Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

598 articles avec notes culturelles

Dans la caverne d'Alikavazovic

Publié le par Alexandre Anizy

            Pas grand-chose dans la caverne d'Ali kava (zovic).

 

 

            Nous attendions beaucoup de Jakuta Alikavazovic depuis 2010 (1) alors, après avoir lu L'avancée de la nuit (éditions de l'Olivier, août 2017, en livrel), la déception est à la hauteur de l'attente. Il semble qu'elle ait trouvé son style : tricotage laborieux autour de personnages fantomatiques dans des histoires éthérées. On est loin d'un récit documentaire à la Daša Drndić (2).

 

            La clausule du commencement augurait un ouvrage savamment ciselé :

            « Au lit avec Sylvia, qui sommeillait ou faisait mine de sommeiller, et les vagues lueurs de l'extérieur, des bateaux-mouches, les habillaient de lumière, passaient indifféremment sur leurs corps, sur les draps, au plafond. » (p.5/206) ;

mais nous déchantâmes dès la page suivante :

            « (...) le genre qui allongée dans l'herbe paraissait le prolongement de l'herbe, et plus encore : son expression, sa tendresse ― qui, allongée dans l'herbe, paraissait l'intelligence de l'herbe, son génie. »

parce que ce n'était qu'une adéquation exceptionnelle du rythme alikavazovicien à la scène décrite.

 

Plus loin, l'auteur écrit :

            « (...) que, n'ayant rien à dire de son père, ou ne voulant rien dire de son père, elle avait eu recours à l'un de ses accessoires, à l'un de ses artifices ― une simple citation. » (p.46/206) ;

ce qui pourrait lui être reproché puisque citer, c'est parfois parler sans rien dire. 

 

            Le pire dans cette histoire, c'est y mettre un peu de Yougoslavie pour lui donner un semblant de consistance : quand on s'appelle Alikavazovic et qu'on bénéficie de subsides pour écrire une œuvre, un tel remplissage frise l'indécence. Au moins Maya Ombasic y est née ! (3)  

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet : http://www.alexandreanizy.com/article-demain-l-envol-de-jakuta-alikavazovic-54390351.html

(2) Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-sonnenschein-de-da-a-drndi-119453466.html

(3) Lire notre billet Mostarghia de Maya Ombasic  

Mostarghia de Maya Ombasic

Publié le par Alexandre Anizy

            Inexorablement, la diaspora yougoslave émet des répliques littéraires de l'explosion balkanique, qui nous rappellent l'horreur de la guerre civile aux portes de l'Europe, comme disaient les planqués de Bruxelles. Maya Ombasic y met aussi beaucoup de talent dans son Mostarghia.

 

 

            Laissons-lui la parole, même si sa mémoire est parfois défaillante (ou bien est-ce une coquille ?) : en 1984, c'est la Coupe d'Europe, et non pas le Mundial.

 

            « Ce sportif de haut niveau, fierté de la famille, s'est finalement éteint à l'âge de 39 ans. Durant la coupe du monde de foot de 1984, il avait fait partie de la sélection yougoslave. Dès ses 13 ans, il était devenu l'idole de toute une ville avec cet inoubliable but marqué de la tête, alors que le Velež de Mostar jouait contre l'Etoile rouge de Belgrade. Mais il avait laissé le foot derrière lui, dans son pays dévasté par la guerre et les nationalismes. Pour nourrir sa famille, il travaillait dans une usine de chips. Depuis quelque temps, il se plaignait d'une douleur dans le dos que tous les médecins mettaient sur le compte de ses muscles trop sollicités. Quand on lui a découvert un cancer grave, tu as arrêté de parler pendant plus d'une semaine. Semir et toi, vous passiez des nuits blanches à boire et à parler de votre incurable mostarghia. (...) J'ai observé, bouleversée, la longue déchéance d'un mythe : Semir était le héros de mon enfance, l'homme parfait, le cousin généreux qui ressemblait à Tom Cruise dans "Top Gun" et faisait rêver toutes les filles. La fleuriste de la rue Notre-Dame, dépassée par la demande, m'appelait deux fois par jour : que devait-elle inscrire sur tous ces bouquets dont on lui passait commande de partout dans le monde ? (...) Ta voix [celle de son père] éteinte à l'autre bout du fil : « Tu cherches encore ? » Comment le savais-tu ? Je constate une fois de plus que nous sommes connectés par des liens invisibles, et cette proximité m'effraye. « Ecris ceci : les étoiles retournent aux étoiles. » Le téléphone m'en tombe presque des mains. C'est exactement ce que je ressens. Dans la poésie que tu incarnes, tu te montres léger et inattendu, profond et juste. Et c'est souvent quand tu es le plus détestable que tu viens tout racheter en passant du côté du soleil. » (p.108/164)

 

            Pour avoir un aperçu des affres de l'exil, vous pouvez lire Mostarghia : c'est un récit éloquent. En une phrase il résume le bordel encore inachevé :

            « En un mot : les problèmes de la Fédération yougoslave transposés sur le territoire de la Bosnie-Herzégovine. » (p.53/164)

 

 

            Et dire que le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, et Kouchner le médecin atlantiste mais pas si humanitaire que cela, ont œuvré à leur manière multiculturelle à la prolongation de la douleur yougoslave pour satisfaire leur besoin permanent de publicité.

