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La route avec Cormac Mc CARTHY

Publié le par Alexandre Anizy

Comme nous revenions de Boston par la route, nous fîmes un arrêt à Providence, dans le Rhode Island. La curiosité nous guidait et non pas le hasard : autrefois, nous recevions de cette ville des composants d’une filiale de la multinationale pour laquelle nous bossions. C’était donc un dimanche. Hors du centre-ville, les rues semblaient désertes. Nous finîmes par dénicher un bar ouvert. Il y régnait une ambiance de buffet de gare, et ce n’est pas avec notre putain d’accent français qu’on allait décoincer le prolétaire américain …

Inutile de vous dire que nous ne nous éternisâmes pas.

 

« La route » (éditions de l’Olivier, février 2008, 245 pages, 21 €) de Cormac McCARTHY, né à Providence, nous parle d’une quête, celle d’un père et de son fils après l’apocalypse. La planète est dévastée, le genre humain a replongé dans la barbarie. L’Autre est pire qu’un ennemi : un festin. Ils marchent vers le sud à la recherche des gentils, fuyant les chemins dès qu’un bruit ou la trace d’un étranger apparaissent. De la civilisation, comme de l’humanité, il ne reste rien. Retour à la préhistoire, en quelque sorte.

L’Homme n’aurait donc rien appris.

 

Alexandre ANIZY

La marche au canon de Jean MECKERT

Publié le par Alexandre Anizy

Revoilà Jean MECKERT !

(lire la note du 29 juin 2008 relative à son premier roman, « les coups »)

Avec « la marche au canon » (éditions Joëlle LOSFELD, mars 2005, 105 pages, 8,50 €), comme ce titre le suggère ironiquement, il nous parle de la guerre, enfin, de la « drôle de guerre ». Un lecteur snobinard ne se portera que vers Jean-Paul SARTRE et ses « carnets de guerre – novembre 1939/mars 1940 » (Gallimard, mai 1983, 432 pages, 90 FRF), pour avoir un récit calme et reposé de l’aventure (le jeune JPS appréciait aussi Pardaillan de Michel ZEVACO) ; pourtant, s’il se tournait vers MECKERT, c’est du brut qu’il obtiendrait : l’humanité dans sa simplicité.

L’incipit donne le ton :

« Un jour, le canon a grondé. Un premier coup a secoué l’horizon. De tressautement local en pâleurs concentriques, on nous a dit : c’est la guerre !

Immédiatement et sans délai, je suis parti à la guerre. Il me fallait des allures de petit courage. Elle avait des lettres, la bonne guerre, des lettres hautes dans le journal. On avait fait sa publicité. C’était quelqu’un, la guerre aux lettres hautes. On était badaud, bon badaud moral. On allait voir la guerre. » (p.11)

 

Mais, en fait de guerre, c’est plutôt l’attente, le désœuvrement, la vinasse, les embrouilles de caserne, les transports en wagons à bestiaux aménagés pour la troupe, auxquels nous convie Augustin Marcadet, l’antihéros de cette non-bataille. 

« On parlait aussi chacun de soi, on faisait de la politique vague et générale. On causait de la resquille et des perms, on bouchait des trous, on bouffait du sous-off. » (p.20)

De l’effondrement général, Marcadet ne connaîtra que la fuite forcément pitoyable d’une armée en déroute, avec déjà un avant-goût de la rudesse à l’égard de la population civile.

« J’avais perdu tout ce qui faisait de moi un homme ! On m’avait mis en guerre contre des bombes, contre des balles, contre des chars blindés qui avaient foncé sur moi !

Je n’avais rien vu que des éclaboussures. Rien vu ! Rien ! De toute cette guerre immonde où l’on pouvait me tirer comme un simple gibier, où l’on m’avait visé à balle, bombardé et chargé au monstre blindé, je n’avais rien vu et je n’avais rien à raconter. Rien ! » (p.101)

Il y a du Bardamu chez ce Marcadet.

 

Alexandre ANIZY

Sornette d'Amos OZ

Publié le par Alexandre Anizy

Comment épargner son argent et ne pas gâcher sa journée ?

En ignorant « Vie et mort en quatre rimes », sornette d’Amos OZ (Gallimard, décembre 2007, 132 pages, 13,50 €).

 

La médiocrité du produit égale la vacuité de celui de Karine TUIL.

