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Giorgio AGAMBEN et la signature

Publié le par Alexandre Anizy

Nous signalons la parution de « Signatura rerum. Sur la méthode » (édition Vrin, 144 p., 10 €) du philosophe italien Giorgio AGAMBEN.

Pour ceux qui s’intéressent aux concepts de paradigme, de signature, d’archéologie.
Par exemple, pour AGAMBEN le camp de concentration serait le paradigme de l’Occident, l’état d’exception le paradigme du gouvernement.

Et toute chose porte une signature : il n’y a pas de signe pur, non marqué : d’où l’importance de traquer la vérité dans les détails, les rebuts, les déviations, comme le faisait Michel FOUCAULT.

C’est pourquoi nous sommes aussi attentifs à la communication non verbale.

 
Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de notre note économique du 11 août 2008 portant le même titre)

« Dans les prochaines années, l’Europe sera écartelée entre la poursuite de son rêve d’unification et les forces centrifuges qui vont s’exprimer de plus en plus bruyamment. » (p.75, François LENGLET, « la crise des années 30 est devant nous », Perrin 2007, 236 pages, 17,50 €)
Dans cette affaire, LENGLET ne fait qu’annoncer une bataille qui a déjà commencé. Mais il met en lumière un phénomène.

 
« La belle idée européenne est un phénix. Elle réapparaît après chaque crise internationale et meurt juste avant la suivante. » (Idem, p.76)

Vers 1925, l’idée récente de l’autrichien COUDENHOVE-KALERGI revient sur le devant de la scène politique : les « Etats-Unis d’Europe » comporteraient un secteur sidérurgique commun, un marché unique, une union monétaire … vaste programme ! Aristide BRIAND l’adoptera après la signature du traité de Locarno, et présentera un projet d’union aux 27 nations européennes réunies dans la Société Des Nations (SDN) : « L’Allemagne s’enthousiasme, pourvu que l’union soit d’abord économique … » (Ibidem, p.81) De ce point de vue, l’Histoire se répètera.

1ère application de ce projet : le franc POINCARé. En juin 1928, le Président du Conseil Raymond POINCARé décide du retour à la convertibilité-or, au cinquième du franc germinal de 1913. Cette parité est empreinte d’une grande sagesse, fondée sur une analyse saine et pragmatique de l’état réelle de l’économie française à cette date.     

En matière économique, la parité retenue pour le franc Poincaré est peut-être la mesure la plus intelligente prise par les hommes politiques dans cette période de l’entre-deux guerres. Car cette dévaluation de fait dégonfle l’énorme dette de l’Etat, qui retrouve ainsi des marges de manœuvre économique, au détriment des rentiers dont certains s’estiment « euthanasiés ».

Alfred SAUVY dans son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » a souligné l’importance du franc Poincaré. (LENGLET le cite à plusieurs reprises)    
 

En 1931, c’est la dévaluation de la livre-sterling (observons ici que les hommes politiques anglais influencés par les financiers de la City avaient fait le choix d’une parité irréaliste lors du retour à l’étalon-or de la livre dans les années 20) qui déclenche la crise économique en Europe, car la livre est la devise-clé de cette époque.

Le livre d’Alfred SAUVY explique relativement bien l’enchaînement des faits durant cette période, mais son jugement négatif sur le Front Populaire manque de recul : d’une part, il est issu d’un contexte familial connoté, puisque par exemple sa sœur Elisabeth SAUVY, plus connue sous le pseudonyme de Titaÿna, fut poursuivie pour collaboration en 1945 et mourut en exil ; d’autre part, il fut conseiller du gouvernement de Paul REYNAUD en 1938 – son admiration pour cet homme politique perce d’ailleurs à travers la matière et l’analyse sérieuse de son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » .

Parce qu’il ne veut pas dévaluer et maintenir le bloc or, alors que ce fut une cascade de dévaluation après le choc anglais de 1931, Pierre LAVAL instaure une politique déflationniste en 1935 : « l’expérience désastreuse casse la croissance sans pour autant ralentir la fuite des capitaux. » (Ibid., p.88)
Devant l’hémorragie des capitaux, le gouvernement de Léon BLUM prend enfin la bonne décision en septembre 1936 : « la fin bienvenue du bloc-or libère l’économie française et déclenche une reprise. » (Ibid. p.89), que les lois sociales (congés payés et surtout la semaine de 40 heures) briseront (c’est la thèse rabâchée de SAUVY, que LENGLET reprend).
On connaît l’issue de ces 10 années de marasme économique.

