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notes culturelles

Que la guerre était jolie est un fade polar

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque l'auteur aime les citations, détournons-en une : "Quelle connerie ce polar !"  

 

 

 

            C'était le moment de prendre du repos, alors une brève plus promotionnelle qu'autre chose sur le dernier ouvrage de Christian Roux attira notre attention, vu le titre : Que la guerre était jolie (Rivages, janvier 2018, en livrel).

            Dire que ce polar est une connerie est aussi excessif que de donner ce titre racoleur, mais c'est comme un droit de réponse de lecteur abusé. En effet, l'histoire se déroule dans une ville moyenne à une heure de Paris, dans un quartier abandonné par ses habitants et par le maire ripou qui voudrait bien s'en mettre encore dans les poches en montant une vaste opération de rénovation immobilière. Le décor étant dressé par Roux, ils sont venus, ils sont tous là, les personnages habituels...  

            Et le style moyen vous embarquera vers le point final, si vous êtes diabolique !

  

 

 

Alexandre Anizy

Un quatrain de Cheng à notre oreille

Publié le par Alexandre Anizy

            Soufflons un vers au vert académicien. 

 

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Bruisse la mélodie.

 

 

Parce que l'original s'effondre dans le final :

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Pour que soit   mélodie.

 

François Cheng

( Enfin le royaume, Gallimard, mars 2018)

 

Un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King

Publié le par Alexandre Anizy

            Il faut être gonflée pour bâtir un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King à Memphis : le défi est brillamment relevé.  

 

 

            Les éditions de l'Aube viennent de publier en livrel¹ (février 2018) La route de tous les dangers de Kris Nelscott (un pseudonyme de Kristine Kathryn Rusch). D'aucuns apprécieront d'abord le style agréable ― ce qui n'empêche pas les maladresses, comme "balancer gentiment" ou la répétition de soupçon  :

« Ses seins ont bougé l'un après l'autre pendant qu'elle signait et j'ai ressenti le violent désir de les toucher.

Je me suis levé et me suis retourné vers la fenêtre chiasseuse. Ce n'est qu'une cliente, me suis-je dit en joignant les mains derrière mon dos.

"Vous savez, Smokey, a-t-elle dit, je crois que ce serait mieux si je joignais un chèque à moi. Vous ne craignez pas qu'un chèque libellé au nom de votre agence attire les soupçons ?"

Je me suis retourné. Ses cheveux se balançaient gentiment contre son visage, ses joues étaient encore un peu colorées et son corps semblait littéralement moulé par ses vêtements. Elle était belle, d'une beauté que je n'avais pas soupçonnée jusqu'alors, et qui m'attirait follement.

A cet instant, j'ai quasiment pu sentir la main de ma tante me caressant la joue, ma tante qui me disait que les garçons noirs ne devaient pas reluquer les filles blanches. » (p.101/314)

D'autres goûteront l'architectonique bigrement ficelée, parce que Kris Nelscott a du métier.       

 

            C'est pourquoi on attend les suivants.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Nous signalons aux éditions de l'Aube que dans Adobe Digital Editions, et donc dans notre tablette, l'ouvrage se retrouve avec l'ISBN pour titre et l'auteur inconnu. Si vous pouviez faire attention pour les suivants...  

Les bastos du SAC tirées par Collombat & Davodeau

Publié le par Alexandre Anizy

            Côté mitraille, dans les années 1970 ça ne tombe pas comme à Gravelotte, mais quand même, et les assassins sauvent souvent leurs peaux.   

 

 

            Cher pays de notre enfance (Futuropolis, octobre 2015, en livrel), un mauvais titre ironique qui dessert l'ouvrage, est un enquête graphique de Benoît Collombat et Etienne Davodeau qu'on ne s'attendait pas à trouver sur un tel sujet. Pensez donc, les années de plomb de la Ve République française ! On y parle beaucoup du Service d'Action Civique (SAC), l'organisation parallèle des gaullistes. Forcément. 

            Un travail sérieux, un bon récit, et toujours le même président... euh ! dessin davodesque.

