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Martin Veyron illustre Tolstoï

Publié le par Alexandre Anizy

A cause du grand Léon Tolstoï, nous sommes revenus dans une BD de Martin Veyron, Ce qu'il faut de terre à l'homme (Dargaud, janvier 2016, 19,99 €, en livrel à 9,99 €), très longtemps après L'amour propre (1983) ou Cru bourgeois (1998). En quelques dizaines de planches, il y aborde notamment le fondement du capitalisme : une frénésie inextinguible.

Son nouvel opus est simplement remarquable.

Alexandre Anizy

EDF : le Capital à la manoeuvre

Publié le par Alexandre Anizy

Aujourd'hui dans le Journal Du Dimanche, deux cadors de l'oligarchie apportent leur soutien au projet anglais insensé de EDF.

Nous passons vite sur l'incompétent Pierre Gadonneix, qui a le talent de transformer des carrosses en citrouilles, et à qui EDF doit des milliards de dépréciations pour son internationalisation ratée :

http://www.alexandreanizy.com/article-etincelles-d-edf-et-pierre-gadonneix-sevit-toujours-59188609.html

Quant à Thierry Breton, dont nous avons déjà dit le bien que nous en pensons,

http://www.alexandreanizy.com/article-thierry-breton-un-autre-professeur-tournesol-de-l-econo-globish-44309717.html

son propos est plus intéressant, puisqu'il vient de défendre à la commission des Affaires étrangères son projet européen de sécurité et de défense, qu'il résume ainsi :

« L'Etat doit faire tourner ses participations au mieux de ses intérêts patrimoniaux. Je déplore qu'il n'ait pas su le faire entre 2007 et 2012, période durant laquelle il n'a rien vendu. Aujourd'hui, nous pouvons profiter d'une abondance de liquidités à taux zéro, voire négatifs. Cela crée une opportunité exceptionnelle pour les investissements à long terme. Pour financer des projets de modernisation de pans entiers de notre économie en matière de transport, de transition énergétique, de réseau haut débit en créant des fonds d'infrastructure. C'est l'idée que je défends à travers la création d'un fonds européen de sécurité et de défense. »

L'élisphère approuve le projet en filigrane, puisque Breton a fait un tabac à la commission.

Nous observons donc ce dimanche une montée au créneau des administrateurs de l'oligarchie pour encourager EDF dans ce projet des 2 EPR anglais. On remarque aussi la prudence du président de EDF Jean-Bernard Lévy qui veut toujours y aller, mais en s'assurant dès maintenant que l'Etat français crachera bien au bassinet au moment catastrophique.

Alexandre Anizy

EDF et SNCF sont 2 futurs Titanic

Publié le par Alexandre Anizy

Au début des années 2000, pour se mettre en conformité avec le dessein bruxellois du "marché unique européen", la SNCF fut éclatée. L'infrastructure du réseau ferroviaire fut logée dans RFF. Des technocrates imbéciles crurent malins de charger d'un maximum de dettes cette nouvelle société, délestant du même coup le fardeau de ce qui restait de la SNCF, ce qui lui permettait de continuer à s'endetter pour financer son développement "tout TGV". Dès sa naissance, RFF n'a jamais eu et ne pouvait pas avoir la possibilité de réussir sa mission : nous étions peu nombreux à le dire à cette époque. A peine 15 ans plus tard, quelle est la situation du rail en France ?

  • le FRET (transport de marchandises) est passé de 55 milliards de tonnes par Km au début des années 2000 à moins de 20 milliards en 2014 ;
  • la dette du groupe SNCF s'élève à 44,4 Milliards d'euros, celle de Sncf Réseau (i.e. l'ex RFF) s'élève à 34 Milliards d'euros en 2014 et elle augmente chaque année de 3 Milliards ;
  • faute de moyens financiers, les infrastructures et les matériels n'ont pas été entretenus dans un état satisfaisant, ce qui est la cause de l'accident de Brétigny.

On peut dire en résumé que le rail français s'est approché dangereusement de la situation anglaise de 1980 : le délabrement.

Nous pensons que cette situation n'est pas pour déplaire à certains, comme nous allons l'expliquer.