 
Après la Deuxième Guerre mondiale, la construction européenne reprendra, notamment grâce à Jean MONNET, dont la faute n’a pas échappé à la sagacité de Jean-Pierre CHEVèNEMENT (« la faute à M. MONNET », en poche).

 
« Le génie de Jacques DELORS était de mettre au service de la construction européenne l’énergie de la grande vague libérale qui déferlait alors. DELORS n’est pas un libéral, mais c’est un pragmatique, et il bâtit un compromis qui permettra un « accord d’arrière-pensées, selon les mots de la Dame de Fer, Margaret THATCHER. » (Ibid., p.94)

En effet, avec l’Acte unique, les Anglais ont leur zone de libre échange et les Allemands obtiennent la primauté de l’union économique selon le schéma de Jean MONNET. Cette construction reposait sur un pari : la convergence progressive des économies qui adoptaient la même monnaie. Or, l’Europe a plutôt l’effet pervers de l’euro : puisqu’il n’y a plus de dévaluation, la facture se paie par le déficit commercial, l’endettement, la croissance faible, le chômage.

Pour corriger cela, il faudrait accélérer l’intégration, c'est-à-dire terminer le marché unique. L’affaire n’est donc pas gagnée, et même pire : « Et il n’est pas du tout invraisemblable que ce soit la France qui prenne l’initiative de faire éclater l’union monétaire. » (Ibid., p.109) Ou bien l’Italie.

Car le vrai choix à effectuer, si LENGLET ne le formule pas dans ces termes, se trouve dans cette alternative : périr sous le diktat monétaire qui profite à l’Allemagne ou retrouver une marge de manœuvre pour mener la politique économique favorable au peuple.

 

Alexandre Anizy

Géorgie (III) : les divagations d'Alexandre ADLER

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons connu Alexandre ADLER lorsqu’il enseignait à Paris VIII l’histoire de l’URSS et de l’Europe Centrale (nous simplifions). Parce que nous fûmes un de ses étudiants, nous connaissons l’étendue de son savoir et les compétences de l’historien.

Alors quel plaisir de découvrir, samedi 16 août dans le Figaro, un article du maître dont le titre, « le conflit du Caucase s’explique d’abord par l’histoire commune des peuples russes et géorgien », nous suggérait qu’Alexandre ADLER avait abandonné sa casquette de thuriféraire du pouvoir (France et USA) pour reprendre son béret d’historien !
Nous pensions nous régaler … mais l’article n’est pas passé.

Bien sûr, tout ce qui fait la force de l’intellectuel ADLER apparaît, notamment lorsqu’il évoque le rôle de STALINE et de ses Géorgiens (ORDJONIKIDZE, ENUKIDZE, BERIA), mais aussi lorsqu’il cite PASTERNAK ou GRIBOÏEDOV.

Nous retrouvons l’intelligence du professeur lorsqu’il fait le constat suivant : « (…) la République américaine n’a cessé de pratiquer un encerclement délirant de la Russie post-soviétique. » (Lire notre note « Géorgie (II) pourquoi cette guerre ? » du 17 août)

 
Mais quelle stupéfaction de lire sous la plume d’un esprit autrefois éclairé que, si la ville de Gori (ville natale de STALINE) vient d’être bombardée intensément, c’est peut-être aussi parce que, « comme je le pense, le père de POUTINE a eu maille à partir avec le terrible tsar rouge géorgien. », que le président géorgien SAAKACHVILI est un agent d’influence des « esprits tordus de Langley où siège l’inepte CIA, ou les cerveaux chocs du Pentagone » … Des documents, des arguments pour étayer ses propos ? Que nenni !

Il semble que la parole d’Alexandre ADLER se suffit à elle-même.

Les pensées s’accumulant, Alexandre ADLER en arrive à formuler une thèse que nous résumons ainsi : c’est le vilain SAAKACHVILI (qu’ADLER surnomme « Frankenstein Saakachvili ») qui « a voulu entraîner ses patrons américains dans l’extrême logique absurde qui présidait à l’exaltation du nationalisme étroit de la Géorgie. ».
D’ailleurs, nous dit ADLER, « Condoleezza RICE a fait savoir qu’elle avait tenté de modérer Saakachvili il y a trois semaines. »

« C’est évidemment vrai, la connaissant et connaissant son adjoint, l’ambassadeur Daniel FRIED (…) » écrit ADLER.
 