 

 

Alexandre Anizy  

Comme Zéno Bianu commençons à être

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans Rituel d'amplification du monde, Zéno Bianu se projette.

 

 

 

 

Je commencerai par être

un maquisard de l'esprit

un étoilement

de précipices

pour saluer sans fin

les grands isolés

une secousse

de moelle

à mourir de fou rire

un accomplisseur

secret

préférant le coup de sang

au coup de dés

un infini départ

je commencerai par être

repassionné

 

 

Zéno Bianu

(Infiniment proche et le désespoir n'existe pas, Poésie Gallimard)

 

A l'hôtel Franz Bartelt

Publié le par Alexandre Anizy

            L'aubergiste ardennais invite les curieux à une dégustation littéraire : qui refuserait quelques moments de bonheur ?

 

 

            Franz Bartelt vient de commettre un nouveau polar : Hôtel du grand cerf (Seuil, mai 2017, en livrel). Il embarque ses clients dans une histoire tarabiscotée, avec rebondissements inattendus, fausses pistes maîtrisées, désarroi instillé, et finalement moralité sauve.

            Fidèle à son style, l'auteur nous gratifie de quelques aphorismes comme :

 

« Il y a des moments où l'excès met un peu de grandeur dans les petitesses de l'existence. » (p.100/225)

 

 

            Franz Bartel est de retour sur les présentoirs : bramez-le sur toutes les places de France et de Navarre, voire sur vos pages Fessebouc !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Enrique Vila mi ha Matas (do)

Publié le par Alexandre Anizy

            Enrique Vila Matas ? 95 fois sur 100, on s'emmerde en le lisant.

 

 

            Nous admettons sans problème que cet auteur espagnol est un homme de génie, un romancier immortel, mais qu'on aille chercher du plaisir dans Mac et son contretemps (Christian Bourgois éditeur, 2017, en livrel), là où il n'y a que brio architectonique, plume acérée et culture encyclopédique, n'est que pure perversion intellectuelle !

 

            Alors, ayant passé l'âge des Blue whale challenges débiles, comme lire l'œuvre de Sartre en un mois ou mourir d'ennui jusqu'au point final de Mac et son contretemps, nous avons fermé le livrel à la page 66 et décidé de nous venger d'un désagréable moment en rédigeant ce billet assassin.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

PS : Enrique Vila Matas est un paradoxe : lui qui a raillé ailleurs le travers français (chaque romancier a sa théorie du roman) se prostitue ici pour les dépasser dans la connerie.

Arturo Perez-Reverte est moderne

Publié le par Alexandre Anizy

            Deux hommes de bien en valent un.

 

 

            Cela faisait longtemps que nous n'avions pas ouvert un livre d'Arturo Perez-Reverte, et à force de voir la couverture dans quelques boutiques culturelles, il vint un moment où l'envie de savoir de quoi il en retournait nous brûla les doigts : Deux hommes de bien (Seuil, 2017, en livrel) finit dans notre liseuse.

 

            Avant d'embrasser la carrière d'écrivain, Arturo Perez-Reverte faisait le reporteur sur les théâtres des opérations : l'odeur du sang lui est passée pour son plus grand bien, et celui de ses lecteurs. Mais il n'est pas sûr qu'il ait changé puisqu'après tout "L'écriture est une secrète guerre intérieure" comme pourrait dire Enrique Vila Matas (ce romancier ratiocinant parfois plus que de raison), ajoutant qu'elle a tout de même "le mérite de ne pas vous mettre dans la lunette d'un tireur à la ligne de front", parce qu'il a de l'esprit.

 

            Dans son enfance, Perez-Reverte a dû lire des romans de cape et d'épée, comme Jean-Sol Partre, ce qui expliquerait son penchant chevaleresque ; plus tard, son parcours professionnel le ramena à une vision humaine des conflits absurdes qui n'ont rien de glorieux. Aujourd'hui son monde privilégie la tempérance appropriée (Cf. son commentaire sur le terrorisme) : Deux hommes de bien lui donne l'occasion de l'exposer dans le cadre de la pré-Révolution française.