Dans ses comptes 2015, le groupe SNCF a déprécié la valeur de ses actifs de 12 Milliards d'euros : 2,5 Mds pour Sncf Mobilités et 9,5 Mds pour Sncf Réseau. Concernant la première entité, le parc de TGV est dévalorisé de 1 Md, et comme la nouvelle ligne Tours - Bordeaux est jugée déficitaire avant même son ouverture en 2017 (comment peut-on en arriver à cette situation lamentable alors que nous sommes sur un marché mature ?), ils complètent de 1 Md pour les rames récemment acquises. A ceci, il faut ajouter une dépréciation de 450 millions pour les actifs de Gare & Connexions, la filiale de Sncf Mobilités qui détient les gares, suite à une décision de l'Autorité de régulation ferroviaire (Arafer) lui demandant de baisser ses prix pour l'utilisation de ses équipements. Concernant l'entité Sncf Réseau, la valeur des voies ferrées est maintenant de 33 Mds, soit une diminution de 10 Mds : la dette de Sncf Réseau étant refinancée à hauteur de 6 Mds chaque année, le coût de cette opération va forcément augmenter à cause de la baisse de cet actif.

On pourrait penser que ce nettoyage de bilan est le premier pas vers un retour à une gestion sérieuse de la SNCF. Que nenni ! Le 1 mars, l'Autorité de régulation du fer (Arafer), toujours elle, a d'une part refusé l'augmentation des tarifs de péage demandée par Sncf Réseau, et d'autre part exigé une remise à plat générale des tarifs de cette entité... parce qu'ils seraient trop chers, notamment pour les TGV. Faisons ici 2 observations :

  • si Sncf Réseau baisse ses tarifs, son problème crucial d'aujourd'hui, à savoir l'insuffisance de l'investissement et la maintenance du réseau, va s'aggraver : compte tenu de ce qu'il convient de penser des "départs pour convenance personnelle" dans le monde des affaires, n'est-ce pas pour cette raison que son président Jacques Rapoport a démissionné le 19 février 2016, refusant de cautionner cette fuite en avant irresponsable qui provoquera d'autres accidents, d'autres "futurs homicides involontaires de voyageurs" ? ;
  • croyez-vous que Sncf Mobilités pourrait profiter de la future baisse des prix pour redresser ses comptes ? Non ! Il va l'utiliser pour baisser les prix des billets des voyageurs, afin de remplir les fameux TGV low cost, comme disent ces pédants.

Le médiatique Guillaume Pépy a beau se gargariser des "vrais chiffres" 2015, selon son expression, à savoir 2.000 suppressions d'emplois et 653 millions d'économie dans les frais généraux (comme il dirige "sa structure" depuis de nombreuses années, on est en droit de poser 2 questions : n'y-avait-il pas avant 2015 une gabegie acceptée par le même Pépy ? ou bien n'est-ce pas encore des économies qui fragiliseront au final l'entreprise ?), la réalité le rattrapera à nouveau comme à Brétigny, parce que la fuite en avant prévaut dans le groupe SNCF.

Cette fuite en avant que nous dénonçons, on la retrouve aussi dans les agissements scandaleux de certains dirigeants du rail dans l'instruction judiciaire en cours pour l'accident de Brétigny. En effet, grâce au Canard enchaîné, le public sait que la "Direction de la SNCF" a mis à la disposition du personnel, avant son audition par les juges d'instruction, de "conseillers juridiques maison" pour les briefer (ce conseil par exemple : aller les mains vides à l'audition... c'est aux juges de poser les bonnes questions, de trouver les documents, n'est-ce pas ?). Pire : les juges ont découvert qu'un haut cadre de la SNCF a sollicité des faux documents visant à montrer qu'il y aurait eu une maintenance effectuée sur le site de Brétigny... et un fort soupçon entoure justement une fiche technique allant dans ce sens (comment un technicien, qui ne se souvient pas d'avoir réparé l'aiguillage, peut-il avoir rédigé une fiche pour ce travail alors même que les tableaux de service indiquent qu'il ne bossait pas à Brétigny ce jour-là ?). Pour nous, la messe est dite : quand une entreprise joue aux marges de la légalité et voire plus pour masquer ses fautes, il est à craindre que l'effondrement moral des dirigeants et le délabrement des biens conduiront à de nouvelles catastrophes.

