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notes culturelles

No back up for Paul Colize

Publié le par Alexandre Anizy

            En 2013, Back up de Paul Colize (Gallimard, août 2013 pour le livrel à 7,99 € - Antoine, enfin un prix correct !) reçut le prix poche de Saint-Maur. Le jury était bigrement inspiré ce jour-là. En effet, le roman noir de Paul Colize repose sur un double travail de documentation : le rock'n'roll des sixties et les victimes du Locked-in Syndrome. Le style est adapté au milieu musical dans lequel vivent les protagonistes, évitant l'écueil de la caricature ; quant à l'architectonique, l'auteur l'a peaufinée à souhait.

 

            Pour apprécier ce livre, il est préférable de goûter les temps bénis du swinging London, quand les futurs rock-stars cachetonnaient dans les clubs modestes mais réputés, mais aussi de Berlin. Dans sa biographie des Rolling Stones (1), François Bon a également décrit l'ambiance de cette époque-là.

 

            Comme un bon coolie, Paul Colize est arrivé à destination en donnant satisfaction aux lecteurs.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet

            http://www.alexandreanizy.com/article-6959204.html

 

L'enterrement inattendu de Marguerite Duras

Publié le par Alexandre Anizy

            Chaque année, Gallimard offre un album à tout acheteur de 3 volumes de sa prestigieuse collection La Pléiade. En 2014, c'est L'album Duras par Christiane Blot-Labarrère.

 

            Quelle clarté dans cette biographie illustrée !

            On y apprend que la petite bourgeoise Marguerite Duras, qui prétendait avoir souffert de la précarité, voyageait dans le Tyrol autrichien durant l'été 1935, avait reçu la même année une Ford V8 en cadeau (quelle femme de 21 ans pouvait en dire autant dans cet avant-guerre ?), avait obtenu en 1937 un diplôme d'études supérieures en économie politique, plus un autre en droit public (quelle femme etc.), ce qui lui permit d'entrer au ministère des Colonies, où le ministre Georges Mandel et son chef de cabinet André Diethelm lui confiaient avec Philippe Roques la rédaction d'un livre qui sortira en 1940 (L'Empire français, Gallimard).

            Ces amours en ce temps-là ? Entre autres : Frédéric Max, « ce petit juif de Neuilly », Jean Lagrolet, ce Bayonnais de grande famille, Robert Antelme, ce fils de sous-préfet... on est vraiment loin de Cosette !

            Durant la guerre, Duras est secrétaire de la Commission du contrôle du papier d'édition, puis de l'administrateur de la Bibliothèque Nationale Bernard Faÿ, personnage peu reluisant favorable à l'Allemagne nazie. Les bourgeois intellectuels ne rechignent pas à gratter pour la chienlit française, comme le fit Simone de Beauvoir pour la radio de Vichy. Les grands mots de l'engagement ne viendront qu'après la Libération ! C'est Ramon Fernandez le collabo (père de l'académicien Dominique, grand-père du récent Directeur du Trésor Ramon Fernandez) qui lui propose de loger en dessous de chez lui, au 5 rue Saint-Benoît où elle demeurera jusqu'à sa mort en 1995.

            Les années de guerre passent donc sans misère, mais sans saloperies, sans éclat non plus puisqu'elle écrit : « On n'a pas été des héros. La Résistance est venue à nous. On était d'honnêtes gens à qui se confier. »

            Pas très résistante, la Duras.

 

            Quant au plan littéraire, le travail de Christiane Blot-Labarrère ne permet pas une réévaluation de l'œuvre durassienne, ce qui n'est pas l'objectif de toute façon.

 

            Paradoxalement, cet album superbement réalisé prit donc au fur et à mesure de notre feuilletage l'allure d'un enterrement inattendu de Marguerite Duras. Forcément inattendu.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Un été avec Proust

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps je me suis tenu à l'écart.

           

            De Proust. Mais cessons la plaisanterie.

           

            Après Un été avec Montaigne, les éditeurs ont pensé qu'il serait juteux de poursuivre avec Un été avec Proust (éditions Equateur / France Inter, mai 2014, 235 pages, 13,50 €). Ils ont eu raison.

            Et Antoine Compagnon a récidivé, avec quelques comparses.

            L'affaire est séduisante. Ne la ratez pas.

 

 

Alexandre Anizy

 

Ederlezi : "a lazy story" de Velibor Čolić

Publié le par Alexandre Anizy

            Ederlezi, c'est le titre du nouveau roman de Velibor Čolić (Gallimard, mai 2014, en livrel à 12,99 € - Antoine, c'est trop cher !). Cette fois-ci, il raconte l'histoire d'une famille de Tziganes dans la Yougoslavie, et ailleurs forcément. Il y met tout son savoir-faire puisqu'il parvient à nous tenir jusqu'au point final malgré l'ennui lancinant.

