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notes culturelles

Après la guerre : Le Corre est too much

Publié le par Alexandre Anizy

            Les gazettes le portent au pinacle : comme avec un Manoukian en haut de l'affiche (1), nous aurions dû nous méfier... Mais comme nous aimons lire dangereusement, nous achetâmes le dernier Hervé Le Corre titré Après la guerre (Rivages, 2014, livrel à 13,99 € - trop cher !), qui vient de nous achever.

 

            Ce n'est pas que ce gars-là écrive platement et qu'il sache peaufiner une architectonique d'enfer pour un thriller, qui nous font renâcler pour ce billet. Non ! C'est l'empilement des livres dans le livre. Pensez donc : on a droit à la Collaboration, la Résistance, les flics pourris de Bordeaux, les camps de la mort (c'est quand même pas du Primo Levi ou Boris Pahor), le retour des déportés et l'incommunicabilité de l'horreur, les gueules cassées, et même l'Algérie, les saloperies de l'armée française, la désertion, et puis la vengeance, les retrouvailles du final... Ça fait beaucoup, Le Corre.

 

            D'ailleurs le final, parlons-en. Après nous avoir mené en cargo, passant d'un lieu ou d'une époque à un autre, le méchant finit par être tué mais pas par le gentil qui rentre du bled comme d'aucuns pouvaient l'imaginer... Du coup, ils s'interrogeront peut-être sur l'utilité d'un si long détour en Algérie ? (Pour notre part, nous avons allègrement sauté ces chapitres, préjugeant qu'ils étaient hors sujet) Le final étant si ordinaire, on parierait, si on était joueur, que l'auteur l'a torché après un conseil appuyé de l'éditeur pour mettre un terme à son histoire filandreuse.

 

            Franchement, avec Après la guerre, Le Corre est too much.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) lire notre billet Avec Ian Manook l'hebdo Elle vous prend pour des connes

 

http://www.alexandreanizy.com/article-avec-ian-manook-l-hebdo-elle-vous-prend-pour-des-connes-124255779.html

 

Souvenirs du Résistant déporté Maurice Wolf (es brennt)

Publié le par Alexandre Anizy

            En cette année de commémoration de la Grande Boucherie et en ce jour de Libération de Paris en 1944, il peut être utile de lire le livre de souvenirs d'un Résistant déporté à Auschwitz pour se convaincre que les hommes retiennent peu les leçons de l'Histoire, par exemple celui de Maurice & Stéphane Wolf titré Es brennt (L'Harmattan, mars 2008, 248 pages, 23 €).

 

            Avec une sobriété stylistique qui sied au propos, l'ancien combattant torturé par la Gestapo relate des faits d'armes et des scènes de la vie quotidienne sous l'Occupation : nous ne sommes pas dans le récit et le décorum habituels. C'est une raison de plus pour ne pas éteindre la flamme !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Enquête sur l'Etrangleur de Jean-Louis Ivani et Stéphane Troplain

Publié le par Alexandre Anizy

            Certains d'entre vous se souviennent peut-être d'un fait divers qui défraya la chronique en 1964 : l'affaire de l'Etrangleur. Elle commence avec le meurtre du petit Luc Taron, dont le corps est retrouvé au matin du 27 mai dans le bois de Verrières, puis l'entrée en scène de Lucien Léger.

 

            Dans Le voleur de crimes (éditions du ravin bleu, janvier 2012, 692 pages, 22 €), Jean-Louis Ivani et Stéphane Troplain racontent l'enquête policière, le déchaînement médiatique, l'instruction judiciaire. Comme la qualité de leur recherche et la minutie de leur analyse sont remarquables, ils révèlent les failles du dossier et en démontrent les incohérences.

            Tous les auteurs de polars devraient lire ce document.

 

            Pour notre part, nous retenons que le blocage intellectuel du juge d'instruction Jean-Claude Seligman et de l'avocat Maurice Garçon aboutira sur un fiasco judiciaire : la condamnation sans preuves et sans mobile de Lucien Léger, qui deviendra le plus vieux détenu de France.

 

            Grâce au travail de Troplain et Ivani, vous avez un aperçu de la fabrication d'un coupable. Mais pas seulement, car Léger a mis son poids de sel dans cette énigme.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

La vie de Malvina Trifković de Mirko Kovač

Publié le par Alexandre Anizy

            La vie de Mirko Kovač dans la Yougoslavie titiste n'était pas tranquille : son premier roman Gubilište (1962) est censuré pour " image noire du monde " et il est tracassé par les autorités publiques. Lorsqu'il publia le recueil de nouvelles Rane Luke Meštrevića en 1971, il reçut le Prix Milovan Glišić qu'on lui retira en 1973 ! (1)  En 1971, il publiait aussi La vie de Malvina Trifković (édition française : Rivages, 1992 ; en poche décembre 1993, 101 pages, 39 FRF).

