Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

notes culturelles

Svetislav Basara toujours en forme

Publié le par Alexandre Anizy

            A l'occasion fiscalement optimisée d'un (dé)placement inopportun au royaume pourri d'un Grand Duc, en plein cœur de la vertueuse Union Allemande mortifère, nous pûmes survoler à nouveau (1) la prose absurde et drôle de Svetislav Basara, ce bon à rien qui occupe ses jours ouvrés ou retraités à broder des histoires sans queue ni tête. Il est vrai que son statut de diplomate permet bien des excentricités et sauve même du ridicule. Hubert de Védrine ne manquera pas de démentir. 

 

            N'étant pas fêlé, nous ne raconterons rien de Solstice d'hiver (Notabilia des éditions Noir sur blanc, 2013, 137 pages, 15 €). Tout au plus un report :

            « Quand le commandement Tu aimeras ton prochain comme toi-même paraît insuffisant et pauvre ; quand on désire l'étoffer et l'argumenter, on obtient le Manifeste du Parti Communiste. Il semble à première vue tout à fait pareil au commandement, en plus long. Sauf qu'il a un effet secondaire : le goulag. » (p.94)

Il fut un temps où seul un chien à la Mutualité pouvait jacter de la sorte sans se faire casser la gueule par la police de la pensée des beaux quartiers, latin ou pas. Dieu merci, nous allons bientôt être libérés de leurs derniers avatars (2).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Pour apprécier quelques bons mots de ce bougre-là, lire le billet ci-après

http://www.alexandreanizy.com/article-fele-svetislav-basara-108370588.html

 

(2) Combien d'impostures générées par La cause du peuple ?

Les courriers de Pierre Magnan

Publié le par Alexandre Anizy

            Sur le conseil d'un ami, nous décidâmes d'ouvrir enfin un polar de Pierre Magnan : pourquoi pas Les courriers de la mort (en poche folio) ? Aussitôt dit, aussitôt fait.

            Quelques mots suffiront pour exprimer notre impression : du style dans un ouvrage bien charpenté.

 

            Puisque l'auteur a quitté définitivement sa Provence, accessoirement notre planète, il est loisible de faire un post-mortem de son œuvre (vu l'actualité télévisuelle, l'éditeur y a pensé).

 

 

Alexandre Anizy

 

James Salter vaut la Tartt

Publié le par Alexandre Anizy

            C'est un véritable bombardement médiatique qui annonça cet été la sortie du nouveau roman de James Salter : Et rien d'autre (éditions de l'Olivier, août 2014, livrel à 15,99 € - très cher... c'est vrai qu'il faut payer la publicité ! Et le reste ?). Sans prétendre à l'exhaustivité, nous avons relevé : L'Express, Point, Nouvel Obs, Marianne, L'organe vespéral de propagande doxique (1), l'appendice de propagande doxique (2), etc. Afin d'optimiser les coûts de la campagne de promotion, les entretiens français ont été regroupés dans un court laps de temps : on en viendrait presque à plaindre le "pauvre James " obligé de se répéter face à des journalistes complaisants.

 

            Pour mémoire, rappelons que nous avions déjà subi un déferlement médiatique au moment de la parution du Chardonneret de Donna Tartt (3). Dans ces deux cas, force est de constater que le matraquage paie (qui en doutait ?), puisque les deux romans ont fait partie des meilleures ventes.

            Répétons-le : l'édition est un marché comme les autres.

 

            Mais de quoi s'agit-il avec le dernier Salter ?

«Et s’il n’y avait pas de fleuve, mais rien que l’interminable file des inconnus, des gens absolument désespérés, comme on en avait vu pendant la guerre ? On le forcerait à rejoindre leurs rangs et à attendre pour l’éternité. Il se demanda alors, comme il se le demandait souvent, combien de temps il lui restait à vivre. Il n’était sûr que d’une chose : quel que soit le destin qui l’attende, c’était le même que celui de tous ceux qui avaient jamais vécu. Il irait là où ils étaient tous allés et - c’était le plus difficile à admettre - tout ce qu’il avait connu serait englouti avec lui : la guerre, (...)» (p.321-22 de 322, Et rien d'autre)

            Alors cette vie au pas de charge, ce foisonnement de personnages secondaires... tout cela pour ça ?