 

            Pour le coup, on se souvient des ministres Joseph Fontanet (lui, c'est un vrai résistant et combattant des FFL), Robert Boulin... Ah, Boulin ! Son meurtre, le combat sisyphique de sa fille contre une magistrature soudée.

 

http://www.alexandreanizy.com/article-affaire-boulin-mme-fabienne-boulin-burgeat-y-revient-38333634.html

   

            En ce temps-là, on voyait le parti de Valéry Giscard d'Estaing (résistant parisien de l'été 1944, puis engagé pour 8 mois de campagne, dont 28 jours de combat, le temps de récolter vite fait la croix de guerre 1939-1945... redorant ainsi le blason d'une famille pétainiste : « L'audace critique lui vint [à l'inspecteur des Finances François Bloch-Lainé] après son éviction de la présidence du Crédit Lyonnais par Valéry Giscard d'Estaing, fils de l'inspecteur des Finances synarque Edmond, et neveu du conseiller d'Etat René, titulaires respectifs des francisques n° 918 (janvier 1942) et 250 (août 1941), parrainés par Du Moulin de Labarthète (...) » (Annie Lacroix-Riz, Les élites françaises entre 1940 et 1944 - de la collaboration avec l'Allemagne à l'alliance américaine, Armand Colin, 2016, p. 392) ), recycler les politiciens penauds des IIIe et IVe Républiques, les partisans de l'Algérie française plus ou moins proche des terroristes de l'OAS, les jeunes loups du groupuscule Occident comme le délinquant Alain Madelin, enfin le gratin de la nation française de toute évidence...

 

            On vit une époque formidable, dessinait Reiser. Ces années-là, on flinguait du beau linge : plus classe que les Ritals, c'est ça la France !

 

 

 

Alexandre Anizy

Maos rue du Japon de Morgan Sportès

Publié le par Alexandre Anizy

            L'écrivailleur Morgan Sportès optimise ses recherches, aussi bien celle sur Pierre Overney avec son Maos que celle relative à la Japonaise (l'avouera-t-il ?).  

 

 

            Ayant fréquenté ardemment un de ces jobards maos (l'éditeur), par obligation professionnelle au moins, Morgan Sportès a tenu à faire fructifier ses travaux de recherche sur L'organisation (la Gauche Prolétarienne des clowns Benny Lévy etc.) : or l'accumulation littéraire, comme la capitaliste, a ses effets néfastes, notamment celui de la répétition qui engendre l'ennui. Pour y pallier, MS invente des situations grotesques dans un scénario improbable... ce qui déconsidère pour le coup l'ensemble du travail !

            On oubliera vite Maos, ce roman catastrophique, même si on a apprécié quelques portraits au vitriol, comme celui de l'éditeur :

            « Quoique ancien normalien, il lui avait fallu pas moins de dix ans, dix ans de pénitence après... après tout ça... pour accepter de commencer à lire les Mémoires d'outre-tombe du romanticoréac Chateaubriand. Sartre n'avait-il pas pissé sur sa tombe ? Pouvait-on lire un bonhomme sur le cadavre duquel Sartre avait pissé ? La pisse sacrale de Sartre n'était-elle pas un irrévocable non licet ? Il avait toute son oeuvre, à Sartre, entassée en désordre dans une pièce de leur nouvel appartement, en attente d'étagères, avec bien d'autres livres : Marx, Lénine, Staline, Lin Piao, Georges Bataille, Jean Genet, Althusser, Lacan, Robbe-Grillet, Foucault, Barthes, tous ses documents de l'époque, tracts, journaux, et quelques autres babioles modestes qu'il avait traînées de piaule en piaule pendant des années de débine, avant qu'il se range des voitures, qu'il accepte enfin de vivre ! » (p.16/257) ;

ou d'autres :

            « ― Et Jeannot, s'exclama Babeuf, se cognant à son tour aux accoudoirs de son coquetier ( «Aïe !»), Jeannot à qui on a fait il y a cinq ans des obsèques nationales dignes de celles de Victor Hugo, avec un cortège de deux cent mille badauds progressistes, dont tout le gratin politique et artistique de gauche, qu'est-ce que c'était Jeannot au fond, une brute bornée stalinisée, un cogneur pavlovisé : et on l'a enterré au Père-Lachaise à côté de Wilde...