 

Alexandre ANIZY

Quelle TUIL !

Publié le par Alexandre Anizy

En lisant « la domination » (Grasset, août 2008, 231 pages, 16,50 €), nous nous interrogions sur les motivations de l’auteur, Karine TUIL, puisque la vacuité et la prétention de ce livre sont incommensurables.

Qu’il nous soit tombé entre les mains, quelle déveine !

 

Alexandre ANIZY

 

Les sonneries abominables de Saphia AZZEDINE

Publié le par Alexandre Anizy

Pour vous mettre dans l’ambiance, un échantillon de « confidences à Allah » de Saphia AZZEDINE (éditions Léo Scheer, avril 2008, 146 pages, 15 €), parce qu’il ne s’agit ici que d’un produit :

« Il est 4 heures du matin et je dors. Je crois que je rêve paisiblement à un truc quand une sonnerie abominable retentit dans ma chambre. Je me lève. Fait chier. Les petits cons sont rentrés. On est samedi, ces enculés sont allés à La Calypso, et La Calypso ça donne faim. Ce soir je m’en fous, je crache dans leur bouffe. » (p.57)

Comme on est sympa, on vous épargnera les pages sexuelles de ce bâton imprimé.

 

Si Saphia AZZEDINE était cornaquée par l’inénarrable Frédéric BEIGBEDER, nous comprendrions la présence de cette immondice sur le rayon de la bibliothèque municipale, mais comme ce n’est pas le cas (à notre connaissance), que vient faire l’éditeur Léo Scheer dans cette galère ?

 

En pastichant Saphia, l’auteur de cette chose ridicule, nous nous interrogeons « sur les réelles motivations d’une pétasse chébran [voir les ragots sur la Toile] qui se tape du pipole pour signer une merde pareille, hormis le plaisir de baiser les péquenots en leur faisant cracher 2 biftons pour une pseudo passe littéraire. »

 

Alexandre ANIZY

 

P.S. : appliquant les règles du marchandisage, Saphia AZZEDINE a décliné son produit en spectacle théâtral, dont le républicain Philippe TESSON (lire notre note du 29 mai 2007 « la haine de la démocratie de Jacques RANCIèRE ») dit le plus grand bien (en particulier pour la comédienne Alice BELAÏDI) dans le Figaro magazine du 2 mai 2009 : de ce réactionnaire, rien ne nous étonnera.

Critique du livre de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (XI)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire évidemment les notes I à X portant le titre « Capitalisme et pulsion de mort » de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS.

La note X annonçait la première critique, qui est développée aujourd’hui. Deux autres la compléteront. Mais rappelons que nous considérons les 2 premiers chapitres d’un excellent niveau et susceptibles d’éveiller la curiosité intellectuelle de nombreux lecteurs.

 

L’inutilité du chapitre 3

 

Nous avons écrit que les 46 dernières pages (soit quasiment un tiers de l’ouvrage) de «Capitalisme et pulsion de mort» de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS relèvent plus d’un butinage que d’une analyse. Dit autrement, enquiller (expression du monde de la presse – signifiant empiler, enfiler –, pour rester dans l’univers de Bernard MARIS, rédacteur et actionnaire de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, dirigé et principalement possédé par le fumeux Philippe VAL) des généralités sur la mondialisation nuit gravement à la qualité de l’ensemble du texte : comme dirait un maître d’école, c’est hors sujet.

Prenons un exemple : « la possibilité d’une île » de Michel Houellebecq. A notre avis, accorder environ 2 pages à cette littérature de gare est superfétatoire et constitue une faute de goût.

 

 

Une uniformité chez KEYNES ? 

 

Concernant la vision keynésienne du ressort interne du capitalisme, nous disons que DOSTALER et MARIS ont réussi le challenge qu’ils s’étaient fixés : « Ce qu’enseignent FREUD et KEYNES, nous espérons le montrer dans ce livre, c’est que ce désir d’équilibre qui appartient au capitalisme, toujours présent, mais toujours repoussé dans la croissance, n’est autre qu’une pulsion de mort. » (p. 8-9) 

 

Concernant les positions théoriques de KEYNES, qui ne sont pas l’objet du travail – nous en convenons -, elles paraissent résumées en 2 parties : avant 1933, c’est un KEYNES libre-échangiste, et après, c’est un KEYNES protectionniste. Cette impression est fâcheuse, car la pensée théorique de KEYNES a évolué méandreusement.