 

            Dans notre déception à l'égard de Velibor Čolić, Sarajevo Omnibus ne fut donc pas le terminus (1).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) lire nos billets précédents :

 

http://www.alexandreanizy.com/article-sarajevo-omnibus-terminus-pour-velibor-oli-105823619.html

 

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html

 

Le Zagreb de 1991 par Simo Mraović

Publié le par Alexandre Anizy

            Inéluctablement, le poète zagrébois Simo Mraović est devenu minoritaire (1) en 1991, et il le raconta avec drôlerie et affection (un peu de sexe aussi, cela ne pouvait nuire à la profondeur psychologique des personnages) dans un petit roman : Constantin Craintdieu (excellente traduction d'Yves-Alexandre Tripković ; éditions Theatroom Noctuabundi, 2008, 151 pages, 15 €) (2).

 

L'incipit et les suivantes donnent le ton guilleret du récit :

            « Voici la confession de Constantin, poète inconnu qui, dans le tourbillon de la guerre, arpenta les rues de la bienveillante ville de Zagreb. Il n'était pas particulièrement charismatique. Il n'était pas quelqu'un d'important, ça non. Il n'était pas non plus malheureux en amour, alors là,  pas du tout. Il pensait qu'il était destiné à accomplir quelque chose de grand. Les jeunes gens ont parfois cette illusion. Mais nous ne nous en inquiéterons pas ici, car il ne dépassera pas les limites de ce livre. Il avait consacré le dernier été avant la guerre à flirter et à s'enivrer. Non, il n'est pas riche. Il ne possède rien. Il n'est pas non plus prolétaire, il ne se considère pas comme tel. Ni croyant, ni pratiquant, il n'est pas pour autant matérialiste. Il pense que les singes descendent des hommes, et non le contraire - avec tout le respect que l'on doit aux singes. Son histoire ne commence qu'à l'automne. Ce fut un automne brûlant. »

 

            Ce livre de Mraović nous a ramené à Vladimir Arsenijević (à fond de cale), à Jergović bien sûr (le jardinier de Sarajevo, dont nous venons de relire la nouvelle diagnostic), au Novo Beograd de Pantić (Si c'est bien de l'amour). Nous avons aussi beaucoup pensé à Charles Bukowski, évidemment. En lisant, c'est donc toute une compagnie de prosateurs iconoclastes qui encerclent notre esprit.

            A découvrir sans tarder !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Nous vous laissons découvrir l'ironie du propos dans les premières pages du "roman minoritaire" (sous-titre du livre).

(2) Le meilleur endroit pour acheter ce livre au prix unique de 15 € :

                        http://balkans.courriers.info/

 

La confrérie de Jerusalmy

Publié le par Alexandre Anizy

            Après une vie militaire bien remplie, Raphaël Jerusalmy se lance dans d'autres activités, dont le commerce de livres anciens. C'est sans doute à cause de cette affaire qu'il eut l'idée de son deuxième roman titré La confrérie des chasseurs de livres (Actes Sud, août 2013, 316 pages, 21 €).

 

            Dans ce roman d'aventures, Jerusalmy plonge le poète François Villon dans une aventure abracadabrantesque. C'est pourquoi, malgré un style et un canevas irréprochables, on ne parvient pas à le prendre au sérieux. Dommage pour Villon !

 

 

Alexandre Anizy

 

A la découverte d'Emile Moselly

Publié le par Alexandre Anizy

            En 1907, Emile Moselly publiait Jean des Brebis ou Le livre de la misère (en livrel gratuit d'excellente facture chez Bibebook), un recueil de six nouvelles relatant les conditions de vie du bon peuple de France.

 

            Jean des Brebis dépeint un moment de l'existence d'un pâtre lorrain :

« Cette année-là, la fête du Comice agricole devait se célébrer à Sexey-aux-Groseilles et le paisible village était en révolution.

C'était un grand honneur pour le petit bourg, joliment situé au bord de la Meuse claire, au bas d'un coteau planté de vignes, parmi les prairies dont le velours tendre s'étendait sans un pli au fond de la vallée. »

Le village est en effervescence, et Moselly de ramener le lecteur à la réalité sociale par une description sans fioritures mais de haute tenue littéraire  :

« Et de temps en temps arrivaient aussi des chariots remplis de paille, descendus des plateaux lorrains où le sol est maigre, où la vie est chétive et misérable. Revêtus d'une couche de boue desséchée, ceux-là étaient traînés par de pauvres haridelles, des bidets au poil jaune et hérissé, où n'avait jamais passé la tondeuse, et qui avaient l'air, sous leur rude toison, de chevaux cosaques. Les harnais étaient rafistolés tant bien que mal avec des bouts de ficelle, et les paysans qui les conduisaient étaient rudes et pauvres, vêtus de coutil mince à bon marché, et leurs cheveux blonds, décolorés comme une filasse, leurs barbes rudes, le poil boueux des chevaux, tout cela avait la même teinte misérable et terne, la teinte des chaumes détrempés par la pluie, dont la fuite monotone emplit l'immensité des champs, par les soirs d'automne humides et frissonnants, alors que de longues flaques d'eau s'allument vaguement au creux des sillons d'argile. »

Le pâtre intelligent, que la nature n'a pas physiquement gâté, a contribué à l'élection du député Arsène Mitouret (longtemps vétérinaire) en faisant campagne pour lui. Il va découvrir l'ingratitude et le mépris de classe.

