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notes culturelles

L’œuvre de l’architecte Nicolas Kazis à Baccarat

Publié le par Alexandre Anizy

            C’est la force de l’église Saint-Rémy (1957), classée aux Monuments historiques depuis 2013. 

 

            Structure en béton armé, charpente en bois à caissons, vitraux d’artistes réalisés par la Cristallerie de Baccarat à motifs abstraits ou stylisés comme ceux des 12 apôtres : la simplicité majestueuse invite à l’élévation des cœurs.  

 

Alexandre Anizy

Les Antilles en révolte

Publié le par Alexandre Anizy

Demi-France

Honte à vous !   

 

Dans les bananeraies caraïbes…

Le chlordécone, dont des salauds

Ont prolongé l’utilisation

(Un neurotoxique qui imbibe

Les sols, bétail, légumes, ruisseaux),

Contamina la population.

 

            Douce France

            En souffrance.

 

Dans l’alimentation des Dom-Tom…

Si une loi interdit l’ajout

De sucre dans les fabrications,

Des analyses d’Etat dégomment

Les industriels qui la bafouent :

Sur-obésité en diffusion.

 

            Douce France

            En souffrance.

 

Alexandre Anizy

(extrait d'un recueil en préparation)

En 1918, les généraux restèrent en Allemagne

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour comprendre l’Allemagne.

 

En 1932, Theodor Pliever publia un roman-documentaire titré L’empereur partit, les généraux restèrent, que les éditions Plein Chant ont la bonne idée de sortir en 2021.  

            Pour entraver les malheurs du XXe siècle, ce livre est un commencement, auquel nous ajoutons l’essai de Sebastian Haffner : Allemagne, 1918 : la révolution trahie (Agone, 2018, en livrel).

 

Alexandre Anizy

Rimbaud

Publié le par Alexandre Anizy

Fugues et fronts rimbaldiens.

 

Partir ou périr,

            Mais sans gauchir l'Idéal ―

Zist zest absolu.

 

Alexandre Anizy

(Extrait d’un recueil en préparation)

 

La réparation de Slobodan Šnajder

Publié le par Alexandre Anizy

            Heureux ceux qui découvriront ce livre !

 

            Il s’agit du roman La réparation du monde (éditions Liana Levi, 2021) de Slobodan Šnajder, un intellectuel croate qui a forcément lu le chef-d’œuvre Migrations du serbe Milos Crnjanski (lire ici ), et qui a écrit une épopée différente à commencer par le style, moins doux mais plus drôle et sarcastique.

 

Donnons quelques exemples.

« Un ami de son père lui disait : si nous autres Allemands n’y introduisons pas de l’ordre, ces tribus balkaniques finiront par s’égorger jusqu’à la dernière. Les Allemands à présent sont là, se dit Georg, et pourtant rien n’a changé sur ce plan. » (p.103 de 571)

            « Un soldat qui en pleine guerre veut être un civil est un cas exemplaire de somnambulisme. » (p.242 de 571)

            « Partout dans le monde les jeunes sont semblables, plus semblables que les vieillards qui, écrasés par la vie, la portent sur leur visage comme une empreinte, un spasme ou un tic. Partout dans le monde les jeunes sont une feuille de papier vierge. Il se peut que tout soit lié au joueur de flûte bariolé de Hamelin, que la jeunesse suivra toujours, vers le bien comme vers le mal… Elle partira telle une colonne de rats pour se noyer dans le premier torrent venu si ce n’est dans la Méditerranée comme dans la croisade des enfants. La jeunesse suit son pasteur, le joueur de flûte aux vêtements multicolores, mais la différence entre le bien et le mal est si honteusement étroite que rien n’est impossible. Pourquoi le costume de ce flûtiste est-il multicolore ? Parce qu’il est fait de tous les drapeaux au nom desquels on a tué en ce monde. » (p.465 de 571)

 

            Plutôt que le dernier viol (pardon : livre) de Christine Angot, lisez le chef-d’œuvre de Slobodan Šnajder.

