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Donna Tartt n'a pas coupé dans le chardonneret

Publié le par Alexandre Anizy

            Face au pavé digeste de Donna Tartt, auteur américain culte (quel média français n'a pas sorti "son" papier dithyrambique ?), il importe d'être bref.

 

            Le chardonneret (Plon, janvier 2014, livrel à 14,99 € - trop cher !) est un roman bien ficelé, qui aurait gagné en efficacité s'il avait été plus court. C'est une production typique des écoles américaines qui inondent le marché. Heureusement, l'auteur a l'élégance de se faire rare.

            Disons-le autrement : la rareté et la qualité de Donna Tartt sont des objectifs que Joyce Carol Oates devrait se donner (i.e. publier un texte de haute tenue tous les dix ans environ), plutôt que d'encombrer les tables des librairies avec ses multiples publications mineures. (1)

 

            Compte tenu de son format, le dernier Tartt aurait fait un excellent roman de plage, si l'éditeur avait osé livrer bataille à la médiocrité.

 

 

Alexandre Anizy

  

 

 

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-le-fatras-de-joyce-carol-oates-122377000.html

 

Ô Guez, ô Guez

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans le train qui nous conduisait vers Evian, le roman de Jérémie Guez tomba littéralement sous nos yeux sur le comptoir de la voiture-bar, où Cédric Klapisch faisait la lecture à un môme en buvant un café. Ce n'est pas la couverture de  Balancé dans les cordes (tel est le titre ; J'ai lu, février 2013, 188 pages, 5,60 €), ni le fait qu'il ait glané le prix Sncf du polar 2013, qui ont provoqué cet achat impulsif, mais plutôt la 4ème bien conçue.

 

            Et dans le TGV qui nous emmenait vers notre station d'hiver préférée, un paradis blanc où les voitures sont bannies, nous lûmes la prose au cordeau de Jérémie Guez. Si dans ce polar efficace digne de la tradition américaine on trouve aussi le fatum du maître Léo Malet, l'auteur aurait gagné en profondeur s'il avait daigné apporter plus d'éclaircissements psychologiques sur le choix final du héros.

 

Quoi qu'il en soit pour le Tony,

            ô gué, ô gué,

ça le fait pour Jérémie,

            ô Guez, ô Guez,

Mais pour l'adaptation,

faudra trouver l'champion...

 

 

Alexandre Anizy

 

 

La séance de Chadortt Djavann

Publié le par Alexandre Anizy

            Si Chadortt Djavann mérite d'être lue et entendue comme nous l'écrivions en 2008 dans un autre billet littéraire (1), il incombe aussi à l'auteur de soigner son style.

 

« Elle s'enferma dans sa loge, se maquilla, détacha ses cheveux, enfila la robe, se regarda dans le miroir sans s'y reconnaître. Elle but un double raki sec avant de monter sur le podium. Elle n'était pas danseuse professionnelle, mais la profession de danseuse lui allait à merveille. Elle fut étonnée de se sentir moins mal à l'aise devant une salle pleine que lors de l'essai devant le patron. Elle dansait et y prenait plaisir. Donner du corps à la musique. Elle avait le sens du rythme..... » (p.363 ; La dernière séance, Fayard, août 2013, 490 pages, 22 €)

 

            Elle, elle se répète terriblement, elle dialogue beaucoup... si bien qu'elle lasse.  Le livre nous est donc tombé des mains.

 Si elle se donne le temps, Chadortt Djavann pourra peaufiner le sillon qu'elle a commencé.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/article-20260073.html

 

Zoran Živković vaut mieux que Chevillard

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque Bernard Pivot a sorti un papier dithyrambique sur Eric Chevillard (son humour, son style, sa loufoquerie, etc.), il nous semble opportun de signaler les qualités de Zoran Živković.

 

            Si avec Dino Egger et Démolir Nisard nous n'avons pas réussi à pénétrer le monde de Chevillard, échappant ipso facto à l'abêtissement si l'on en croit Tiphaine Samoyault (1), lire L'écrivain fantôme (Galaade éditions, janvier 2014, 165 pages, 16 €) fut plaisant.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : pour vous épargner la lecture du livre Pour Chevillard, lire la chronique de Patrick Besson (dans le Point).