 

            On peut concéder à Richard Ford « que nul écrivain américain aujourd'hui n'écrit mieux que James Salter, que nul ne fait montre d'une telle maîtrise de sa phrase » (Nathalie Crom dans Télérama).

            « Dans ce livre, j'ai essayé de ne pas utiliser trop de métaphores. Je voulais privilégier la facilité de lecture sur la richesse du style. J'ai toujours l'impression, quand je lis un livre surchargé métaphoriquement, que l'écrivain se rappelle sans cesse à votre bon souvenir. (...)  La technique doit être transparente, comme le carreau d'une fenêtre. Il y a des livres qui ressemblent à des magasins de fleurs : les parfums, les couleurs, l'ambiance. Je ne voulais pas qu'on ait l'impression d'être chez le fleuriste. » James Salter (entretien du Nouvel Obs - août 2014)

            Dans Et rien d'autre, il y a en effet une telle économie de moyens, qu'il n'est pas étonnant de voir Salter citer Marguerite Duras (mais entre l'économie de l'un et la pauvreté de l'autre, il y a le sens d'une histoire savamment structurée, avec des personnages que les faits caractérisent), puisque le personnage principal est éditeur. Mais on s'interroge : quelle est l'utilité du premier chapitre (un survol incongru de la guerre du Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale) ?

 

            « Cela dit, vous pouvez aussi vendre des millions de livres sans même essayer de faire autre chose que de raconter une histoire. Mais là, on n'est plus dans la littérature, on est dans le divertissement, c'est différent. » James Salter (entretien dans Marianne du 29 août 2014)

 

            Faire défiler une vie à grande vitesse, est-ce autre chose qu'un divertissement ?  

 

 

Alexandre Anizy 

 

 

(1) i.e. l'immonde Monde

(2) i.e. le mal nommé Libération

(3) lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-donna-tartt-n-a-pas-coupe-dans-le-chardonneret-122874500.html

Brina fait Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans les romans de Brina Svit règne le désarroi : en voici deux nouveaux exemples.

            Dans Coco Dias ou la Porte Dorée (en poche Folio), elle raconte l'histoire d'un écrivain qui abandonne un roman en gestation avancée pour conclure un marché avec un maestro : il lui enseigne le tango, elle écrit sur lui. De même elle décidera à brûle-pourpoint de son voyage pour Buenos Aires... où elle retrouvera son Argentin de la Porte Dorée qui lui fera voir la misère du quartier de son enfance. Chez cette femme, tout peut basculer d'un moment à l'autre d'un simple pivotement, tout est incertain, comme dans la vie, comme dans le tango.

            Yo me recuerdo también de Les trottoirs de Buenos Aires en los años 80, cuando he visto una tanguera que daba ritmo a su baile golpeando en el estrado con los boleadores, donde he escuchado una cantante del Renacimiento del tango... ya en aquellos dias.

 

            Dans Un coeur de trop (en poche Folio), elle use une nouvelle fois de la même architectonique (1) : une Slovène hérite d'une maison au lac de Bled, dans laquelle elle découvre un texte inconnu de son père.

            Et à Bled, le même désarroi qu'elle conjugue bien !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Puisque Visage slovène l'emprunte aussi d'une certaine manière avec Gombrowicz, on espère que pour son prochain roman Brina Svit osera quitter le confort de sa forme narrative chérie.

Lire le poète Péguy, ô que no !

Publié le par Alexandre Anizy

            Centenaire de la Grande Boucherie oblige, les tables des librairies nous ramènent vers des auteurs qui ont connu des jours glorieux. Les souvenirs d'enfance reviennent...

 

            Au combattant Charles Péguy l'Aisne reconnaissante.

            Mais bad trip avec le poète : le lire aujourd'hui,  ô que no !