Quand l’historien ADLER croit sur parole 2 diplomates américains, on se dit qu’il a dû changer de métier sans nous prévenir.

 
Alexandre Anizy

Géorgie (II) : pourquoi cette guerre ?

Publié le par Alexandre Anizy

Contrairement à son collègue du Conseil de Surveillance du journal Libération (voir note d’hier), Bernard GUETTA affirme le 14 août : « Mikhaïl SAAKACHVILI n’est pas le seul coupable. Ses responsabilités sont immenses. » Comme il accorde un crédit d’intelligence à ce président, comme il considère que l’aberrante agression géorgienne a été prise comme sur un coup de dés, il se dit que l’erreur n’est pas que du côté géorgien.

Cette guerre est aussi « le fruit de l’incohérence de l’Europe et des Etats-Unis face à la Russie, de leur constante volonté de la contrer sans en avoir les moyens ni surtout de vraies raisons de le faire. »

Après la période de dépeçage de l’empire soviétique par la clique d’ELTSINE, la Russie a retrouvé quelques valeurs supérieures à l’égoïsme et à l’enrichissement personnel (les conditions de ce retour, la réalité politique et sociale de ce pays, ce sont d’autres sujets de discussion), ce qui inquiète les Etats-Unis, l’Europe, les anciens satellites soviétiques … C’est pourquoi l’Alliance Atlantique veut intégrer l’Ukraine et la Géorgie. Bien que l’Allemagne et la France aient retardé ce mouvement au sommet de l’OTAN du printemps dernier, le projet existe : ce qui expliquerait le coup de force tenté par le président géorgien SAAKACHVILI en Ossétie, où il ne récolte que la riposte prévisible, sans le secours américain ou européen …

 
Objectivement, il faut admettre que si la Russie n’avait pas réagi, d’autres conflits locaux se seraient déclarés à sa périphérie. L’embrasement de cette partie du monde est-il souhaitable et à qui profiterait-il ?

A ces deux questions, Bernard GUETTA répond indirectement quand il écrit : « En ce début de siècle, l’Occident a besoin du soutien russe, d’un front commun sur la scène internationale qui ne sera pas facile à articuler mais auquel la Russie aspire car ses élites se sentent européennes et qu’elle est au contact direct des troubles de l’Islam et de l’affirmation chinoise. » 

 

L’article de Marek HALTER publié dans le Figaro du 15 août complète celui de Bernard GUETTA, puisqu’il s’interroge sur le jeu de l’Amérique en Europe.

« Il faut rappeler que BUSH n’a pas cessé, depuis son accession à la présidence, d’œuvrer à l’isolement de la Russie aussi bien sur le plan économique que géographique. »

Pour l’entourage néoconservateurs du président, rien n’a changé en ce qui concerne l’URSS. Il n’y a qu’à lire l’article de propagande de Robert KAGAN (« Moscou est responsable ! ») que le journal le Monde a diffusé sans lui opposer un article contradictoire, sans l’accompagner d’une analyse critique : cette absence de déontologie en dit long sur la décrépitude morale du quotidien vespéral.

Pourtant, comme le souligne Marek HALTER, Vladimir POUTINE a démantelé des bases militaires à Cuba et au Vietnam et il a intégré l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Mais les Etats-Unis ont dans le même temps installé des bases militaires en Asie Centrale, en Géorgie, en Tchéquie et en Pologne. Sur une carte militaire, ces implantations américaines peuvent se lire comme un encerclement.

 
Par une honnêteté intellectuelle qui l’honore, Marek HALTER se positionne face à l’Amérique avant d’exprimer sa lecture des événements.
« On peut, et c’est mon cas, ne pas être antiaméricain et considérer que l’indépendance de l’Europe ne s’accorde pas avec son appartenance à l’OTAN. »