 

Alexandre Anizy

 

Alikavazovic sur le chemin de la guérison

Publié le par Alexandre Anizy

Grâce à une collection, Jakuta Alikavazovic est sur une bonne voie.

 

Comme nous avions dit le talent en germe de Jakuta Alikavazovic (lire ici ), de même que ses errements tout compte fait scolaires nous avaient consternés (lire ici ), comme ses élucubrations sur la littérature transnationale (lire ici ), nous écrivons aujourd’hui que son dernier opus paraît prometteur : Comme un ciel en nous (Stock, collection Ma nuit au musée, 2021). Pourquoi ? Elle a mûri…

 

« Vous savez que vos tours et détours n’ont été qu’une spirale qui a fini par vous ramener ici, au centre de votre enfance ou au centre de vous-même. » (p.48 de 77)

« On s’efforce de grandir, de se détacher, d’exister en propre. L’ironie, il me semble, tient au fait que c’est justement cet effort-là qui finit de faire de moi la fille de mon père. Je ne lui ressemble jamais plus que lorsque je m’éloigne, lorsque je l’abandonne.» (p.72 de 77)

Oui, c’est un paradoxe ironique : plus les enfants s’efforcent de fuir leurs parents, plus ils sont sur le chemin de la ressemblance.

 

Il semble qu’Alikavazovic en ait fini avec le rejet de sa propre histoire (son amour de l’anglais  ̶  c’est son gagne-pain, alors pas de crachat  ̶  est-il proportionnel au dégoût du serbo-croate ?). Il est donc possible qu’elle soit prête pour son chef-d’œuvre. Sur la noirceur humaine, par exemple.

« La délation, cet art français [le dénigrement de soi… Jakuta ne l’a pas encore totalement laissé aux étrangers, mais elle se soigne puisqu‘elle l’a compris pour les Yougos…], il en parlait avec la légèreté que l’on réserve aux temps primitifs ; comme si rien n’en subsistait. Mais moins de dix ans plus tard, dans les années 1990, durant la guerre en ex-Yougoslavie, durant le siège de Sarajevo, c’est la porte de ma tante qui sera marquée à la craie par les voisins fuyant la ville. En précipitation, quoique prenant le temps de signaler pour l’armée en route la population à supprimer. (…) elle me dit Tu te rends compte ? Pendant quinze ans nous sommes partis avec eux en vacances. » (p.36 de 77)  

         

Alexandre Anizy

Le colibri de Sandro Veronesi

Publié le par Alexandre Anizy

Garder raison pour Veronesi…

 

            Les années et les livres passent (lire ici ), bonifiant le talent de Sandro Veronesi, non pas le style - quoiqu’il puisse y avoir débat sur ce point :

« Patatras ! Les soixante premières pages furent assez pénibles (bon Dieu, le style !), puisqu'on a failli fermer définitivement le livrel, mais nous avons résisté stoïquement à cause de l'architectonique minutieuse... qui frise l'improbabilité. Au bout du texte : l'insatisfaction. » (lire ici ) -,

mais l’architecture. Avec Le colibri (Grasset, 2021), la fin fut heureuse.

 

Alexandre Anizy

 

Maylis de Kerangal coule en canoë

Publié le par Alexandre Anizy

Cette fois-ci, nous avons abandonné.

 

 

Maylis de Kerangal est une écrivaine, une vraie. En voici une démonstration :

