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Raphaël ENTHOVEN intellectuel obséquieux vs le clown Stéphane GUILLON

Publié le par Alexandre Anizy

Raphaël ENTHOVEN est le fils de Jean-Paul, l’éditeur parisien ami du milliardaire philosophe Bernard-Henri LéVY ; c’est aussi un agrégé de philosophie qui enseigne à Polytechnique, intervient à Sciences Po, et qui surfe sur l’actuelle vague philosophique dans les médias (Philosophie Magazine, France Culture, Arte, Express, … ?). Bref, un jeune cador de l’establishment qu’il défend face à un clown devenu censeur dangereux par la grâce du philosophe patenté.

 

« Quand l’humoriste Stéphane GUILLON, sur France Inter, tout à l’unisson d’une opinion cannibale, s’éclate sur la « braguette rapide » de Dominique STRAUSS-KAHN, (…) il parle non pas en homme libre, mais en censeur. »

Soulignons ici l’adjectif « cannibale » dont est affublée l’opinion, ce qui renvoie le lecteur aux valeurs morales.

Pour devenir censeur, il faudrait que l’humoriste ait porté un jugement sur l’adultère de Dominique STRAUSS-KAHN, alors qu’il a seulement pris le parti d’en rire. Ce qui a déplu au château, dit-on dans les gazettes.

Au passage, Raphaël ENTHOVEN fait remarquer que le sieur STRAUSS-KAHN n’aurait pas confondu les genres entre la sphère publique et la sphère privée, ce qui n’est pas l’avis de la dame concernée dans sa lettre au FMI qui ne figurait pas dans le dossier ayant servi à disculper le french director ; alors qu’il en a les moyens, Raphaël ENTHOVEN ne serait pas bien informé ?

L’humour de Stéphane GUILLON est, écrit le philosophe patenté, une forme de censure, « (…) sournoise (…) donc plus dangereuse, [qui] porte le masque grimaçant d’un clown ».

Chez Raphaël ENTHOVEN, l’opinion est « cannibale », et le masque du clown est « grimaçant » : les gens de peu sont en quelque sorte déshumanisés.

 

A notre avis, deux choses dérangent vraiment Raphaël ENTHOVEN dans cette affaire, mais c’est l’éditorialiste Claude IMBERT qui les a exprimées sans fard (Point du 12 mars 2009) :

« Cet amuseur matinal de France Inter jette à grandes brassées Strauss-Kahn, Sarkozy et une flopée de ministres dans son baquet d’acide. » ; (touches pas à l’élite !) 

« La période précédant 1789 a connu, dans une grêle de libelles enragés, semblable débauche d’insultes, mais elle était réservée à des lettrés. Radio et Télévision ont démocratisé leur pratique. » ; (Ah ! la démocratisation de la vulgarité …)

Raphaël ENTHOVEN peut rire de tout. Mais pas avec n’importe qui. Comme disait Pierre DESPROGES.

 

Alexandre ANIZY

Bruno LE MAIRE aurait des idées

Publié le par Alexandre Anizy

Le Figaro Magazine du 7 mars 2009 nous informait que le Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Bruno LE MAIRE rassemblait actuellement ses idées sur les vertus politiques.

 

« Mon travail d’écriture est aussi important que mon travail politique », dit-il. 

 

Comme « le ministre » (Grasset, octobre 2004, 16,15 €) n’était selon nous qu’une hagiographie de Dominique de VILLEPIN rédigée par un handicapé littéraire, comme « des hommes d’Etat » (Grasset, janvier 2008, 19,86 €) ne présentait que les coulisses et les couloirs des palais de la République … nous approuvons l’estimation que Bruno LE MAIRE fait de son travail politique.

 

Alexandre ANIZY

Continental : le leurre de "l'économie de partage"

Publié le par Alexandre Anizy

Souvenez-vous : en 2007, les salariés de Continental à Clairoix (Oise) acceptaient le retour aux 40 heures de travail hebdomadaire contre la promesse du maintien de l’emploi au moins jusqu’en 2012.

11 mars 2009 : après plusieurs semaines de démentis, notamment lors du comité d’entreprise exceptionnel de la semaine dernière, la direction de Continental a convoqué par téléphone les membres du CE pour une réunion immédiate, au cours de laquelle elle a simplement déclaré que l’usine « arrêtera sa production » au plus tard en mars 2010.

