Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La question de l'énergie (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Il nous semble utile de faire un point statistique sur la question de l’énergie, qui devrait être au cœur de toutes les pensées économiques et politiques. Malheureusement, nous en sommes loin.

La France est le 12ème consommateur de pétrole au monde (presque 2 millions de barils par jour), et donc le 6ème importateur derrière les Etats-Unis, le Japon, la Chine, l’Allemagne et la Corée du Sud. La production française de pétrole, qui a atteint son pic en 1988 avec 67.000 barils par jour, se situe maintenant aux alentours de 20.000 barils. En y ajoutant les agro carburants, le gaz naturel liquéfié, les gains en raffinerie, on arrive à 130.000 barils par jour.

Depuis 2005, la capacité totale d’exportation de pétrole de tous les producteurs baisse, ce qui précède de quelques temps le pic de pétrole. Pour certains pays, la diminution des approvisionnements de pétrole risque d’être rapide.

 
Pour mémoire, la production française de charbon a atteint son pic en 1958 : 60 millions de tonnes avec 300.000 mineurs. La production française de gaz naturel, qui risque de s’arrêter dans la prochaine décennie, a atteint son pic en 1978 avec 6,5 milliards de mètres cubes extraits, soit environ 33 % de la consommation annuelle. La production française d’uranium, qui s’est achevée en 2002, a atteint son pic en 1988 avec environ 3.500 tonnes par an.
D’ici peu, le charbon ne s’exportera plus. La production européenne de gaz naturel a passé son pic en 2004, et les exportations russes n’augmenteront pas. La production mondiale d’uranium en provenance des mines couvre seulement 55 % des besoins du nucléaire civil : la fin du recyclage des stocks militaires russes aura pour conséquence la pénurie.
A partir de 2017, la France doit remplacer  59 réacteurs nucléaires  par 40 réacteurs EPR de 1620 MW, soit un coût de 132 milliards d’euros.

 
En 2006, 6,6 % de la consommation française d’énergie primaire est assurée par les énergies renouvelables : de cet ensemble, le bois représente 55 %, l’hydraulique 29 %, les déchets urbains solides 5 %, les autres filières 11 %.  Mais seul le bois paraît pouvoir apporter des ressources supplémentaires.
Pour la Direction Générale de l’énergie et des matières premières (DGEMP), d’ici à 2030, les capacités de production de l’éolien passeront de 1.500 MW en 2007 à 20.000 MW, soit l’équivalent de 4 réacteurs EPR de 1.620 MW. Pour les agro carburants, 2 millions d’hectares de terre arable (sur 18,3 millions utilisés aujourd’hui pour les cultures végétales) seront nécessaires pour atteindre l’objectif de 2010 : que fait-on contre la famine dans le monde quand les exportations de céréales cesseront ?
Toujours est-il qu’en doublant la production actuelle des énergies renouvelables d’ici à 2030, elle ne représenterait que 12 % de l’énergie primaire totale consommée.

 
Comme le souligne Emmanuel BROTO, « le mésusage des terres, des biens, de l’énergie et du temps pourrait entraîner de graves conséquences pour la survie des plus fragiles ». Dans cette perspective, le droit de propriété évoluera, parce que la structure sociale, économique et politique changera.

 
Alexandre Anizy

La bataille de Patrick RAMBAUD

Publié le par Alexandre Anizy

En 1997, Patrick RAMBAUD obtient le prix Goncourt pour « la bataille » (Grasset, 302 p., 108 FRF). Il a poursuivi dans la veine napoléonienne. 

On a bien senti que ce sujet était une passion pour l’auteur, mais le compte n’y est pas : comme le style est plat, on ne vit pas la bataille, ni sur le plan militaire ni sur le plan humain.

La futilité caractérise le travail de Patrick RAMBAUD.
C’était déjà le cas au temps de l’hebdomadaire « Actuel », en 1970.  

 
Alexandre Anizy

L'Afghanistan est un nouveau Vietnam

Publié le par Alexandre Anizy

En 2001, le régime des talibans afghans était renversé. Les Etats-Unis plaçaient à la tête de ce pays un de ses anciens agents, Hamid KARZAÏ. La lutte contre le terrorisme justifiait l’occupation militaire.

