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587 articles avec notes culturelles

Laurent Gaudé en virée humanitaire

Publié le par Alexandre Anizy

            Quand un poète grassouillet prend sa voiture pour une visite à Notre-Dame-des-Jungles, il livre sur commande (du moins l'espère-t-on pour lui) une prière désincarnée.    

 

 

            Ainsi lorsque Laurent Gaudé part en virée humanitaire à Grande-Synthe, ça donne par l'accumulation de clichés et de bondieuseries un texte poussif et mal fagoté sur la misère du camp, qui se termine forcément par une auto-flagellation de nanti (rassurez-vous, ils n'en souffrent jamais, ces gens-là) pour rester dans la tendance du marché médiacratique :

 

 

Notre-Dame-des-Jungles (extrait)

 

 

Ci-gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.

Ci-gît l'Europe et mon âme

D'avoir vu votre misère.

Ci-gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,

Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.

Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,

Lorsqu'elles auront piétiné ce que vous avez patiemment construit

Elles s'apercevront peut-être,

Mais trop tard,

Que ce sur quoi elles roulent,

Ce qu'elles tassent,

Et font disparaître,

C'est notre dignité.

 

Laurent Gaudé

(De sang et de lumière. Actes Sud, mars 2017, 106 pages, 14,50 €)

 

 

Les hommes de bonne volonté sont parfois des couillons aveugles.

 

La nécessité de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

La nécessité d'être sous ses propres traits      

 

Il y a des jours, c'est bien le dernier endroit

au monde où l'on a envie d'être, mais

il faut y être, comme dans un film, parce

            qu'on est au générique.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Un homme et une femme selon Anise Koltz

Publié le par Alexandre Anizy

Un homme maltraitant son avenir...

 

Un homme puissant

comme un fleuve

traverse mon lit

 

le transformant

en réserve naturelle

en champ d'expérimentation

en abattoir

 

Anise Koltz 

            (dans Somnambule du jour, Gallimard poésie)

 

Emploi du soir de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

            Ce pourrait être aussi une façon de vivre dans une société épuisée.

 

            Emploi du soir

 

Retourner à soi dans la lumière apaisée du soir.

Se tenir seul aux franges de la nuit

sous l'amitié bavarde d'un marronnier.

S'écouter vivre, s'entendre penser, surtout

n'attendre rien, mais avec ferveur.

 

Michel Monnereau

(dans la Revue ARPA n° 118, décembre 2016, p.6)

 

Par peur de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

La peur de te retrouver seul       

 

Par peur de te retrouver seul

tu fais tellement de choses

qui ne te ressemblent pas du tout.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Dimanche on vote gratis

Publié le par Alexandre Anizy

            Dimanche sera-t-il de fête, comme l'espérait Jean Cassou ?

 

Sonnet 23

 

La plaie que, depuis le temps des cerises,

je garde en mon coeur s'ouvre chaque jour.

En vain les lilas, les soleils, les brises

viennent caresser les murs des faubourgs.

 

Pays des toits bleus et des chansons grises,

qui saignes sans cesse en robe d'amour,

explique pourquoi ma vie s'est éprise

du sanglot rouillé de tes vieilles cours.

 

Aux fées rencontrées le long du chemin

je vais racontant Fantine et Cosette.

L'arbre de l'école, à son tour, répète

 

une belle histoire où l'on dit : demain...

Ah ! jaillisse enfin le matin de fête

où sur les fusils s'abattront les poings !

 

 

Jean Cassou

            (Trente-trois sonnets composés au secret)

 

Autour de la brigande Marion du Faouët

Publié le par Alexandre Anizy

            Grâce à Michèle Lesbre, on découvre dans Chère brigande (Sabine Wespieser éditeur, février 2017, en livrel) cette hors-la-loi sympathique.

 

            Quelle drôle d'idée pertinente de suggérer le passé glorieux d'une brigande ! L'auteur ayant passé l'âge de croire aux belles histoires, personne ne se bercera d'illusions sur la gestion courante des affaires de Marion du Faouët...

            « Tu n'es pas un ange mais, contrairement à Marie Collin ou Collen, dite Marie l'Escalier, qui sévit dans la région elle aussi, tu ne fais pas couler le sang, sauf la fois où l'un des membres de la bande s'est permis de prélever sa propre dîme aux dépens d'un ancien président du tribunal de Quimper. La victime s'est plainte à toi car tu lui avais délivré un sauf-conduit dont le traître n'avait tenu compte. Il est jugé par toute la compagnie et c'est toi qui l'exécutes. On ne doit pas rompre l'unité du groupe. » (p.28 de 49)

            "Dura lex sed lex", plus encore chez les truands. 

 

            Mais en évoquant la vie tumultueuse et forcément courte de Marion du Faouët, Lesbre nous parle un peu d'elle et de notre monde qui va de guingois.

            « Dors tranquille, chère brigande, tu m'as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu'ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existent pas. »

 

            Mais de quels puissants parle Michèle Lesbre...

 

 

Alexandre Anizy

Ici de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

              Etat d'âme au lendemain d'un débat électoral.

Ici

 

Entre le cri des graffitis et les mots d'ordre

je vais desperado

en liberté conditionnelle

boulevard de l'insoumission civile

un meurtre dans la main gauche

un suicide dans la main droite

des enfants dans les testicules

les mains nues parmi vos armes

excisé à toutes les Afriques

une révolte toujours disponible

la tendresse rétive

entre mes bals fanés et vos balles perdues

- sans rançon acceptable. 

 

Michel Monnereau

                  (Je suis passé parmi vous, La table ronde mars 2016)

 

La dernière pellicule de Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

            Quittez les thrillers battus en lisant Gérard Laveau !

            Régulièrement, Gérard Laveau sort un livre comme on jette une bouteille à la mer, c'est à dire sans attendre de retour. Juste pour son plaisir, et c'est ainsi qu'il fait le nôtre. En février 2017, il remet le couvert avec son détective Georges Amer dans Pellicule froide.

Une idée du style ?

            « L'homme n'avait fait qu'esquisser le geste de se lever. Il désigna l'autre siège à Georges Amer. Celui-ci obéit, contrarié par sa propre docilité. Mais incontestablement, le père des petites disparues était un meneur. Georges Amer constata qu'il avait du mal à soutenir son regard. Emacié, l'œil enfoncé sous le sourcil broussailleux et le cheveu d'un blanc spectaculaire, l'homme avait une vraie présence, et une sauvagerie évidente. Sa voix était naturellement autoritaire. » (p.59)

 

Alexandre Anizy

 

Guérilla du langage chez Anise Koltz

Publié le par Alexandre Anizy

Dans la forme, en communion intemporelle...

 

 

Avec Hugh MacDiarmid, lorsqu'il écrit (rejetons néanmoins le failli Lénine !) :

Comme la politique, la poésie doit couper

Le caquet et poursuivre des fins réelles,

Infailliblement comme Lénine : pour cela

Elle est par nature mieux faite.

 

 

            (Avec) Anise Koltz

 

Ma poésie appartient

à la guérilla du langage

 

J'aiguise chaque mot

avant de l'intégrer

dans mes poèmes

qu'il devienne pierre

que je lance

contre la société pourrie

 

Oui - je fais partie

de l'intifada

 

                        (dans Somnambule du jour, Gallimard poésie)

  

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