 

1.120 emplois au tapis. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

 

Ce triste fiasco (syndical ?) nous rappelle un livre d’économie qui eut un certain succès dans les années 80 : « l’économie de partage » de l’américain Martin WEITZMAN (édition l’Expansion/Hachette/Jean-Claude Lattès, janvier 1986, 233 pages, 95 FRF).

Dans ces années-là, les constructeurs automobiles américains avaient déjà de sérieux problèmes de rentabilité. General Motors était donc pris comme exemple par Martin WEITZMAN pour son exposé théorique, que nous résumerons par cette citation :

« Sous contrat de salariat, le coût moyen du travail pour l’entreprise (ce qu’elle verse à chaque travailleur) est constant et donc égal au coût marginal entraîné par le recrutement d’une unité additionnelle de main d’œuvre. Sous contrat de partage, le coût marginal du travail est strictement inférieur au coût moyen du travail. Quand un travailleur supplémentaire est recruté sous contrat de partage, cela réduit très légèrement la paie (ou le coût moyen) de tous les autres travailleurs soumis au même contrat. » (p. 131-132)

Fort heureusement, cette théorie ne fut pas appliquée.

 

« L’économie de partage » de Martin WEITZMAN, comme la promesse de Continental en 2007, était un leurre, puisqu’elle fait abstraction des conditions macroéconomiques et sociales … qui peuvent justifier les retournements.

Lorsque le Secrétaire d’Etat à l’industrie, le fondeur Luc-Marie CHATEL, parle d’une « trahison » et d’un éventuel futur procès contre Continental, on peut se moquer de ses propos, qui ne coûtent rien mais rapportent en termes électoraux, puisque tous les frais éventuels, dont ceux découlant d’une possible défaite judiciaire, seront dument provisionnés dans les comptes de Continental avant qu’elle ne ferme l’usine.

De cette affaire, la patronne du MEDEF, l’héritière Laurence PARISOT, devrait se tenir à bonne distance, puisque fondamentalement n’est-ce pas là aussi le droit de la propriété privée qui serait en cause ? Comme en Guadeloupe.

 

Alexandre ANIZY    

A propos de "1974" de Patrick BESSON

Publié le par Alexandre Anizy

Vous connaissez l’estime que nous portons à Patrick BESSON, un génie de la chicane (voir notes culturelles des 2 septembre 2007 et 24 février 2009). Avec plaisir, nous avons constaté samedi 7 mars, dans l’émission « Télé matin », qu’il en était de même pour William LEYMERGIE et Olivia de LAMBERTERIE.

En effet, Patrick BESSON vient de publier un livre intitulé « 1974 » (Fayard, mars 2009, 13,30 €). Comme d’habitude, Olivia de LAMBERTERIE a merveilleusement présenté l’ouvrage en définissant l’auteur comme un maître de la concision. Avec du style, ça va de soi. L’humour est toujours en prime.

 

Il se trouve que quelques semaines auparavant, dans un hebdomadaire où il tient une chronique, Patrick BESSON avait relaté son déjeuner avec William LEYMERGIE à l’occasion de la sortie de son livre « quand les Grands étaient petits … » (toujours Fayard, janvier 2009, 17,01 €), en en vantant les qualités et en louangeant la charmante Olivia.

 

Dans le monde des lettres françaises, ce genre de hasard est monnaie courante.

 

Comme il s’agit d’un des plus grands auteurs français, nous parlons de Patrick BESSON dont nous avons déjà suggéré son élection à l’Académie – lire notre note du 2 septembre 2007 -, on se moquera ici des mœurs germanopratines.

Porter aux nues un BESSON vaut mieux qu’un LéVY.

 

Pour votre plaisir, lisez Patrick BESSON.

Zaboravite Philippe !

 

Alexandre ANIZY

Remarques sur la mondialisation de Pierre-Noël GIRAUD (VI)

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire les 5 notes précédentes)

Peut-on critiquer « La mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €) de Pierre-Noël GIRAUD ?

Pas vraiment, puisqu’il constate une situation à partir des données statistiques, et parce que les concepts forgés, qui renvoient à une réalité quantifiable, lui permettent de bâtir un modèle intéressant. Néanmoins, il nous semble utile de faire 3 remarques. 

 

La première concerne le concept de firme globale, qui doit certainement beaucoup aux travaux de Charles-Albert MICHALET (nous pensons en particulier au « capitalisme mondial », PUF 2ème édition de 1985, 368 pages, 148 FRF). Or, nous n’en trouvons aucune référence, aucune note de bas de page, alors qu’un article du New York Times est cité en page 15. Nous le regrettons (une question de méthodologie universitaire).