Il est temps de faire le bilan de cette opération :

  • Al-Qaeda a-t-elle été anéantie ? Non ;
  • Oussama BEN LADEN a-t-il été capturé ? Non ;
  • Les talibans ont-ils été décimés ? Non, ils sont toujours présents et prêts à prendre le pouvoir à Kaboul.

La stratégie officielle des Américains est un échec cuisant.   

Pire : ce qui était un affrontement entre le contingent international de l’OTAN et une guérilla locale est devenue une crise régionale, puisqu’il ne fait aucun doute sur la responsabilité de l’ISI (les services secrets militaires pakistanais) dans l’attentat contre l’ambassade de l’Inde à Kaboul et dans l’attaque d’une parade militaire en plein cœur de la capitale afghane.  

Pire : le pouvoir central quasi inexistant est pourri par la corruption et en prévision des élections 2009, le président fantoche Hamid KARZAÏ protègerait les détournements de l’aide étrangère par des proches ; pour les talibans, les revenus de la drogue que les Occidentaux devaient éradiquer n’ont jamais été si élevés.

Selon l’expert pakistanais Ahmed RASHID, « il est évident que les bombardements de l’OTAN, l’usage excessif de la force aérienne et les morts civils ont heurté les populations. Le sang des civils est l’une des raisons du succès du recrutement par les talibans en Afghanistan. » (le Monde 22 août 2008) L’insurrection des talibans n’a donc ni problèmes financiers ni manque de combattants (les tribus pachtounes pakistanaises y pourvoient notamment).

Si les talibans ne sont pas assez puissants pour conquérir Kaboul, ils le sont suffisamment pour contenir l’OTAN dans les villes et ses bases militaires. Ils multiplieront les combats et les attentats jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau président américain.
 

L’erreur majeure a été de croire que cette guerre était locale et qu’elle pouvait être emportée militairement.
Au jour d’aujourd’hui, l’Afghanistan est un nouveau Vietnam.

 
Alexandre Anizy

François LENGLET a raté "sa crise" (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de nos notes économiques du 11, 19 et 21 août 2008)

Dans cette 4ème note, nous allons dire d’abord comment nous estimons le livre de François LENGLET, et enfin ce que d’autres en ont pensé.

Ce livre prétend défendre une thèse : les mêmes mécanismes qui ont provoqué la crise des années 30 seraient à nouveau à l’œuvre. Malheureusement, nous nous apercevons très vite que la tâche devait être trop importante ou trop pointue ou trop rébarbative pour le journaliste François LENGLET, trop habitué peut-être à balayer les sujets en trois feuillets.

Si on prend la bibliographie, on remarque d’emblée des absences étonnantes, comme par exemple :

Charles KINDLEBERGER : « Histoire mondiale de la spéculation financière » (Valor éditions 2005) ;

John Kenneth GALBRAITH : « la crise de 1929 » (en poche) ou bien « Brève histoire de l’euphorie financière » (Seuil 1992).

François LENGLET s’est attelé à un travail d’ordinaire réservé aux chercheurs : en avait-il les moyens (l’expérience et surtout le temps) ? Le résultat nous amène à répondre négativement.

A la place d’un ouvrage sérieux, on a droit à un survol des arguments de la thèse, pour vite retourner aux démons de l’essai journalistique bouclé en trop peu de temps : par exemple la géopolitique, qui n’apporte rien à la thèse soutenue, prend 22 pages, soit 9,56 % du bouquin.

Pour appâter les confrères utiles à la promotion commerciale, l’auteur récite le chapelet des idées en vogue : autorité et élites en crise, la montée du populisme, l’identité nationale en question (traitée en 15 pages), etc.
De même, pour réussir la mayonnaise médiatique, il ne faut pas négliger les petites phrases sentencieuses, du genre :

« Après tout, Jacques CHIRAC, aussi médiocre président qu’il se soit montré, a été désigné par le peuple à deux reprises. » (p.152) ;

« Le DANDIEU des années 2000 s’appelle Nicolas BAVEREZ (…) sous le titre la France qui tombe. » (p.182) ;

« L’esprit « ligne Maginot » n’est pas mort, il a trouvé en Martine AUBRY, Jean-Pierre RAFFARIN, Jacques CHIRAC et Thierry BRETON de modernes incarnations. » (p.199) ;

Edouard BALLADUR serait un clerc qui trahit (Julien BENDA est cité bien entendu) puisqu’il ne croirait plus en l’homme universel (p.216) ; José BOVé et les faucheurs d’OGM seraient l’avant-garde d’un retour conservateur aux sources (p.221) ; les juges ne seraient pas toujours libres face à la pression populaire [là, ça en devient hilarant] (p.223).
 

