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Le ciel de Catherine Mavrikakis

Publié le par Alexandre Anizy

En août 2009 sortait en France « le ciel de Bay city » de Catherine Mavrikakis (Sabine Wespieser éditeur, 294 pages, 21 €), professeur d'université de profession.

 

Nous avons emprunté ce livre à la bibliothèque municipale, parce que ces premières phrases sonnaient bien :

« De Bay city, je me rappelle la couleur mauve saumâtre. La couleur des soleils tristes qui se couchent sur les toits des maisons préfabriquées, des maisons de tôle clonées les unes sur les autres et décorées de petits arbres riquiqui, plantés la veille. »

La lecture de la 4ème de couverture nous avait incités à renoncer à ce projet, tant les généralités sur l'holocauste, la mémoire du peuple juif, etc., rabâchées par déjà tant d'écrivains (les génies comme les écrivassiers), auguraient plus d'une nouvelle déconvenue que d'un enrichissement.

Mais l'envie d'avoir une autre vision de l'Amérique des années 50 et 60 fut la plus forte.

 

Disons que les 100 premières pages ont satisfait le lecteur.

Après, le pire envisagé se réalise : la découverte du secret familial, les fantômes qu'on emmène en balade dans la décapotable sur la highway, le bouddhisme sur le Gange, le cancer du voisin, l'altermondialisme de la fille prénommée Heaven, etc.

Bref, l'auteur savant nous a gavé d'un fatras tissé de liens hétéroclites, dont on finit par se ficher.

 

On préfère que le ciel de Catherine Mavrikakis soit tombé des mains plutôt que sur la tête.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le théorème d'Antoni Casas Ros

Publié le par Alexandre Anizy

« J'imagine le cosmos entier composé de suspensions hétéroclites. »

 

L'incipit du premier roman d'Antoni Casas Ros, « le théorème d'Almodovar » (Gallimard, février 2008, 146 pages, 12,50 €), place la barre au niveau des meilleurs … et l'auteur ne parvient pas à tenir la distance.

Mais il y a l'amorce d'un style, que les fous de littérature et de vie pressentiront.

 

Car le reste, à savoir le sauvetage d'une "gueule cassée", isolée du monde, par une transsexuelle qui tapine pour payer les hormones et assurer ses vieux jours dans un pays pauvre, avec Almodovar en "guest star", paraît presque superfétatoire.

Âmes sensibles et conventionnelles, s'abstenir.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

"Dublinesca" d'Enrique Vila-Matas

Publié le par Alexandre Anizy

« Dublinesca » d'Enrique Vila-Matas (Christian Bourgois éditeur, mars 2010, 341 pages, 22 € ; traducteur André Gabastou) est un roman subtil qui enchantera les lecteurs amateurs de flânerie littéraire : un vieil éditeur à la retraite se morfond ; pour s'activer, il choisit d'organiser un enterrement à Dublin, sur les traces de James Joyce.

 

Le passage sur le lecteur actif a retenu notre attention :

« Il rêve d'un jour où les éditeurs de littérature, ceux qui se saignent aux quatre veines pour un lecteur actif, pour un lecteur suffisamment ouvert pour acheter un livre et laisser se dessiner dans son esprit une conscience radicalement différente de la sienne, pourront de nouveau respirer. Il pense que, si l'on exige d'un éditeur de littérature ou d'un écrivain qu'ils aient du talent, on doit aussi en exiger du lecteur. Parce qu'il ne faut pas se leurrer : ce voyage qu'est la lecture passe très souvent par des terrains difficiles qui exigent une aptitude à s'émouvoir intelligemment, le désir de comprendre autrui et d'approcher un langage différent de celui de nos tyrannies quotidiennes. » (p.75)

 

La charge d'un personnage contre ce que nous appellerons l'empreinte française est savoureuse :

« (…) mais il n'y a rien de plus français qu'une théorie générale du roman. » (p.77)

        Plus loin, il dit :

« Tu devrais arrêter d'être un penseur de café. Je veux dire de café français. » (p.77)

 

A propos des écrivains ?

« Ses amis se comportent parfois non pas en amis mais comme des écrivains ou d'anciens auteurs, et sont alors identiques aux autres : de vrais porcs. » (p.220)

 

 

Bref, 341 pages de cogitations, de rêveries, de références intellectuelles.

Un livre parfait pour Philippe Sollers.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

L'économiste Laurent Cordonnier chez les Toambapiks

Publié le par Alexandre Anizy

On peut être un économiste hétérodoxe et un excellent pédagogue : c'est ce que Laurent Cordonnier vient de prouver avec sa fable titrée « l'économie des Toambapiks » (Raisons d'agir éditions, mars 2010, 232 pages, 8 €).