 

La deuxième remarque pointe une faiblesse de cet ouvrage. Nous n’avons pas trouvé une analyse conséquente de l’articulation entre le local et le global, alors que ce mécanisme n’a pas échappé à la sagacité de P-N. GIRAUD. De plus, la question de la hiérarchie des territoires n’est pas posée. Or, sur ces sujets, Michel BEAUD planchait dès 1986. (« Le système national mondial hiérarchisé », La Découverte, 1987, 134 pp.)

 

La troisième remarque est d’ordre politique. Alors qu’il dresse le scénario noir de l’évolution du capitalisme, où des hommes inutiles (le « milliard d’en bas ») pourraient être délaissés, contrôlés et parqués, alors qu’il décrit une double fragmentation de la société dans les pays riches (entre les riches compétitifs et les classes moyennes paupérisées, entre ce 1er groupe et une frange pauvre et illégale), qui « ne peut que dégrader les mécanismes de la démocratie représentative » aboutissant à un système, où « la politique se réduira à des discussions techniques entre groupes influents de compétitifs » (p.155), où les élections ne seront plus que des plébiscites où on sortira les sortants par des successeurs qui leur ressembleront, P-N. GIRAUD ne propose tout compte fait qu’un réformisme en phase avec le consensus en vigueur au sein de l’oligarchie, en évitant l’optimisme béat qu’il convient d’afficher de nos jours : si « on ne peut donc pas compter sur la mondialisation pour unifier rapidement le monde », il reste fort heureusement les Etats-Nations qui sont loin d’avoir perdu leurs pouvoirs, et dont les politiques n’ont qu’à « s’adapter à la mondialisation, dans leurs cibles et dans leurs modalités ».  

Pour nous, la réflexion n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 8 traite de la finance globale et de l’instabilité consubstantielle.

 

P-N. GIRAUD met d’emblée les pieds dans le plat : « Tous ceux qui considèrent la finance comme une superstructure parasitant une économie de marché (…) sont des Saint-simoniens attardés. (…) Un capitalisme sans monopoles, sans externalités, sans finance, sans spéculation (…) est une pure chimère. » (p.124) Quant à nous, nous ajoutons que toute économie est réelle : la crise résulte d’une perversion de l’administration familiale (l’économie au sens premier du terme ; ARISTOTE, « les politiques »), puisque les ménages empruntaient réellement de l’argent sur une augmentation virtuelle du prix de leur maison.

La finance collecte l’épargne de certains agents économiques et crée ex nihilo de la monnaie : pour maximiser la croissance, une proportion de projets non rentables sont financés. « Ces promesses de revenus futurs [« Un titre financier n’est jamais qu’une promesse de revenus futurs (…) » p.125)] impossibles à tenir, c’est ce que j’ai appelé le mistigri. (…) Dès lors, la purge de ce mistigri est nécessaire et ceci, quel que soit le système financier. (p.128)

Comment purger ? Avant 1980, c’est l’inflation. Après cette date, c’est le krach sur un marché (actions, immobilier, changes, matières premières), suivi d’une crise bancaire plus ou moins localisée et profonde. Mais le système financier actuel transmet son instabilité à l’ensemble de l’économie : « En bref, c’est une démocratie de renards libres dans un poulailler libre. (…) qui va finalement subir les pertes (…) A coup sûr, les investisseurs les plus mal informés, par conséquent les petits investisseurs, puis si cela ne suffit pas, en seconde ligne, l’ensemble des contribuables. » (p.131) Nous en sommes là.

 

Concernant les déséquilibres des balances de paiement et l’instabilité des changes, « (…) l’Europe est aujourd’hui l’otage des choix de politique économique des Américains et des Chinois. Il en résulte de fortes fluctuations de l’euro. » (p.137) Seule une coordination des politiques économiques entre l’Union Européenne, les Etats-Unis et les puissances asiatiques peut y remédier. Rêver n’est pas interdit …

 

On peut envisager une réforme radicale : contrôle des mouvements de capitaux et cloisonnement de la finance. Si la libre circulation des capitaux est quasiment intouchable, une séparation totale entre les activités bancaires  et les activités de marché n’est pas impossible : « Dans ce système cloisonné, la totalité des risques étant confiné sur les bourses et les marchés dérivés, ces marchés deviendraient extraordinairement volatils et le grand public n’échapperait pas totalement aux fluctuations macroéconomiques engendrées par cette instabilité. » (p.139)

Mais il n’y a personne pour soutenir cette réforme radicale.