Pour résumer notre critique : en voulant jouer dans la cour des chercheurs, François LENGLET a sous-estimé l’ardeur de la tâche.

 
Mais alors, qu’en ont dit les confrères ?
Disons que, comme Marie-Laure BAUDET, ils ont plutôt salué le travail d’un auteur « qui connaît son sujet, se révélant tour à tour économiste, historien ou fin connaisseur des thèses freudiennes (…) » pour la présentation d’un argument qui, « répété au fil des pages, est facile à exprimer : la crise des années 30 est devant nous. ». (Le Monde 5 juin 2007).
Mais nous savons que le quotidien vespéral crie rarement haro.
BAUDET Marie-Laure renvoie fort justement au livre «le capitalisme est en train de s’autodétruire » de Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD (La Découverte 2005). Une référence à des gens sérieux.  

 

Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (III)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de nos notes économiques du 11 et 19 août 2008 portant le même titre)

Dans le troisième chapitre, François LENGLET veut nous parler d’un ordre international qui glisserait imperceptiblement vers le chaos.

Commençons par l’ONU, ce machin (selon Charles de GAULLE) que les Etats-Unis ont eux-mêmes décrédibilisé, tant le renversement de Saddam HUSSEIN et la mainmise sur le pétrole leur importaient : si le George BUSH père avait pris soin d’agir sous le couvert d’un mandat onusien, George BUSH le fils s’en est passé. « (…) il s’agissait bel et bien d’une guerre américaine, affranchie de l’aval international pourtant jugé indispensable en 1991. » (F. LENGLET, p.114)

Le Traité de Non Prolifération de l’arme atomique est aussi mal en point. Encore une fois, les Etats-Unis montrent leur ambiguïté puisqu’ils s’agitent sur les cas de la Corée du Nord et de l’Iran, alors même qu’ils traitent avec l’Inde, qui n’a pas signé le TNP, pour les guider sur la route du nucléaire. 

L’OTAN serait même en pleine confusion, selon François HEISBOURG repris par LENGLET, depuis le sommet de Riga.

L’événement géorgien semble donner un coup d’accélération vers l’encerclement délirant de la Russie.  

Quant à l’OMC, le machin s’est enrayé sur le « cycle de Doha » défini en 2001 : le social-traître Pascal LAMY qui dirige cette organisation vient de subir un camouflet [ce qui nous réjouit, ndaa] avec l’arrêt des négociations cet été.

« L’Asie sera au XXIème siècle ce que l’Europe fut au XXème siècle : l’épicentre des affaires stratégiques et non seulement celui des affaires tout court. » (Thérèse DELPECH, cité p.120)

Compte tenu de son développement exceptionnel, la Chine sera « l’origine ou le foyer de violentes tensions » (p.120) et d’ailleurs elle « suit une trajectoire conduisant à la collision avec l’autre superpuissance, les Etats-Unis » (p.122).

A lecture forcée, LENGLET parcourt les cogitations en boucle dans la pseudo élite.

 
Alexandre Anizy

Giorgio AGAMBEN et la signature

Publié le par Alexandre Anizy

Nous signalons la parution de « Signatura rerum. Sur la méthode » (édition Vrin, 144 p., 10 €) du philosophe italien Giorgio AGAMBEN.

Pour ceux qui s’intéressent aux concepts de paradigme, de signature, d’archéologie.
Par exemple, pour AGAMBEN le camp de concentration serait le paradigme de l’Occident, l’état d’exception le paradigme du gouvernement.

Et toute chose porte une signature : il n’y a pas de signe pur, non marqué : d’où l’importance de traquer la vérité dans les détails, les rebuts, les déviations, comme le faisait Michel FOUCAULT.

C’est pourquoi nous sommes aussi attentifs à la communication non verbale.

