. Que dalle ! A la place, l'auteur nous sert du Tertullien : j'abhorre !

Comme nous le pressentions précédemment,

http://www.alexandreanizy.com/article-mauvais-augure-pour-donna-leon-120095608.html

Donna l'américaine n'est plus que dans la phase d'exploitation du filon Brunetti.

Alexandre Anizy

(1) En septembre, sortie d'un deuxième opus en 2016 : Brunetti en trois actes.

Bussi assassin !

Publié le par Alexandre Anizy

En juin 2016, le serial writer Michel Bussi a encore frappé.

Le temps est assassin est le nouveau polar de Michel Bussi (Presse de la cité, en livrel - cher, très cher forcément !). L'intrigue est foisonnante, ce qui tient le lecteur, mais l'absence de style élève presque l'écrivailleur Marc Lévy au rang de littérateur.

En publiant un livre annuel, le géo-politologue Bussi gagne du pognon (grand bien lui fasse !) en occupant son temps libre : c'est une affaire qui marche bien. Malheureusement il y a une victime : la littérature.

Alexandre Anizy

L'archipel manqué de Makine

Publié le par Alexandre Anizy

Trop de métier peut brouiller un texte : Andreï Makine de l'Académie française le démontre avec "L'archipel d'une autre vie".

Andreï Makine est incontestablement un écrivain de la trempe d'Henri Troyat : comme il en prend le rythme de production, espérons qu'il n'aura pas la même fin indigne. Alors on se renfrogne quand on songe au ratage de son dernier roman titré L'archipel d'une autre vie (Seuil, août 2016, livrel à 12,99 € - trop cher !).

Si l'auteur s'était cantonné au récit de la traque, il aurait sorti le meilleur roman de la rentrée. Malheureusement, la 6ème partie reste sur l'estomac (trop rapide, trop convenue, trop floue...).

Du même acabit, Makine semble avoir un rapport difficile avec les hélicoptères, puisqu'ils lui inspirent des images brouillonnes dignes d'une Karine Tuil inspirée (oxymoron) : un hélicoptère rompit la somnolence brumeuse du matin ou encore L'hélicoptère hacha la brume. Ça gâche le plaisir, parce que Makine c'est plutôt : Le sens de ma fuite se rapprochait désormais de cette "autre vie" dont il m'avait parlé et dont le début ressemblait à une marche sur les traces d'une femme inconnue.

Alexandre Anizy

De la centralité du contrat social

Publié le par Alexandre Anizy

Pour mieux occulter leur adhésion à la globalisation néolibérale, les questions de l'identité et de la laïcité seront en tête de gondole de tous les néoconservateurs en lice pour la Présidentielle 2017, alors qu'il s'agit tout bonnement du contrat social.

Comme le "prix Nobel d'économie" Joseph Stiglitz découvre tardivement les avantages de l'encadrement du crédit :

« Voici un mécanisme qu'un pays quittant la zone euro, ses restrictions et ses cadres juridiques pourrait utiliser. D'abord la banque centrale (l'Etat) met aux enchères [les "nouveaux keynésiens" adorent le marché et donc les enchères... ] les droits d'émission des nouveaux crédits. Les montants de ce crédit s'ajoutent à "la monnaie" qui se trouve au sein du système financier. L'envergure du crédit net que ce système autorise à ajouter chaque mois sera déterminée par la banque centrale du pays, sur la base de son évaluation de la situation macroéconomique - autrement dit, si l'économie est plutôt faible, elle fournira davantage de crédit pour la stimuler. » Extrait de son livre L'euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe (éditions Les Liens qui Libèrent, septembre 2016, 25 €), cité par Marianne du 9 septembre 2016 ;

Bienfaits de l'informatisation en plus, l'américain Stiglitz revisite l'encadrement du crédit comme l'apprenaient les étudiants dans le manuel remarquable du professeur Raymond Barre...