― Et de Jim Morrison, dit scandalisée, une journaliste de Femmes de notre temps, Annette, la rousse, spécialiste de la rubrique showbiz. » (p.76/257)

 

            L'aphorisme que MS place en exergue d'un chapitre vaut toujours son pesant d'or :

            « A notre époque les hommes sont divisés en deux groupes, les héros c'est-à-dire les imbéciles, et les salauds c'est-à-dire les personnes intelligentes. » M. Gorki, les Petits-Bourgeois, 1902 (cité page 36/257)

 

 

 

            Ne voulant pas estimer Morgan Sportès sur ce roman désastreux, nous choisîmes Rue du Japon, dans lequel il raconte une amourette érotico-contractuelle (éditions du Seuil, janvier 1999, disponible en livrel) : s'instaure une crudité du sexe dans des scènes sophistiquées. Pour gommer une inconsistance originelle ? En tout cas, l'écrivailleur Sportès a une belle plume :

            « Allongé sur mon canapé 1925 en velours râpé et patiné par les ans, les pieds posés sur un accoudoir, je continuais de feuilleter mon livre d'estampes ; (...) Parmi toutes les images de mon livre, il y en avait une sur laquelle je revenais régulièrement, de Hashiguchi Goyo : une jeune femme mince et nue, accroupie au sol, mais de façon que sa cuisse gauche cachait son ventre et sa toison (seul un sein menu était visible) et penchée, l'air absent, sur une bassine de bois où, de ses deux mains, elle tordait une sorte de mouchoir mouillé blanc et bleu dont on pouvait supposer, mais la chose n'était que suggérée, qu'elle venait de s'éponger le sexe - les draps défaits d'un lit traditionnels japonais, qu'on apercevait en arrière-plan, laissant entendre qu'elle y avait fait l'amour. » (p.30-31) ;

 et puis :

            « Moins d'un an plus tard, nous étions revenus sur nos pas, piétinant les ombres mauves des marronniers du Luxembourg. En entrant dans le jardin, par la rue Guynemer, elle avait vu, accrochée au portail, une pancarte arborant le dessin stylisé d'un chien, barré d'un trait rouge :

― C'est interdit aux Potis, avait-elle dit. Il faut me mettre en laisse. » (p.335)

Terminus sera le point d'achèvement.

 

 

Alexandre Anizy

 

Octobre 17 selon Piotr Krasnov, Markovitch, Bryant, Rotman & Blary

Publié le par Alexandre Anizy

            A la faveur de la lecture de Piotr Krasnov, De l'aigle impérial au drapeau rouge,  l'envie de faire un tour de livres nous saisit.  

 

 

            En lisant le billet du blogueur Latude (1), qui reproduit l'avant-propos que l'éditeur lui a demandé, le rôle militaire que joua Piotr Krasnov durant la guerre civile (ataman des Cosaques du Don) suscita un intérêt : allions-nous trouver dans ce roman une autre évocation des armées blanches d'Anton Denikine aux portes de Moscou, après celle lue il y a longtemps dans Nestor Makhno, le Cosaque de l'anarchie d'Alexandre Skirda ? Bien que la réponse soit négative, nous ne bouderons pas notre plaisir de lecture, même si l'architectonique semblable à celle du Quatre-vingt-treize de Victor Hugo l'atténua : ce roman de Krasnov est un joyau du romanesque russe !     

            Pour une autre analyse politique et historique de 1917 émanant d'un protagoniste, Léon Trotski, nous conseillons évidemment de lire son Histoire de la révolution russe (2 tomes), et accessoirement pour les mordus, Ma vie, dans lequel il ne cesse de répéter qu'il est un bon léniniste...      