 
Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de notre note économique du 11 août 2008 portant le même titre)

« Dans les prochaines années, l’Europe sera écartelée entre la poursuite de son rêve d’unification et les forces centrifuges qui vont s’exprimer de plus en plus bruyamment. » (p.75, François LENGLET, « la crise des années 30 est devant nous », Perrin 2007, 236 pages, 17,50 €)
Dans cette affaire, LENGLET ne fait qu’annoncer une bataille qui a déjà commencé. Mais il met en lumière un phénomène.

 
« La belle idée européenne est un phénix. Elle réapparaît après chaque crise internationale et meurt juste avant la suivante. » (Idem, p.76)

Vers 1925, l’idée récente de l’autrichien COUDENHOVE-KALERGI revient sur le devant de la scène politique : les « Etats-Unis d’Europe » comporteraient un secteur sidérurgique commun, un marché unique, une union monétaire … vaste programme ! Aristide BRIAND l’adoptera après la signature du traité de Locarno, et présentera un projet d’union aux 27 nations européennes réunies dans la Société Des Nations (SDN) : « L’Allemagne s’enthousiasme, pourvu que l’union soit d’abord économique … » (Ibidem, p.81) De ce point de vue, l’Histoire se répètera.

1ère application de ce projet : le franc POINCARé. En juin 1928, le Président du Conseil Raymond POINCARé décide du retour à la convertibilité-or, au cinquième du franc germinal de 1913. Cette parité est empreinte d’une grande sagesse, fondée sur une analyse saine et pragmatique de l’état réelle de l’économie française à cette date.     

En matière économique, la parité retenue pour le franc Poincaré est peut-être la mesure la plus intelligente prise par les hommes politiques dans cette période de l’entre-deux guerres. Car cette dévaluation de fait dégonfle l’énorme dette de l’Etat, qui retrouve ainsi des marges de manœuvre économique, au détriment des rentiers dont certains s’estiment « euthanasiés ».

Alfred SAUVY dans son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » a souligné l’importance du franc Poincaré. (LENGLET le cite à plusieurs reprises)    
 

En 1931, c’est la dévaluation de la livre-sterling (observons ici que les hommes politiques anglais influencés par les financiers de la City avaient fait le choix d’une parité irréaliste lors du retour à l’étalon-or de la livre dans les années 20) qui déclenche la crise économique en Europe, car la livre est la devise-clé de cette époque.

Le livre d’Alfred SAUVY explique relativement bien l’enchaînement des faits durant cette période, mais son jugement négatif sur le Front Populaire manque de recul : d’une part, il est issu d’un contexte familial connoté, puisque par exemple sa sœur Elisabeth SAUVY, plus connue sous le pseudonyme de Titaÿna, fut poursuivie pour collaboration en 1945 et mourut en exil ; d’autre part, il fut conseiller du gouvernement de Paul REYNAUD en 1938 – son admiration pour cet homme politique perce d’ailleurs à travers la matière et l’analyse sérieuse de son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » .

Parce qu’il ne veut pas dévaluer et maintenir le bloc or, alors que ce fut une cascade de dévaluation après le choc anglais de 1931, Pierre LAVAL instaure une politique déflationniste en 1935 : « l’expérience désastreuse casse la croissance sans pour autant ralentir la fuite des capitaux. » (Ibid., p.88)
Devant l’hémorragie des capitaux, le gouvernement de Léon BLUM prend enfin la bonne décision en septembre 1936 : « la fin bienvenue du bloc-or libère l’économie française et déclenche une reprise. » (Ibid. p.89), que les lois sociales (congés payés et surtout la semaine de 40 heures) briseront (c’est la thèse rabâchée de SAUVY, que LENGLET reprend).
On connaît l’issue de ces 10 années de marasme économique.

 
Après la Deuxième Guerre mondiale, la construction européenne reprendra, notamment grâce à Jean MONNET, dont la faute n’a pas échappé à la sagacité de Jean-Pierre CHEVèNEMENT (« la faute à M. MONNET », en poche).

 
« Le génie de Jacques DELORS était de mettre au service de la construction européenne l’énergie de la grande vague libérale qui déferlait alors. DELORS n’est pas un libéral, mais c’est un pragmatique, et il bâtit un compromis qui permettra un « accord d’arrière-pensées, selon les mots de la Dame de Fer, Margaret THATCHER. » (Ibid., p.94)

En effet, avec l’Acte unique, les Anglais ont leur zone de libre échange et les Allemands obtiennent la primauté de l’union économique selon le schéma de Jean MONNET. Cette construction reposait sur un pari : la convergence progressive des économies qui adoptaient la même monnaie. Or, l’Europe a plutôt l’effet pervers de l’euro : puisqu’il n’y a plus de dévaluation, la facture se paie par le déficit commercial, l’endettement, la croissance faible, le chômage.

