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notes culturelles

Des nouvelles de Gavalda et Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Gavalda et Svit, deux femmes qui parlent des femmes. Mais pas que, heureusement.   

 

 

 

            Fendre l'armure est le titre du nouveau recueil de nouvelles d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 2017, en livrel). Elle attaque fort avec "l'amour courtois" :

            « J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée. Dans ces cas-là j'assure que dalle et comme je sais que je vais rien choper, je finis toujours défoncée comme un terrain de manoeuvres.

            Je sais, je suis trop délicate mais bon, c'est plus fort que moi, si je suis pas nickel et la chatte au carré, je m'accorde aucune ouverture. » (quasiment l'incipit)

            Là on se dit qu'elle aura du mal à tenir la distance, côté style, car même en nouvelle, il faut tenir. Mais elle tint :

            « (en vrai je ne suis pas vraiment la responsable, mais comme il habite en face de Notre-Dame et moi derrière le Stade de France, je me suis sentie obligée de rééquilibrer un peu les mangeoires.) » (p.12/161);

et termine en beauté :

            « Je soufflais sur mes doigts, je me souriais, je me motivais. Allez, que je me disais, allez... Cette fois, c'est différent, tu t'es fait blasonner.

Quand même.

C'était plus classe. » (p.27/161)

 

            Nous aurions pu parler de "Mon chien va mourir", une histoire pour âmes sensibles que Gavalda traite avec délicatesse, de "La maquisarde" aussi... Mais bon, vous le savez bien, Anna sait y faire pour fendre le coeur des lecteurs !

 

 

            Cette semaine-là, nous enchaînâmes avec Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit (Gallimard, janvier 2017, en livrel ― forcément trop cher avec Antoine !), qui prolongea notre plongée dans l'air féminin du temps, puisque Gavalda aurait pu écrire ceci :

            « Par manque d'amour, tout simplement. L'amour, ça s'arrose aussi, jour après jour, comme les salades. » (p.17/163)

            Mais Brina peut être beaucoup plus sérieuse, comme lorsqu'elle fait référence à son compatriote :

            « La pensée comme rage du désespoir est la seule vision pertinente pour ce moment historique de la crise grecque, écrivait son auteur, le philosophe slovène Slavoj Žižek. Le vrai courage n'est pas d'imaginer une alternative, mais de reconnaître qu'il n'en existe pas, et d'en tirer des leçons. » (p.19/163)

            Dans "l'été de Sonia", il semble qu'un type va faire preuve d'un peu de courage :

            « Il va la laisser partir, sans bouger, écoutant le bruit de ses pas et de la porte d'entrée qui va se refermer derrière elle.

― Mais c'est qui, cette femme ? On dirait une caissière de Monoprix.

― De G20, répond-il avec tendresse, en se levant enfin, enfilant le pantalon qui a glissé au pied du lit, et quittant la chambre à son tour. » (p.47/163)

Ce sera son grain de folie, à lui. Peut-être.

            Evidemment, Svit n'a pas pu s'empêcher de glisser du tango !

http://www.alexandreanizy.com/article-visage-slovene-de-brina-svit-124807375.html

 

 

            Mis à part le fait que Brina Svit soit plus nombriliste qu'Anna Gavalda, il n'en demeure pas moins qu'en les lisant on ressent une communauté de perception chez elles.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Les airs d'Ingrid Astier

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec Ingrid Astier, en est-ce vraiment ?

 

            Voilà un écrivain qui maîtrise sa communication (Cf. sa page Wikipédia ) mais qui se ment un peu lorsqu'il dit qu'en se consacrant à l'écriture, c'était « un saut dans le vide, sauf que je ne savais pas si j’avais un parachute », puisque le chemin est assez balisé quand on a fait Henri IV et ENS... Passons.

 

            Haute voltige est le nouveau polar d'Ingrid Astier, publié chez Gallimard (mars 2017, en livrel à 14,99 € - trop cher, Antoine !). Pour tout vous dire, nous avons failli lâcher la liseuse à la page 9/533 après avoir lu ça :

            « La vie n'est qu'une longue chasse à courre. Pour ne pas se faire dévorer, il faut juste être du bon côté.

Les voitures s'engagèrent dans l'allée rythmée par les fûts des platanes. Sous les pneus, le gravier crissa comme du verre brisé. »

Nous pensâmes alors à une chronique de Patrick Besson (1) qui traitait des pneus dans les romans... et Ingrid Astier qui enfilait les trivialités. C'était un week-end pluvieux et frisquet. Alors nous résistâmes à l'envie de fermer le livrel.   

 

            Et soudain face au vent, le héros solitaire sur les toits de Paris nous intéresse vraiment, surtout quand il accepte le casse de l'atelier d'Enki Bilal (2). Il le fera après avoir participé à un combat de chessboxing , s'être entrainé sur le jeu de Svetozar Gligorić (3), etc.

A ce moment-là, le travail d'enquêtes et de documentation de l'auteur finit par tenir le lecteur qui veut savoir si le monte-en-l'air serbe va s'en sortir... (on ne va pas vous gâcher le plaisir !)

 

Alexandre Anizy

 

(1) Une association d'idées balkaniques, sans doute.

(2) Depuis 35 ans environ, nous considérons Bilal comme un génie de la BD !

(3) Grand joueur d'échecs serbe.

Laurent Gaudé en virée humanitaire

Publié le par Alexandre Anizy

            Quand un poète grassouillet prend sa voiture pour une visite à Notre-Dame-des-Jungles, il livre sur commande (du moins l'espère-t-on pour lui) une prière désincarnée.    