 

Le consensus actuel maintient le principe d’une finance décloisonnée en appelant à un renforcement des réglementations, avec parfois de surcroît « le ridicule de prôner plus de transparence ». Comme le fait remarquer à juste titre P-N. GIRAUD, ces réformes « seront très probablement assez cosmétiques, une fois passé le plus gros de la crise ». (p.140)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 6 traite de la fragmentation interne aux pays riches.

 

« Un rapport de l’OCDE d’octobre 2008 le confirme (…) les inégalités de revenu ont augmenté depuis les années 80 dans presque tous les pays riches. » (p.93) Le revenu du dernier décile a progressé fortement, et pour les 1 % des plus riches ce fut exceptionnel. « En revanche, les quintiles intermédiaires ont vu leur revenu croître moins vite que la moyenne. Il s’agit donc d’un appauvrissement relatif des classes moyennes. » (p.93) P-N. GIRAUD rappelle qu’en 1996 il concluait déjà à un laminage des classes moyennes ainsi qu’à la polarisation des sociétés entre un groupe restreint de compétitifs de plus en plus riches et une masse de protégés.

 

Pour autant, « il n’y aura pas de retour massif au protectionnisme, tout au plus des ajustements à la marge » (p.98), mais c’est une option concevable, bien que difficilement praticable, au niveau des grandes zones comme l’Union Européenne. Mais « les firmes globales n’ont aucun intérêt au retour du protectionnisme, elles le combattront » (p.99) : ainsi, si on ne peut l’exclure, « c’est simplement très improbable ».

Alors que faire, comme disait LéNINE :

  • Pas de retour en arrière pour les marchandises ;
  • Supprimer les subventions agricoles ;
  • Revoir le système des droits de propriété intellectuelle ;
  • Ne pas militer pour l’ouverture totale des frontières, mais régulariser les immigrés sans papier ;
  • Stabiliser les grandes monnaies, grâce à une coordination internationale des politiques macroéconomiques et monétaires ; « Est-ce à l’ordre du jour ? On peut en douter (…) la position du cavalier seul est encore parfaitement jouable pendant un certain temps par certains des acteurs concernés. » (p.102) Lesquels ? on ne saura pas.

 

Comment remédier à la hausse des inégalités dans les pays riches ? Le modèle de P-N. GIRAUD montre 2 voies : accroître le nombre des compétitifs et augmenter le rapport qualité/prix des choses protégées, ce qui engendre une croissance endogène.

Pour la 1ère voie, il convient pour l’essentiel d’investir dans la formation et la recherche, ce que dit déjà le pouvoir oligarchique. Cela nécessite une profonde réforme de l’Université (on y est déjà, n’est-ce pas ?) où « il faudra sans doute se résigner à ce que, au moins (ndAA : c’est nous qui soulignons) pour la 1ère année de réception des étudiants étrangers, ces universités enseignent en anglais. » (p.104) P-N. GIRAUD ne comprend pas que l’abandon de la langue serait la 1ère étape de la débâcle à venir.

Pour la 2ème voie, « (…) on pourrait par exemple imaginer de supprimer toute TVA sur les biens et services protégés et de la reporter entièrement sur les biens et services compétitifs. » (p.105) Mais ce ne serait pas très sérieux, si on se réfère au diktat européen sur la question de TVA, notamment pour la restauration. Alors ? Les Etats des pays riches peuvent lutter contre les inégalités internes, mais ils doivent obtenir l’accord des compétitifs de leurs territoires respectifs : or, « En brisant les cercles vertueux des croissances sociale-démocrates autocentrées, la mondialisation a détruit les solidarités économiques objectives au sein d’un territoire. (…) Rappelons une fois de plus que la pauvreté des protégés améliore la compétitivité des compétitifs. » (p.106)

 

P-N. GIRAUD nous dit qu’il maintient en 2008 son pronostic : « (…) augmentation de l’inégalité économique (…) renforcée et pérennisée par des inégalités institutionnelles, par le fait que les Etats sont de moins en moins des Etats « pour tous ». » (p.107)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.   

 

1ère question fondamentale en économie : il s’agit des rôles de l’Etat et des marchés, de leur articulation.