 

            Avec La Révolution russe vue par une Française de Marylie Markovitch (Pocket/la revue des deux mondes, juin 2017), nous sommes placés au niveau de la rue, du moins telle que la perçoit cette bourgeoise qui ne voit pas les faiblesses politiques de Kerenski, cet orateur talentueux : par exemple, n'est-ce pas lui qui présidait le Conseil des députés des ouvriers et des soldats dont elle écrit qu' « Il faut bien le dire, car cela est désormais de l'histoire, c'est le pricaz (ordre) n°1 publié par le Conseil (..) qui a fait tout le mal. » (p.130) ?    

            Ce qu'elle pense de Lénine ? « Lénine, le zimmervaldien, le partisan de la défaite, le propagateur de la paix à tout prix, a fait, en arrivant dans son pays oeuvre de parfaite indépendance en s'installant dans le palais de Mme Kchétinskaïa, la célèbre danseuse qui fut l'amie du tsar, encore grand-duc. (...) Tous les jours, la foule s'amasse autour du balcon désormais célèbre et populaire où Lénine, l'illustre, daigne apparaître quelques instants ! (...) M. Lénine est un petit homme sans majesté. Même juché sur son balcon, il n'en impose guère. Il a un visage pâle, terminé par une barbe noire, en pointe. Des boutons en brillants ornent ses manchettes. C'est un révolutionnaire élégant. Elégant, sa femme l'est encore plus que lui. On la voit passer dans les rues de la capitale, dans une confortable automobile, ― sortie peut-être du garage de la danseuse ―, portant des toilettes signées, semble-t-il, de quelques grands couturiers de Paris ... ou de Berlin. » (p.160) [Note d'Olivier Cariguel : "Selon Hélène Carrère d'Encausse, la description de Nadejda Kroupskaïa, l'épouse de Lénine, correspond plus à celle de sa maîtresse, la Française Inès Armand (...). Lénine était très épris d'elle. Leur liaison fut longtemps tenue secrète pour entretenir la légende d'un Lénine fidèle." p.160]

            Mais quand Marylie Markovitch place Kerenski face à Lénine, voici ce qu'elle écrit de celui qui "juché sur son balcon n'en impose guère" : « Tout à coup, Lénine se lève. Ce simple geste a provoqué une énorme sensation. Toute la salle est debout. On se presse, on se pousse au premier rang. Est-ce l'émotion ? Lénine, très pâle, se lance dans un discours pâteux où il s'embourbe. (...) Et brusquement il se dévoile : "Il faut passer des paroles aux actes, s'écrie-t-il. Notre parti ne refuse pas le pouvoir ; il est prêt à chaque instant à prendre l'autorité entre ses mains. » (p.248) Si elle voit les choses, la journaliste française est incapable d'en interpréter le sens, tant son option politique l'éloigne de l'objectivité.

 

            Dans Six mois rouges en Russie de l'américaine Louise Bryant (Libertalia, 4ème trimestre 2017, 10 €), épouse de John Reed dont chacun pourra lire avec profit le fameux Dix jours qui ébranlèrent le monde, on pénètre plus à l'intérieur du chaudron révolutionnaire, du fait des accointances de l'auteur avec les socialistes, ce qui ne l'empêche pas de voir et d'analyser les événements avec certes un parti-pris, mais aussi une grande lucidité. Prenons par exemple sa vision de Kerenski (2) au Congrès démocratique (septembre 1917) :