 
Pour Marek HALTER, l’agression militaire de la Géorgie en Ossétie a été préparée avec les Américains et approuvée par Condoleezza RICE lors de son dernier séjour à Tbilissi. Ni le président géorgien SAAKACHVILI, ni le président BUSH (présent à Pékin, il ne bougea pas – ni physiquement ni diplomatiquement – alors que POUTINE rentrait aussitôt et directement en Ossétie du Nord – territoire russe) n’ont négligé la riposte russe, puisqu’ils misaient sur elle pour mobiliser médiatiquement l’opinion mondiale. « Même la réunion des dirigeants russophobes – polonais, ukrainien et baltes – du 12 août à Tbilissi a été programmée. »

Pour l’Amérique, il s’agit de gagner la bataille des esprits (« battle of minds ») en y gravant ce message simple : la Russie est un danger pour les « jeunes démocraties ».
« Ce danger justifiera a posteriori l’expansion de la présence américaine dans ces régions. Au détriment de la solidarité et de l’intégrité de l’Europe. »

 
Dans le Monde du 16 août, on apprenait que Polonais et Américains concluaient un accord militaire : d’ici 2012, 10 missiles « antimissiles balistiques de longue portée » seront installés en Pologne, mais aussi une batterie antiaérienne de 96 missiles Patriot que la Pologne placera aux endroits utiles à sa défense nationale.     

Certains savent battre le fer quand il est chaud.

 
Alexandre Anizy

Géorgie (I) : Glucksmann et Lévy en perdition

Publié le par Alexandre Anizy

Le jeudi 14 août, on pouvait lire dans le Figaro, le journal de Mr DASSAULT :

« En décidant jeudi dernier un assaut contre la capitale des séparatistes ossètes, dans des circonstances qui restent jusqu’à aujourd’hui très mystérieuses, « Misha » [Mikhaïl SAAKACHVILI] a mis en péril le rêve d’Occident de la Géorgie. » (Laure MANDEVILLE)

« Car, quoi qu’on pense du comportement impérial de la Russie, de son agressivité, il est indéniable que le président géorgien porte la responsabilité du déclenchement des opérations. » (Tamara TCHIKOVANI, journaliste géorgienne)  

Qui a lancé une attaque militaire contre la ville ossète de Tskhinvali en tuant des soldats russes présents depuis 15 ans en vertu d’une décision de l’ONU pour maintenir la paix ?
La Géorgie.

Jeudi 14 août, les faits objectifs sont connus de tous : la Géorgie est l’agresseur.

Dans un article commun publié ce jour-là dans Libération (le journal du milliardaire philosophe Bernard-Henry LEVY), André GLUCKSMANN et le milliardaire philosophe, s’ils ont oublié les principes d’un travail intellectuel, ne rechignent pas à employer les pires méthodes de propagande : plus notre mensonge est gros, mieux nous cognons.

Du fait de leurs occupations sociales respectives, ces 2 lascars connaissent parfaitement l’identité de l’agresseur : la Géorgie.

Mais ils décident : « Qui a tiré, cette semaine, le premier ? La question est obsolète. »

Qu’ils emploient le mot « obsolète » peut signifier deux choses : l’agression géorgienne n’est qu’un élément d’ordre technique ou bien la responsabilité de l’acte primitif n’a pas d’intérêt pratique.
Ainsi le fait initiateur est écarté soit sur une base technique soit sur une base pratique. Dans les deux cas, ni la morale ni le Droit international n’y trouvent leurs comptes.

 
Alors de quoi s’indignent ces 2 lascars ?  

« La vérité est que l’intervention de l’armée russe hors de ses frontières, contre un pays indépendant et membre de l’ONU, est une première depuis l’invasion de l’Afghanistan. »

Disséquons :

« La vérité » : rappelons que l’organe de propagande du régime soviétique s’intitulait « Pravda », qui signifie « vérité » ;

« Contre un pays indépendant et membre de l’ONU » : si l’Ossétie du Sud n’est ni indépendant ni membre de l’ONU, elle était régie par un accord l’ONU que la Géorgie a piétiné, ce que ne précisent pas les 2 lascars ;

« invasion de l’Afghanistan » : en ce temps-là, l’Afghanistan vivait sous la coupe d’un régime communiste qui, en vertu d’un accord d’assistance militaire entre Etats,  a fait appel à l’URSS pour vaincre la rébellion … Les 2 lascars ne poussent pas leurs cris d’orfraies quand avec le même argument la France vole au secours de la Côte d’Ivoire, etc. …

Maintenant que les 2 lascars vous ont placé sur le chemin de la vérité, vous devinez la suite de la démonstration : hier Budapest, Prague, aujourd’hui Tbilissi, demain Kiev, etc. ?
« Il reste peu de temps. Commençons donc par énoncer qui est l’agresseur : la Russie de POUTINE et de MEDVEDEV (…) » 
Après cette énormité, suit une charge contre le diable russe. 

