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notes culturelles

Doggerland : Elisabeth Filhol a presque réussi

Publié le par Alexandre Anizy

            Elisabeth Filhol devrait partager sa matière avec une freluquette comme Vanessa Schneider, dont le talent est inversement proportionnel à la densité de son réseau médiatique.

 

 

            D'abord il faut souligner le rythme décent des publications de Mme Filhol, qui prend le temps de travailler ses sujets : Doggerland (P.O.L, janvier 2019, en livrel) le montre une nouvelle fois.

            Ce dernier roman, plus réussi que le précédent ( lire ici ) quant au procédé narratif de l'auteur, donne à penser que le prochain pourrait être son chef-d'œuvre.

 

 

Alexandre Anizy 

Détachement de Marceline Desbordes Valmore

Publié le par Alexandre Anizy

            Admirée des grands, oubliée de tous : Marceline Desbordes Valmore.  

 

 

            Détachement

 

Il est des maux sans nom, dont la morne amertume

Change en affreuses nuits nos jours qu'elle consume.

Se plaindre est impossible ; on ne sait plus parler ;

Les pleurs même du cœur refusent de couler.

On ne se souvient pas, perdu dans le naufrage,

De quel astre inclément s'est échappé l'orage.

Qu'importe ? Le malheur s'est étendu partout ;

Le passé n'est qu'une ombre, et l'attente un dégoût.

 

C'est quand on a perdu tout appui de soi-même ;

C'est quand on n'aime plus, que plus rien ne nous aime ;

C'est quand on sent mourir son regard attaché

Sur un bonheur lointain qu'on a longtemps cherché,

Créé pour nous peut-être ! et qu'indigne d'atteindre,

On voit comme un rayon trembler, fuir... et s'éteindre.

 

            Marceline Desbordes Valmore

                        (Œuvre poétique, Jacques André éditeur, 2007)

 

 

 

N.B. : nous saluons ici le travail de Marc Bertrand, et celui de l'éditeur.

 

Devant la mort d'Hervé Prudon

Publié le par Alexandre Anizy

            En attendant le passage de la Camarde, Hervé Prudon s'est exprimé.

 

 

 

 

si la douleur prend ses quartiers

plus question de philosopher

plus question de dormir la guerre

on l'a perdue la mort on n'y pense plus

on a juste mal sans rien faire

vivre est devenu superflu

 

Hervé Prudon. Devant la mort (Gallimard, septembre 2018)

 

3 haïkus de Michel Onfray

Publié le par Alexandre Anizy

            Le philosophe Michel Onfray a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement.

 

 

            98

 

            Midi

            Le cercueil entre en terre

            Un chien aboie

 

            Michel Onfray. Avant le silence. 2014.

 

 

 

                        5

 

                        Multitude de papillons jaunes

                        Virevoltant au-dessus des talus

                        Elle les aimait

 

                        Michel Onfray. Les petits serpents - Avant le silence II. 2015.

 

 

 

                                    49

 

                                    Lit de pierres  

                                    Rivière absente

                                    Présence de l'absence.

 

                                 Michel Onfray. L'éclipse de l'éclipse - Avant le silence III. 2016.

 

 

 

En prime, un dernier pour la route.

 

146

 

Tombé hier

Scié ce matin

Mort ce soir.

 

Michel Onfray. L'éclipse de l'éclipse - Avant le silence III. 2016.

Peut-on suivre Pedro Garcia Rosado sur le Tage

Publié le par Alexandre Anizy

            Et dans les bas-fonds de Lisbonne ? 

 

 

            Avant de quitter Paris pour un séjour en Côte d'Opale, nous fîmes provision de livres dans la librairie de notre quartier : pas besoin du "géant américain qui fuit l'impôt et les taxes locales" pour être livré dans le meilleur délai !

            Ce faisant, nos yeux s'arrêtèrent sur Mort sur le Tage de Pedro Garcia Rosado (Livre de poche, novembre 2018), et la quatrième de couverture titilla notre curiosité. Un de plus dans le panier.

 

            L'édition originale au Portugal date de 2006, la traduction et la publication française de 2017 : il n'était pas utile de la faire.

 

 

Alexandre Anizy

Le web de Dean Koontz

Publié le par Alexandre Anizy

            Dean Koontz ne bosse pas beaucoup.

 

 

            Dark web (éditions L'Archipel, 2018, en livrel) est l'illustration d'un écrivailleur chevronné finissant par se reposer sur ses lauriers : on n'apprend franchement rien sur le "dark web", mais comme le livre est bien séquencé, le lecteur tourne les pages.