Pour corriger cela, il faudrait accélérer l’intégration, c'est-à-dire terminer le marché unique. L’affaire n’est donc pas gagnée, et même pire : « Et il n’est pas du tout invraisemblable que ce soit la France qui prenne l’initiative de faire éclater l’union monétaire. » (Ibid., p.109) Ou bien l’Italie.

Car le vrai choix à effectuer, si LENGLET ne le formule pas dans ces termes, se trouve dans cette alternative : périr sous le diktat monétaire qui profite à l’Allemagne ou retrouver une marge de manœuvre pour mener la politique économique favorable au peuple.

 

Alexandre Anizy

Géorgie (III) : les divagations d'Alexandre ADLER

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons connu Alexandre ADLER lorsqu’il enseignait à Paris VIII l’histoire de l’URSS et de l’Europe Centrale (nous simplifions). Parce que nous fûmes un de ses étudiants, nous connaissons l’étendue de son savoir et les compétences de l’historien.

Alors quel plaisir de découvrir, samedi 16 août dans le Figaro, un article du maître dont le titre, « le conflit du Caucase s’explique d’abord par l’histoire commune des peuples russes et géorgien », nous suggérait qu’Alexandre ADLER avait abandonné sa casquette de thuriféraire du pouvoir (France et USA) pour reprendre son béret d’historien !
Nous pensions nous régaler … mais l’article n’est pas passé.

Bien sûr, tout ce qui fait la force de l’intellectuel ADLER apparaît, notamment lorsqu’il évoque le rôle de STALINE et de ses Géorgiens (ORDJONIKIDZE, ENUKIDZE, BERIA), mais aussi lorsqu’il cite PASTERNAK ou GRIBOÏEDOV.

Nous retrouvons l’intelligence du professeur lorsqu’il fait le constat suivant : « (…) la République américaine n’a cessé de pratiquer un encerclement délirant de la Russie post-soviétique. » (Lire notre note « Géorgie (II) pourquoi cette guerre ? » du 17 août)

 
Mais quelle stupéfaction de lire sous la plume d’un esprit autrefois éclairé que, si la ville de Gori (ville natale de STALINE) vient d’être bombardée intensément, c’est peut-être aussi parce que, « comme je le pense, le père de POUTINE a eu maille à partir avec le terrible tsar rouge géorgien. », que le président géorgien SAAKACHVILI est un agent d’influence des « esprits tordus de Langley où siège l’inepte CIA, ou les cerveaux chocs du Pentagone » … Des documents, des arguments pour étayer ses propos ? Que nenni !

Il semble que la parole d’Alexandre ADLER se suffit à elle-même.

Les pensées s’accumulant, Alexandre ADLER en arrive à formuler une thèse que nous résumons ainsi : c’est le vilain SAAKACHVILI (qu’ADLER surnomme « Frankenstein Saakachvili ») qui « a voulu entraîner ses patrons américains dans l’extrême logique absurde qui présidait à l’exaltation du nationalisme étroit de la Géorgie. ».
D’ailleurs, nous dit ADLER, « Condoleezza RICE a fait savoir qu’elle avait tenté de modérer Saakachvili il y a trois semaines. »

« C’est évidemment vrai, la connaissant et connaissant son adjoint, l’ambassadeur Daniel FRIED (…) » écrit ADLER.
 

Quand l’historien ADLER croit sur parole 2 diplomates américains, on se dit qu’il a dû changer de métier sans nous prévenir.

 
Alexandre Anizy

Géorgie (II) : pourquoi cette guerre ?

Publié le par Alexandre Anizy

Contrairement à son collègue du Conseil de Surveillance du journal Libération (voir note d’hier), Bernard GUETTA affirme le 14 août : « Mikhaïl SAAKACHVILI n’est pas le seul coupable. Ses responsabilités sont immenses. » Comme il accorde un crédit d’intelligence à ce président, comme il considère que l’aberrante agression géorgienne a été prise comme sur un coup de dés, il se dit que l’erreur n’est pas que du côté géorgien.