« Seules des personnes dégageant un grand charisme peuvent retenir le souffle d'un public rien qu'à la façon dont Kerenski le fit en traversant rapidement la scène. Il était vêtu d'un simple uniforme brun de soldat, sans la moindre épaulette ou le moindre bouton de laiton indiquant ses fonctions de commandant en chef de l'armée et de la flotte russes, ou celle de ministre-président de la République russe. (...) [son discours est interrompu par des cris] Kerenski recula comme s'il avait été frappé et tout enthousiasme s'effaça de son visage. L'extrême émotivité de cet homme, après tant d'années de combats révolutionnaires, était sidérante. Profondément conscient de la froideur et même de l'hostilité du public, il en joua habilement avec éloquence, en implorant et en mobilisant sans relâche une étrange énergie intérieure. Son visage, sa voix et ses paroles tragiques et désolés changèrent lentement et devinrent enflammés, rayonnants et triomphants. Devant la gamme superbe de ses émotions, toute opposition avait été balayée... (...) Ce fut la dernière ovation qu'obtint Kerenski. Si les Russes avaient eu le tempérament des Italiens ou des Français, je pense qu'ils auraient adoré Kerenski. Mais les Russes ne se laissent pas convaincre par des phrases et ils n'ont pas le culte des héros. Le discours de Kerenski les avait déçus. Il les avait charmés, mais il ne leur avait rien dit. (...) Une heure après son départ, son influence s'était évaporée. » (p.83)

            Et comment voit-elle Trotski ?

« Au sein de cette assemblée remarquable étincelait, tel un Marat, la personnalité saisissante de Léon Trotski. Avec véhémence et pareil à un serpent, il influait sur l'assemblée comme un vent puissant agite des herbes hautes. Aucun autre orateur ne créait un pareil tollé, une telle haine par sa moindre parole, n'utilisait de mots aussi cinglants et pourtant, par-dessus tout, gardait la tête froide. Le contraste était frappant avec un autre dirigeant bolchevique, Kamenev (...) » (p.88)

            Comment se passa la prise du Palais d'Hiver ?

« Les ministres du gouvernement provisoire furent trahis par les employés du palais, et rapidement extirpés de toutes sortes d'arrière-salles et de passages secrets. Ils furent conduits à la forteresse Pierre-et-Paul. Nous étions assis sur une longue banquette à côté de la porte pour les observer sortir. Terechtchenko m'impressionna plus que les autres. Il avait l'air si ridicule et décalé ; il était à la fois tiré à quatre épingles et tellement indigné. » (p.110)

            Louise Bryant dresse aussi le portrait de quelques femmes extraordinaires, raconte comment Trotski organise la Révolution de son petit bureau de Smolny : « Trotski et sa jolie petite femme, qui ne parle presque jamais autrement qu'en français, vivent dans une pièce au dernier étage. La pièce est aménagée avec des cloisons, comme le studio mansardé d'un artiste démuni. » (p.177)

           

            Puisque Patrick Rotman et Benoît Blary ont pris la peine de faire un dessin sur Octobre 17 (co-édition Seuil-Delcourt, septembre 2017), on pouvait succomber à cette facilité. Et force est de constater que leur pari est réussi : l'enchaînement des faits, qui rend les circonstances matures aboutissant à l'évènement (3), est bien restitué.

            A ceux qui entament l'étude historique d'Octobre 17, nous conseillons cette BD... avant de s'attaquer par exemple aux 2 tomes de Trotski !

 

 

            Nous concluons avec cette affirmation de Rotman :

« Jamais peut-être le sort de l'histoire n'a dépendu d'un nombre aussi restreint d'individus. Sans la volonté messianique de Lénine, sans le génie stratégique de Trotski, sans doute la révolution d'Octobre n'aurait jamais eu lieu. » (avant-propos)

Sans oublier d'ajouter : rendons à Marx le goulag, à Lénine la Tchéka !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1)  https://blogs.mediapart.fr/latude/blog

(2) Pour affiner le tableau : « Son père [à Lénine] et celui de Kerenski furent directeurs dans la même école. » (p.176)

(3) C'est un trait malicieux vers le philosophe Alain Badiou.

 

Fugaces comme Aya Cheddadi

Publié le par Alexandre Anizy

 

La chance bue comme

l'eau dans une tasse trop simple

pour que cela soit connu

 

Le bonheur comme un chat

ronronnant à l'orée de la conscience

soudain parti

quand on s'aperçoit de ses caresses

 

La chance et le bonheur

bruit doux du chat

lapant l'eau

 

Aya Cheddadi

( Tunis marine, Gallimard, février 2016)

 

Les cartes postales ratées de HenryJ.-M. Levet

Publié le par Alexandre Anizy

            N'en déplaise à Frédéric Vitoux, il ne donne pas envie, Henry J.-M. Levet.