La littérature économique regorge d’articles mettant en évidence les imperfections du marché : seul un peloton de libéraux irréductibles, comme Pascal SALIN, radote encore sur les bienfaits de la concurrence pure et parfaite. Ces imperfections « engendrent ce qu’on appelle des trappes de pauvreté », c'est-à-dire des situations où le fonctionnement normal des marchés empêche les personnes de sortir de leurs conditions misérables, alors qu’elles en ont les capacités. L’Etat doit donc intervenir pour détruire les obstacles contraires à l’intérêt général.

Prenant le cas des pays confrontés à « la malédiction des matières premières », P-N. GIRAUD affirme qu’ « un Etat de qualité maîtrise et oriente efficacement les mécanismes de marché, à commencer par la négociation des rentes avec les compagnies pétrolières et minières ». (p.55) Et ce qui est utile ou nécessaire pour la Norvège ne le sera pas forcément de la même façon au Nigéria. Autrement dit, « l’analyse économique ne doit pas établir de lois générales valables en tout temps et en tous lieux ». (p.55)

Parce que l’information des marchés a un coût, parfois rédhibitoire, et qu’elle ne peut être produite instantanément, « une des dimensions de l’imperfection des marchés est ainsi qu’ils peuvent n’être jamais à l’équilibre. Ils y tendent certainement. » (p.56)

Enfin, « il est en effet impossible de définir l’intérêt général de l’intérieur de l’analyse économique » (p.57), sinon au prix de 2 hypothèses inadmissibles : comparabilité et indépendance des variations de revenus des acteurs économiques (i.e. perte des uns / gains des autres) ; perception absolue de sa situation pour tout agent économique (or le concept de richesse est essentiellement relatif).

 

P-N. GIRAUD conclue qu’une analyse économique rigoureuse ne prétend qu’à décrire et si possible quantifier les pertes et les gains des agents, ainsi qu’à construire des scénarios.

« Une conséquence de cette thèse est que le débat sur les politiques économiques entre droite et gauche n’est pas un débat économique, mais un débat « de société » structuré par le choix de normes de jugement des politiques économiques qui sont des normes d’équité. » (p.58)

Mais P-N. GIRAUD modère aussitôt l’approche dichotomique qui apparaissait en filigrane (les économistes scientifiques … et les autres) en affirmant qu’une analyse concrète d’une situation concrète « reste donc influencée par des visions du monde et des normes d’éthiques ». (p.59)

En quelques lignes, vous avez la problématique du débat « sciences économiques ou économie politique ».

 

2ème question fondamentale en économie : il s’agit des avantages du libre échange.

Comme pour le progrès technique, les avantages du libre échange ne sont pas contestés en théorie : le principe de RICARDO est robuste. Mais si on intègre les imperfections des marchés et si on raisonne en dynamique, il doit alors être relativisé, puisque les exceptions sont courantes.

Par exemple, SAMUELSON et STOLPER ont établi que « le libre échange peut fort bien accroître le revenu moyen dans un territoire, tout en y aggravant les inégalités. » (p.65)

Un examen historique minutieux du développement économique de certains pays permet de rétablir les faits : « Le protectionnisme a incontestablement été l’un des instruments du rattrapage de la Grande-Bretagne par l’Allemagne et les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, ainsi que des Etats-Unis par le Japon dans les années 1950 à 1970. » (p.66) Mais il a conduit l’Amérique Latine au marasme économique à partir des années 1930.

 

Fort de ces acquis, P-N. GIRAUD construit son modèle d’évolution de la richesse d’un territoire et de l’inégalité entre compétitifs et protégés, à partir du cadre analytique suivant : un découpage en territoires économiques séparés par des frontières, une distinction entre firmes nomades et firmes sédentaires (celles qui agissent sur un seul territoire), une distinction entre les individus, à savoir les compétitifs et les protégés (ceux qui produisent des choses qui ne traversent pas les frontières).

Que nous dit le modèle ? « Les évolutions de la richesse et des inégalités vont passer dans chaque territoire par les effets combinés de la mondialisation et des politiques étatiques sur trois paramètres : e, Nc, pt. Et dans ce processus dynamique, tout est a priori possible (…) une diversité d’évolutions qui correspond bien à la réalité (…). » (p.75)

(où : e = préférence pour les biens et services protégés, mesurée par la part des revenus des résidents du territoire consacrée à l’achat de biens et services protégés ; Nc = nombre des compétitifs présents sur le territoire ; pt = le prix relatif des compétitifs, c'est-à-dire le rapport entre le revenu moyen des compétitifs du territoire et celui des compétitifs dans le monde.)