Nous donnons 2 exemples pour expliquer cette appréciation.

En premier, que de communications d’universitaires ont tenté d’expliciter l’opposition apparente entre « le traité sur la monnaie » de 1930 et « la théorie générale » de 1936 !

En second, il arrivait à KEYNES de prendre une position politique en contradiction avec sa position théorique du moment. Donnons un exemple. Dans le livre « les écrits de KEYNES » sous la direction de Frédéric POULON (Dunod, mars 1985, 221 pages), Gilles DOSTALER rappelle dans son article consacré au « retour à l’étalon-or de la Grande-Bretagne » les faits suivants :

« Aussi longtemps que l’étalon-or est maintenu, KEYNES examine les meilleurs moyens pour la Grande-Bretagne de tirer son épingle du jeu. Cela l’amène, par ce qui apparaît comme un curieux retournement, à proposer, dans un article publié le 7 mars 1931, des mesures modérées de protectionnisme, de manière à protéger la parité de la livre-sterling. » (p.192) Comme le fait d’ailleurs remarquer DOSTALER, « KEYNES se berçait d’illusions », car le 21 septembre 1931, la Grande-Bretagne suspendait l’étalon-or … plongeant définitivement le monde dans la dépression. Que fait KEYNES ? « Quelques jours après, dans le Sunday Express du 27 septembre, KEYNES applaudissait à cette décision en soulignant les conséquences bénéfiques pour l’emploi de la dévaluation de la livre-sterling (…) » (p.193)

A noter que le génial KEYNES – mais vous l’avez deviné certainement – n’avait toujours pas compris en 1930 la gravité de la crise de 1929, puisqu’il soulignait dans un article publié que le monde souffrait « d’un grave accès de pessimisme économique ». (cité par Dostaler p.192)

On croirait entendre à la fin de 2008 Alain MINC raconter dans les médias appartenant à ses amis et qui lui sont toujours ouverts, que la crise actuelle est « psychologique » !

La complexité de la pensée keynésienne, quand on l’examine dans son ensemble, n’est pas soulignée dans le livre de DOSTALER et MARIS. C’est vraiment regrettable.

 

 

Paris VIII : une maladie honteuse ?

 

A notre connaissance, Bernard MARIS est professeur à l’université Paris VIII depuis quelques années, et Gilles DOSTALER y a passé son doctorat en 1975, publiant en 1978 aux éditions Anthropos, collection M8, « MARX, la valeur et l’économie politique » (198 pages)

La collection M8 (matériaux d’économie politique de l’université de Vincennes – Paris VIII) a été créée par des économistes travaillant au Département d’économie politique de Paris VIII.

 

Nous sommes donc étonnés que les 2 auteurs n’aient fait aucune référence au livre (déjà cité dans la note VI) de Jean-Marc LEPERS (enseignant au Département d’économie politique de Paris VIII) publié en 1977 – soit 1 an avant celui de DOSTALER, dans la même collection M8 -, « la jouissance symbolique », qui d’ailleurs nous semble beaucoup plus ambitieux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la recherche bibliographique présente une lacune fâcheuse.

 

On peut aussi se poser une question : pour ces 2 professeurs économistes, être ou avoir été de Paris VIII serait-il une maladie honteuse ?

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER, Bernard MARIS (X)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à IX portant le même titre.

Les 46 dernières pages (soit quasiment un tiers de l’ouvrage) de «Capitalisme et pulsion de mort» de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS sont décevantes, parce qu’elles relèvent plus d’un butinage que d’une analyse.

 

En vrac, nous y trouvons :

  • Des chiffres sur la misère dans le monde et sur la crise systémique qui s’est déclenchée en août 2007 ;
  • Le message troublant de KEYNES et FREUD dit que « l’humanité veut se détruire, même quand elle paraît construire » (p.110) ; « Le mal est radical (…) il est consubstantiel de la liberté de l’homme » (p.110 toujours) ;
  • Le capitalisme est une société de l’accumulation pour l’accumulation, qui espère retarder indéfiniment, en quelque sorte, la rencontre avec la mort, grâce au service de la raison : la science est devenue techno-science ;
  • Mais « le progrès contient la régression, de la même manière qu’en économie la croissance génère la crise, comme MARX et, à sa suite, SCHUMPETER l’avaient compris. » (p.112) ;
  • Des considérations relatives à la mondialisation, dont :

