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notes culturelles

3 haïkus de Michel Onfray

Publié le par Alexandre Anizy

            Le philosophe Michel Onfray a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement.

 

 

            98

 

            Midi

            Le cercueil entre en terre

            Un chien aboie

 

            Michel Onfray. Avant le silence. 2014.

 

 

 

                        5

 

                        Multitude de papillons jaunes

                        Virevoltant au-dessus des talus

                        Elle les aimait

 

                        Michel Onfray. Les petits serpents - Avant le silence II. 2015.

 

 

 

                                    49

 

                                    Lit de pierres  

                                    Rivière absente

                                    Présence de l'absence.

 

                                 Michel Onfray. L'éclipse de l'éclipse - Avant le silence III. 2016.

 

 

 

En prime, un dernier pour la route.

 

146

 

Tombé hier

Scié ce matin

Mort ce soir.

 

Michel Onfray. L'éclipse de l'éclipse - Avant le silence III. 2016.

Peut-on suivre Pedro Garcia Rosado sur le Tage

Publié le par Alexandre Anizy

            Et dans les bas-fonds de Lisbonne ? 

 

 

            Avant de quitter Paris pour un séjour en Côte d'Opale, nous fîmes provision de livres dans la librairie de notre quartier : pas besoin du "géant américain qui fuit l'impôt et les taxes locales" pour être livré dans le meilleur délai !

            Ce faisant, nos yeux s'arrêtèrent sur Mort sur le Tage de Pedro Garcia Rosado (Livre de poche, novembre 2018), et la quatrième de couverture titilla notre curiosité. Un de plus dans le panier.

 

            L'édition originale au Portugal date de 2006, la traduction et la publication française de 2017 : il n'était pas utile de la faire.

 

 

Alexandre Anizy

Le web de Dean Koontz

Publié le par Alexandre Anizy

            Dean Koontz ne bosse pas beaucoup.

 

 

            Dark web (éditions L'Archipel, 2018, en livrel) est l'illustration d'un écrivailleur chevronné finissant par se reposer sur ses lauriers : on n'apprend franchement rien sur le "dark web", mais comme le livre est bien séquencé, le lecteur tourne les pages.

            Un échantillon ? « Il y a également là les inévitables débris humains : deux ivrognes qui trimbalent dans des cabas (...) ; un toxico chevelu en jean, torse nu, si maigre et maladif qu'il ferait mieux de rester couvert même sous la douche (...). » (p.148/485)

            Dean Koontz ne mourra pas de compassion : il pratique l'auto-défense préventive, en quelque sorte : « Quand on laisse parler sa compassion, on finit invariablement par croiser une âme charitable armée d'une scie. » (p.269/485)

 

            Il devrait y avoir une suite, dont on se passera sans regret.

 

 

Alexandre Anizy

Le premier de Indridason

Publié le par Alexandre Anizy

            Arnaldur Indridason est allé au bout de son premier polar sans mordre la poussière. 

 

 

 

            En novembre 2007, nous invitions les butineurs à découvrir cet auteur islandais (lire notre billet ici ). Tout était déjà là dans Les fils de la poussière (Métaillé, octobre 2018), notamment le style sobre.

            Prenons d'abord l'incipit, pour le décor :

            De loin, le bâtiment ressemblait à une prison. Il n'avait été ni rénové ni entretenu depuis des années. On avait procédé à des coupes claires dans le système de santé, ces réductions budgétaires retombaient toujours sur les hôpitaux comme celui-là. Une lumière jaunâtre filtrait à chaque fenêtre, éclairant la nuit noire de l'hiver. C'était un mois de janvier glacial, l'imposante bâtisse semblait grelotter, isolée au bord de mer, au milieu de son grand parc sombre planté d'arbres.

            Et puis ces deux personnages fugaces esquissés en quelques lignes :

            L'ancien proviseur habitait à deux pas de l'école de Vidigerdi dans une coquette maison mitoyenne. Il profitait de sa retraite, voyageait beaucoup et jouait au golf. Sa femme était autoritaire, elle l'emmenait tous les jours à la piscine, ils allaient régulièrement au restaurant, recevaient leurs enfants et leur rendaient visite .Tous deux avaient soixante-quinze ans. Ils avaient vécu une existence agréable, étaient en pleine forme et extrêmement snobs. (p.167)

 

            Mise à part la fin surréaliste mais si positive, cet opus mérite votre intérêt.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'injonction de Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

            Chacun devrait obéir à l'injonction de Jules Supervielle.   

 

 

Voyage en soi

(extrait)

 

Pourtant, il ne faudrait, Poète sans été,

Vouloir et sans merci créer de la Beauté

Avec ta douleur comme un jonc flexible,

Penché sur tes instants comme une bible ;

 

Puisque la Mort est là qui regarde et qui sait,

Puisque tu la pressens et tu crains d'être lâche,

Ne la seconde pas dans sa facile tâche,

                        Sois vivant, sois pressé.