Cette guerre est aussi « le fruit de l’incohérence de l’Europe et des Etats-Unis face à la Russie, de leur constante volonté de la contrer sans en avoir les moyens ni surtout de vraies raisons de le faire. »

Après la période de dépeçage de l’empire soviétique par la clique d’ELTSINE, la Russie a retrouvé quelques valeurs supérieures à l’égoïsme et à l’enrichissement personnel (les conditions de ce retour, la réalité politique et sociale de ce pays, ce sont d’autres sujets de discussion), ce qui inquiète les Etats-Unis, l’Europe, les anciens satellites soviétiques … C’est pourquoi l’Alliance Atlantique veut intégrer l’Ukraine et la Géorgie. Bien que l’Allemagne et la France aient retardé ce mouvement au sommet de l’OTAN du printemps dernier, le projet existe : ce qui expliquerait le coup de force tenté par le président géorgien SAAKACHVILI en Ossétie, où il ne récolte que la riposte prévisible, sans le secours américain ou européen …

 
Objectivement, il faut admettre que si la Russie n’avait pas réagi, d’autres conflits locaux se seraient déclarés à sa périphérie. L’embrasement de cette partie du monde est-il souhaitable et à qui profiterait-il ?

A ces deux questions, Bernard GUETTA répond indirectement quand il écrit : « En ce début de siècle, l’Occident a besoin du soutien russe, d’un front commun sur la scène internationale qui ne sera pas facile à articuler mais auquel la Russie aspire car ses élites se sentent européennes et qu’elle est au contact direct des troubles de l’Islam et de l’affirmation chinoise. » 

 

L’article de Marek HALTER publié dans le Figaro du 15 août complète celui de Bernard GUETTA, puisqu’il s’interroge sur le jeu de l’Amérique en Europe.

« Il faut rappeler que BUSH n’a pas cessé, depuis son accession à la présidence, d’œuvrer à l’isolement de la Russie aussi bien sur le plan économique que géographique. »

Pour l’entourage néoconservateurs du président, rien n’a changé en ce qui concerne l’URSS. Il n’y a qu’à lire l’article de propagande de Robert KAGAN (« Moscou est responsable ! ») que le journal le Monde a diffusé sans lui opposer un article contradictoire, sans l’accompagner d’une analyse critique : cette absence de déontologie en dit long sur la décrépitude morale du quotidien vespéral.

Pourtant, comme le souligne Marek HALTER, Vladimir POUTINE a démantelé des bases militaires à Cuba et au Vietnam et il a intégré l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Mais les Etats-Unis ont dans le même temps installé des bases militaires en Asie Centrale, en Géorgie, en Tchéquie et en Pologne. Sur une carte militaire, ces implantations américaines peuvent se lire comme un encerclement.

 
Par une honnêteté intellectuelle qui l’honore, Marek HALTER se positionne face à l’Amérique avant d’exprimer sa lecture des événements.
« On peut, et c’est mon cas, ne pas être antiaméricain et considérer que l’indépendance de l’Europe ne s’accorde pas avec son appartenance à l’OTAN. »

 
Pour Marek HALTER, l’agression militaire de la Géorgie en Ossétie a été préparée avec les Américains et approuvée par Condoleezza RICE lors de son dernier séjour à Tbilissi. Ni le président géorgien SAAKACHVILI, ni le président BUSH (présent à Pékin, il ne bougea pas – ni physiquement ni diplomatiquement – alors que POUTINE rentrait aussitôt et directement en Ossétie du Nord – territoire russe) n’ont négligé la riposte russe, puisqu’ils misaient sur elle pour mobiliser médiatiquement l’opinion mondiale. « Même la réunion des dirigeants russophobes – polonais, ukrainien et baltes – du 12 août à Tbilissi a été programmée. »

Pour l’Amérique, il s’agit de gagner la bataille des esprits (« battle of minds ») en y gravant ce message simple : la Russie est un danger pour les « jeunes démocraties ».
« Ce danger justifiera a posteriori l’expansion de la présence américaine dans ces régions. Au détriment de la solidarité et de l’intégrité de l’Europe. »

 
Dans le Monde du 16 août, on apprenait que Polonais et Américains concluaient un accord militaire : d’ici 2012, 10 missiles « antimissiles balistiques de longue portée » seront installés en Pologne, mais aussi une batterie antiaérienne de 96 missiles Patriot que la Pologne placera aux endroits utiles à sa défense nationale.     