Une analyse pertinente du capitalisme chinois : « la rhétorique des dirigeants du parti unique, combinant les références au marxisme et l’éloge de la croissance capitaliste, est ubuesque et schizophrénique. La Chine montre jour après jour que l’accumulation n’a pas besoin de la démocratie. » ;

Et une question lancinante : « Comment le monde absorbera-t-il l’émigration de 200 à 300 millions de Chinois ? La Chine ne peut plus réaliser son autosuffisance alimentaire (…) elle est condamnée à une féroce croissance industrielle pour nourrir sa population. » (p.116-117) ;

  • L’échange marchand est une immense circulation du refoulement : le marché est délétère puisqu’il généralise la pseudo-égalité de la loi monétaire, l’envie entre les hommes, soit les meilleures conditions du mimétisme ;
  • La surpopulation mondiale, avec l’obligation de croissance pour la Chine et l’Inde, exacerbera la quête des matières premières (nous en avons déjà eu un avant-goût en 2008), de telle manière que la rente s’envolera et que les inégalités s’aggraveront, sachant que « la rente ne peut croître qu’au détriment du salaire ou du profit » (p.123).

 

A la fin de l’épilogue, nous lisons 3 phrases de DOSTALER et MARIS :

« Il ne s’agit plus de refonder [le capitalisme, ndAA], mais de dépasser, de penser autre chose. » (p.140) ;

« Il est à craindre que l’espèce humaine ne disparaisse avant le capitalisme. Où sont aujourd’hui les CONDORCET, les KEYNES, les FREUD qui peuvent nous aider à ouvrir les yeux ? » (p.141).

Il semble que ces 2 économistes nous y aident aujourd’hui.

 

Alexandre ANIZY

DEXIA un poison d'avril

Publié le par Alexandre Anizy

Insérer cette note dans la série consacrée à « Capitalisme et pulsion de mort » de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS nous paraît un bon exercice pratique, i.e. une confrontation de la théorie avec un cas réel.

 

Rappelons les faits.

DEXIA est une banque qui a échappé à la fermeture définitive grâce aux subsides (et les garanties) des Etats français et belges, dont le plan de sauvetage comprend la suppression de 900 emplois ; cette déconfiture n’a pas empêché le conseil d’administration (voir le rapport annuel) d’accorder une indemnité de 825.000 euros à son ex patron incompétent Axel MILLER, alors que celui-ci avait eu la délicatesse de renoncer en octobre 2008 à son droit à 3,7 millions d’euros … tout en s’en remettant « à la sagesse du conseil d’administration » (lire notre note du 4 décembre 2008) ; le 13 novembre 2008, le conseil d’administration a accepté à l’unanimité (c'est-à-dire avec les voix des représentants de l’Etat français et de la Caisse des Dépôts – qui n’est en dernière analyse qu’un bras financier de l’Etat), que le salaire fixe annuel du nouveau directeur général Pierre MARIANI soit élevé à 1 million d’euros, alors que celui de l’ancien directeur était de 825.000 euros, que le bonus maximum soit porté à 2,25 millions d’euros, alors que celui de l’ancien directeur était de 1,8 millions d’euros.

Même en situation de faillite, l’oligarchie ne connaît pas la crise.

 

Qui a proposé cette augmentation généreuse pour Pierre MARIANI ? Le comité des rémunérations de DEXIA, dont font notamment partie :

  • Augustin de ROMANET de BEAUNE (énarque ; directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations) ;
  • Denis KESSLER le khmer blanc (lire notre note du 2 décembre 2008).

Ces 2 oligarques français nous donnent involontairement un aperçu de ce que sera « le futur capitalisme d’antan » !

 

 

Posons la question d’actualité.

Si nous faisons l’hypothèse que Pierre MARIANI, l’aristocrate Augustin de ROMANET de BEAUNE, Denis KESSLER le khmer blanc, ainsi que tous les autres membres du conseil d’administration de DEXIA, sont des êtres intelligents et bien informés, pourquoi ont-ils validé cette augmentation inopportune pour le nouveau directeur général Pierre MARIANI, puisqu’ils ne pouvaient pas ignorer (selon notre hypothèse ci-dessus) que cette mesure allait indigner l’opinion publique ?