 
Quand deux intellectuels en arrivent à nier les faits objectifs pour bâtir un réquisitoire confus, nous disons que c’est la défaite de la raison.
Alors nous nous interrogeons sur la haine antirusse que les 2 lascars ont développée depuis tant d’années, et qui masque de moins en moins un amour subliminal de l’empire américain.

Les aboyeurs libéraux ne valent pas mieux que les boyards.

Un intellectuel qui nie la réalité pour vendre sa soupe idéologique n’est qu’un histrion.

 
Alexandre Anizy

Le style d'Hector BIANCIOTTI

Publié le par Alexandre Anizy

On pourrait dire que la vie d’Hector BIANCIOTTI est déjà un roman. Vous la découvrirez en partie dans « ce que la nuit raconte au jour » (Grasset, 1992, 332 pages, 115 FRF).

Sa langue maternelle étant l’espagnol, il cessa de l’employer au début des années 80, pour lui préférer le français dès la première rédaction de ses textes. Nous y avons gagné un styliste.

« L’air tiède du matin devenait chaud lorsque, paniers d’osier à la main, remplis de vivres, de rafraîchissements, Luis et moi nous aventurions, suivis par les deux sœurs, parmi les buissons épineux couleur de cendre qui recouvraient la frange d’un kilomètre environ de largeur séparant la ville du fleuve. On cherchait le sentier de l’année précédente, que la croissance de la végétation réduisait à une esquisse sans cesse interrompue. » (p.249)

 
L’avant-goût d’une prochaine découverte ?

 
Alexandre Anizy

La langue française du vaudois C.F. RAMUZ

Publié le par Alexandre Anizy

En 1929, l’éditeur Grasset publiait « une lettre » de l’écrivain vaudois C.F. RAMUZ, l’incipit de « Salutation paysanne » (242 pages). Le lendemain de notre note « la question de la Wallonie », il nous semble intéressant de la résumer, notamment pour un point de différenciation avec la situation wallonne.  

 
Pour commencer, l’écrivain suisse remercie l’éditeur français d’être venu le chercher et d’avoir persisté alors que les ventes n’étaient pas au rendez-vous.

Puis il aborde un deuxième thème : « [votre première lettre] était sortie de l’Etat français pour passer dans un autre Etat où il se trouvait qu’on parlait français (entre autres langues), mais qui n’était plus la France, au sens politique du mot. C’était la France encore par la langue, et ce n’était donc plus la France, tout en l’étant : situation ambiguë (…). Je suis heureux d’être Vaudois ; je suis même fier d’être Vaudois.» (p.15-16)

Mais la frontière n’est pas seulement politique : elle est aussi géographique, parce que la chaîne de montagnes du Jura sépare les 2 Etats. Si le côté français du Jura s’élève progressivement par une succession de plateaux, le côté suisse est « une descente presque à pic, de sorte qu’il n’y a pas symétrie, ni continuité dans la conformation du sol, mais rupture et rupture soudaine ; - et nous sommes ici comme dans un nid, nous autres Vaudois, (…) » (p.19)

Après une description géographique de son territoire, RAMUZ précise : « le Pays de Vaud, comme il s’est appelé dans les vieux temps et il le mérite ; car il est avant tout un pays, quoique tout petit : on veut dire qu’il est complet, qu’il connaît toutes les productions et qu’en cas de besoin, il pourrait entièrement se suffire à lui-même. » (p.22)

« [ce pays] n’a jamais fait partie de la nation française. Et socialement non plus, il n’a jamais pris place dans la collectivité française (…). » (p.24)

 
Concernant la Wallonie, force est de constater qu’il n’y a pas de frontière géographique entre les 2 territoires politiques.