 

 

 

La poésie consulaire, quelle misère !

Sans la corporation qui s'autocongratule, que resterait-il de ces textes ?  

 

 

Alexandre Anizy

Du grand frère de Mahir Guven

Publié le par Alexandre Anizy

            Mahir Guven est un bon petit soldat de la médiacratie. C'est pourquoi son premier roman bénéficia d'un bouche-à-oreille : le méritait-il ?  

 

 

            Quand on gratte comme Mahir Guven pour le 1 de Fottorino, financé par de grandes fortunes françaises possédant notamment de grands titres de la presse, les portes des éditeurs s'ouvrent facilement puisque la promotion syndicale est assurée. Mais Grand frère (éditions Philippe Rey, 2017, en livrel) vaut-il autant de louanges ?

            Pour tout dire, quand on vient de se taper l'béton de Garreta, on ne résiste pas longtemps à l'ennui face au sabir de bendo qui épata le bourge germanopratin, et face à une histoire bourrée de clichés forcément superficiels qui s'achève par une pirouette.  

 

            Côté style, voilà l'échantillon :

            « L'autre voie possible, c'était de balancer le frère. Ça m'a traversé l'esprit. Est-ce que ce serait plus simple ? Dans cette nuit où tous les chats étaient gris, que la lune était haute, j'ai pesé avec Marie-Jeanne le pour et le contre de toute cette merde. Vendre le frère, c'est des années et des années de nuits sans sommeil, des amis qui vous détestent, et le daron qui me renie. Mon arrêt de mort. » (p.224/255)

            Mais on a malheureusement aussi le droit aux « gouttes qui s'étirent sur mon pare-brise, au loin les lumières de la ville qui s'étouffent derrière la buée (...) » (p.30/255), au zgeg qui fourre la grosse (quel hass !), au bédo qui s'coue la tronche, etc. Que du classique !

 

 

            S'il en commet un deuxième, espérons que Mahir Guven aura l'audace de jeter ses oripeaux de blédard.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Lamartine plus frais que Beigbeder le clou !

Publié le par Alexandre Anizy

            Que vaut la production proséeuse de Beigbeder face à Geneviève ou l'histoire d'une servante de Lamartine ? Que dalle ! Alors il est scandaleux que l'oeuvre ne soit plus disponible en librairie.

 

 

            Si d'aucuns affirment que Lamartine a inventé le roman du peuple avant l'idole nationale Victor Hugo, puisqu'en effet la publication de Geneviève (1851) est antérieure au chef d'oeuvre du Commandeur des lettres françaises ( Les misérables, 1862), nous souhaitons apporter notre modeste contribution à la nécessaire et juste réévaluation du romancier Lamartine, et cela devrait commencer par une réédition bon marché de ces textes.   

 

            « Dans ces conversations la pauvre fille ne me parlait jamais d'elle. Elle paraissait s'inquiéter bien plus de ce que deviendraient le chien, les oiseaux, les meubles, les plantes, que de ce qu'elle deviendrait elle-même. Peut-être pensait-elle que le nouveau curé la prendrait à son service, comme le sonneur ou l'enfant de choeur de Jocelyn, ou que quelqu'une des familles du village la recueillerait pour être sarcleuse, et lui donnerait le pain et l'asile gratuits dans l'étable des vaches ou des moutons. » ( Geneviève, éditions R. Simon, p.29)

 

            « Mais au moment où je délibérais avec moi-même et où je me levais déjà de la litière pour fuir, j'entendis des pas de sabots qui descendaient, les uns lourds, les autres légers, l'escalier extérieur de la maison. La porte de l'étable s'ouvrit, et deux femmes y entrèrent en causant ensemble. » (idem, p.169)   

 

            Diantre ! qui peut ne pas succomber au charme lamartinien ?

 

 

Alexandre Anizy