« [L'encadrement du crédit] est la forme la plus rigoureuse d'action globale sur le crédit : les autorités monétaires fixent le maximum des concours qui peuvent être accordés par les banques, ou déterminent le taux de progression des encours de crédit pendant une période déterminée. » Raymond Barre, Economie politique, tome 2, chapitre "la politique monétaire" pages 386 à 409 (PUF, 9ème édition, 3ème trimestre 1980) ;

En bref, le retardataire Stiglitz préconise en 2016 (mais mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ?) ce que nous demandions déjà en 2011 :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-creation-de-monnaie-doit-redevenir-une-fonction-regalienne-95827279.html

après avoir contribué à la victoire hégémonique du néolibéralisme dont le Nouveau Keynésianisme n'est qu'une variante, le philosophe empiriste Yves Michaud reformule quant à lui Jean-Jacques Rousseau, avec modération dit-il, dans son livre Contre la bienveillance (Stock, avril 2016, 180 pages, 18 €), parce que :

« Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu'il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme, et revenir aux conditions strictes de l'appartenance à une communauté républicaine, revenir aux conditions strictes du contrat politique. » (p.16)

Les événements terroristes qui ont ensanglanté la France montrent « que la communauté politique peut être détruite au nom du fondamentalisme religieux par des membres de cette communauté politique même » (p.19) : le meurtre est un mode d'action assumé. Comme autrefois dans la secte des Assassins (1), les nouveaux fanatiques peuvent recruter sur leurs territoires dans une population conditionnée, policièrement dominée. Mais en France, si on se réfère à l'étude de l'Institut Montaigne (2), ce sont 28 % des musulmans qui « adhèrent à des croyances religieuses directement opposées aux principes démocratiques, à commencer par leur adhésion à la charia, loi religieuse de compétence universelle et non territoriale qui s'opposent de manière catégorique au droit positif des sociétés démocratiques » (p.24), et qui forment un vivier significatif pour les prédateurs.

Révélant la déliquescence de l'intégrité républicaine, l'expression faire société fait florès : « cette expression informe et insaisissable qui dit si bien l'absence d'engagement » (p.27). Or, dans une aédie (3) démocratique, c'est à dire un espace historiquement, économiquement et politiquement défini, on ne devrait pas devenir citoyen par le simple fait d'avoir un certain âge : un acte d'adhésion aux principes démocratiques devraient être nécessaire, marquant ainsi le contrat social.

« Comment peut-on trouver normal de persécuter les adeptes de l'église de Scientologie et de tenir sous surveillance les sectes d'allumés (...) et, dans le même temps, tolérer les anathèmes contre les mécréants, les appels au meurtre, la diffusion de la propagande salafiste (...) » (p.32)

Si on s'accorde volontiers avec Yves Michaud pour dire que « quasiment toutes les religions sont obscurantistes, intolérantes et antidémocratiques » (p.30), on admet aussi que :

« C'est en effet un des concepts-clés de notre conception de la vie politique qui est remis en cause par le fondamentalisme islamique : celui du contrat social. » (p.36)

« Les théories du contrat social ne sont pas toutes des théories de la démocratie, mais elles ont un point commun essentiel : elles définissent toutes la souveraineté comme émanant du peuple se constituant en Commenwealth ou Res publica ― quelle que soit la manière dont cette souveraineté est ensuite déléguée et est exercée par un agent souverain effectif. » (p.40) Les atteintes à la souveraineté par les revendications religieuses disent formellement, à des degrés divers, le refus d'adhérer avec une volonté d'autonomie absolue, mais pas de sécession parce qu'il est appréciable de prendre tous les avantages de la Res publica.

Ne pas remédier à cette situation, c'est laisser proliférer les ferments de la discorde : à terme, c'est la guerre de tous contre tous.

« La seule réponse viable est donc de revenir, comme les pensées contractualistes, à un concept fort et rationaliste, à un concept robuste de la souveraineté, et à une conception forte et rationaliste des conditions d'appartenance à la communauté, notamment pour tout ce qui concerne les ferments religieux de dissolution. » (p.50)

Les Transformateurs doivent aussi remettre en chantier le contrat social, pour que le citoyen soit un agent engagé et non pas un bénéficiaire passif de droits. C'est l'expression réelle de la volonté consciente de l'individu qui fait le citoyen, et non pas la nationalité.

N.B. : le concept de nation n'a pas de consistance, puisque le sentiment d'appartenance ne peut être mesuré scientifiquement ; ce concept n'est pas non plus pertinent parce qu'il échappe à toute définition sociale. Sur ce sujet, on peut lire le livret de Gérard Noiriel : Qu'est-ce qu'une nation ? (Bayard, 2015, 105 pages, 14 €).