« Elle imagine les milliers de personnes rassemblées en cercle, là-bas, autour d’une pelouse d’un vert si étincelant qu’on pourrait la croire vernie au pinceau, chaque brin d’herbe enluminé d’une substance mélangeant résine et essence de térébenthine ou de lavande et qui, après évaporation du solvant, aurait formé ce film solide et transparent comme un reflet argenté, comme un apprêt sur un coton neuf, un voile de cire, et songe qu’à l’heure d’apparier les organes vivants de Simon Limbres, à l’heure de les répartir dans des corps malades, des milliers de poumons se gonflent ensemble là-bas, des milliers de foies se gorgent de bière, des milliers de reins filtrent à l’unisson les substances du corps, des milliers de cœurs pompent dans l’atmosphère, et soudain elle est frappée de la fragmentation du monde, de la discontinuité absolue du réel sur ce périmètre, l’humanité pulvérisée en une divergence infinie de trajectoires  ̶  une sensation d’angoisse qu’elle avait déjà éprouvée, ce jour de mars 1984, alors qu’elle était assise dans le bus 69 et se rendait dans une clinique du 19e arrondissement pour avorter, moins de six mois après la naissance de sa fille qu’elle élevait seule, la pluie ruisselait sur les vitres, elle avait regardé un à un les visages des quelques passagers qui l’entouraient, des visages que l’on croise dans les bus parisiens en milieu de matinée, des visages aux yeux fuyant vers le lointain ou rivés à une consigne de sécurité contenue dans un pictogramme, fixés sur le bouton d’appel, égarés à l’intérieur du pavillon d’une oreille humaine, des yeux qui s’évitaient entre eux, vieilles dames à cabas, jeunes mères de famille avec enfant en kangourou, retraités en chemin vers la bibliothèque municipale pour la lecture de leur périodique quotidien, chômeurs de longue durée en costume cravate douteux, plongés dans leur journal sans parvenir à le lire, sans que jaillisse sur la page la moindre étincelle de sens, mais accrochés au papier comme pour se maintenir dans un monde où ils n’avaient pourtant plus de place, où ils ne trouveraient bientôt plus de quoi subsister, des personnes parfois situées à moins de vingt centimètres d’elle, et qui toutes ignoraient ce qu’elle allait faire, cette décision qu’elle avait prise et qui dans deux heures serait irréversible, des gens qui vivaient leur vie et avec lesquels elle ne partageait rien, rien, hormis ce bus pris dans une giboulée, ces banquettes usagées et ces poignées de plastique poisseuses qui pendaient du plafond comme des cordes préparées pour se pendre, rien, chacun sa vie, chacun la sienne, voilà, elle avait senti que ses yeux se baignaient de larmes, avait serré plus fort la barre métallique pour ne pas tomber, et sans doute fit-elle en cet instant l’expérience de la solitude. » (Réparer les vivants, éditions Verticales, 2013, p129-131 sur 209)  [Lire notre billet ici ]

Elle a osé bien que ce soit casse-gueule, et le lecteur suit parce que le style rude est en adéquation avec le moment.

 

            Mais dans Canoës (Verticales, mai 2021), quand elle maintient cette ligne stylistique, ça ne marche pas aussi bien. Exemple :

« Tel un oiseau change de couleurs pour se camoufler dans les branches et leurrer les prédateurs, la voix de Sam se coule maintenant dans celle du Midwest et cela me dépayse, oui, car elle peut être enrouée, essoufflée, déguisée pour une blague ou troublée par l’émotion, altérée par le sommeil, l’alcool, la colère, étranglée par l’anxiété, empruntée pour approcher un interlocuteur difficile, elle habite mon oreille depuis si longtemps, cette voix, qu’un mot, deux syllabes à peine me suffisent pour la détecter sans erreur possible, pour l’isoler parmi des centaines d’autres comme une piste sur la bande de mixage de celles qui m’accompagnent, pour la capter de loin  ̶  souvenir d’une liaison radio au beau milieu de la nuit, lui dans le fond d’un petit cargo en plein tangage dans la mer de Béring, moi couchée sous les combles dans un immeuble de la rue Pigalle, le téléphone qui sonne, le combiné glissé sur mon oreille d’une main endormie, allô ?, la friture d’abord, ce lointain qui grésille, et ces premières vibrations contre la membrane de mon tympan, lesquelles touchent bientôt les trois osselets, trois miettes de cartilage, quelques milligrammes, et s’amplifient, converties dans la foulée en impulsions électriques que le nerf cochléaire transmet à mon cerveau, vers le gyrus temporal gauche, à l’endroit où l’on situe les microrégions de la mémoire auditive sensibles à certaines intonations de la parole, à son rythme, à son intensité, une trajectoire sidérale, la flèche de l’amour avais-je pensé, redressé d’un seul coup dans mon lit étroit, questionnant la distance que cette voix avait parcourue, acheminée jusqu’à moi dans des câbles sous-marins transocéaniques, puis renvoyée par des antennes-relais dressées sur les plateaux continentaux, au beau milieu des plaines, au sommet des collines, et jusque dans la ville, l’onde électromagnétique invisible mais bien réelle, elle aussi, au cœur de ma chambre : elle m’est plus familière que mon pays, cette voix, elle est mon paysage. Tout le monde change ici, il n’y a que toi qui ne changes pas, la voix de Sam a tranché, froide, puis il a basculé sur le flanc et m’a tourné le dos. » (p.51-52)