Venons-en au fond : force est de constater que la loi ferroviaire d'août 2014, qui a reconstitué le groupe ferroviaire SNCF avec 2 entités (Sncf Mobilité et Sncf Réseau), n'a en fait rien résolu du point de vue financier. Pourquoi ? Parce que la SNCF doit être in fine privatisée, pour répondre au mieux aux exigences de la Commission Européenne pour le "marché unique" (conçu en 1985 par le social-traître Jacques Delors). Si on garde en vue cet objectif ultime, on comprend que le nettoyage du bilan 2015 ne peut que plaire aux futurs acheteurs potentiels (nous faisons l'hypothèse que la montagne de dettes sera comme d'habitude logée dans une société publique ad hoc lors de la casse finale, selon le principe maintenant bien connu du public : privatisation des profits, socialisation des pertes) ; on comprend aussi que l'administration effarante de l'énarque Guillaume Pépy est en adéquation avec l'objectif de privatisation, et c'est parce qu'il respecte sa feuille de route que ce sinistre individu est indéboulonnable (la rumeur dit qu'il chercherait un nouveau poste prestigieux pour descendre au plus vite du train : on le comprend... laisser couler une nouvelle fois une larme photogénique sur le site d'un prochain accident dramatique, ça ferait un peu chochotte).

A ce jour, EDF a un endettement de 37,4 Milliards d'euros, et elle a chiffré à 55 Milliards les travaux de carénage (amélioration de la sûreté de ses 58 centrales) entre 2014 et 2025, un montant que la Cour des Comptes a porté à 100 Milliards d'ici 2030. A cette montagne de dettes, est-il raisonnable d'en ajouter 23 Milliards avec les 2 EPR anglais, sachant que le gouvernement anglais a déjà abandonné sa principale promesse ?

Quant à la technique, parlons-en avec le désastreux chantiers de Flamanville (6 ans de retard, un coût passé de 3,5 à 10 Milliards d'euros) :

« Les cuves d'EPR doivent avoir en tout point une résistance d'au moins 60 joules, or certaines zones sont loin du compte, parfois même à 36 joules seulement. Mais l'Autorité de sûreté nucléaire (qui n'a aucune autorité sur les exploitants et n'assure absolument aucune sûreté) cherche par tous les moyens - dérogations, comités d'experts, diversions, écrans de fumée, poudre aux yeux, etc. - à autoriser EDF à utiliser quand même sa cuve défaillante. » (1)

Car en 2015, malgré la mise en garde de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) sur le rejet de la calotte inférieure et du couvercle, ce qui serait une catastrophe (pour démonter le fond de la cuve déjà installé, il faudrait casser une partie du cœur nucléaire... soit encore des années de retard pour ce chantier !), AREVA et EDF ont décidé de continuer les travaux : « C'est un pari industriel, un pari économique que nous assumons » (2), a déclaré un directeur d'EDF (approuvé par son collègue d'AREVA). En entendant de tels propos incongrus, il n'est pas exagéré d'affirmer que ce dossier est géré à la roulette russe.

Il faut maintenant évoquer la nouvelle mission de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) dévoilée par son directeur, Jacques Repussard :

« Après l'accident de Fukushima, (...) et l'IRSN a maintenant une mission de pédagogie vis-à-vis du public. La doctrine elle-même n'a pas changé (...). Mais le problème de calcul, lui, reste entier, avec celui des marges de sécurité retenues pour décider des limites et de la durée de l'évacuation. » (3)

Dit autrement : on conteste le thermomètre... et on bourre le crâne du public (c'est ce qu'ils appellent "faire de la pédagogie") grâce aux avis péremptoires de nouveaux experts (en phase avec la "nouvelle mission").

Quand les experts commencent à changer les cadres pour que les données tombent dans la nouvelle configuration autorisée, nous sommes concrètement dans la manipulation scientifique, ce qui n'augure jamais rien de bon.

D'ailleurs, en parlant d'experts, en voici un qui doit être bien informé de ces questions puisqu'il est membre du Conseil d'AREVA NC (on imagine qu'il n'est pas là pour toucher les jetons de présence, n'est-ce pas ?), l'économiste Pierre-Noël Giraud : il annonce quelques Fukushima d'ici la fin du XXIIe siècle :

« Certaines zones, peut-être très vastes, seront abandonnées aux déserts, y compris radioactifs en raison de quelques Fukushima que nous n'éviterons pas. » (4)

Pierre-Noël Giraud, vous pouvez le croire puisque "c'est pas un imbécile, c'est un polytechnicien", aurait pu dire Fernand Raynaud.

EDF est en difficulté, à la fois industrielle et financière. Après une première connerie en Angleterre, le rachat aberrant de la société British Energy (achetée 15,8 Mds€, l'entreprise ne cesse d'être dépréciée dans les comptes EDF car elle a été surpayée),

http://www.alexandreanizy.com/article-20239227.html

et

http://www.alexandreanizy.com/article-21844867.html

tout est en place pour en commettre une nouvelle avec le projet Hinkley Point qui pourrait devenir l'iceberg coulant l'EDF-Titanic déjà délabré.