 

Du pourrissement des pouvoirs

Publié le par Alexandre Anizy

            Une fois encore, l'Allemagne vient de montrer qui dirige vraiment cette union européenne qui n'en a plus que le nom. Avec l'habileté politicienne que l'on reconnaît à Mutti Merkel, ce pays à nouveau sous l'emprise d'une idéologie antidémocratique (l'ordo-libéralisme) a confié aux petits juges de Karlsruhe la tâche de dire "nein" à l'Europe des patries dont rêvaient De Gaulle et Adenauer, mais certainement pas les affidés atlantistes comme Jean Monnet. Vendredi 7 février, la Cour allemande a déclaré que la politique de rachat de dettes de la BCE est contraire au Traité : les modestes digues érigées péniblement pour sauver l'euro sont enfoncées.

            On note le cynisme de la décision des petits juges germaniques : après avoir délimité strictement la zone de pâturage, la Cour passe la corde à la chèvre luxembourgeoise. (1)

 

            En France, il paraît que la Caisse des Dépôts et Consignation est aux mains de "baronnies" : comme c'est son directeur général Jean-Pierre Jouyet qui le dit, un parfait exemple de la maladie enaïque qui ronge l'Etat social (2), en vertu d'une "régression nécessaire et impérative - there is no alternative, you know - et pour le plus grand profit des 200 familles (Cercle d'accapareurs que les Taittinger n'ont jamais quitté), on comprend qu'il a reconnu ses pairs.

            18 mois pour établir ce diagnostic fracassant : quel dirigeant performant !

 

            En France, un animateur besogneux, Yves Calvi, laisse un ministre pitoyable, Pierre Moscovici, qui semble avoir préféré, puisque l'objectif n'a pas été atteint au 31 décembre 2013, conter fleurette à une jouvencelle plutôt qu'œuvrer à "l'inversion de la courbe du chômage", insulter l'économiste Jacques Sapir (3).

            Que reste-t-il de la connivence quand on retire la "nuance" ?

            En la matière, le comble n'est-il atteint par Marianne (4) quand ce magazine, dirigé par le tricheur jouisseur Joseph Macé-Scaron (plagiaire notoire), titre sur "les nouveaux cyniques".

 

            Nous ne parlerons pas du pouvoir inexistant : le politique se soumet aux précédents.

 

Alexandre Anizy

 

(1) Lire l'article de Martine Orange

http://www.mediapart.fr/journal/economie/070214/la-cour-constitutionnelle-allemande-juge-illegale-la-politique-de-la-bce

 

(2)  http://www.alexandreanizy.com/article-21101706.html

        et

http://www.alexandreanizy.com/article-les-tartufes-socialistes-jean-pierre-jouyet-le-ponce-pilate-gracquant-43910658.html

        et

http://www.alexandreanizy.com/article-des-oeilleres-de-jean-pierre-jouyet-62812628.html

 

(3) Pierre Moscovici a dit péremptoirement dans "Mots croisés" du 3 février 2014 que Jacques Sapir est « vraiment d'extrême-droite ».

Pour Moscovici, nous vous renvoyons à notre billet de septembre 2008 :

http://www.alexandreanizy.com/article-22848282.html   

 

(4) Verra-t-on son ex-patron Maurice Szafran au chevet de Libération, puisqu'il déjeunait à la Closerie avec Bernard Guetta, gredin européiste et chroniqueur du dit journal, le mercredi 12 février à 13h15 ?   

Cynthia Fleury racole dans Libération

Publié le par Alexandre Anizy

            En sortant de la salle de sport, nous ramassons Libération sur le présentoir des gratuits (1) offerts par l'enseigne (c'est mieux que d'emballer le poisson, n'est-ce pas ?), car plus question d'acheter ce sermon libéral quotidien depuis belle lurette.

 

            Aujourd'hui, la parole est à la philosophe Cynthia Fleury qui vient soigner sa cote de notoriété en pissant un amphigouri brillant de son orthodoxie.

« Libération, c'est plus de quarante ans de vie démocratique, de combats intellectuels, de résistance de la pensée, quarante ans de la performativité du dire au service de la société... »

"de résistance de la pensée", quèsaco ? Un concept fleuryen ?