Nous vous épargnons les équations.

 

En économie, l’émergence de l’Asie constitue sans doute le fait historique majeur des 50 dernières années. P-N. GIRAUD analyse, avec une concision remarquable, le processus de développement des pays de cette zone. « Facteur favorable, la mondialisation ne peut cependant pas être considérée comme le moteur du rattrapage de ces pays [ndAA : Japon, les NPI, Inde, Chine]. Dans chaque cas, les politiques étatiques ont joué un rôle absolument décisif. » (p.79)

Concernant la Chine et l’Inde aujourd’hui, il affirme que l’apparition d’une vraie classe moyenne constitue une option pour les 2 gouvernements, ce qui ralentirait le laminage des classes moyennes des pays riches. Il peut alors conclure avec humour : « classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! ».

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.

 

Pour la plupart des marchandises, les barrières douanières sont inférieures à 5 %. Les bateaux utilisant un fioul lourd qui coûte environ 10 fois moins cher que le kérosène ou l’essence hors taxe, il en ressort que le coût de transport maritime d’une paire de chaussure entre l’Asie et un port européen est d’environ 0,50 dollar, soit moins que le coût de transport entre le port et le magasin distributeur. En soi, un renchérissement du pétrole autour de 100 dollars le baril n’affectera pas le commerce international.

La globalisation numérique permet une baisse des coûts de transaction et la production de services à distance. Grâce à la faiblesse des coûts de diffusion, la circulation d’images augmente et « contribue fortement à faire de la richesse une notion essentiellement relative ».

En matière financière, la globalisation place les décideurs dans le triangle d’impossibilité de MUNDELL, à savoir qu’on ne peut pas poursuivre à la fois ces 3 objectifs (liberté de circulation des capitaux, stabilité des taux de change, indépendance de la politique monétaire), mais seulement 2 d’entre eux. Quant aux entreprises qui se financent sur les marchés, elles sont instantanément comparées à toutes les autres et sommées de corriger les faiblesses relatives éventuelles.

Si la globalisation des firmes n’a échappé à personne, GIRAUD nous dit que la véritable firme globale, c'est-à-dire celle dont les dirigeants et cadres supérieurs sont de nationalités diverses, dont la langue de travail est l’anglais, dont les centres de recherche peuvent être déconnectés des centres de production et de gestion, et qui n’a aucun a priori sur la localisation de son siège social, est en train d’apparaître.

Par exemple, nous pensons que la firme américaine DELL est en bonne voie pour obtenir ce label (seul le dernier critère fait vraiment défaut). Rappelons ici que DELL ferme son centre d’assemblage irlandais de Limerick (environ 15 ans après son débarquement) pour l’implanter en Pologne, où les coûts salariaux sont nettement inférieurs : gageons que dans 15 ans celui-ci pourrait aussi fermer pour un transfert en Turquie ! (relire à ce stade nos notes politiques titrées « le oui à la Turquie de Michel ROCARD l’idiot utile ») 

« Une chose est certaine cependant, la seconde transformation structurelle fondamentale de la mondialisation en cours est la constitution de firmes qui (…) localisent leurs diverses activités de plus en plus strictement en fonction des avantages que tel territoire, telle ville, présente à leurs yeux pour ce genre d’activité. Elles engendrent donc une compétition généralisée entre les territoires pour les retenir et les attirer. » (p.38-39)

On ne peut cependant parler d’une économie mondiale, ne serait-ce qu’à cause du marché du travail qui demeure « local ».

 

Quel est l’impact de la mondialisation sur les inégalités entre territoires ? Les chiffres présentés par GIRAUD sont très clairs : le PIB par habitant en l’Asie par rapport à celui des pays industrialisés riches monte vite, quand ceux de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Amérique Latine stagnent ou baissent. 

Et les inégalités internes à chaque territoire ? Elles augmentent presque partout.