Certains savent battre le fer quand il est chaud.

 
Alexandre Anizy

Géorgie (I) : Glucksmann et Lévy en perdition

Publié le par Alexandre Anizy

Le jeudi 14 août, on pouvait lire dans le Figaro, le journal de Mr DASSAULT :

« En décidant jeudi dernier un assaut contre la capitale des séparatistes ossètes, dans des circonstances qui restent jusqu’à aujourd’hui très mystérieuses, « Misha » [Mikhaïl SAAKACHVILI] a mis en péril le rêve d’Occident de la Géorgie. » (Laure MANDEVILLE)

« Car, quoi qu’on pense du comportement impérial de la Russie, de son agressivité, il est indéniable que le président géorgien porte la responsabilité du déclenchement des opérations. » (Tamara TCHIKOVANI, journaliste géorgienne)  

Qui a lancé une attaque militaire contre la ville ossète de Tskhinvali en tuant des soldats russes présents depuis 15 ans en vertu d’une décision de l’ONU pour maintenir la paix ?
La Géorgie.

Jeudi 14 août, les faits objectifs sont connus de tous : la Géorgie est l’agresseur.

Dans un article commun publié ce jour-là dans Libération (le journal du milliardaire philosophe Bernard-Henry LEVY), André GLUCKSMANN et le milliardaire philosophe, s’ils ont oublié les principes d’un travail intellectuel, ne rechignent pas à employer les pires méthodes de propagande : plus notre mensonge est gros, mieux nous cognons.

Du fait de leurs occupations sociales respectives, ces 2 lascars connaissent parfaitement l’identité de l’agresseur : la Géorgie.

Mais ils décident : « Qui a tiré, cette semaine, le premier ? La question est obsolète. »

Qu’ils emploient le mot « obsolète » peut signifier deux choses : l’agression géorgienne n’est qu’un élément d’ordre technique ou bien la responsabilité de l’acte primitif n’a pas d’intérêt pratique.
Ainsi le fait initiateur est écarté soit sur une base technique soit sur une base pratique. Dans les deux cas, ni la morale ni le Droit international n’y trouvent leurs comptes.

 
Alors de quoi s’indignent ces 2 lascars ?  

« La vérité est que l’intervention de l’armée russe hors de ses frontières, contre un pays indépendant et membre de l’ONU, est une première depuis l’invasion de l’Afghanistan. »

Disséquons :

« La vérité » : rappelons que l’organe de propagande du régime soviétique s’intitulait « Pravda », qui signifie « vérité » ;

« Contre un pays indépendant et membre de l’ONU » : si l’Ossétie du Sud n’est ni indépendant ni membre de l’ONU, elle était régie par un accord l’ONU que la Géorgie a piétiné, ce que ne précisent pas les 2 lascars ;

« invasion de l’Afghanistan » : en ce temps-là, l’Afghanistan vivait sous la coupe d’un régime communiste qui, en vertu d’un accord d’assistance militaire entre Etats,  a fait appel à l’URSS pour vaincre la rébellion … Les 2 lascars ne poussent pas leurs cris d’orfraies quand avec le même argument la France vole au secours de la Côte d’Ivoire, etc. …

Maintenant que les 2 lascars vous ont placé sur le chemin de la vérité, vous devinez la suite de la démonstration : hier Budapest, Prague, aujourd’hui Tbilissi, demain Kiev, etc. ?
« Il reste peu de temps. Commençons donc par énoncer qui est l’agresseur : la Russie de POUTINE et de MEDVEDEV (…) » 
Après cette énormité, suit une charge contre le diable russe. 

 
Quand deux intellectuels en arrivent à nier les faits objectifs pour bâtir un réquisitoire confus, nous disons que c’est la défaite de la raison.
Alors nous nous interrogeons sur la haine antirusse que les 2 lascars ont développée depuis tant d’années, et qui masque de moins en moins un amour subliminal de l’empire américain.

Les aboyeurs libéraux ne valent pas mieux que les boyards.

Un intellectuel qui nie la réalité pour vendre sa soupe idéologique n’est qu’un histrion.

 
Alexandre Anizy