"de la performativité du dire au service de la société" : moyen de pression au service de la famille Seydoux dans les années 80 (à quoi sert le Figaro, les Echos, le Point... ?), etc. , de quelle action d'intérêt général Libération est-il l'énoncé ? Si la philosophe pressée voulait bien éclairer les lecteurs...

 

« La bataille qui se livre à Libération (...) Celle du travail, du pluralisme, de l'indépendance, du récit de nos vies singulières, celle du contre-pouvoir et de la régulation démocratique. »

            Il faut partager leurs idées ou bien n'avoir jamais lu la propagande d'un Jean Quatremer, d'un Bernard Guetta, ou d'un Eric Decouty (2) pour oser voir dans Libération un contre-pouvoir !

 

            Mais peut-être que Cynthia Fleury se fiche de Libération, de l'Humanité (3), comme du travail ? Elle n'interviendrait aujourd'hui que pour accroître sa part de marché médiatique, en quelque sorte.

            Ce n'est pas un délit. Mais quelle connerie !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : à côté du Figaro, L'équipe, Auto-Journal, des magazines féminins, c'est une démarche commerciale honorable.

 

(2) : Extraits de l'éditorial du 11 février 2014 sur la votation suisse :

« Le vote anti-immigration » ;

« La majorité helvétique qui s'est exprimée dimanche illustre enfin le risque de contagion du discours glauque mêlant le sentiment anti-européen, le rejet des étrangers et le refus d'un supposé "système" politique. » « Il est encore temps d'expliquer que l'Europe et l'immigration sont une chance économique et culturelle pour toutes nos sociétés. »

On croirait lire un éditorial de Natalie Nougayrède, le style alambiqué en moins... voire le communiqué de presse d'un Commissaire bruxellois.

 

(3) : Cynthia Fleury y tient une chronique.

Crève Libération !

Publié le par Alexandre Anizy

            Un journal iconoclaste, autrefois, est en train de mourir entre les mains de capitalistes minables, qui rêvent de restaurant, de réseau social, de bar, d'espace culturel, etc. : une new MJL (1), quoi !  

 

            Déjà dans les années 80, sous la houlette d'un pacha maoïste hayekien en extase devant le cynisme politique du francisquain Mitterrand, Libé nous offrait le spectacle navrant d'un navire maquillé comme une vieille pute, d'où sortaient des machines le fumet nauséabond des papiers d'un Laurent Joffrin glosant sur "la gauche morale".

 

            Au Demorand, il n'y a plus rien.

           

            Alors, en vertu du principe schumpétérien de destruction créatrice que ne saurait renier ce petit monde bobo : crève Libé !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : Maison des Jeunes "Libérés"

Le fatras de Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps nous avons eu une prévention à l'égard de cette Américaine qui écrit plus vite que son ombre : Joyce Carol Oates. Par bonheur, nous commençâmes avec son roman Les chutes (1). Porté par un courant de sympathie et curieux de voir une autre version du monde universitaire de l'empire (force est de constater que nous abordons à nouveau Oates pour une raison particulière), nous attaquâmes Mudwoman (éditions Philippe Rey, 2013, livrel à 16,99 € - un prix honteux !).

 

            Attaquer est le bon mot, puisque c'est une mosaïque complexe, pour ne pas dire confuse, qui se tient entre les mains du lecteur perplexe mais bienveillant. Au bout du texte, c'est une histoire sans grand intérêt racontée dans un cadre narratif savamment déconstruit (Oates étant professeur de littérature, est-ce le résultat d'un exercice utile à son cours ?), mais dans un style déplaisant.

            Quel ennui !

 

            En ce qui concerne le monde universitaire, le roman de John Williams, titré Stoner , est d'un autre tonneau. (2)

 

            Et en ce qui concerne Joyce Carol Oates, nous disons qu'elle aurait pu être une feuilletoniste réputée pour sa qualité et sa quantité, au lieu d'encombrer de son fatras les rayons des bibliothèques. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/article-l-ascension-des-chutes-par-joyce-carol-oates-113984086.html

 

(2)     http://www.alexandreanizy.com/article-stoner-le-chef-d-oeuvre-de-john-williams-97200814.html  

 

 

Pour un Conseil National de la Renaissance (CNR)

