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notes culturelles

L'eau de Jurica Pavičić

Publié le par Alexandre Anizy

            Enfin un polar croate, publié grâce aux subventions européennes : il serait donc possible de tirer quelque chose de bien des institutions bruxelloises...

 

 

            L'eau rouge de Jurica Pavičić (Agullo éditions, 2020, traduit du croate par Olivier Lannuzel ; titre original Crvena voda, 2017) est un roman habilement structuré, dont le style neutre mais joliment travaillé maintient l'attention du lecteur. Lisons l'incipit et plus :

« Pour commencer, Vesna se souvient du temps qu'il a fait. C'était une journée chaude et splendide de septembre, comme si le ciel se moquait d'eux par avance. La brise marine avait adouci la chaleur de l'été indien durant tout l'après-midi. ».

Plus loin :

« L'enterrement ressemble à n'importe quel enterrement dans une petite bourgade, pense Gorki. C'est ce qu'on dirait, et pourtant ce n'est pas ça.

Près de la tombe ouverte, le cercueil est posé sur la plaque de pierre, sous une croix, et devant la croix, une photographie de la défunte. Sur cette photo, Silva Vela telle que tout le monde se la rappelle, et lui aussi se la rappelle ainsi : une adolescente aux longs cheveux bruns, qui fixe l'objectif avec effronterie, une mèche lui tombe sur les yeux. » (p.230 de 307)

 

            En filigrane, les bouleversements politiques, économiques et sociaux en Croatie (de la guerre civile yougoslave à l'entrée dans l'Union Européenne).  

 

Alexandre Anizy

L'Australie blanche est mal partie (inédit)

Publié le par Alexandre Anizy

(Poème inédit extrait d'un recueil en préparation)

 

Le pays continent est un aperçu d'un futur possible.

 

En tout cas ce n'est pas romance :

Aborigènes massacrés,

Déforestations intensives

Suivies par une herbe broutée

Par les moutons de ces colons,

Sols anciens et pas nourriciers

Et même salés, incertaines

Pluies donc semailles gaspillées,

Lapins et renards ravageurs,

Eau douce en faible quantité...

Le tableau n'est pas folichon !

Pour bon nombre d'activités,

Rien qu'une exploitation minière :

Les ressources sont épuisées.

 

Alexandre Anizy

 

La vitre de Roger Gilbert-Lecomte

Publié le par Alexandre Anizy

Les frontières de l'amour 

 

Entre les lèvres du baiser

La vitre de la solitude

 

 

Roger Gilbert-Lecomte

(La vie l'Amour la Mort le Vide et le Vent, Gallimard poésie, février 2015)

 

Le tort des poètes selon René Daumal

Publié le par Alexandre Anizy

Les dernières paroles du poète

            (extrait)

 

Le peuple était déjà bien trop terrorisé.

Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète

balance encore après sa mort.

            Sous ses pieds les petits mangeurs de pourriture guettent cette charogne qui mûrit à la branche. Au-dessus de sa tête tourne son dernier cri, qui n'a personne où se poser.

            (Car c'est souvent le sort ― ou le tort ― des poètes de parler trop tard ou trop tôt.)

 

René Daumal

(Le contre-ciel, Poésie Gallimard, février 2020)

 

L'âge selon Lionel Ray

Publié le par Alexandre Anizy

Une nouvelle année commence, alors...

 

La vie a défait pour toi sa robe

de cendre, et les objets

se sont endormis.

 

La nuit aux oreilles de taupe se tient

contre toi

de tout son corps chantant

et serre.

 

L'âge aux pieds de voleur

sur toi          pose de calmes griffes

et mord.

 

 

Lionel Ray

( Comme un château défait, Poésie Gallimard, octobre 2004 )

Rondeau pour Aurore (inédit)

Publié le par Alexandre Anizy

            Poème inédit extrait d'un recueil en préparation.

 

 Rondeau pour Aurore

 

Fuis le mime, chéris ta voie,

Et détourne les enjôleurs !

A chaque jour et à chaque heure,

Ton harmonie sera ta joie.

