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notes culturelles

L'infini de François Cheng

Publié le par Alexandre Anizy

L'infini n'est autre

Que le va-et-vient

Entre ce qui s'offre

Et ce qui se cherche.

Va-et-vient sans fin

Entre arbre et oiseau,

Entre source et nuage.

François Cheng (A l'orient de tout, poésie Gallimard 2014, p.146)

De l'apparente répétition des choses naîtrait le sentiment de plénitude. C'est aussi pourquoi, comme l'écrivait Albert Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ».

Alexandre Anizy

Moments poétiques de Christian Bobin

Publié le par Alexandre Anizy

Régulièrement, Christian Bobin satisfait l'appétit de son public fidèle en le gratifiant d'une sorte de journal en prose poétique. 2015 est l'année de Noireclaire (Gallimard, livrel à 7,99 €).

« Il est impossible de vivre sans cruauté. Respirer, exercer sa joie, c'est déjà blesser quelqu'un alentour. » (p.30-31/63)

Tout y passe puisque c'est un journal.

Alexandre Anizy

Le ciel de Franck Bouysse

Publié le par Alexandre Anizy

Les personnages de Franck Bouysse dans Grossir le ciel (La manufacture de livres, décembre 2014, 199 pages, 16,90 €) font penser aux campagnards de Marie-Hélène Laffont, un écrivain que nous apprécions.

Mais Bouysse ne laboure pas dans le même champ littéraire.

Alexandre Anizy

Résonance Jean-François Mathé et Alexandre Anizy

Publié le par Alexandre Anizy

C'est un pur moment de poésie : créés avec plus de 30 ans d'écart (1), deux poèmes de Jean-François Mathé et Alexandre Anizy nous paraissent en résonance de par la couleur de l'ambiance et le ton du décor.

Avant la suite

J'ai mis du rouge aux lèvres des mots

et je suis sorti dans la rue livide

à l'heure où les chiens se disputent

des lambeaux de clair de lune,

à l'heure où l'on entend les pas

de ceux qui vont fusiller

s'ils trouvent un fusil.

Des prostituées ont embrassé

les lèvres rouges de mes mots

puis me les ont rendues

en me disant que mieux valait

les poser sur les lèvres de femmes

qui serrent la nuit dans leurs bras

à défaut d'amant ou d'enfant.

Jean-François Mathé

La vie atteinte (éditions Rougerie, 2014)

Iceberg (2)

Au zinc d'un rade glauque

Une femme usée s'accroche

Elle a les cheveux en broussaille

Et le visage boursouflé

Par l'alcool et les nuits blanches

Tu l'imagines

Gros lot de la tombola des malheurs

Ce soir elle cherche de la chaleur humaine

En complément du soupirail

Elle a la voix éraillée des gens

Qui subissent leurs identités

Cette femme est un iceberg

Dont tu ne connaîtras qu'une partie infime

Alexandre Anizy

Lumières froides (éditions ARC, novembre 2015)

(1) Concernant le poème de Jean-François Mathé, nous faisons l'hypothèse d'une conception en 2010.

(2) Poème écrit vers 1978.

De la douceur de Brantôme

Publié le par Alexandre Anizy

Aux temps jadis, certains féodaux maniaient aussi bien l'épée que la plume : guerroyer, servir, séduire, baiser, n'était-ce pas in fine une question de pouvoir et domination ? De Brantôme (vers 1540 - 1614), ils restent des écrits rassemblés dans la Pléiade, notamment ses poésies. Dont celle-ci (page 754).

Doulce Limeuil et douces vos façons,

Douce la grace et douce la parolle,

Et doux vostre oeil qui doucement m'affole

Et faict en moy douces mes passions ;

Doux vos regards, douces voz actions,

Doux l'entretien et douce la main molle,

Douce la voix qui doucement me volle

L'ame et le cueur de ses doulces chansons ;

Doulce la bouche et doulce la beauté,

Doux le maintien, doulce la cruauté

Et doux le mal qu'il faut, pour vous, souffrir

Depuis qu'en vous on voit tant de doulceurs.

Faictes, au moins, que quand pour vous je meurs

Je puisse un peu plus doucement mourir.

De la douce répétition montent le frisson de la sensualité et l'engourdissement de la mort.

Alexandre Anizy

La guerre d'Aleksandar Gatalica

Publié le par Alexandre Anizy

Le savoir-faire architectonique de l'écrivain serbe Aleksandar Gatalica éclate dans une fresque romanesque que les éditions Belfond viennent de sortir en 2015 : A la guerre comme à la guerre (en livrel à 15,99 € - trop cher !). Seulement voilà, en nous limitant à l'ex-Yougoslavie d'aujourd'hui et en mettant de côté le simple plaisir d'une lecture agréable, que nous apporte ce tableau impressionniste sur 14-18 ? Pas grand-chose.

Sur la guerre et sur l'ex-Yougoslavie, les romans de Slobodan Selenić (1) en disent plus.

Alexandre Anizy

(1) Lire nos billets relatifs à Slobodan Selenić :

http://www.alexandreanizy.com/article-sous-le-soleil-de-slobodan-seleni-46906180.html

et puis

http://www.alexandreanizy.com/article-autre-chef-d-oeuvre-de-slobodan-seleni-meurtre-avec-premeditation-62977618.html

et encore

http://www.alexandreanizy.com/article-ces-deux-hommes-de-slobodan-seleni-71321657.html

L'île de Natsuo Kirino

Publié le par Alexandre Anizy

Comme Donna Tartt, le populaire écrivain japonais Natsuo Kirino finit difficilement cette robinsonnade titrée L'île de Tôkyô (Seuil, avril 2013, 282 pages, 22,50 € ; traduction de Claude Martin) : du coup, on en garde un souvenir amer.

Alexandre Anizy

La flexibilité des Casanova

Publié le par Alexandre Anizy

La vie de Casanova fascine, et même ses Mémoires sont goûtées plus que de raison :

« Casanova se voulait assez sincère avec Bragadin, il évite tout cynisme triomphant avec l'abbé d'Einsiedeln, il s'exprime sans grâce. Les deux passages tournent autour d'un quoique : sincère sans pourtant entrer dans toutes les circonstances, repenti sans renoncer pourtant à tous les détails savoureux. La narration s'adapte à l'auditeur, elle se négocie entre hier et aujourd'hui, entre mémoire et réalité présente. » Michel Delon, (Album Casanova de la Pléiade, 2015)

S'adapter est l'ardente obligation des séducteurs de tout poil.

Alexandre Anizy

Du jeu poétique de Loïc Demey

Publié le par Alexandre Anizy

Le lorrain Loïc Demey a réussi un petit chef d'œuvre (au sens du compagnonnage) avec son recueil Je, d'un accident ou d'amour (1). En 16 morceaux, il raconte un amour bouleversant.

Pour le plaisir, quelques mots empruntés au n°6 :

Je l'affection aussi Delphine. Mais, depuis quelques mensualités, nos sentiments se pâles et se fades. Le rouge se rose et le blanc se boue.

(...)

On se rituels : je me samedi chez ses parents, elle se dimanche chez les miens. On se calme plat. Je me morne, elle se plaine. Elle se train-train, je me ligne droite. On se routine, on se déroute.

Dans le fossé.

(Loïc Demey : Je, d'un accident ou d'amour ; page 23)

Grâce au jeu d'écriture, on fait les comptes.

Alexandre Anizy

(1) Cheyne éditeur, 2014 : 16 € pour 44 pages, est-ce bien raisonnable ?