 

 

Alexandre Anizy

 

L'annonce d'un pays par Marie-Hélène Lafon

Publié le par Alexandre Anizy

            Même si elle n'obtiendra pas le Goncourt 2014, il nous faut reparler de Marie-Hélène Lafon, puisque nous en avons dit le plus grand bien (1). Voyons deux autres romans.

 

            Dans L'annonce (Buchet-Chastel, 2009, livrel à 4,99 €), le paysan célibataire a écrit au Chasseur pour trouver une compagne qui accepte l'idée d'une nouvelle vie à la campagne :

            « La cour était vide, ourlée de vent vert, écrasée de soleil neuf. Paul s'était d'abord tenu là, apaisant la chienne, lui parlant lui disant, c'est Annette c'est Eric ils vont habiter avec nous. Ils étaient restés les trois debout dans la lumière folle. La chienne avait léché les mains du garçon qui ne bougeait pas, et les yeux agrandis, buvait tout, la cour les arbres le trou noir du vieux four à pain où l'on remisait les outils, et les cages des lapins contre le mur du fond. » (p.11/89)

La rencontre de ces échangistes-là, ce qui pousse la femme au grand chambardement, et comment elle comprend intuitivement les choses qu'elle doit faire et accepter, ou bien ne pas, comment le Paul bouleverse son propre milieu familial, finalement comment ils semblent réussir, voilà le sujet de ce roman sans fioriture.

            « La mère d'Annette avait compris ces choses et beaucoup d'autres, qu'elle n'aurait pas su dire avec des mots, privée qu'elle était, comme sa fille, de tout commerce aisée avec le verbe. » (p.19/89)

Même sans points-virgules, le style de Marie-Hélène Lafon se reconnaît : il parle avec douceur ou bien rudesse, selon le caractère des personnages, d'un monde qui survit dans une France en déliquescence.

 

NB : ce roman nous rappelle la belle chanson de François Béranger, Département 66, qui raconte le retour et la solitude d'un homme dans son village désert : c'était en 1974...

 

Dans Les pays (Buchet-Chastel, 2012, livrel à 10,99 € - trop cher !), Marie-Hélène Lafon évoque la fuite d'une autre femme, une enfant qui justement refuse cette vie moribonde dans la verdure et parvient à monter à Paris pour de longues études.

            « Avec des femmes comme Claire, qui ne voulaient pas se charger d'une famille, supporter un mari, des enfants, et habitaient dans des appartements bourrés de livres, allaient à des spectacles ou voir des peintures dans des musées, à Paris en Autriche à New York, au lieu d'élever des gosses et de s'occuper d'une maison, avec rien que des femmes comme elle, qui gagnaient leur argent sans attendre après les hommes, ça serait bientôt la fin du monde. Le bref séjour annuel à Paris permettait au père de mesurer la distance creusée entre Claire et lui par cela même qu'il avait toujours souhaité pour ses filles, la réussite dans les études et un métier stable. » (p.85/97)

On vous le redit : Marie-Hélène Lafon est en train de bâtir un chef d'œuvre. Tant pis pour les Goncourt !

 

Alexandre Anizy

 

(1)  http://www.alexandreanizy.com/article-lire-et-promouvoir-le-joseph-de-marie-helene-lafon-124741797.htm

Visage slovène de Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Sur une table de notre bibliothèque municipale favorite, nous avons remarqué le titre singulier : Visage slovène, dans la blanche de Gallimard (septembre 2013, 154 pages, 14,90 €). Peut-on réduire toute une population en un visage ? avons-nous pensé illico. Alors on saisit le livre et on lit la quatrième de couverture :

            « Ma mère venait de mourir, je n'étais plus la fille de personne. En fixant son dernier visage, j'avais envie de comprendre quelque chose au mien, à cet héritage qui se transmet par la langue maternelle et s'appelle identité. Ce n'était pas l'identité tranquille et évidente qui m'intéressait, mais celle des exilés, ceux qui en sont plus conscients que les autres et qui doivent lutter pour la garder. »

Pour ce faire, Brina Svit va s'intéresser à la communauté slovène de Buenos Aires, après avoir assouvi son unique passion dans un précédent voyage : tango. Et parler du Polaco. En imitant un peu W.C. Fields, nous disons qu'une femme qui aime le tango et Gombrowicz ne peut pas être franchement mauvaise.