 

Cèle toujours par-devers toi

Ce bon conseil pour ton bonheur :

Fuis le mime, chéris ta voie,

Et détourne les enjôleurs !

 

Que de temps tu épargneras

En écoutant le conseiller ;

Côtoyer la félicité,

Son avis te le permettra :

Fuis le mime, chéris ta voie !

 

Alexandre Anizy

 

 

A Macron et à la Convention (CCC) le tant pis de Jacques Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

            Jupiter Junior ne veut pas descendre du manège : les rêveurs de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) le comprennent à leurs dépens.   

 

 

Tant pis

 

Faites entrer le chien couvert de boue

Tant pis pour ceux qui n'aiment ni les chiens ni la boue

Faites entrer le chien entièrement sali par la boue

Tant pis pour ceux qui n'aiment pas la boue

Qui ne comprennent pas

Qui ne savent pas le chien

Qui ne savent pas la boue

Faites entrer le chien

Et qu'il se secoue

On peut laver le chien

On peut laver la boue

Et l'eau aussi on peut la laver

On ne peut pas laver ceux

Ceux qui disent qu'ils aiment les chiens

A condition que ...

Le chien couvert de boue est propre

La boue est propre

L'eau est propre aussi quelquefois

Ceux qui disent à condition que...

Ceux-là ne sont pas propres

Absolument pas.

 

Jacques Prévert

(Pléiade, oeuvres complètes, vol. II)

 

Un principe de Charles d'Orléans

Publié le par Alexandre Anizy

Bel-Ami Macron l'a toujours appliqué à foison.

 

Rondeau 67

 

Il faut toujours garder

Une chose pour soi ;

On ne peut pas montrer

Son intention entière.

 

Quand on frôle le risque 

D'un propos imprudent,

Il faut toujours garder

Une chose pour soi.

 

Si Pensée la frivole

Veut gaspiller les mots,

Raison doit épargner,

En tant que trésorière,

Une chose pour soi.

 

 

Charles d'Orléans

(En la forêt de longue attente, Poésie/Gallimard, édition bilingue de Gérard Gros, novembre 2001)

Nature humaine de Serge Joncour

Publié le par Alexandre Anizy

            Encore un dans sa besace !

 

            Contrairement au héros de Soie d'Alessandro Baricco (lire ici ), Joncour n'a pas d'inflexion féminine, mais il avait d'autres atouts. En matière littéraire, c'est en lisant Nature humaine (Flammarion, 2020), dont l'architectonique subtile rythme le récit, que nous avons apprécié le style sobre et élégant. Echantillons ?

 

            « L'enfance était éteinte depuis longtemps, elle avait été faite de rires et de jeux, entre assemblées et grands rendez-vous de l'été pour les récoltes de tabac et de safran. Puis les sœurs étaient parties vers d'autres horizons, toutes en ville, il n'y avait rien de triste ni de maléfique là-dedans. » (p.7 sur 319)

            « Ce soir-là, Alexandre avait remis des bûches dans le grand poêle, il les surveillait pour contenir la braise. Une fois de plus Agathe traînait dans sa chambre, plus boudeuse que jamais. Quant au père il était dehors à réparer la porte de la grange, et la mère terminait de mixer une soupe à la cuisine avec cet énorme mixeur qui faisait un bruit de débroussailleuse. » (p.176 sur 319)   

 

            Le dames du Femina ont couronné Nature humaine : peut-on résister au beau Serge ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 P.S. :  Cette année, les paysans sont à l'honneur, puisque le Renaudot vient d'être décerné à Marie-Hélène Lafon pour Histoire d'un fils (lire ici ). Intéressant de lire et d'écouter le phrasé de ces deux-là.

2 extraits de Xavier Bordes pour Julia de Funès

Publié le par Alexandre Anizy

Extraits de La Pierre Amour

( Poésie Gallimard )

 

Dans le moindre brin d'oseille, il y a plus de vérité

que dans tous les propos du philosophe

disait le truand

 

***

 

Elle erre comme un chien dans la nuit

qui renverserait toutes les poubelles du langage

 

***

 

Xavier Bordes

 

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