 
Le vaudois RAMUZ aborde un troisième thème. « Vous êtes des Français de France, nous des Français de langue et par la langue seulement. » (p.25) Il précise aussitôt : « J’aime votre XVIIe siècle, j’aime le français, un certain français dont il a définitivement sanctionné l’usage, mais n’y puis voir pourtant (parce que je viens du dehors) qu’un phénomène tout occasionnel, tout contingent (…). (…) je me refuse de voir dans cette langue « classique » la langue unique (…) codifiée une fois pour toutes. » (p.28) Et nous arrivons à la préoccupation majeure de RAMUZ : « Et ce ne serait rien encore si seulement « j’écrivais mal », mais on m’accuse encore de mal écrire « exprès », ce qui aggrave mon cas (…). » (p.31)

Le vaudois tient à se justifier : « (…) ayant toujours tâché au contraire d’être véridique et ne m’étant mis à « mal écrire » que précisément par souci d’être plus vrai ou, si on veut, plus authentique (…). Voilà le point central pour moi d’où je suis parti pour bien faire et où on me ramène assez honteusement en me disant que j’ai mal fait. » (p.32)

Pour RAMUZ, le français a deux catégories : le langage académique et le langage parlé. « (…) peut-être qu’on pourrait essayer de ne plus traduire. L’homme qui s’exprime vraiment ne traduit pas. Il laisse le mouvement se faire en lui jusqu’à son terme, laissant ce même mouvement grouper les mots à sa façon. » (p.38-39)

 
Et RAMUZ a fait son choix : « J’ai écrit (j’ai essayé d’écrire) une langue parlée : la langue parlée par ceux dont je suis né. J’ai essayé de me servir d’une langue-geste qui continuât à être celle on se servait autour de moi, non de la langue-signe qui était dans les livres. » (p.56)
 

Voilà pourquoi le grand Louis Ferdinand CELINE a dit qu’à part lui il ne restait que RAMUZ.

 
Alexandre Anizy

La question de la Wallonie

Publié le par Alexandre Anizy

Telle que nous l’avons connue ces 40 dernières années, la Belgique n’existera plus. « Rien ne sera plus comme avant. » vient d’écrire Daniel DUCARME (Ministre d’Etat belge ; député de Bruxelles)

 
Force est de constater que la stratégie du salami mise en œuvre par les représentants de la communauté flamande a conduit cet Etat au bord de l’éclatement. Au jour d’aujourd’hui, « dans tous les dossiers, la Flandre jette aux orties la loyauté fédérale » (Daniel Ducarme)

Yves LETERME, le Premier Ministre en sursis, cristallise cette impossible résurrection d’un pays divisé, puisqu’il a dit que « les points de vue sont irréconciliables ».

 
Pour la France, la question de la Wallonie se pose donc.

Comme l’a dit Charles de Gaulle, la République française ne pourra pas rester sourde à une demande formelle de rattachement à la France, dans la mesure où elle émane d’une autorité wallonne légale et légitime. 

 
Pour Daniel DUCARME, « une page est tournée. La feuille blanche est à écrire. » Ce faisant, il commence par affirmer l’identité. « Prénom : Belgique. (…) Nom : française. » (sic) Il croit utiliser les mots justes. Il précise ailleurs : « Des réformes radicales sont incontournables pour conduire une politique réformatrice. »

Daniel DUCARME se trompe : en matière institutionnelle, il est impossible de « penser le neuf » en usant de vieux concepts, forcément connotés. Parler de « Belgique française » pour désigner une région qui envisage de s’associer à la France, c’est, au moins inconsciemment, poursuivre l’idée de la Belgique dans un autre corps : ce schéma-là ne peut mener qu’à d’autres désillusions.

Pour « penser le neuf », pour entreprendre une incontournable réforme radicale, les édiles francophones de la Belgique doivent le faire dans un bon creuset : le mot qui vient naturellement est « Wallonie », parce qu’il nomme avec justesse à la fois la communauté et l’espace délimitée qui souhaiterait un rattachement à la France. L’idée d’une Wallonie réformée peut s’intégrer dans le corps institutionnel de la France.

Comme l’écrit Daniel DUCARME, « il serait bien que la France nous reste attentive et que la Belgique française prenne la voie la plus directe en évitant les chemins sans issue [c’est nous qui soulignons]». Pour la Wallonie, le choix des mots est en effet crucial.

 

Avec l’aide de juristes français, certains politiciens wallons ont déjà travaillé sur l’ouvrage. Dans un texte visant une discussion publique, ils sont parvenus à formaliser le rattachement d’une Belgique française, avec son roi, en s’inspirant d’un modèle exotique.
Etre capable de penser un roi, même un roitelet, dans le cadre d’une République et d’un territoire homogène, prouve que l’imagination des juristes est incommensurable, sans pour autant la préserver de la sottise.   