 

Un jeune professeur assistant de sciences économiques du Massachussetts Institut of Technology (MIT) a accepté une mission chez les Toambapiks : sous son impulsion, d'une économie agraire harmonieuse ils vont passer aux joies et aux affres de l'économie capitaliste avancée.

C'est une fable bien troussée, puisqu'elle réussit le tour de force d'expliquer simplement les principaux mécanismes économiques.

 

Pour ceux qui veulent comprendre les rouages de l'économie sans se coltiner les travaux des maîtres, et même pour les étudiants de 1ère année d'économie politique (nous préférons ce terme plus conforme à la réalité), ce livre constitue une bonne présentation du fonctionnement macroéconomique des sociétés. Par exemple, le concept d'économie monétaire de production, que nous avons déjà évoqué dans des notes précédentes (notamment celles concernant l'économiste Edwin Le Héron), vous deviendra familier.

 

 

Les étudiants de Laurent Cordonnier connaissent-ils leur chance d'avoir un enseignant aussi pédagogue que bien affûté théoriquement ?

 

 

Alexandre Anizy

 

L'institut du Turc Ahmed Hamdi Tanpinar

Publié le par Alexandre Anizy

Sur le conseil avisé d'une amie, nous avons réservé un peu de notre temps pour « l'institut de remise à l'heure des montres et des pendules » (Actes Sud, novembre 2007, 453 pages, 25 €) de l'écrivain turc Ahmet Hamdi Tanpinar (1901 – 1962).

 

Ce roman est une charge ironique contre la modernité et la bureaucratie, servie par un style élégant.

 

« Le banjo qu'Halit le Régulateur m'avait fait porter par un majordome, le soir du jour où ma tante était venue à l'institut dans une telle colère, est là, accroché au mur de mon bureau. Je le regarde de temps à autre et songe avec amertume comme j'ai autrefois pu être naïf dans mon apprentissage de la vie. Devais-je décevoir à ce point mon regretté bienfaiteur ? » (p.351)

 

Aux gens pressés, branchés, nous disons "passez votre chemin", car cette pierre n'est pas pour vous.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Demain l'envol de Jakuta Alikavazovic ?

Publié le par Alexandre Anizy

Voilà un jeune écrivain (Jakuta Alikavazovic est née en 1979) bourré de talent, dont il va falloir suivre les prochaines productions après « corps volatils » (en poche), son texte couronné par le Goncourt du premier roman en 2008.

 

Cette femme a réussi un tour de force : bien que son histoire nous semblât éthérée et ses personnages sans épaisseur, elle parvint à nous amener cahin-caha au point final …

C'est donc une bonne faiseuse. Il lui reste à trouver son style.

(En lire la définition de Philippe Djian dans nos notes consacrées à ce romancier chevronné)

 

Un autre avis personnel pour Jakuta Alikavazovic :

sa vašim prezimom, uspeh biće težak u Francuski !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Un avis sur Vladan Matijević

Publié le par Alexandre Anizy

« Le baisespoir du jeune Arnold » (éditions Les Allusifs, septembre 2009, 131 pages, 14 €) n'est pas un roman, mais une décharge de signes enguirlandée de provocations scatologiques pour maintenir le filet d'intérêt des lecteurs ébahis devant le barbouillage.

Son auteur, Vladan Matijević, dit qu'il « tâche d'écrire le moins possible ».

 

A notre avis, Vladan, quand on est au fond d'une impasse littéraire, il vaut mieux changer de registre.

Par exemple : oser le saut français, dont parle Enrique Vila-Matasdans « Dublinesca », sans nouvelle théorie générale du roman s'il vous plaît !

 

 

Alexandre Anizy

 

François Fillon est-il républicain ?

Publié le par Alexandre Anizy

Vous savez que les députés ont la possibilité de poser des questions écrites au gouvernement (un ministre en particulier, ou au premier d'entre eux) : vous en entendez lors de la fameuse séance du mercredi. Le 4 août 2009, le socialiste François Loncle en a déposé une à l'attention de François Fillon : elle reste sans réponse à ce jour.

 

Dans la Vème République, il est dit que la personne interrogée a deux mois pour répondre. Passé ce délai, la question est publiée en tête du fascicule hebdomadaire du Journal Officiel (JO) qui comporte les réponses des ministres. Au bout de 3 mois, la question toujours sans réponse est publiée au JO sous l'en-tête du ministre. Existe aussi la procédure des questions signalées : les présidents de groupe (à l'Assemblée) choisissent chaque semaine quelques questions ; jusqu'à ce jour, les ministres interrogés ont toujours respecté l'engagement de répondre dans les 10 jours.

 

Sauf François Fillon.

 

Alors, quelle est donc la question du député Loncle ?