 

Jules Supervielle

(Oeuvres poétiques complètes, La Pléiade)

Combat de Hawad

Publié le par Alexandre Anizy

            A méditer : sous l'immobilité apparente, le travail lent de la mémoire.           

 

 

Le coude grinçant de l'anarchie ― 1998

 

(...)

Une résistance à la voix volée

est une bombe atomique.

Je l'offre à tous ceux

qui désirent broyer la cervelle de leurs dieux.

Nos cadavres, plusieurs fois achevés,

nos cadavres que le diktat

des chars et des décrets

n'a pas permis de rendre

au placenta de la terre,

nos cadavres sont des explosifs

et je les lègue à tous les exclus

de l'héritage des banques

du monde ici-bas.

Nos cadavres sont des explosifs.

Pour tout un peuple assassiné sur sa terre,

il n'y a pas d'armes plus sûres

que l'interdiction de restituer ses martyrs

au giron de la terre.

Tous les autres bagages de la résistance,

ce sont les envols des vautours

qui les distribuent dans le vent

comme l'allergie épileptique et contagieuse

de la violence.

 

Vous, braves gens,

imaginez tout un peuple,

un peuple pour qui ses fantômes,

comme des fourmis,

travaillent nuit et jour.

 

 

Hawad

( Furigraphie, Poésie Gallimard )

Ce que Taniguchi suggère

Publié le par Alexandre Anizy

            Comment expliquer l'engouement à l'égard des BD contemplatives de Jiro Taniguchi ? 

 

 

            Prenons par exemple L'homme qui marche (Casterman, collection écritures, mars 2017) : 19 chapitres où le non-héros se balade dans son quartier. Il ne s'y passe rien, mais tout y est. Chaque planche contribue au rythme du récit, chaque vignette apporte au moins une information, qu'elle soit relative à l'environnement ou au cheminement intérieur du marcheur. Autrement dit, le lecteur est dans la balade avec contentement.

            A contrario Bastien Vivès, par exemple, lasse en imposant de longs tunnels (lire ici).  

 

 

Alexandre Anizy

Un gourmet at Ze Kitchen Galerie

Publié le par Alexandre Anizy

            Là où le talent se décline en 6 services et non 32.    

 

 

            Nous venions de lire Le gourmet solitaire de Taniguchi & Kusumi (Casterman, 2018), un concentré de ce que nous apprécions dans la BD japonaise. Alors nous choisîmes Ze Kitchen Galerie pour un dîner convivial, afin d'avoir en assiette un zeste d'Asie : avec son menu "dégustation", le chef William Ledeuil nous a régalés. 

            Fort heureusement il y a dans la carte un vin bio du pays d'Oc, là où régnait autrefois celui que d'aucuns appelaient le "milliardaire rouge", qu'un propriétaire original a nommé le chemin de Moscou : excellent à condition de l'aérer avant la consommation, sinon vous retrouvez un Corbières râpeux des temps pas si anciens !

 

 

Alexandre Anizy

 

Les Gilets jaunes oeuvrent pour la nouvelle saison de Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

            Grâce aux Gilets jaunes, viendra-t-elle ?     

 

 

LA NOUVELLE SAISON

 

Une terre fertile

Une lune bonne enfant

Une mer hospitalière

Un soleil souriant

Au fil de l'eau

Les filles de l'air du temps

Et tous les garçons de la terre

Nagent dans le plus profond ravissement

Jamais d'été jamais d'hiver

Jamais d'automne ni de printemps

Simplement le beau temps tout le temps

Et Dieu chassé du paradis terrestre

Par ces adorables enfants

Qui ne le reconnaissent ni d'Eve ni d'Adam

Dieu s'en va chercher du travail en usine

Du travail pour lui et pour son serpent

Mais il n'y a plus d'usine

Il y a seulement

Une terre fertile

Une lune bonne enfant

Une mer hospitalière

Un soleil souriant

Et Dieu et son reptile

Reste là

Gros saint Jean comme devant

Dépassé par les évènements.

 

Jacques Prévert

(dans la Pléiade volume 1, 1992)

Tailler un chemisier à Bastien Vivès

Publié le par Alexandre Anizy

            Aujourd'hui, en bon père de famille, la maison Anizy conseille d'épargner plutôt que d'acheter deux BD de Bastien Vivès.

 

 

            On commence par Le chemisier (Casterman, 2018), dont les dessins sont trop souvent inachevés, notamment dans les tunnels qui embarrassent (par exemple, planches 28 à 34) ― cela peut-il faire un style ? ―, et le scénario faiblard.

            On termine avec Elle(s) (Casterman, 2017), où l'artiste a pris la peine de colorier dans des teintes fadasses, donné des traits ahurissants aux personnages, notamment les lèvres botoxées des 2 héroïnes, le tout dans un scénario toujours mince.    

 

            Mais c'est vous qui payez, non ?

 

 

 Alexandre Anizy