Publié le par Alexandre Anizy

            Tenue par une oligarchie cupide, gouvernée par des politiciens indigents, avilie par une médiacratie vénale, la France s'épuise dans une politique européenne mortifère qui, en dernière analyse, se décide à Berlin pour le plus grand profit de l'Allemagne, du moins pour sa bourgeoisie d'affaires. On peut choisir d'autres mots pour l'exprimer, mais au jour d'aujourd'hui, l'Union Allemande (UA) est un fait incontournable, quand l'idée d'une UE équitable et homogène n'est plus qu'une chimère. Mais il n'est pas question ici de reprocher aux politiciens germaniques d'être des utilitaristes prévoyants, cohérents et opiniâtres, toutes qualités absentes chez les Français depuis au moins 1983 ; il s'agit simplement de dire à quelle condition la France peut relever le défi du redressement économique et social.

 

            Alors que toutes les patries prenantes de la mondialisation ont gardé précieusement bec et ongles pour peser dans la bataille du capitalisme débridé, à commencer par les meneurs (Etats-Unis, Chine, Japon), l'UA s'est interdit l'emploi d'armes de défense massive (comme le protectionnisme), livrant ainsi son marché unique aux prédateurs étrangers sans réciprocité, à cause d'une pseudo élite sous l'emprise de l'ordo-libéralisme.

            C'est parce que les esprits et les institutions sont gangrénés par cette idéologie néfaste, qu'il est illusoire de penser que la France pourrait maintenant réorienter le navire en respectant les Tables de la Loi européenne. Ceux qui professent de telles balivernes ressemblent beaucoup aux intellectuels qui rêvaient de changer le Parti Marxiste-léniniste de l'intérieur : chacun sait qu'ils ont été broyés par la machine totalitaire.

 

            Pour changer le cours de son Histoire, la France doit donc s'affranchir du carcan européen actuel qui l'affaiblit, tout en proposant une nouvelle perspective réaliste et profitable aux patries prenantes de l'UA.

 

            Ce changement devrait être discuté et préparé au sein d'un Conseil National de la Renaissance (CNR) que nous appelons de nos vœux, un organe extérieur à tous les partis politiques existants. Pour participer aux débats de ce Conseil, il suffit de répondre à 3 conditions :

  • être pour un retour au franc pour entrer ensuite dans l'écu (future monnaie commune) ;
  • être pour la réparation et l'expansion de l'Etat social ;
  • n'avoir, au présent comme au passé, aucun lien direct ou indirect, avec l'extrême-droite.

            A la fin des travaux, de nouvelles personnalités soumettraient au peuple le programme politique ambitieux du CNR, car les drapeaux de la renaissance ne peuvent être portés que par des têtes qui ne se sont pas compromises avec les forces eurocratiques.

 

            Face à l'incessante fuite en avant de l'oligarchie psumpesque qui dirige la France depuis trop longtemps, il existe une alternative disséminée dans les esprits épars, qui n'attendent que le moment pour constituer la structure démocratique indispensable à l'élan patriotique.

            Alors à nouveau la France écrira son Nom dans le livre de l'Histoire.

 

Alexandre Anizy

 

La vie idéale de Charles Cros

Publié le par Alexandre Anizy

          Parfois la misère qui sévit de par notre monde, les guerres faussement humanitaires dans les contrées africaines, et ailleurs, la violence économique que les forces économiques dominantes imposent sur le vieux continent, la non-culpabilité permanente des grands responsables lorsqu'ils lâchent la rampe (quand ils renoncent au pouvoir, ce qui est rare...), pèsent sur vous comme un couvercle noir.

          Dans ces moments-là, la douce mélancolie d'un poète comme Charles Cros nous semble opportune.

 

 

          La vie idéale

 

Une salle avec du feu, des bougies,

Des soupers toujours servis, des guitares,

Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,

Où l'on causerait pourtant sans orgies.

 

Au printemps lilas, roses et muguets,

En été jasmins, œillets et tilleuls

Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls

Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.

 

Les hommes seraient tous de bonne race,

Dompteurs familiers des Muses hautaines,

Et les femmes, sans cancans et sans haines,

Illumineraient les soirs de leur grâce.

 

Et l'on songerait, parmi ces parfums

De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,

De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,

Aux pays lointains, aux siècles défunts.

 

                              Charles Cros, Le coffret de santal.