 

            Nous avons embarqué. Le voyage fut agréable parce que nous étions en résonnance, mais il nous semble que tout un chacun peut être sensible à cette quête.

            « Oui, c'était ça, son viejo, exactement : il prenait donc des notes en espagnol, mais les calligraphiait en cyrillique. Pour que ses ouvriers ne les comprennent pas, mais aussi pour continuer à tracer des ponts partout, même entre les langues. » (p.125)

Une pratique étonnante, n'est-ce pas ? Autant que Gombrowicz sous la plume de l'auteur. A la fin de sa vie, lorsqu'il se marie avec Rita, Gombrowicz lui dit : « Maintenant tu es entrée dans la littérature polonaise. » Rien que ça.

 

            Les écrivains sont des êtres impossibles.

 

 

Alexandre Anizy

 

Lire et promouvoir le Joseph de Marie-Hélène Lafon

Publié le par Alexandre Anizy

            Sans tarder et pour deux raisons, il faut lire et promouvoir Joseph de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, août 2014, en livrel à 8,99 € - un prix raisonnable) : d'abord, pour ceux de la ville, connaître le monde agricole à travers la vie d'un élément de base (Joseph, le commis de ferme), et qu'il ne doute pas de la véracité du tableau général ; puis découvrir un auteur qui mérite mieux que les recensions ordinaires du milieu littéraire parce qu'il apporte un style singulier, i.e. une vision, quand tant d'autres vont piocher dans la vie de personnages célèbres le talent qui leur fait cruellement défaut.

            Marie-Hélène Lafon, c'est du costaud, et son Joseph peut s'apprécier comme une extension particulière de l'essai de Christophe Guilluy (La France périphérique).

 

            Nous avons du mérite à encenser cet écrivain, compte tenu de notre prévention à l'égard du point-virgule qui règne dans le texte, taillant dans les phrases pour suggérer une vie à la découpe.

            « La voiture était la Peugeot du père qui tenait encore le coup ; après ses cuites Joseph la nettoyait, surtout pour les odeurs. Il était très maigre, ses mains tremblaient, il n'envisageait pas les gens ; et quand on réussissait à attraper son regard qui vous traversait sans vous voir, on ne soutenait pas longtemps ce vertige. » (p.54-55/68) 

Mais l'usage intensif du point-virgule parvient à le sublimer, lui conférant l'importance d'un pivot : le monde comme un enchevêtrement de murets, bloquant les élans. 

 

Cette vision, Marie-Hélène Lafon l'avait dès le commencement :

            « J'espère pour elles de la douceur ; je l'espère ; je ne la suppose pas ; il n'y a pas d'indices. Parfois, le petit miracle d'une robe choisie advient. La peau parle. Celles-là, je les surprends, furtives, aux détours d'un été. Il est court, ici, l'été. Mon regard les sait ; mais je ne peux pas. Je ne peux rien vouloir. » Le Soir du chien, prix Renaudot des lycéens 2001.

Dans ce premier roman, on trouve aussi :

            « Il m'a parlé comme ça mon frère ; il revenait du service. C'était plus un gamin. Moi je l'ai pas fait le service, j'ai été déclaré soutien de famille. Je lui ai répondu. Il a toujours été plus malin que moi. La mère le disait : il est plus vif, il a toujours le dernier mot. Elle était de son côté. »

Un même sort : exemption pour cause de soutien familial. Mais pas que ça.

 

            C'est ainsi que Marie-Hélène Lafon construit patiemment un chef d'œuvre : il n'est pas nécessaire d'attendre son achèvement pour en faire votre Compagnon, puisque le tout est dans chaque partie.