            Un échantillon ? « Il y a également là les inévitables débris humains : deux ivrognes qui trimbalent dans des cabas (...) ; un toxico chevelu en jean, torse nu, si maigre et maladif qu'il ferait mieux de rester couvert même sous la douche (...). » (p.148/485)

            Dean Koontz ne mourra pas de compassion : il pratique l'auto-défense préventive, en quelque sorte : « Quand on laisse parler sa compassion, on finit invariablement par croiser une âme charitable armée d'une scie. » (p.269/485)

 

            Il devrait y avoir une suite, dont on se passera sans regret.

 

 

Alexandre Anizy

Le premier de Indridason

Publié le par Alexandre Anizy

            Arnaldur Indridason est allé au bout de son premier polar sans mordre la poussière. 

 

 

 

            En novembre 2007, nous invitions les butineurs à découvrir cet auteur islandais (lire notre billet ici ). Tout était déjà là dans Les fils de la poussière (Métaillé, octobre 2018), notamment le style sobre.

            Prenons d'abord l'incipit, pour le décor :

            De loin, le bâtiment ressemblait à une prison. Il n'avait été ni rénové ni entretenu depuis des années. On avait procédé à des coupes claires dans le système de santé, ces réductions budgétaires retombaient toujours sur les hôpitaux comme celui-là. Une lumière jaunâtre filtrait à chaque fenêtre, éclairant la nuit noire de l'hiver. C'était un mois de janvier glacial, l'imposante bâtisse semblait grelotter, isolée au bord de mer, au milieu de son grand parc sombre planté d'arbres.

            Et puis ces deux personnages fugaces esquissés en quelques lignes :

            L'ancien proviseur habitait à deux pas de l'école de Vidigerdi dans une coquette maison mitoyenne. Il profitait de sa retraite, voyageait beaucoup et jouait au golf. Sa femme était autoritaire, elle l'emmenait tous les jours à la piscine, ils allaient régulièrement au restaurant, recevaient leurs enfants et leur rendaient visite .Tous deux avaient soixante-quinze ans. Ils avaient vécu une existence agréable, étaient en pleine forme et extrêmement snobs. (p.167)

 

            Mise à part la fin surréaliste mais si positive, cet opus mérite votre intérêt.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'injonction de Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

            Chacun devrait obéir à l'injonction de Jules Supervielle.   

 

 

Voyage en soi

(extrait)

 

Pourtant, il ne faudrait, Poète sans été,

Vouloir et sans merci créer de la Beauté

Avec ta douleur comme un jonc flexible,

Penché sur tes instants comme une bible ;

 

Puisque la Mort est là qui regarde et qui sait,

Puisque tu la pressens et tu crains d'être lâche,

Ne la seconde pas dans sa facile tâche,

                        Sois vivant, sois pressé.

 

Jules Supervielle

(Oeuvres poétiques complètes, La Pléiade)

Combat de Hawad

Publié le par Alexandre Anizy

            A méditer : sous l'immobilité apparente, le travail lent de la mémoire.           

 

 

Le coude grinçant de l'anarchie ― 1998

 

(...)

Une résistance à la voix volée

est une bombe atomique.

Je l'offre à tous ceux

qui désirent broyer la cervelle de leurs dieux.

Nos cadavres, plusieurs fois achevés,

nos cadavres que le diktat

des chars et des décrets

n'a pas permis de rendre

au placenta de la terre,

nos cadavres sont des explosifs

et je les lègue à tous les exclus

de l'héritage des banques

du monde ici-bas.

Nos cadavres sont des explosifs.

Pour tout un peuple assassiné sur sa terre,

il n'y a pas d'armes plus sûres

que l'interdiction de restituer ses martyrs

au giron de la terre.

Tous les autres bagages de la résistance,

ce sont les envols des vautours

qui les distribuent dans le vent

comme l'allergie épileptique et contagieuse

de la violence.

 

Vous, braves gens,

imaginez tout un peuple,

un peuple pour qui ses fantômes,

comme des fourmis,

travaillent nuit et jour.

 

 

Hawad

( Furigraphie, Poésie Gallimard )

Ce que Taniguchi suggère

Publié le par Alexandre Anizy

            Comment expliquer l'engouement à l'égard des BD contemplatives de Jiro Taniguchi ? 

 

 

            Prenons par exemple L'homme qui marche (Casterman, collection écritures, mars 2017) : 19 chapitres où le non-héros se balade dans son quartier. Il ne s'y passe rien, mais tout y est. Chaque planche contribue au rythme du récit, chaque vignette apporte au moins une information, qu'elle soit relative à l'environnement ou au cheminement intérieur du marcheur. Autrement dit, le lecteur est dans la balade avec contentement.

            A contrario Bastien Vivès, par exemple, lasse en imposant de longs tunnels (lire ici).  

 

 

Alexandre Anizy