Nous donnons 3 réponses non exclusives à cette question.

 

La première réponse est de l’ordre de la vulgate managériale (les éléments de langage des dirigeants, comme on dit à l’Elysée dont Pierre MARIANI connaît bien l’occupant) : parce qu’il n’y a pas de compétence interne (le fait qu’il n’y aurait pas dans le « Top management de DEXIA » - i.e. les 100 premiers cadres de la hiérarchie -, 1 personne capable de prendre les rênes de l’entreprise, est en soi une information révélatrice sur l’état de cette firme et sur le recrutement des patrons), ils payent au prix du marché un homme extérieur. C’est un choix rationnel.    

La deuxième réponse a la forme d’un constat : considérant que le capitalisme est amoral, l’oligarchie se moque de l’opinion publique pour gérer ses affaires internes, laissant à ses politiques le soin de régler le problème (posture de l’indignation, discours de réprobation, et si c’est vraiment nécessaire, un texte de loi (aussi ronflant qu’inutile, évidemment) visant à moraliser les affaires …).

La troisième réponse est aussi une confirmation que nous adressons à Alain MINC : la pulsion de mort est à l’œuvre.

Ce petit conseiller écrivait en effet dans le Figaro du 23 mars 2009 une lettre à ses amis de la classe dirigeante : « Mais je suis aujourd’hui inquiet pour vous car je ne comprends ni vos réactions, ni vos raisonnements, ni – pardonnez-moi le mot – votre autisme. (…). Un léger retard à l’allumage est pardonnable : un excès d’inconscience, non ; surtout lorsqu’il s’assimile à une pulsion suicidaire. »

 

Alexandre ANIZY

 

Farce du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM épilogue d'Outreau)

Publié le par Alexandre Anizy

Le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) a tranché : le juge BURGAUD écope d’une réprimande (soit une sanction de niveau 1 sur une échelle allant jusqu’à 9 – la révocation), pour des maladresses commises dans son instruction de l’affaire d’Outreau.

Rappelons que face à cette simple réprimande il faut poser quelques 26 années de prison cumulées, des tentatives de suicide, des familles séparées …

« Le mot réprimande résonne comme une farce, face à l’ampleur du drame de l’affaire d’Outreau », a déclaré Philippe HOUILLON, le rapporteur de la commission parlementaire (dont le résultat fut d’ailleurs aussi édifiant que celui d’aujourd’hui).

« En prononçant une interdiction d’exercer la fonction de juge d’instruction ou de juge unique, le CSM aurait par contre rendu une décision plus appropriée », toujours selon Philippe HOUILLON. Il faut croire que d’aucuns en attendaient encore beaucoup.

Quant à nous, cette décision du CSM ne nous étonne pas (lire notre note du 20 mai 2008).

 

Philippe HOUILLON ne croyait pas si bien dire en parlant de farce.

Figurez-vous qu’un des onze membres du CSM, Xavier CHAVIGNé, avait participé à la procédure d’Outreau : se retrouver dans une quasi situation de juge et partie, n’est-ce pas idiot pour un sage du CSM ?

Il semble que Vincent LAMANDA, le premier président de la Cour de Cassation qui présidait l’instance disciplinaire du CSM jugeant BURGAUD, ait découvert après coup la participation de Xavier CHAVIGNé  à la procédure d’Outreau, puisqu’il a déclaré illico vouloir convoquer ce magistrat distrait.

Il faut bien alors poser la question : au CSM et ailleurs, a-t-on vraiment vérifié que les juges désignés n’avaient aucun lien avec l’affaire d’Outreau ? Si oui, qui a commis cette maladresse ?    

 

Bien que le cirque ne soit pas fini (mais il n’en sortira rien de significatif), nous pouvons déjà conclure : le cafouillage du CSM est dans le fil de la procédure d’instruction de l’affaire d’Outreau.

 

Alexandre ANIZY

 

P.S. : informons le Garde des Sceaux Rachida DATI qui avait lancé l’année dernière une phrase assassine : « Si les Français savaient ce qui se passe au Conseil Supérieur de la Magistrature … ». Les Français n’ignorent pas que les avantages d’un Etat de Droit sont l’apanage quasiment exclusif de l’oligarchie.