« Enfin, il venait, LUI, le député, l'Arsène Mitouret, comme on chuchotait dans la foule : un bel homme, très jeune, qui portait beau, avec une belle barbe blonde qui enveloppait son visage d'un nuage doré. Le plastron largement échancré de son gilet laissait voir la chemise de lingerie fine magnifiquement barrée par un ruban tricolore.»

L'Arsène, ce gentleman bonimenteur, fait son discours de comices, déjà en vue des prochaines échéances électorales, tenant « haut et ferme le drapeau des revendications agricoles ». L'Arsène, il nous rappelle le culbuto molletiste Hollande lorsqu'il ciblait son adversaire (« la Finance ! », vous souvenez-vous ?) dans un spectacle ignominieux.

 

            Nous vous invitons à découvrir Emile Moselly et la chute de son histoire.

 

 

Alexandre Anizy

La reprise de Maurice Genevoix

Publié le par Alexandre Anizy

            Bientôt sur les tables des librairies, les ouvrages de Maurice Genevoix vont réapparaître, puisque nous allons commémorer le centenaire du commencement de la Grande Boucherie de 14-18. Nous espérons que les éditeurs auront le bon goût de promouvoir ses romans et récits de la Loire (1), ne serait-ce qu'en format livrel comme l'est déjà Raboliot ?

 

            Longtemps nous nous sommes tenus à l'écart de cet académicien qui fut secrétaire perpétuel de la respectable institution, quand nous n'étions qu'un jouvenceau ruant dans la naphtaline ! Le temps ayant fait son œuvre, il nous plaît aujourd'hui de souligner ce talent-là.

 

            Faisons simple en citant l'incipit de Raboliot :

            « Depuis la veille, l'œillard de l'étang, grand ouvert, tirait : cela faisait à la surface de l'eau un entonnoir aux parois luisantes, un tourbillon tranquille et fort, si continûment régulier qu'il apparaissait immobile. Mais, par instant, quelque feuille morte, quelque brindille de jonc flottante, aspirée d'un attrait invincible, accélérait son glissement peu à peu, et, basculant soudain, s'engouffrait en chute vertigineuse. »

 

            Bon Dieu quel style ! Et tout à l'avenant ! Alors, ne boudez pas ce plaisir.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Rassemblés dans la collection Omnibus, 1184 pages, 25 €.

 

La noche de los tiempos de Muňoz Molina

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour parler de 36, Antonio Muňoz Molina a décidé en 2012 de le faire de manière consensuelle (1) : "tous des salauds". Ce n'est donc pas avec lui que vous comprendrez la guerre civile espagnole, ce qui ne veut pas dire qu'il faille négliger les informations du terrain (comme dirait un reporteur intrépide et consciencieux) dont il use pour planter le décor de son roman Dans la grande nuit des temps (poche Points, 1006 pages, 9 €). Par exemple, il montre une face croquignole du poète Rafael Alberti dans Madrid bombardé.

            Mais ce livre est avant tout une histoire d'amour.

 

            Plus précisément, il narre le coup de foudre entre un bourgeois établi de 48 ans et une jeune Américaine en voyage. Une sorte de rééducation sentimentale et sexuelle pour un Espagnol déboussolé dans son univers en branle. Si le texte n'est pas exempt d'enflure, il ne sombre ni dans la banalité des scènes, ni dans la médiocrité du style. Mais pour nous, ce qui en fait une œuvre de qualité, c'est son architectonique.

 

            Voilà un livre de plage idéal !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : être dans le consensus semble un parti pris de Muňoz Molina, si on se réfère à une tribune européiste que Libération (le futur outil de négociation commerciale d'un capitaliste sans patrie fiscale) n'a pas manqué de publier le 15 mai 2014.

 

Le miel de Slobodan Despot

Publié le par Alexandre Anizy

            On ne trouve pas Le miel que dans les bonnes librairies, c'est à dire celles qui ne pratiquent pas que la manutention d'offices : c'est à la bibliothèque municipale Rainer Maria Rilke que nous sommes tombés sur le premier roman de Slobodan Despot (Gallimard, janvier 2014, 127 pages, 13,90 €). Un titre de gourmandise par un intellectuel chevronné et médiatique, un parcours rapide de la quatrième de couverture, ce sont deux choses qui provoquent le stimulus du lecteur en quête. Alors bingo !

 

            Le dimanche suivant l'emprunt, nous lisons sans déplaisir en moins de deux heures. Dieu merci, le partisan Despot nous épargne le manichéisme imbécile, du genre les Serbes sont des salauds et les Croates des enfants de choeur, ou vice versa. Mais quelle déception littéraire !

            En effet, le jeune romancier Despot a voulu compliquer le récit principal en ajoutant le personnage de Véra qui, en soi, serait porteuse d'une autre histoire ... dont il n'est évidemment pas question dans Le miel. Du coup, la complexité devient brouillon.

 

            Ce défaut de construction pour cause d'ambition mal placée ne doit pas vous empêcher de découvrir les premiers pas en fiction d'un intellectuel intéressant, parce que de cette ébauche vous tirerez quelques enseignements.   

 

 

Alexandre Anizy