 

 

Alexandre Anizy

Le jour où le paradis a quitté Vanessa Schneider

Publié le par Alexandre Anizy

            Fille d'un psychanalyste réputé, il nous semble que madame Vanessa Schneider n'a connu qu'une enfance aisée et ne connaît que la vie facile de l'élite moisie qui tient le pays et le mène vers l'abîme. C'est pourquoi elle prend les petites misères de l'existence pour de grandes souffrances qui doivent être relatées, comme dans son dernier opus titré Le jour où tu m'as quittée (Stock, 2014, livrel à 12,99 € - trop cher !).

 

            De quoi s'agit-il ? Une femme se fait larguer par son mec : l'autocritique n'étant pas le point fort de la dame, vous ne saurez pas vraiment pourquoi, mais vous n'ignorerez rien de son amour-propre blessé. Et c'est une litanie de ce genre de choses dignes d'un Paul Géraldy en crinoline (l'anaphore étant en vogue, Vanessa suit) :

            «  J'ai cliqué sur ton nom et ma vue s'est brouillée. Des bribes de phrases m'ont sauté au visage. Tu disais je m'en vais, tu disais je ne t'aime plus, tu disais je ne veux pas te faire de mal, tu disais c'est mieux comme ça, tu disais ce n'est pas la peine que l'on se revoie, tu disais j'ai passé les quatre plus belles années de ma vie, tu disais oublie-moi. J'ai refermé l'écran de mon ordinateur et je me suis sentie glisser de ma chaise. J'ai perdu connaissance. »

Pour le reste, on est dans le « passe-moi le sel », jamais dans le « passe-moi le beurre ». Ainsi nous admettons que la médiocrité du style est en phase avec la pauvreté de l'argument.

 

            Le mince talent de Vanessa Schneider nous fait penser à Michela Marzano, cette philosophe  de salons européistes qui a su se placer dans les valises du populiste Matteo Renzi pour pantoufler grassement à la Chambre italienne, puisque le monde tourne autour des nombrils de ces dames. 

 

            A défaut d'expériences, Vanessa Schneider a de la ressource médiatique (comme Michela Marzano), avec carrément l'anti-démocrate Christophe Barbier (1) se fendant d'un papier de connivence dans son magazine :

            « [Vanessa Schneider] y met la finesse et la sensibilité qu'elle déploie quand elle brosse le portrait psychologique d'un politique. Avec une touche d'optimisme timide, tel celui qui nous saisit quand un rayon de soleil perce l'automne. »

Une métaphore à deux sous dans un service rendu express.

 

            Notre conseil : épargnez-vous ce roman lamentable.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-christophe-barbier-est-un-anti-democrate-107362860.html

 

 

Bois II d'Elisabeth Filhol

Publié le par Alexandre Anizy

            Le travail d'Elisabeth Filhol nous semble ô combien plus intéressant et utile que la dernière mièvrerie littéraire d'une Vanessa Schneider, insignifiante comme ses articles dans le quotidien vespéral. Malheureusement, grâce aux connivences professionnelles et autres renvois d'ascenseurs, c'est la mauvaise monnaie qui circule abondamment dans les tuyaux médiatiques. Comme toujours.

 

            Pourtant, après La centrale où elle exposait la vie sans fard des intérimaires du nucléaire, Elisabeth Filhol raconte dans Bois II (éditions POL, août 2014, en livrel à 11,99 € - trop cher !) l'extinction préméditée d'une fabrique française. Plus exactement le combat des salariés pour ne pas crever à petit feu. Le vote, la grève et la séquestration, la négociation, les comportements des acteurs de ce genre de situation critique, l'auteur s'emploie à les dépeindre avec minutie, comme elle explique avec simplicité les subtilités financières à l'œuvre dans les mouvements de la mondialisation.

            Filhol n'ignore sans doute pas Fayol.

 

            Mettons un bémol : le texte aurait gagné en intensité sans les passages d'ordre géologique qui frisent la vacuité. Alors amis lecteurs, sautez-les allègrement ! Vous n'en apprécierez que mieux le cœur de l'ouvrage d'Elisabeth Filhol.  

 

 

Alexandre Anizy