 

Au jour d’aujourd’hui, la feuille blanche dont parle Daniel DUCARME est un palimpseste où la Belgique réapparaît. Pour les édiles wallons, il est temps de « penser juste en forgeant de nouveaux concepts ».
La Wallonie en est un.

 
Alexandre Anizy

 

En douce l'été (III) : le syndicat connaît la musique

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis de nombreuses années, la CFDT est un syndicat conciliant pour le pouvoir et le patronat, puisqu’il ne rechigne pas souvent pour signer des accords de régression sociale. Forcément, la « base » (comme ils disent) ne suit pas toujours, ce qui déplaît à ces messieurs.

Ainsi, l’histoire de la Fédération interco rappelle qu’il n’y a pas que les gouvernants ou les dirigeants d’entreprise qui agissent en douce l’été.
Le journal l’humanité
rapportait dans son numéro du 11 juillet 2003 la convocation par lettre recommandée de Jean-Marc ADAMS, secrétaire ardennais du syndicat interco, pour être sermonné : 

" Tu dois te reprendre, te réapproprier les dossiers. Tu fais le lit d’une campagne anti-CFDT. " . (Cité par l’Humanité)

A force de fréquenter des patrons, certains syndicalistes en retiennent parfois les méthodes.

 
Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (I)

Publié le par Alexandre Anizy

En avril 2007, François LENGLET, directeur de la rédaction d’Enjeux-les Echos, publiait « la crise des années 30 est devant nous » (Perrin, 236 pages, 17,50 €).

Dans son introduction, 4 mois avant le déclenchement de la crise, il s’interrogeait : « Aujourd’hui, la crise financière n’est pas encore là. (…) Mais les déséquilibres persistants (…). En 2007 ? Sur l’immobilier ? » (p.15) Il considérait les secousses de mars 2007 comme les premiers craquements financiers, car « la crise est possible sur des marchés financiers largement déréglementés où le prix des actifs a atteint un niveau sans précédent » (p.23). Juillet 2007 confirma le bien-fondé de cette prémonition. Mais François LENGLET veut aussi démontrer que nous allons connaître une crise semblable à celle des années 30 : nous allons présenter son analyse, notamment dans les 3 premiers chapitres.

 
Tout d’abord, il affirme que Francis FUKUYAMA a vu juste dès son article de 1989, qu’il développera dans son livre désormais fameux « la Fin de l’histoire et le dernier homme », quand il observa que « la création d’une culture universelle de la consommation fondée sur les principes économiques du libéralisme, aussi bien pour le tiers monde que pour l’Ancien et le Nouveau» (cité p.28) Avec l’effondrement du Mur de Berlin, le monde rentre dans une phase intensive de la mondialisation, 20 ans après le départ de l’onde libérale.

En 1987, Jacques DELORS plaçait l’Europe sur ce chemin avec la ratification de l’Acte unique qui vise à construire « un espace de libre circulation pour les marchandises, les capitaux et les hommes » (p.30)    

En France, ce sont les socialistes qui vont déréglementer le secteur bancaire, notamment sous Pierre BéRéGOVOY (ministre de l’économie), etc.

Les années 90 sont un peu la réplique des années 20 : « De 1924 à octobre 1929, le Dow Jones, indice des valeurs new-yorkaises, voit son cours progresser de 400 %. Entre 1994 et 2000, il passe de 4.000 points à près de 12.000 points. » (p.31)

Sur une longue période, les indices boursiers suivent grosso modo la croissance économique : le PER (price earning ratio ; rapport entre le cours boursier et le bénéfice d’une entreprise) est constant selon l’économiste Robert J. SCHILLER. 

« Le XXème siècle se caractérise par 2 déformations spectaculaires, l’une dans les années 20, l’autre 70 ans plus tard : les 2 « bulles spéculatives » du siècle. » (p.32)

Le 14 septembre 2006, l’hebdomadaire the economist affirmait que la masse de dollars en circulation progressait maintenant de 18 % par an, soit un rythme jamais observé, ce qui avait alimenté l’envolée du prix de certains actifs, notamment l’immobilier (sur ce point, lire aussi l’analyse de Patrick ARTUS dans nos notes économiques titrées « les archaïques des Banques Centrales »).

 
Alexandre Anizy