"Capitalisme et pulsion de mort" Gilles DOSTALER, Bernard MARIS (IX)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à VIII portant le même titre.

Si l’homme civilisé fonctionne grâce aux conventions, il n’en demeure pas moins un animal, qui plus est contagieux : « Les interdits sont nécessaires parce que certaines personnes et choses ont en propre une force dangereuse qui se transfère, par contact avec l’objet ainsi chargé, presque comme une contagion » (FREUD, cité p.91) qui se manifeste dans le narcissisme des petites différences. Comme à tout moment la société de culture peut voler en éclats du fait de la rivalité mimétique, souder sans cesse les hommes est une nécessité que la désignation d’un bouc émissaire remplit (voir René GIRARD, déjà cité dans ces notes). Le travail oblige aussi les hommes à fusionner, et il les place en situation d’interdépendance, que la division toujours plus poussée du travail accentue. 

« L’argent joue un rôle essentiel comme canaliseur de la violence des hommes. » (p.92) : Gilles DOSTALER et Bernard MARIS renvoie ici à « la violence de la monnaie » de Michel AGLIETTA et André ORLéAN (PUF, 1ère édition mai 1982, 2ème édition mise à jour octobre 1984, 324 pages, 150 FRF). En effet, le bouc émissaire « peut être aussi plus quotidiennement un substitut et un objet unanimement désiré, l’or, la monnaie (…) » (p.92), qui remplacent la victime de chair. La monnaie devenue l’équivalent absolu de toute richesse et de tout objet détourne vers elle le désir mimétique : expression de la valeur de toutes choses, elle est en soi sans valeur.

 

Les anthropologues ont constaté qu’il n’y avait pas de sacrifice chez les chasseurs-cueilleurs, qu’on ne sacrifiait pas les animaux sauvages mais domestiques (rarement le chien). Le sacrifice apparaît quand l’homme a domestiqué (Marcel HéNAFF, ouvrage de 2002 cité p.92), sélectionné, contrôlé et reproduit la vie, prenant alors conscience qu’il s’était accaparé d’une partie du pouvoir divin. « Par le sacrifice, on fait accepter aux dieux ce pouvoir, on montre qu’on y renonce symboliquement, on leur restitue un contrôle ultime sur la nature. (…) [le sacrifice] met ou remet en place l’ordre des choses. Il participe de la régulation nature/culture (…). » (p.93)

Si le travail soude les hommes dans l’effort d’accumulation, la dépense comme le sacrifice d’argent le fait pareillement dans la destruction. Grâce aux thèses de Georges BATAILLE sur la guerre et la dépense somptuaire, DOSTALER et MARIS en arrive à la fonction capitale de la dépense improductive pour la survie des sociétés. « Le drame du capitalisme est d’avoir exclu la dépense improductive, exclusion rationalisée par le calvinisme, d’une part, et l’économie classique, de l’autre, qui ne peut envisager une activité économique destinée, non pas à la satisfaction des besoins et à l’accumulation du capital, mais à la jouissance gratuite aussi bien qu’à la destruction et à la perte (…) » (p.95) Si les aristocrates consommaient inutilement et ostentatoirement, les bourgeois qui haïssent la dépense doivent se cacher pour consommer … et lorsqu’ils ne le font plus, il est permis de penser qu’un nouveau monde se prépare.

L’accumulation ne fait que repousser la violence grâce au voile de la monnaie, qui n’est pas l’instrument neutre d’échanges paisibles et cher à beaucoup trop d’économistes.

 

Tous les hommes doivent la vie à Dieu, à la Nature (cochez où vous voulez, c’est un autre sujet) : ils sont endettés. « Chacun d’entre nous est en dette d’une mort envers la nature et doit être préparé à payer cette dette. » (Freud, cité p.97) Nous remboursons cette obligation par un travail fait d’une « forte proportion de composantes libidinales, narcissiques et érotiques », de telle sorte que notre existence sociale s’en trouve justifiée.

L’Etat réussit à maîtriser la violence mimétique des hommes en opérant le transfert de la dette originelle de chacun sur lui : en échange de la garantie de vie et du monopole de la violence, il offre les titres de crédit (i.e. les signes monétaires). N’est-ce pas l’Etat régalien qui avait le privilège de battre monnaie et du droit de grâce ?

(A suivre)

Alexandre ANIZY