La valeur boursière d'EDF a déjà explosé, passant de 87 € à 10,15 € (8 mars 2016 à 14h40). Si le Pdg Jean-Bernard Lévy et son Conseil d'administration se lancent dans la folle aventure des 2 EPR anglais, c'est l'entreprise qui implosera du fait de sa dette et/ou des futurs accidents industriels.

D'un autre point de vue, ce projet anglais, soutenu par le ministre banquier Emmanuel Macron - énarque vaguement philosophe et prétendument économiste -, s'il occasionne une future cessation de paiement d'EDF, n'est-il pas un moyen simple et juteux pour les banques et les autres acteurs financiers de mettre la main sur EDF via une privatisation au rabais qui laisserait le "bon business au marché" et les dettes dans une société publiques ad hoc ?

En conclusion, nous disons que SNCF et EDF sont 2 Titanic plombés par leurs dettes : l'iceberg qui se dressera devant ces 2 entreprises se nomme "délabrement", et il causera la chute définitive suite à un accident d'ordre financier ou catastrophique.

Alexandre Anizy

(1) Stéphane Lhomme, dans La décroissance, février 2016.

(2) Canard enchaîné du 2 mars 2016.

(3) Journal Du Dimanche du 6 mars 2016.

(4) L'homme inutile. Du bon usage de l'économie, Odile Jacob, octobre 2015, p.115.

Charles Robinson ou la fabrique des crétins

Publié le par Alexandre Anizy

Charles Robinson s'est lancé un défi littéraire avec son dernier roman, La fabrique de la guerre civile (Seuil Fiction & Cie, janvier 2016, livrel à 15,99 € - trop cher !) : écrire comme parlent les protagonistes issus des banlieues. Echantillon :

« Bambi passe devant les boîtes aux lettres. Les premières rafales claquent. Tac tac tac schlac schlac schlac [apprécions le rythme tertiaire. NdAA]. Les balles frappent son corps à répétition. Pump pump pump.

Bambi est projeté au sol par les impacts. Son crâne heurte violemment par terre.

Etalé sur le dos comme un cloporte, Bambi mitraille l'escalier à la grande mode I will be back. Les murs sont perforés sur deux étages.

Bambi recule sur un coude.

Ils ne descendent même pas.

La grenade à fragmentation MKII dégringole les marches.

Qui dira dans l'air du soir le rebond de l'ananas métallique sur le ciment ? [il a pourtant le sens de l'image, le bougre ! NdAA]

Yah ! ahh ! ahh ! » (p.142/485)

485 pages de daube, on n'a pas tenu longtemps, évidemment.

Charles Robinson écrit comme ils font l'école d'aujourd'hui : en laissant la populace [entre eux, ils en parlent comme ça. NdAA] dans "sa culture". Charles Robinson apporte sa modeste contribution à la fabrique des crétins.

Alexandre Anizy

Talent rare chez Sandro Veronesi

Publié le par Alexandre Anizy

Comme les terres, le dernier roman de Sandro Veronesi montre que le talent est rare.

Nous avions gardé un bon souvenir de Sandro Veronesi avec son roman Chaos calme : voir le billet ci-dessous.

http://www.alexandreanizy.com/article-25909104.html

C'est pourquoi nous avons cédé à la tentation (1) de lire Terres rares (Grasset, en livrel à 15,99 € : trop cher !), parce qu'il s'agit de la suite du Chaos.

Patatras ! Les soixante premières pages furent assez pénibles (bon Dieu, le style !), puisqu'on a failli fermer définitivement le livrel, mais nous avons résisté stoïquement à cause de l'architectonique minutieuse... qui frise l'improbabilité. Au bout du texte : l'insatisfaction.

Alexandre Anizy

Azadi pour comprendre l'Iran

Publié le par Alexandre Anizy

Certains livres nous réconcilient avec la littérature, du moins celle qui ambitionne de contribuer à la découverte des sociétés pour que les hommes puissent les améliorer. Le roman Azadi de Saïdeh Pakravan compte parmi ceux-là.