« Nous soutiendrons à rebours que la mondialisation actuelle n’unifie pas le monde. Elle est un puissant processus de redistribution des inégalités internationales et sociales, fait d’émergences rapides et de décrochages. Elle redéfinit les lignes de fracture. Elle fragmente le monde. » (p.47-48)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1949, Pierre-Noël Giraud est un ingénieur économiste français (diplômé de l'École polytechnique, de l'École des Mines de Paris - Ingénieur Général des Mines -, etc.), ce qui n’a rien d’original dans le gotha français des sciences économiques. Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), il présente de manière concise une analyse des effets de la mondialisation sur les inégalités, avec les concepts qu’il a déjà exposés dans ses 2 livres précédents, à savoir notamment : les territoires, les acteurs capitalistes nomades et les sédentaires, les individus compétitifs et les protégés.

Il répond en argumentant à 2 questions : fin du cycle libéral, changement de capitalismes ?

 

La mondialisation actuelle n’est pas la première, mais elle se caractérise par « la combinaison de 3 globalisations : globalisation des firmes, de la finance et globalisation numérique » (p.8). A cette combinaison, il faut ajouter la généralisation des compétitions : « mise en compétition généralisée de l’ensemble des territoires et des sédentaires qui les habitent par les firmes globales, des acteurs nomades par excellence ; mise en compétition généralisée des firmes globales par les investisseurs institutionnels de la finance globale de marché. ». (p.8)

 

Dans le 1er chapitre, en un peu moins de 20 pages denses mais non rébarbatives, P-N. GIRAUD parvient à esquisser une histoire de la mondialisation, en commençant par se référer aux « économies mondes » du XVI au XVIIIème siècle de Fernand BRAUDEL (Europe, Russie, Inde, Insulinde, Chine, monde islamique). En Europe, à Amsterdam, Bruges, Gênes, Lyon, Venise, le niveau de vie est à peu près le même, et ce sont les mêmes acteurs économiques (les nomades de GIRAUD) qui dominent « une énorme masse de sédentaires englués dans ce que BRAUDEL appelle la civilisation matérielle, autrement dit l’économie de proximité ». (p.12)

En 1820, alors que la Révolution industrielle en est à ses débuts (pour ceux que la question intéresse, citons ce livre de référence : Paul MANTOUX, « la Révolution industrielle au XVIIIème siècle », éditions GENIN 1973, 577 pages, 94 FRF), le ratio du revenu par habitant du pays le plus riche (la Grande-Bretagne) à celui du plus pauvre (l’Afrique) est de 3,5. En 1910, le ratio passe à 7,2, et en 1992 à 17. Du point de vue économique, le mot fragmentation convient bien pour décrire les 2 derniers siècles.

 

« Tout changement important de politique économique est toujours précédé d’une victoire dans le champ intellectuel de ceux qui le promeuvent. » (p.17)

Fort de cette observation pertinente, GIRAUD nous fait un 1er récit de la mondialisation, qu’il titre « ascension, chute et victoire finale du libéralisme », en débutant au moment de la victoire intellectuelle de David RICARDO en 1817 (date de publication de son livre majeur, « Des principes de l’économie politique et de l’impôt », qui démontre les avantages du libre échange), puis un 2ème récit, qu’il titre « où l’on voit intervenir des nations et des classes », où il précise que si RICARDO préconise le libre échange, « c’est pour que l’Angleterre puisse se débarrasser de son agriculture à rendements décroissants et de sa classe de land lords parasitaires, pour se concentrer sur l’industrie capitaliste à rendements croissants, devenir ainsi « l’atelier du monde » (…) la puissance hégémonique. ». (p.21)

Dès 1830, l’économiste allemand Friedrich LIST a compris le processus et défend l’idée de l’union douanière pour protéger les industries naissantes en Allemagne. En 1880, l’Allemagne et les Etats-Unis « dénoncent les accords de libre échange qu’ils ont passé quelques années auparavant, relèvent leurs tarifs douaniers et développent leur industrie à l’abri de ces barrières protectionnistes. » (p.22)

 

La suite est à l’avenant.

 

Nous ne nous attarderons pas sur l’assaut idéologique mené par l’école de Chicago dans les années 1960-1970 (figure emblématique : Milton FRIEDMAN) contre l’interventionnisme étatique qu’on représente couramment par le keynésianisme, ni sur la présentation de ce que d’aucuns (notamment l’école de la régulation : Michel AGLIETTA, Robert BOYER, Alain LIPIETZ, etc.) ont appelé le fordisme, et que Pierre-Noël GIRAUD nomme « croissance social-démocrate autocentrée ».

 

Ce 1er chapitre habile est remarquable dans sa facture.  

 

Alexandre ANIZY