C'est la centralité du contrat social qui exprime en permanence la volonté générale, condition de la souveraineté.

Alexandre Anizy

(1) Lire le roman de Vladimir Bartol : Alamut (Phébus, 2012, 13,80 €).

(2) Etude publiée dans le Journal Du Dimanche du 18 septembre 2016. Quelques chiffres : les musulmans représentent 5,6 % de la population de la métropole (mais 10 % des moins de 25 ans) ; 75 % des musulmans sont Français (dont 50 % de naissance), 30 % ne vont jamais à la mosquée, et 28 % ont « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République » (compte tenu de la méthode employée pour l'enquête, la marge d'erreur pour un sous-ensemble est de l'ordre de 8 points).

(3) Nous préciserons notre concept d'aédie dans un prochain ouvrage.

Le télégrammisme de Karine Tuil

Publié le par Alexandre Anizy

Gallimard a recruté et mise sur Karine Tuil pour obtenir le César de l'édition. Mais la lessive "Tuil" mérite-t-elle de l'emporter chez les jurés ? Surtout pas.

Trois ans après L'invention de nos vies, où l'auteur plongeait une fois encore dans les spécificités sémites, l'écrivailleuse Karine Tuil revient en librairie pour fourguer L'insouciance (août 2016, livrel à 14,99 € - toujours cher chez Antoine G.), avec les gros moyens en finance et en vassalité du principal éditeur français. (1)

Cette année, pour échapper au soupçon de communautarisme, l'auteuse introduit les quotas dans ses personnages (bonne remarque de Jérôme Dupuis dans L'express du 24 août) : un Juif milliardaire, un Noir des banlieues, un Blanc, et une Blonde aux gros seins. Les caractères caricaturaux ayant été posés, l'histoire peut avancer à coups de clichés. Chez Tuil, l'imagination n'est pas au pouvoir.

Peut-être l'auteuse a-t-elle soigné l'écriture ? Las ! Il semble qu'il y ait confusion entre le style et un vocabulaire enrichi (liste non exhaustive des incongruités relevées par Frédéric Pagès dans le Canard du 31 août : "pulvérulence intime", une mer "d'iridescences", "sa vie avait déflagré"). Affligeant.

Puisqu'on est au supermarché (des idées reçues), glanons quelques échantillons :

« Oh, arrêtez avec ça, reprend Issa. On en a plein la tête de l'antisémitisme ! A l'école on nous enseigne quoi ? L'holocauste. C'est pas la Shoah, c'est le show permanent... Les pauvres juifs... Ah, ça on y a droit ! Mais l'esclavage, le colonialisme, rien, pas une ligne !

― La Shoah est le plus grand génocide de l'histoire ! s'exclame Sonia.

― Ce génocide, comme vous dites, a été commis par des Européens et tu sais pourquoi ? Parce que ces colonisateurs n'ont jamais traité les autres peuples que comme des sous-hommes.

― Et vous voudriez qu'on l'oublie ? demande Sonia. Qu'on n' en parle plus ?

― Y a deux poids deux mesures, c'est tout ce que je dis. C'est l'homme blanc qui écrit l'histoire et tout ce qu'il fait, c'est d'effacer la souffrance de l'homme noir. Ils instrumentalisent tous la Shoah pour se donner bonne conscience. » (page 190/461)

[La tête enfermée dans une prison virtuelle, c'est ainsi que Karine Tuil fait penser à certains textes de Roger Knobelspiess.]

« (...) ils étaient fiers de montrer qu'ils n'avaient pas cédé aux attraits de la capitale mais de nombreux Parisiens avaient décliné l'invitation : "la Seine-Saint-Denis, la nuit, c'est trop dangereux". Ceux qui avaient accepté l'avaient fait avec réticence en demandant si "on" n'allait pas "leur casser la voiture". » (p.302/461)

Puis pour la banlieusarde chic vient forcément le moment...

« A cet instant, elle préfèrerait être à sa place, en Irak, au milieu de ces chefs d'entreprise, ou à l'Elysée, en train d'écrire un discours. L'effervescence lui manque. Les réunions quotidiennes aussi. La grossesse va la mettre sur le banc de touche. » (p.364/461)

[Avec la blondasse aux seins opulents, la maternité handicapante pour la carrière... Tuil ne porte pas un discours valorisant pour les femmes.]