 

 

            Ainsi lorsque Laurent Gaudé part en virée humanitaire à Grande-Synthe, ça donne par l'accumulation de clichés et de bondieuseries un texte poussif et mal fagoté sur la misère du camp, qui se termine forcément par une auto-flagellation de nanti (rassurez-vous, ils n'en souffrent jamais, ces gens-là) pour rester dans la tendance du marché médiacratique :

 

 

Notre-Dame-des-Jungles (extrait)

 

 

Ci-gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.

Ci-gît l'Europe et mon âme

D'avoir vu votre misère.

Ci-gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,

Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.

Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,

Lorsqu'elles auront piétiné ce que vous avez patiemment construit

Elles s'apercevront peut-être,

Mais trop tard,

Que ce sur quoi elles roulent,

Ce qu'elles tassent,

Et font disparaître,

C'est notre dignité.

 

Laurent Gaudé

(De sang et de lumière. Actes Sud, mars 2017, 106 pages, 14,50 €)

 

 

Les hommes de bonne volonté sont parfois des couillons aveugles.

 

La nécessité de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

La nécessité d'être sous ses propres traits      

 

Il y a des jours, c'est bien le dernier endroit

au monde où l'on a envie d'être, mais

il faut y être, comme dans un film, parce

            qu'on est au générique.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Un homme et une femme selon Anise Koltz

Publié le par Alexandre Anizy

Un homme maltraitant son avenir...

 

Un homme puissant

comme un fleuve

traverse mon lit

 

le transformant

en réserve naturelle

en champ d'expérimentation

en abattoir

 

Anise Koltz 

            (dans Somnambule du jour, Gallimard poésie)

 

Emploi du soir de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

            Ce pourrait être aussi une façon de vivre dans une société épuisée.

 

            Emploi du soir

 

Retourner à soi dans la lumière apaisée du soir.

Se tenir seul aux franges de la nuit

sous l'amitié bavarde d'un marronnier.

S'écouter vivre, s'entendre penser, surtout

n'attendre rien, mais avec ferveur.

 

Michel Monnereau

(dans la Revue ARPA n° 118, décembre 2016, p.6)

 

Par peur de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

La peur de te retrouver seul       

 

Par peur de te retrouver seul

tu fais tellement de choses

qui ne te ressemblent pas du tout.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Dimanche on vote gratis

Publié le par Alexandre Anizy

            Dimanche sera-t-il de fête, comme l'espérait Jean Cassou ?

 

Sonnet 23

 

La plaie que, depuis le temps des cerises,

je garde en mon coeur s'ouvre chaque jour.

En vain les lilas, les soleils, les brises

viennent caresser les murs des faubourgs.

 

Pays des toits bleus et des chansons grises,

qui saignes sans cesse en robe d'amour,

explique pourquoi ma vie s'est éprise

du sanglot rouillé de tes vieilles cours.

 

Aux fées rencontrées le long du chemin

je vais racontant Fantine et Cosette.

L'arbre de l'école, à son tour, répète

 

une belle histoire où l'on dit : demain...

Ah ! jaillisse enfin le matin de fête

où sur les fusils s'abattront les poings !

 

 

Jean Cassou

            (Trente-trois sonnets composés au secret)

 

Autour de la brigande Marion du Faouët

Publié le par Alexandre Anizy

            Grâce à Michèle Lesbre, on découvre dans Chère brigande (Sabine Wespieser éditeur, février 2017, en livrel) cette hors-la-loi sympathique.

 

            Quelle drôle d'idée pertinente de suggérer le passé glorieux d'une brigande ! L'auteur ayant passé l'âge de croire aux belles histoires, personne ne se bercera d'illusions sur la gestion courante des affaires de Marion du Faouët...

            « Tu n'es pas un ange mais, contrairement à Marie Collin ou Collen, dite Marie l'Escalier, qui sévit dans la région elle aussi, tu ne fais pas couler le sang, sauf la fois où l'un des membres de la bande s'est permis de prélever sa propre dîme aux dépens d'un ancien président du tribunal de Quimper. La victime s'est plainte à toi car tu lui avais délivré un sauf-conduit dont le traître n'avait tenu compte. Il est jugé par toute la compagnie et c'est toi qui l'exécutes. On ne doit pas rompre l'unité du groupe. » (p.28 de 49)

            "Dura lex sed lex", plus encore chez les truands. 

 

            Mais en évoquant la vie tumultueuse et forcément courte de Marion du Faouët, Lesbre nous parle un peu d'elle et de notre monde qui va de guingois.

            « Dors tranquille, chère brigande, tu m'as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu'ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existent pas. »

 

            Mais de quels puissants parle Michèle Lesbre...

 

 

Alexandre Anizy

Ici de Michel Monnereau

Publié le par Alexandre Anizy

              Etat d'âme au lendemain d'un débat électoral.

Ici

 

Entre le cri des graffitis et les mots d'ordre

je vais desperado

en liberté conditionnelle

boulevard de l'insoumission civile

un meurtre dans la main gauche

un suicide dans la main droite

des enfants dans les testicules

les mains nues parmi vos armes

excisé à toutes les Afriques

une révolte toujours disponible

la tendresse rétive

entre mes bals fanés et vos balles perdues

- sans rançon acceptable. 

 

Michel Monnereau

                  (Je suis passé parmi vous, La table ronde mars 2016)