 

            Du coup, avec notamment le personnage de Bringas, son livre est furieusement d'actualité.

 

 

Alexandre Anizy

Sous Jane Harper exactement

Publié le par Alexandre Anizy

            La canicule, précisément.

 

 

            Les éditions Kero viennent de sortir Canicule (janvier 2017, livrel à 14,99 € - trop cher !), le premier polar de l'anglo-australienne Jane Harper : une architectonique béton, un style travaillé. Que demander de plus ?

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Avec Michael Connelly le dernier Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

            Il n'est jamais trop tard pour découvrir.

 

 

            Gérard Laveau a décidé d'achever le cycle des enquêtes du détective Amer dans un opus de bonne facture : L'ogre de la plage (éditions du Net, juillet 2017, 20 €). Il vaut bien le Michael Connelly : Jusqu'à l'impensable (Calmann-Lévy, juin 2017, 21,90 €).

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Pour Marcia de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Et en souvenir d'une autre (AA).  

 

Le poème Elleenlèvejamaissamontre

Pour Marcia   

 

Parce que tu as toujours une montre

accrochée à ton corps, il est normal

que tu incarnes pour moi

            l'heure juste :

avec tes longs cheveux blonds à 8h03,

et tes seins affolants à

11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,

            je sais que j'ai raison.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Des nouvelles de Gavalda et Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Gavalda et Svit, deux femmes qui parlent des femmes. Mais pas que, heureusement.   

 

 

 

            Fendre l'armure est le titre du nouveau recueil de nouvelles d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 2017, en livrel). Elle attaque fort avec "l'amour courtois" :

            « J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée. Dans ces cas-là j'assure que dalle et comme je sais que je vais rien choper, je finis toujours défoncée comme un terrain de manoeuvres.

            Je sais, je suis trop délicate mais bon, c'est plus fort que moi, si je suis pas nickel et la chatte au carré, je m'accorde aucune ouverture. » (quasiment l'incipit)

            Là on se dit qu'elle aura du mal à tenir la distance, côté style, car même en nouvelle, il faut tenir. Mais elle tint :

            « (en vrai je ne suis pas vraiment la responsable, mais comme il habite en face de Notre-Dame et moi derrière le Stade de France, je me suis sentie obligée de rééquilibrer un peu les mangeoires.) » (p.12/161);

et termine en beauté :

            « Je soufflais sur mes doigts, je me souriais, je me motivais. Allez, que je me disais, allez... Cette fois, c'est différent, tu t'es fait blasonner.

Quand même.

C'était plus classe. » (p.27/161)

 

            Nous aurions pu parler de "Mon chien va mourir", une histoire pour âmes sensibles que Gavalda traite avec délicatesse, de "La maquisarde" aussi... Mais bon, vous le savez bien, Anna sait y faire pour fendre le coeur des lecteurs !

 

 

            Cette semaine-là, nous enchaînâmes avec Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit (Gallimard, janvier 2017, en livrel ― forcément trop cher avec Antoine !), qui prolongea notre plongée dans l'air féminin du temps, puisque Gavalda aurait pu écrire ceci :

            « Par manque d'amour, tout simplement. L'amour, ça s'arrose aussi, jour après jour, comme les salades. » (p.17/163)

            Mais Brina peut être beaucoup plus sérieuse, comme lorsqu'elle fait référence à son compatriote :

            « La pensée comme rage du désespoir est la seule vision pertinente pour ce moment historique de la crise grecque, écrivait son auteur, le philosophe slovène Slavoj Žižek. Le vrai courage n'est pas d'imaginer une alternative, mais de reconnaître qu'il n'en existe pas, et d'en tirer des leçons. » (p.19/163)

            Dans "l'été de Sonia", il semble qu'un type va faire preuve d'un peu de courage :

            « Il va la laisser partir, sans bouger, écoutant le bruit de ses pas et de la porte d'entrée qui va se refermer derrière elle.

― Mais c'est qui, cette femme ? On dirait une caissière de Monoprix.

― De G20, répond-il avec tendresse, en se levant enfin, enfilant le pantalon qui a glissé au pied du lit, et quittant la chambre à son tour. » (p.47/163)

Ce sera son grain de folie, à lui. Peut-être.

            Evidemment, Svit n'a pas pu s'empêcher de glisser du tango !

http://www.alexandreanizy.com/article-visage-slovene-de-brina-svit-124807375.html

 

 

            Mis à part le fait que Brina Svit soit plus nombriliste qu'Anna Gavalda, il n'en demeure pas moins qu'en les lisant on ressent une communauté de perception chez elles.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>