Azadi de Saïdeh Pakravan (Belfond, janvier 2015, en livrel à 12,99 € - trop cher !) est d'abord un bon roman : un style fluide et plaisant, des caractères définis, une architectonique maîtrisée et adaptée au contexte. L'histoire se passe à Téhéran au moment des manifestations de juin 2009 : l'étudiante Raha et ses ami(e)s y participent, mais elle seule va connaître la prison, l'interrogatoire, la torture et le viol. Quand elle sort quelques jours plus tard (ses parents vivent dans les beaux quartiers...), tout a changé pour elle, forcément. Pour se relever, elle choisit de poursuivre légalement ses violeurs, ce qui en ce monde n'est jamais une mince affaire : au pays des mollah, cela ressemble à une épreuve titanesque.

Voici ce que dit un vieux personnage iranien, grincheux et désabusé :

« L'islam essaie toujours de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Au fond, son essence est, comme le judaïsme, une série de croyances qui déterminent de façon précise comment avancer dans la vie. C'est juste une liste de règles. Le judaïsme ne prétend jamais être spirituel ou transcendantal ou aspirer à un ordre plus élevé, il n'a ni enfer ni paradis ni quoi que ce soit d'autre que ce que nous avons ici. Il faut suivre les règles pour être un bon juif. C'est pareil pour l'islam, mais il prétend être spirituel. » (p.109 / 346)

Il nous paraît judicieux de citer aussi ce passage :

« Dans un pays musulman, un bon musulman est quelqu'un qui ne triche pas, qui ne tue pas, qui cultive des valeurs de compassion, qui aide les pauvres, etc. En un mot, qui fait toutes les choses qu'un bon chrétien ou un bon bouddhiste ou un bon n'importe quoi est supposé faire. C'est le seul avantage que je trouve à la religion - elle empêche les gens de s'entre-dévorer. » (p.162 / 346)

Ce livre est un tableau de la société iranienne et de la situation politique. La fin en surprendra quelques un(e)s, et nous remercions l'auteur de ne pas avoir cédé à une facilité romanesque.

Alexandre Anizy

Quelque chose de Jacques Roubaud

Publié le par Alexandre Anizy

La mélancolie de Jacques Roubaud dans Quelque chose noir (Poésie Gallimard) charme le lecteur, parce que sa prose poétique a bonne mine. Un échantillon en guise de preuve ?

Dans l'espace minime (extrait)

Je m'éloigne peu souvent de cet endroit comme si l'enfermement dans un espace minime te restituait de la réalité, puisque tu y vivais avec moi.

A sa descente, comme à sa montée, le soleil pénètre, s'il y a du soleil, et suit son chemin reconnaissable, sur les murs, les planchers, les chaises, courbant, couchant les portes.

Je suis là beaucoup, à le suivre des yeux, à interposer ma main, sans rien faire, penser, complément d'immobilité.

Tu n'habites pas ces pièces, je ne pourrais dire cela, je ne suis pas hanté de toi, je n'ai plus, maintenant, que rarement l'hallucination nocturne de ta voix, je ne te surprends pas en ouvrant la porte, ni les yeux.

(...)

Mailman de J. Robert Lennon

Publié le par Alexandre Anizy

Certains éditeurs français sont tellement "in" qu'ils ne traduisent plus les titres des romans américains. Un exemple : Monsieur Toussaint Louverture qui met sur le marché en février 2014 Mailman de J. Robert Lennon, publié en 2001.

Au cours de la promotion, certains journalistes ont évoqué Bukowski, un postier dégueulasse qui a fini par décrocher la timbale littéraire, et même le Kennedy de la conjuration des imbéciles. C'est une comparaison bien excessive.

Alexandre Anizy

Les mal-vivants de Pierrick de Chermont

Publié le par Alexandre Anizy

Le plus dur n'est pas une vie d'aveugle, mais d'agir avec

l'humilité requise ; nous sommes des si mal-vivants

Que même un cheval avec des œillères, ou du foin que

disperse le vent, en savent plus sur le monde que le

plus savant d'entre nous.

Pierrick de Chermont. Par-dessus l'épaule de Blaise Pascal

(éditions de Corlevour, juillet 2015 ; extrait de la page 20)

Sur cette Terre qui est parfois si jolie, que d'ignorance et d'orgueil !

Fuir les polars de Pablo De Santis

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un style de bonne facture, Pablo De Santis écrit des histoires policières qui se déroulent à la fin du XIXe : après avoir résisté à l'ennui jusqu'au bout du Cercle des douze, nous n'avons pas hésité à refermer Crimes et jardins à la page 66.

Pablo De Santis se réfugierait-il dans le passé pour échapper aux temps présents ?

Alexandre Anizy

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