            Pour nous, encore quelques pages tournées et puis basket.

            Parce que, comme l’a écrit Philippe Djian :

« (…) qui donc oserait prétendre que le style n’est qu’une question de musique ? (…) Il est donc temps d’ajouter que le style est à la fois une musique et une manière de regarder les choses, ou si l’on préfère une attitude ou encore une façon d’être, ou un point de vue, dans le sens où il s’agit de choisir la place, l’emplacement à partir duquel on observera le monde. » (Ardoise, Julliard, page 30) [Lire notre billet ici ]

 

Alexandre Anizy

 

Sonnet touquettois

Publié le par Alexandre Anizy

Un coin d’élégance naturelle.   

 

Venant de la forêt illuminée,

La roulette du casino éjecte

Le client vers son hôtel raffiné :

Des frais cocktails du West il se délecte.

 

En matinée, il gagne le marché

Par le jardin d’Ypres si verdoyant :

Sous les solides arcades bigarrées,

Biens utiles ou futiles pour chalands.

 

De la place, il chemine vers la digue.

Sur l’immense plage de sable fin,

Des pilotes de chars vaquent à leur gigue :

 

A la Corniche, ils bordent ou bien ils choquent

Pour toucher la baie, même sous embruns.

Sur la Canche se prélassent les phoques.

 

Alexandre Anizy

(extrait d'un recueil en préparation)

 

Franz Bartelt écrit ce qui lui plaît

Publié le par Alexandre Anizy

Les années passent, l’insolence vandale reste.

 

Pour notre plaisir (lire ici etc.), Franz Bartelt est sorti du bois ardennais après avoir commis un nouveau polar : Un flic bien trop honnête (Seuil, mai 2021). Tout y passe, rien ne résiste à son humour vachard. Du San-Antonio sans l’esbroufe argotique et la fumisterie mercantile. En deux mots : plus classe.

 

« De temps en temps, sous l’effet d’un sentimentalisme désuet, il lui arrivait de déposer un bouquet sur le tombeau d’une de ses victimes, comme un chef d’entreprise cède parfois à la faiblesse de rendre hommage à un collaborateur enlevé à l’affection des siens par un accident du travail. Ce sont de menues initiatives qui réconcilient les coupables avec eux-mêmes, qui leur ristournent au moins l’illusion de l’innocence. La bonne conscience ne coûte jamais très cher. » (p.138 sur 154)

 

Si la philosophie un tantinet iconoclaste de Bartelt ne renverse rien, elle procure un bien fou aux lecteurs en les réconciliant avec l’espèce humaine, si joliment disséquée. C’est pourquoi, lui qui lutte contre le trou de la Sécurité sociale provoqué notamment par les benzodiazépines, le médecin intermittent mais vrai politicard Olivier Véran devrait recommander le remboursement de toute l’œuvre de Franz Bartelt… Après l’affaire des masques, il peut tout oser puisqu’on l’a déjà reconnu !

 

Alexandre Anizy

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