            En vidant notre bibliothèque le mois dernier, nous avons retrouvé Malvina, et le fait que nous n'ayons aucun souvenir de ce livre nous incita à le relire. Bonne pioche !

 

            Si la forme kaléidoscopique du roman n'est pas une nouveauté, le style sobre, allant parfois jusqu'à la sécheresse d'un rapport médico-légal, capte l'attention du lecteur parce qu'il dévoile l'ambivalence des êtres humains, avec la fausseté de leurs justifications et l'irrationalité de leurs convictions. Ainsi la serbe Malvina est chassée de la famille Parčić par un beau-frère croate aux motivations nauséabondes, qui nous fit penser à un psychiatre serbe n'ayant plus toutes ses facultés dans les horreurs de la récente guerre civile en Bosnie :

« Si notre père avait vécu plus longtemps, s'il n'avait eu à affronter cette période funeste de calomnies et tout ce dont ses adversaires l'ont suspecté, avec quelle force et quel esprit il aurait développé et analysé tout cela. J'ai agi avant tout pour l'honneur de la famille Parčić et pour que la Serbe ne puisse pas s'approprier un quelconque héritage, en biens meubles ou immeubles, ni même en argent liquide. » (p.36)

 

            Une des forces de ce livre est qu'aucun personnage ne sort indemne de l'autopsie du romancier. Ainsi Malvina, qui inspire la sympathie au premier abord, n'est pas exempte de turpitudes, comme les autres.

 

            C'est pourquoi il faut saluer la sagacité des censeurs de Tito, qui avaient parfaitement compris l'incompatibilité du monde noir selon Kovač avec la splendeur du paradis communiste dans son authentique version, la yougoslave évidemment.

            Pour cette raison, mais surtout pour la qualité intrinsèque de l'œuvre, découvrez La vie de Malvina Trifković de Mirko Kovač !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) la nouvelle édition augmentée de 1980 obtiendra le Prix Ivo Andrić.

 

Avec Ian Manook, l'hebdo Elle vous prend pour des connes

Publié le par Alexandre Anizy

            Lorsque nous aurons écrit que Ian Manook est le pseudonyme faiblard de Patrick Manoukian (le frère d'André, forcément), vous aurez une première idée du niveau de son 1er polar titré Yeruldelgger (Albin Michel, octobre 2013, livrel à 14,99 € - trop cher !). Si nous ajoutons qu'à 65 ans le bonhomme, qui affirme ne connaître que peu de choses du monde du rompol, a derrière lui une carrière de pubard, vous comprenez que le produit a suivi un mode de fabrication qui n'a rien à envier au milieu de l'agro-alimentaire : aucun ingrédient/argument vendeur ne vous sera épargné.

 

            Le monsieur ayant de l'entregent dans les médias et étant édité par une grosse maison qui sait commercialiser des blockbusters, il fait immédiatement un carton (Grand prix des Lectrices Elle policier ; prix Quai du polar ; prix du polar SNCF), répétant ainsi le succès qu'il obtint précédemment dans la catégorie Jeunesse (prix Gulli pour son 1er livre). Vous avez ainsi une idée du mode opératoire des prix littéraires.

 

            Le produit Yeruldelgger étant formaté, une question nous vient à l'esprit : combien de réécritures ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes

Publié le par Alexandre Anizy

            Comme nous l'écrivons régulièrement, un authentique lecteur doit s'aventurer sur les sentiers inconnus : c'est au prix de quelques déconvenues qu'il lui sera permis de découvrir le monde tel qu'il va. Ainsi le Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes (remarquable travail de traduction de Sika Fakambi ; éditions Zulma, février 2014, livrel à 12,99 € - trop cher !) fait partie des livres insolites qui entretiennent l'envie de vagabondage.

 

            L'enquête du diplômé médecin légiste réquisitionné se déroule au Ghana, dans la grande tradition africaine des palabres. Le lecteur doit donc apprendre la patience, et se laisser envelopper par le rythme du langage. Il en sera récompensé.

 

            Notre quelque part raconte un drame de partout, malheureusement. Nii Ayikwei Parkes en donne une version ghanéenne.

 

 

Alexandre Anizy

 

No back up for Paul Colize

Publié le par Alexandre Anizy

            En 2013, Back up de Paul Colize (Gallimard, août 2013 pour le livrel à 7,99 € - Antoine, enfin un prix correct !) reçut le prix poche de Saint-Maur. Le jury était bigrement inspiré ce jour-là. En effet, le roman noir de Paul Colize repose sur un double travail de documentation : le rock'n'roll des sixties et les victimes du Locked-in Syndrome. Le style est adapté au milieu musical dans lequel vivent les protagonistes, évitant l'écueil de la caricature ; quant à l'architectonique, l'auteur l'a peaufinée à souhait.