« Chacun se replie dans un coin du lit. La climatisation est en marche, pourtant la chaleur est étouffante, les nerfs brûlent, ça pourrait s'embraser. Marion est réveillée, elle fixe un point du mur, elle voudrait avoir la force de se redresser, de faire sa valise et de partir rejoindre Romain mais elle se contente de suivre François du regard tandis qu'il se lève et se dirige vers la salle de bains. » (p.368/461)

[L'écri-nain pipole Christine Angot a fait des émules : le télégrammisme - ce que Bernard Pivot appelle « une écriture énergique et diablement efficace »(2) - est tendance !]

Quant aux scènes de sexe, elles sont "détumescentes", comme l'écrit Jérôme Dupuis.

Avec Insouciance, Karine Tuil déflagre la littérature : ses lecteurs sont à compter parmi les "Blessés", auxquels elle dédie son produit.

Alexandre Anizy

(1) A lire la chronique de Bernard Pivot dans le JDD du 4 septembre 2016, on pourrait croire qu'une voix est acquise.

(2) Ibidem.

La consistance de Dolores Redondo

Publié le par Alexandre Anizy

Sans redondance, Dolores Redondo livre un polar surnaturel.

Avec parcimonie, Dolores Redondo a nimbé de surnaturel les enquêtes de l'inspectrice Salazar, sans quoi nous aurions fissa lâché l'affaire. Mais comme elle a soigné à la fois l'architectonique et le style, on lit d'une seule haleine De chair et d'os (Mercure noir, 2015, en livrel).

Alexandre Anizy

Démondialisation ou déglobalisation ?

Publié le par Alexandre Anizy

Jacques Nikonoff est candidat à la présidentielle 2017 au titre d'un Rassemblement pour la Démondialisation. Son discours est inintelligible.

Depuis avril 2016, il existe un Parti de la Démondialisation, dont Jacques Nikonoff est le président. A ce titre, il veut faire campagne pour la présidentielle 2017, comme il l'explique dans une tribune médiatique (1), parce que notre pays est atteint d'une maladie chronique et dégénérative :

« (...) une explication majeure apparaît pourtant en pleine lumière : la mondialisation. Pas n'importe quelle mondialisation, mais la mondialisation néolibérale. »

L'analyse par Nikonoff du projet néolibéral, qui repose sur 3 piliers (libéralisation financière, libre-échange, traités internationaux et institutions multilatérales), est correcte, sauf que les néolibéraux visent la globalisation du monde et non pas la mondialisation, parce qu'en soi les particularités locales ne les gênent pas tant qu'elles ne s'opposent pas à leurs règles cardinales. En fait, axer un projet politique sur le concept de démondialisation est une double erreur.

La première erreur, c'est d'apparaître comme des opposants au comportement naturel de l'humanité : l'histoire de l'Homme et de ses déplacements montrent qu'il a pris la planète entière pour son terrain de vie. Sous cet angle anthropologique, vouloir démondialiser, c'est d'abord heurter le bon sens des citoyens, et ensuite suggérer la délimitation d'espaces qui finiront par rivaliser. Sous l'angle économique, l'historien Fernand Braudel a montré la pertinence du concept d'économie-monde :

« En résumé, si on la compare aux économies du reste du monde, l'économie européenne semble avoir dû son développement plus avancé à la supériorité de ses instruments et de ses institutions : les Bourses et les diverses formes de crédit. Mais, sans exception aucune, tous les mécanismes et artifices de l'échange se retrouvent en dehors de l'Europe, développés et utilisés à des degrés divers, et l'on peut y discerner une hiérarchie : à l'étage presque supérieur, le Japon ; peut-être l'Insulinde, et l'Islam ; sûrement l'Inde, avec son réseau de crédit développé par ses marchands banyans, sa pratique des prêts d'argent aux entreprises hasardées, ses assurances maritimes ; à l'étage au-dessous, habituée à vivre sur elle-même, la Chine ; et finalement, juste au-dessous d'elle, des milliers d'économies encore primitives. » (2)

Si la mondialisation existait bien avant la formalisation du projet néolibéral à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce que reconnaît Nikonoff, alors c'est l'ambition de cette doctrine qu'il convient de nommer.