Il demande au Premier Ministre Fillon d'une part si c'est lui qui dirige l'action du gouvernement (art. 21 de la Constitution) et si c'est toujours le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation (art. 20 de la Constitution), ou bien les 2 fonctionnaires de l'Élysée, Claude Guéantet Henri Guaino, qui se permettent d'annoncer ou de commenter les décisions politiques du gouvernement. D'autre part, dans la mesure où c'est toujours la Constitution qui prévaut dans ce pays, Loncle demande au Premier Ministre s'il veut bien ordonner à ces deux énergumènes sans légitimité populaire de cesser leurs interventions médiatiques.

 

Le comportement du Premier Ministre montre 3 choses :

  • François Fillon se couche devant 2 fonctionnaires, localisés à l'Élysée ;

  • François Fillon ne respecte pas les règles d'usage de la Vème République ;

  • François Fillon offense un représentant du Peuple en ne répondant pas.

Posons par conséquent une autre bonne question : François Fillon est-il vraiment républicain ? (au sens donné par Jacques Rancière dans « la haine de la démocratie » : lire notre note éponyme)

 

 

Alexandre Anizy

 

David Foenkinos fait le malin avec délicatesse

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons un point commun avec David Foenkinos : nous fréquentons le même club de tennis (à cause des enfants). Derrière la lice, David la joue modeste et "cool", mais Foenkinos fait le malin dès qu'on lui demande à brûle-pourpoint quel est son meilleur livre : « la délicatesse  (Gallimard, janvier 2010, 201 pages, 16 €) », répond-il du tac au tac.


L'incipit du roman recommandé par l'auteur en condense les qualités :

« Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). »

Pas mal, reconnaissons-le.


Mieux : la première page vous donne le rythme, l'état d'esprit du personnage, les mots et les jeux de l'écrivain. Ce qu'on résume par le "style" ou encore par : avec Foenkinos, y a du Souchon dans l'air !


Humour, désinvolture, légèreté, ce sont les termes justes qui reviennent couramment quand on parle d'un des meilleurs écrivains de sa génération (dit-on). Tellement léger, Foenkinos, qu'il lui arrive d'empiler avec délicatesse des conneries du genre :

« C'est toujours ainsi. On vit sous le diktat des désirs des autres. Nathalie et François ne voulaient pas devenir un feuilleton pour leur entourage. » (p.26) ;

Ou encore :

« Les enfances en Suède ressemblent à des vieillesses en Suisse. » (p.74)


Mais vous ne ferez pas trop attention aux bêtises, parce que le roman de Foenkinos se lit vite, façon "deux minutes trente-cinq de bonheur".

Un critique sévère dirait que « c'est du Marc Lévy amélioré, du ML+1 », une groupie indulgente s'écrierait que « Foenkinos est un Gavalda au masculin ».

Et nous qui ne sommes ni critique, ni sévère, ni groupie, nous aimons bien Gavalda ! (lire nos notes etc.)



Alexandre Anizy

 

 

Flore Vasseur l'intermittente de la pose

Publié le par Alexandre Anizy

 

En août 2006, Flore Vasseur, une jeune femme de bonne famille, publiait un premier roman, « une fille dans la ville » (éditions Equateur, 220 pages, 17,50 €), où elle raconte l'histoire ordinaire d'une fille qui lui ressemble.

« A la sortie d'HEC, je fais comme tout le monde : j'emprunte le tapis rouge de la très grande entreprise. » (p.13)

Le problème chez Flore, c'est que son héroïne se croit une rebelle :

« Je démissionne du cercle des quinquas. Je ne ferai jamais partie de la famille. » (p.109) ;

alors qu'elle vit grotesquement les soubresauts de l'Histoire :

« En feu [les tours de Manhattan, le 11 septembre 2001 ; ndAA]. Tom, un de mes collaborateurs, me prend en photo devant. Been there, done that, got the tee-shirt. » (p.93) ;

et qu'elle incarne sans difficulté les clichés de sa classe.


Faisons le pitch (comme dirait cet auteur branché, qui offre une discographie à la fin de son bouquin – quel chic ! quel humour (de connivence) !) : Flore Vasseur confond un agenda d'entrepreneur de la Toile maquillé pour l'auto-promotion avec un roman. Si Gérard de Villiers écrit des « SAS » pleins de tumultes et de sexe, le lecteur de Flore Vasseur crie vite SOS !


Le style ? Disons que sa nervosité voudrait cacher le vide intérieur des personnages. Flore Vasseur est un écrivassier terriblement tendance, horriblement chiant. You know what I mean ...



Au printemps dernier, Frédéric Taddéï recevait cet écrivassier dans son émission « ce soir (ou jamais) », puisqu'il vient de commettre un nouveau livre. Nous avons beaucoup ri en voyant les efforts de Flore pour imposer sa marque dans l'émission malgré sa transparence intellectuelle : elle parvint tout de même à prendre la parole au final pour synthétiser les propos des autres, comme on lui a appris à l'école …

Flore Vasseur est une intermittente de la pose dans la société du spectacle.



Alexandre Anizy