 

            Pour apprécier ce livre, il est préférable de goûter les temps bénis du swinging London, quand les futurs rock-stars cachetonnaient dans les clubs modestes mais réputés, mais aussi de Berlin. Dans sa biographie des Rolling Stones (1), François Bon a également décrit l'ambiance de cette époque-là.

 

            Comme un bon coolie, Paul Colize est arrivé à destination en donnant satisfaction aux lecteurs.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet

            http://www.alexandreanizy.com/article-6959204.html

 

L'enterrement inattendu de Marguerite Duras

Publié le par Alexandre Anizy

            Chaque année, Gallimard offre un album à tout acheteur de 3 volumes de sa prestigieuse collection La Pléiade. En 2014, c'est L'album Duras par Christiane Blot-Labarrère.

 

            Quelle clarté dans cette biographie illustrée !

            On y apprend que la petite bourgeoise Marguerite Duras, qui prétendait avoir souffert de la précarité, voyageait dans le Tyrol autrichien durant l'été 1935, avait reçu la même année une Ford V8 en cadeau (quelle femme de 21 ans pouvait en dire autant dans cet avant-guerre ?), avait obtenu en 1937 un diplôme d'études supérieures en économie politique, plus un autre en droit public (quelle femme etc.), ce qui lui permit d'entrer au ministère des Colonies, où le ministre Georges Mandel et son chef de cabinet André Diethelm lui confiaient avec Philippe Roques la rédaction d'un livre qui sortira en 1940 (L'Empire français, Gallimard).

            Ces amours en ce temps-là ? Entre autres : Frédéric Max, « ce petit juif de Neuilly », Jean Lagrolet, ce Bayonnais de grande famille, Robert Antelme, ce fils de sous-préfet... on est vraiment loin de Cosette !

            Durant la guerre, Duras est secrétaire de la Commission du contrôle du papier d'édition, puis de l'administrateur de la Bibliothèque Nationale Bernard Faÿ, personnage peu reluisant favorable à l'Allemagne nazie. Les bourgeois intellectuels ne rechignent pas à gratter pour la chienlit française, comme le fit Simone de Beauvoir pour la radio de Vichy. Les grands mots de l'engagement ne viendront qu'après la Libération ! C'est Ramon Fernandez le collabo (père de l'académicien Dominique, grand-père du récent Directeur du Trésor Ramon Fernandez) qui lui propose de loger en dessous de chez lui, au 5 rue Saint-Benoît où elle demeurera jusqu'à sa mort en 1995.

            Les années de guerre passent donc sans misère, mais sans saloperies, sans éclat non plus puisqu'elle écrit : « On n'a pas été des héros. La Résistance est venue à nous. On était d'honnêtes gens à qui se confier. »

            Pas très résistante, la Duras.

 

            Quant au plan littéraire, le travail de Christiane Blot-Labarrère ne permet pas une réévaluation de l'œuvre durassienne, ce qui n'est pas l'objectif de toute façon.

 

            Paradoxalement, cet album superbement réalisé prit donc au fur et à mesure de notre feuilletage l'allure d'un enterrement inattendu de Marguerite Duras. Forcément inattendu.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Un été avec Proust

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps je me suis tenu à l'écart.

           

            De Proust. Mais cessons la plaisanterie.

           

            Après Un été avec Montaigne, les éditeurs ont pensé qu'il serait juteux de poursuivre avec Un été avec Proust (éditions Equateur / France Inter, mai 2014, 235 pages, 13,50 €). Ils ont eu raison.

            Et Antoine Compagnon a récidivé, avec quelques comparses.

            L'affaire est séduisante. Ne la ratez pas.

 

 

Alexandre Anizy

 

Ederlezi : "a lazy story" de Velibor Čolić

Publié le par Alexandre Anizy

            Ederlezi, c'est le titre du nouveau roman de Velibor Čolić (Gallimard, mai 2014, en livrel à 12,99 € - Antoine, c'est trop cher !). Cette fois-ci, il raconte l'histoire d'une famille de Tziganes dans la Yougoslavie, et ailleurs forcément. Il y met tout son savoir-faire puisqu'il parvient à nous tenir jusqu'au point final malgré l'ennui lancinant.

 

            Dans notre déception à l'égard de Velibor Čolić, Sarajevo Omnibus ne fut donc pas le terminus (1).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) lire nos billets précédents :

 

http://www.alexandreanizy.com/article-sarajevo-omnibus-terminus-pour-velibor-oli-105823619.html

 

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html