La seconde erreur, c'est de confondre démondialisation et déglobalisation. Car quel est le but des néolibéraux ? Ce qui leur importe est l'application globale, c'est à dire sur la Terre entière, des règles de gouvernance fondées sur leurs principes. La globalisation, c'est le processus qu'ils ont mis en branle dès le début des années 1960. La globalisation, c'est le culte du libre-échange qui nécessite le rabougrissement des Etats, ce qui favorise le capitalisme puisque comme l'écrivait Fernand Braudel :

« ― Le capitalisme reste fondé sur une exploitation des ressources et des possibilités internationales, autrement dit il existe aux dimensions du monde, pour le moins il tend vers le monde entier. Sa grosse affaire présente : reconstituer cet universalisme.

― Il s'appuie toujours, obstinément, sur des monopoles de droit ou de fait (...).

― Plus encore, malgré ce que l'on dit d'ordinaire, le capitalisme ne recouvre pas toute l'économie, toute la société au travail ; il ne les enferme jamais l'une et l'autre dans un système, le sien, et qui serait parfait : la tripartition dont je vous ai parlé - vie matérielle, économie de marché, économie capitaliste (celle-ci avec d'énormes adjonctions) - conserve encore une étonnante valeur présente de discrimination et d'explication. »(3)

Dans la globalisation néolibérale en cours, force est de constater que les systèmes sociaux et fiscaux sont mis maintenant ouvertement en concurrence pour un nivellement par le bas : ce sont donc la vie matérielle et l'économie de marché des différentes sociétés qui sont attaqués, comme le dit à sa manière Nikonoff.

Soulignons au passage la contradiction du néolibéralisme : visant à réduire l'Etat à son strict minimum, il favorise le développement du capitalisme, alors que « [celui-ci] ne triomphe que lorsqu'il s'identifie avec l'Etat, qu'il est l'Etat. » (4)

Vers la fin de la globalisation, on assisterait à des explosions sociales dans toutes les sociétés : pour les éviter, les hommes responsables et de bonne volonté doivent prôner la déglobalisation.

Le Brexit n'en est-il pas la deuxième manifestation, la première étant le rejet de la Constitution européenne par le peuple français en mai 2005 ?

La déglobalisation doit être la priorité politique des Transformateurs, parce qu'elle est la condition sine qua none de la réussite des autres. Malheureusement, en choisissant le concept inintelligible de démondialisation, Jacques Nikonoff et ses amis ont mal engagé leur combat politique. Or comme dit Albert Camus : « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. »

Alexandre Anizy

(1) Marianne du 26 août 2016.

(2) Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, pages 38-39 (Arthaud, avril 1985, 121 pages).

(3) Ibidem, page 115.

(4) Idem, page 68.

Cas de conscience avec Etienne de Montéty

Publié le par Alexandre Anizy

Avec un inédit de Dumas, le directeur du Figaro littéraire prescrit de la daube. Est-ce une règle du vade-mecum de la presse ?

Le 26 juillet 2016, Etienne de Montéty utilise un quart de page du Figaro pour louer un livre, Un cas de conscience d'Alexandre Dumas (Phébus, 105 pages, 11 €, et en livrel) : il aurait pu s'abstenir, tant ce texte repêché élève la platitude et l'ennui à un niveau inimaginable pour un Dumas. Alors pourquoi cette recension élogieuse ?

Etienne de Montéty (1) est un homme instruit et cultivé dont nous reconnaissons les facultés intellectuelles, même si cet homme-là a de bien mauvaises fréquentations, comme le commandant félon Hélie Denoix de Saint-Marc (2), ou bien le totalitaire Thierry Maulnier, et même si nous n'avons pas apprécié son roman La route du salut :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-deroute-de-montety-et-les-moeurs-de-l-edition-120471868.html

Alors pourquoi un médiacrate comme Etienne de Montéty prend-il un quart de page du Figaro pour recommander une daube d'Alexandre Dumas ? Réponse dans notre article en lien ci-dessus.

Alexandre Anizy

(1) En est-il ? Montéty (de) : ancienne famille bourgeoise du Rouergue (Séverac-le-château) répandue un peu partout aujourd'hui. Dictionnaire de la vraie & fausse noblesse, Tallandier 2008.

(2) Denoix de Saint-Marc : fausse noblesse ; bourgeoisie fieffée du Périgord (Campsegret, Bergerac). Ibidem.

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